UNE JEUNE FILLE JAPONAISE
UNE JEUNE FILLE JAPONAISE VA BIENTOT
EPOUSER UN JEUNE ARCHITECTE FRANCAIS
Hyacinthe Nagata est,
parmi les jeunes Japonaises de son âge, la plus habile dans l'art de composer des bouquets et de confectionner avec des soies multicolores des robes délicieuses à la mode
nippone.
Elle habite avec ses parents aux environs de Nagasaki, une petite maisonnette charmante, entouré d'un petit jardin où de petits arbres bien taillés s'alignent entre des fontaines minuscules.
Et le soir, à la lumière des lanternes colorées suspendues aux branches grêles des arbres, Hyacinthe Nagata aime à rêver.
Elle rêve sans doute à son fiancé qui pour l'instant est à Paris, à cet homme d'une autre race, si loin d'elle par tant d'idées, de sentiments et d'habitudes et si près d'elle cependant par l'amour, qui fit ce miracle de les rapprocher.
M. Georges Debrive est un jeune architecte parisien qui a visité tous les pays de l'Extrême-Orient. C'est au cours d'un voyage au Japon qu'il fit, en des circonstances assez dramatiques, la connaissance de Hyacinthe Nagata.
Il visité le fameux jardin de Nagasaki pendant les fêtes du nouvel an. Des hommes passaient costumés bizarrement et la tête recouverte de masques hideux. La jeune fille qui se trouvait dans le parc fut tout à coup bousculée par des individus qui s'étaient pris de querelle. Courageusement, le jeune Français prit sa défense et la dégagea.
Le lendemain le père de Hyacinthe alla remercier M. Debrive et le présenta à sa femme et sa fille. Le jeune architecte revint fréquemment chez les Nagata et c'est ainsi qu'il connut et qu'il aima le jeune japonaise.
Leur mariage fut bientôt décidé. Mais obligé de retourner en Europe , M. Debrive a dû quitter pour quelque temps sa gracieuse fiancée.
Celle-ci continue à se perfectionner dans la langue française et nous avons pu obtenir communications de quelques passages de ses lettres. Il va sans dire que M. Debrive n'a point livré les passages dont la publication pouvait offenser la pudeur amoureuse de sa fiancée. Il a seulement extrait de ces lettres quelques traits saillants qui montrent bien l'éveil de cette jeune Orientale à la vie européenne.
Votre Hyacinthe mon bien-aimé très honorable, vous envoie la fleur dont elle porte le nom. Cette fleur est semblable à moi et vous penserez à moi, si vous la gardez devant les yeux.
J'ai reçu les livres et les revues que vous m'avez envoyés. Mais j'ai été bien étonnée en voyant les portraits des honorables dames qui s'y trouvent reproduits. Pourquoi toutes ces honorables dames sont elles coupées par le milieu du corps ?
Hyacinthe s'étonna ici des portraits en buse que donnent nos magazines.
Dans une autre lettre, Hyacinthe écrit à son fiancé.
Comme les femmes de chez vous s'habillent étrangement ! Pourquoi portent-elles des oiseaux, de jolis petits oiseaux sur leur tête ? Est-il vrai que l'on tue des oiseaux pour embellir la tête des jeunes françaises ? Si telle est la coutume de chez vous, Hyacinthe fera de même pour être agréable aux yeux de son seigneur. Mais hyacinthe aurai préféré des fleurs, de belles fleurs qu'elle eût piquées dans ses cheveux.
Dans une autre lettre, Hyacinthe parle à son fiancé du phonographe qu'il lui a envoyé.
La machine qui parle est bien le plus joli de vos présents. Elle parle et chante comme les hommes et les femmes. La première fois, nous avons été très effrayés mais maintenant nous l'écoutons avec plaisir.
Une autre fois, Hyacinthe écrit :
J'ai beaucoup admiré vos cartes postales de Paris. Mais comme vos maisons sont hautes. Pourquoi bâtir des maisons aussi hautes, quand il y a tant de terrain pour construire ?
Dans une autre lettre :
Les fleurs sont épanouies et les papillons qui dansent ressemblent à vos yeux quand vous riez. Le chien que vous aimer à caresser ne courra plus après les papillons ; il est mort.
Le mariage de Mlle Nagata et de M. Debrive sera célébré au commencement du mois de novembre prochain.
Bonne chance à la jeune Japonaise et au jeune Français que l'amour a rapprochés, l'amour plus puissant que la race, plus puissant que la coutume.
REVUE NOS LOISIRS DU 7 JUIN 1908