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LES EVASIONS DE RAPIDIUS N° 6

17 Septembre 2012, 11:00am

Publié par nosloisirs

 

N° 36 RAPIDIUS -copie-1LA FIOLE ROUGE (suite et fin)

 

Bref, je reprenais mon assurance et quand le gardien vint me ce$hercher pour me conduire chez le directeur qui m'attendait, je n'étais plus du tout convaincu que cette aventure se dénouerait pour moi d'une manière désastreuse.

Nous gravîmes un étage. Une femme de chambre me reçut à la porte de l'appartement et tandis que le gardien s'éloignait me conduisit auprès de sa maîtresse.

Jeter de la poudre aux yeux est mon fort, surtout quand ce sont des yeux de femmes.

La directrice était une assez belle femme à laquelle j'aurais volontiers deux doigts de cour si les circonstances s'étaient prêtées à un marivaudage.

Oh ! Monsieur l'inspecteur, me dit-elle. Je suis désolée, mon mari est sorti, mais il va rentré d'un moment à l'autre.

Jouant mon rôle avec sang froid je répondis :

Madame, je venais à vous présenter mes devoirs, puisque c'est la première fois que je suis appelé à inspecter ce bel établissement... Mais je reviendrais demain.

La physionomie de la directrice exprima une vive surprise.

Demain ? Que dirait mon mari si je vous laissais partir ainsi. Il sera ici dans quelques minutes. D'ailleurs, monsieur l'inspecteur vous êtes en avance, le dîner ne doit être servir qu'à huit heures.

Le dîner ?

C'est une tradition... et vous le savez bien !

Évidemment mon attitude surprenait la directrice qui continua :

M. Revelin dînait ici à chacune de ses inspections. Les hôtels sont si mauvais à Strasbourg ! Et M. Revelin avait même l'habitude de faire son whist après dîner avec mon mari ; puis nous sommes enchantés de vous avoir. Sans compter, cher monsieur Duhamel que la chose a été entendue par télégramme.

Allons, il n'y avait pas moyen de fuite.

Madame, fis-je avec le sourire le plus naturel, je n'aurais garde de repousser aussi charmante que la vôtre... Vous gâtez M. Revelin : gâtez-moi.

La directrice se mit à rire.

Ah ! Vous voyez... Vous comprenez que vous êtes mon prisonnier !

Son prisonnier! Elle ne savait pas si bien dire.

Sans m'attarder à faire de philosophiques réflexions sur le caractère fantaisistes de ces inspections aussi précédées de marivaudages avec la directrice et de parties de whist avec le directeur, je demandai l'autorisation de réparer le désordre de ma toilette.

C'est très simple, me dit la directrice, je vais vous faire conduire dans votre chambre...

Dans ma chambre ?

Certes... N'allez-vous pas comme M. Revelin coucher ici ? La chambre de monsieur l'inspecteur est la plus belle de la maison... Vous allez voir !

Décidément ma situation se compliquait de minutes en minutes... Elle devenait terriblement grave, ma situation ! Dans quel piège m'étais-je donc fourré !

C'est avec une sueur froide dans le dos que je pensai à l'infirmier qui, sans doute, avait repris connaissance, à l'inspecteur qui gisait pour combien de temps ? dans le jardin , au directeur qui allait arriver et qui, au moment même où on lui apprendrait la disparition de Rapidius, me reconnaissait chez lui, à sa table.

Je pensais à ces choses tout en arpentant la chambre de M. l'inspecteur, très belle, évidemment mais d'un luxe bien administratif avec sa bibliothèque remplie de gros recueils de circulaires ministérielles.

Ma décision fut vite prise.

Je ne pouvais assister à ce dîner, je ne pouvais risquer une rencontre avec le directeur... Il me fallait trouver tout de suite un prétexte pour disparaître. Au fait, était-il besoin d'un prétexte ?

J'étais seul... Qui m'empêchait maintenant de sortir de la prison, et qui pouvait trouver étrange qu'après avoir présenté ses devoirs à la directrice, M. l'inspecteur Duhamel se retirât, après avoir regretté l'absence du directeur ?

Point n'était besoin de trouver quelque ruse machiavélique pour franchir enfin les grilles de la geôle. Le dîner serait servi sans moi, et pendant que le couple directorial s'efforcerait d'expliquer la fugue de leur invité, je chercherais dans Strasbourg ou ailleurs une retraite sûre...

J'ouvris donc la porte de la chambre et très décidé, très convaincu que cette fois encore le sang-froid et le toupet seraient mes meilleures armes, je descendis l'escalier et atteignis le corridor qui conduisais à la porte du jardin. Je ne rencontrai personne. Je traversai le jardin sans encombre et sans m'arrêter à l'endroit où gisait le véritable M. Duhamel...

Décidément tout allait bien. De l'habitation particulière du directeur à la grille extérieure, aucune porte fermée à clé ne faisait obstacle.

Cette grille, je l'atteignis sans peine. A travers les barreaux, je respirai enfin ! L'air de la liberté.

 

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J'étais près du but et j'avoue que mon cœur, pourtant endurci par tant d'émotions, battait plus fort que d'habitude.

Au moment où j'allais tirer le cordon de la sonnette d'appel, le portier apparut...

Ouvrez-moi, fis-je avec autorité et en ayant soin de me mettre en dehors du rayonnement d'un réverbère à la flamme tremblante.

L'homme me répondit :

Impossible.

Impossible ? Pourquoi... Je suis M. Duhamel l'inspecteur, auquel vous avez ouvert la grille, tout à l'heure.

En disant ces mots, je m'aperçus que son visage du portier exprimait une émotion extraordinaire.

Étais-je découvert ?

J'eus la sensation que tout était perdu. Mais l'homme répliquait :

Monsieur l'inspecteur, je reçois l'ordre à l'instant de ne laisser sortir personne, absolument personne... Monsieur l'inspecteur m'approuvera de respecter, même contre lui, la consigne.

Mais enfin, que se passe-t-il ?

Le portier hésita, à vois basse, il me dit :

On vient de constater la disparition de Rapidius.

 

LA CHASSE A L'HOMME

 

La disparition de Rapidius, ma disparition était constatée ! Et j'étais toujours dans l'enceinte de cette maudite prison de Strasbourg.

Décidément la malchance l'emportait... Car, pouvais-je faire autrement pour conjurer le sort qui s'acharnait après moi ?

Dérision amère ! Je dus féliciter le cerbère qui à la porte, même de la liberté, me faisait sentir plus lourd, plus implacable, le poids de la captivité.

Un instant, j'eus l'intention d'aller non me constituer prisonnier, je n'étais plus cruellement que jamais mais me livrer à mes geôliers... Qui sait ? C'est peut-être le meilleur moyen d'obtenir quelque adoucissement aux représailles dont j'allais certainement être l'objet.

Mais Rapidius ne s'est jamais livré... Malgré tout ne fut-ce que pour l'honneur (que le lecteur que pardonne de parler de mon honneur. Mais j'estime que j'en ai encore. Nous avons tous notre honneur et je me permets d'ajouter que celui de certains repris de justice vaut mieux que celui de bien des « honnêtes gens ») je me devais de lutter jusqu'au bout.

Je regagnai donc l'habitation du directorial où je trouvai mon hôtesse ans un état d'agitation indescriptible.

Le misérable ! S'écria-t-elle... e Rapidius est venu ici pour nous perdre. Nous étions si bien jamais une histoire, jamais un incident ! Mon mari allait passer à la classe supérieure, il était proposé pour la croix ! Cette évasion nous perd...

Évidemment, répliquai-je d'un ton pénétré, il y va, sinon de l'avenir de votre mari du moins de son avancement immédiat.

Ah ! Monsieur l'inspecteur, c'est affreux !

Mais s'est-il bien évadé, ce maudit Rapidius ? Il s'est peut-être que caché dans quelque coin...que diable ! On ne sort point aisément d'un établissement aussi bien compris que celui-ci !

La& désolation de la directrice me touchait bien que j'y fusse certainement pour quelque chose.

Oui, il nous reste encore un peu d'espoir. Mon mari est rentré juste au moment où le bruit de la disparition de Rapidius se répandais dans la prison ; il vient de me téléphoner la nouvelle du cellulaire ; qu'on est en train de visiter de fond en comble.

La directrice me prit les mains qu'elle pressa doucement dans ses doigts potelés et tièdes :

Surtout, me supplia-t-elle, restez ici... Si mon mari savait votre présence, il perdrait complètement la tête ! Monsieur l'inspecteur, ne me refusez pas.

Je n'avais nul envie de faire du zèle qui eût été dangereux pour moi.

Rassurez-vous, madame, répondis-je... D'ailleurs, j'espère bien que dans peu d'instants Rapidius sera découvert dans quelque coin.

Je jouais cette comédie avec un sang-froid extraordinaire. Aussi bien, je me refusais à examiner ma situation à la fois affreuse et comique ; j'attendais les événements et je les parais de mon mieux l'un après l'autre. Au surplus, si je devais être pris, c'était encore dans ce salon que je pouvais espérer le plus long délai. Qui donc eût pu soupçonner ma présence dans l'habitation même du directeur, aux côtés de la femme de celui-ci ?

L'appel de l'appareil acoustique résonna... La directrice se précipita en disant « C'est lui... « J'entendis parfaitement les mots que le directeur prononçait à l'autre bout du tuyau et qui arrivaient nasillards mais distincts.

 

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Rien encore.

Mon pauvre ami !

Mais tout n'est pas perdu ! Tandis sue nous achevons la visite de toutes les cellules, on fouilla tous les locaux, la chapelle, les magasins, les caves, partout. Encore si le stupide infirmier qui s'est laissé assommer par ce bandit pouvais nous donner quelque indication. Mais il ne sait rien. Enfin, ne désespérons pas.

La communication paraissait terminée quand la voix nasillarde reprit :

Décidément toutes les guignes.

Qu'est-ce encore ?

On me dit à présent que le nouvel inspecteur vient d'arriver. Où est-il ? L'as-tu vu ?

La directrice me jeta un regard navré, puis répondit :

Mon ami, il est ici... Je voulais t'éviter pour l'instant, la préoccupation de savoir ton chef près de toi dans de telles circonstances.

Bah ! Un malheur ne vient jamais seul !

Ces derniers mots n'étaient pas aimable pour M. l'inspecteur Duhamel mais j'avais autre chose à faire qu'à m'en vexer.

Prie donc M. l'inspecteur de prendre l'acoustique continua la voix lointaine.

Je pris donc le cornet et cette chose extraordinaire arriva que, moi, Rapidius le détenu évadé, je téléphonais cordialement, dans la prison même, au directeur qui, âprement, me pourchassait.

Monsieur l'inspecteur, il vous arrive une chose épouvantable.

Oui, je sais, Rapidius s'est évadé.

Il s'est évadé en dépit de toutes les mesures que j'avais prises contre lui. C'est à croire que ce misérable à la faculté de passer par les trous de serrure, où à travers les murailles.

Il doit être loin, maintenant.

Non, j'espère encore qu'il n'est pas sorti de la prison.

Je voudrais coopérer à vos recherches.

Mais vous ne connaissez pas l'établissement et votre présence troublerait mes gardiens qui commencent déjà à perdre la tête. Monsieur l'inspecteur, excusez-moi pour une heure encore. Dans une heure nous serons fixés. Rapidius sera pris ou nous aurons constaté qu'il n'est plus dans nos murs. En attendant , je vous en supplie ; mettez-vous à table avec ma femme. Et croyez que je suis désolé. Que va dire le ministre ?

Je répondis par quelques paroles encourageantes quand le directeur ajouta :

Nous commençons les recherches dans le jardin.

Dans les jardins ! Je dus pâlir... Mais pouvais-je espérer que les jardins ne seraient pas explorés.

On imagine ce que fus le dîner en tête à tête avec la directrice. En d'autres circonstances, j'eusse profiter de l'occasion pour serrer de près notre hôtesse, belle femme blonde qui devait vivre une bien mélancolique existence entre les hauts murs de cette geôle.

Je mangeai du bout des lèvres et sans mot dire. La directrice attribuait mon air sombre au mécontentement que j'éprouvais comme l'inspecteur devant la faute administrative de son mari. Sans se lasser, elle plaida les circonstances atténuantes. Rapidius s'était évadé tant de fois, en dépit des surveillances plus sévères. Que pouvait-on faire contre un pareil homme ?

De temps en temps, le directeur nous mettait au courant de ses recherches. On avait exploré tous les locaux, pas de Rapidius et pour cause ! Les jardins étaient en ce moment battus par les gardiens.

Moi-même, me dit le directeur, je vais explorer les buissons. Je ne vous téléphonerai donc pas avant de longues minutes.

Un demi espoir me restait mais combien fragile ! Peut-être après tout ne découvriraient-ils pas le corps de l'inspecteur que j'avais soigneusement caché dans un retrait d'ombre. Mais encore fallait-il que cet homme dont j'avais pris le costume et la personnalité restât pendant quelque temps encore sous l'action du chloroforme.

La directrice était plus désolée que jamais.

Je devine, pleurnichait-elle que vous allez dresser conte nous un rapport sévère. Pourtant ce n'est pas de notre faute ! Mon mari a fait tout son devoir...

Voulant jouer mon rôle jusqu'au bout, je la rassurai. Maintenant un lourd silence était tombé entre nous. Une à une, les minutes s'écoulaient, mesurées par le tic-tac régulier de la vieille horloge normande dans le cadran, monté sur une longue caisse de bois sculpté, avait l'air d'un œil énorme au regard fixé sur moi.

Soudain l'appel de l'acoustique me tira de l'espère torpeur où je tombais, je pris l'appareil et j'entendis cette phrase qui, adressée à moi était extraordinaire :

Rapidius est retrouvé !

Ah ! Par exemple, je ne m'attendais pas à celle-là !

Je balbutiai :

Il est retrouvé... Vous êtes sûr !

Comment donc ! Mais je l'ai vu de mes propres yeux... Les gardiens l'ont découvert sous un arbuste où il gisait inanimé. Peut-être a-t-il voulu escalader un mur et est-il tombé. Il aura trouvé quelques forces pour se traîner dans cette cachette où il a perdu connaissance. Ce qui nous permet de supposer qu'il a tenté une escalade, c'est qu'il était presque complètement déshabillé ; ses vêtements ont dû lui servir à se hisser jusqu'à quelque corniche d'où il aura dégringolé. Et puis, Rapidius à la visage littéralement couvert de sang ; il s'est blessé en tombant.

J'écoutais ce récit, fait d'une voix entrecoupée, avec une stupeur indicible.

Du sang ? Pourtant, je n'avais pas frappé ce malheureux inspecteur ; mais sans doute je l'avais trop brutalement projeté sur le sol.

Nous transportons notre gibier à l'infirmerie. Venez vite.

Qu'allais-je devenir ? Je ne pouvais plus espérer cette fois, une intervention du dieu des évadés ; il suffisait de passer l'éponge sur le visage ensanglanté de l'inspecteur pour que chacun s'écriât : « Ce n'est pas Rapidius ! »

Et en me voyant car maintenant je ne pouvais plus différer cette confrontation le directeur dirait aussitôt en me désignant :

Rapidius, le voici !

J'avoue qu'à cet instant, je perdis complètement la tête.

Ma figure dut prendre, à ce moment, une singulière expression d'égarement car la directrice, toute à la joie de savoir cette aventure heureusement terminée pour son mari, me dit :

Comme vous avez l'air ému... Au moins monsieur l'inspecteur, on ne dira pas que vous exercez vos fonctions avec scepticisme !

Je répondis par des mots vagues dont je n'ai plus le souvenir et je sortis en courant... Sans penser à rien, comme une bête traquée qui fuit, éperdument je traversai l'antichambre et me précipitai dans le couloir... Par quels méandres passai-je ainsi sans but sans même songer que je pouvais rencontrer quelque gardien ! Il semble me souvenir que je me retrouvai dans les jardins où l'air vif rafraîchit mes tempes brûlantes.

Un obscur instinct devait me ramener à la grille extérieure, puisque c'était là que se dressait le suprême obstacle, puisque c'était là que finissait la prison.

Mais à quoi bon ? Ma ruée désespérée vers la liberté ne devait-elle pas me briser sur l'impitoyable grille de fer ?

Ah ! Oui c'était fini maintenant... on allait me trouver abattu au pied de cette grille, comme les misérables dépouilles humaine qui, dans les incendies, vont tomber devant la porte de mort, la porte qui ne s'est pas ouverte.

 

Nous le tenons notre homme !

Cette phrase était prononcée par le portier qui, sa lourde clé à la main, s'avançait vers moi.

Il s'est fait pincer dans le jardin, continua-t-il hilare... Et maintenant la consigne est levée, monsieur l'inspecteur.

En même temps, il se retourna vers la grille et d'un preste tour de clé, il l'ouvrit toute large devant moi. La liberté était là, à deux pas... Était-ce possible ?

Le concierge ôta son képi :

Monsieur l'inspecteur m'excusera de lui avoir tout à l'heure barré le passage... Mais c'était la consigne.

C'est bien, mon ami, répondis-je... Vous êtes un homme de devoir ; je parlerais de vous au ministre.

Et très grave, sans me presser, je sortis. Mais à peine avais-je marché pendant cent mètres dans la rue obscure, sous une pluie fine que poussé par une « frousse » soudaine et rétrospective, je me mis à courir comme un fou.

Une demi-heure après, j'étais à la gare où grâce au contenu du portefeuille de l'inspecteur je pouvais payer mon voyage en première classe pour Paris.

Ce portefeuille avec la somme qu'il renfermait j'eus l'honnêteté de rembourser le prix de mon voyage fut, ainsi que les vêtements de M. Duhamel, renvoyé scrupuleusement à son propriétaire.

Je libellai cette adresse en belle bâtarde :

 

Monsieur Duhamel

Inspecteur des prisons

à la prison de Strasbourg.

 

Je suppose que le colis lui parvint. Je ne m'en préoccupai d'ailleurs pas autrement, car le lendemain, m'étant transformé en diplomate je partis pour l'Amérique.

 

F I N

 

 

 

 

 

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