MOINEAUX SANS NID N° 315
CHAPITRE 315
L’ ADIEU
A PARTIR DU 1er NOVEMBRE RENDEZ-VOUS SUR
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Le lendemain, après avoir terminé sa toilette et pris son « breakfast », Robert Montpellier eut la joie de recevoir la visite de monsieur Michel Labeille.
Le pauvre homme avait vieilli de plus de dix ans en quelques jours et son visage portait la dure empreinte laissée par le coup terrible qu’il avait reçu. Il ne peut y avoir de plus grande épreuve que celle qui oblige un père à assister, impuissant, au suicide de sa fille adorée !
Lorsqu’il aperçut le jeune artiste, monsieur Labeille se jeta à son cou.
— Mon cher enfant ! S’exclama-t-il ému, tandis que de grosses larmes sillonnaient ses joues.
Robert l’embrassa affectueusement.
— J’ai failli mourir ! Confia-t-il à son visiteur.
— J’étais au courant, répondit Michel Labeille, mais de mon côté j’ai gardé longtemps la chambre et c’est la raison pour laquelle je ne suis pas venu vous voir durant votre maladie.
La grande émotion de se retrouver les empêcha de parler plus longuement.
Enfin, monsieur Labeille réagit le premier :
— Mon pauvre Robert, nous avons eu tous les deux la même raison pour désirer mourir !
Robert ne répondit pas et baissa les yeux.
— Maintenant, poursuivit tristement le père de Valérie, je n’ai plus qu’un unique désir ; retrouver, élever et gâter la fille de ma malheureuse enfant.
Un éclair brilla dans le regard du jeune artiste.
— Vous avez raison ! S’exclama-t-il.
— Lorsque je quitterai cette demeure si hospitalière, ajouta Michel Labeille, je rentrerai à Paris pour régler mes affaires et rechercher cette enfant que je garderai près de moi.
— Je vous accompagnerai et vous aiderai ! Affirma énergiquement Robert.
— J’étais certain que vous prononceriez ces paroles, mon cher enfant, soupira Michel Labeille, en souriant tristement.
— Il nous faudra d’ailleurs, sérieusement batailler pour obtenir qu’on nous confie la petite Mireille, précisa Robert.
L’autre ne se laissera pas démonter.
— C’est possible, mais je suis certain que nous arriverons à nos fins en y mettant le prix !
— C’est ce que je pense aussi !
— J’ai perdu beaucoup d’argent, ajouta le père de Valérie, mais en réalisant une grande partie de mes biens, il me sera possible d’avoir une dizaine de millions à ma disposition !
— C’est une belle somme !
— Je donnerais jusqu’au dernier centime pour que ma chère Valérie soit en vie ! Murmura Labeille d’une voix éteinte.
Robert tressaillit. Il venait d’avoir la sensation étrange de sentir le doux fantôme de Valérie près de lui. Il se ressaisit avec effort et ajouta :
— Je ne possède plus rien, mais lord Richmond veut me payer très cher le portrait de sa mère que je vais bientôt achever. Maintenant, il me propose huit cent mille francs, tant est grande sa satisfaction.
— Huit cent mille francs ! S’écria Michel Labeille stupéfait, mais c’est rudement bien payé !
— Je suis tout à fait de votre avis, reconnut Robert en souriant.
— Il est évident qu’il est très riche et comme il adorait sa mère peu lui importe le prix qu’il payera votre travail !
— Je vous assure que j’aurais exécuté gratuitement cette toile avec joie ! Affirma Robert.
— Je n’en doute pas, mon cher enfant, s’empressa d’ajouter Michel Labeille. (Puis changeant brusquement de sujet de conversation il ajouta) : Pourquoi appelez-vous votre hôte lord Richmond et non lord Master ?
— Ah ! Dit Robert. C’est le nom qui m’a été communiquer par les domestiques. Vous faites bien de me prévenir. Certainement cet homme généreux à plusieurs titres et en ces temps troublés, il est naturel que, parfois, il préfère ne pas être exactement identifié.
— C’est évident et, à ce propos, connaissez-vous sa femme ? J’ai appris qu’elle était française, comme nous, précisa monsieur Michel Labeille.
— Quel heureux hasard ! Dit Robert.
— Oui, et il y a à peine un mois qu’ils se sont mariés.
— J’ignorais complètement tout cela !...
Robert s’interrompit brusquement comme si une idée subite venait de le frapper.
A cet instant, John entra dans la pièce.
— Mylord demande s’il peut venir sans vous déranger ? S’enquit le domestique.
Lord Jim Master rejoignit ses hôtes, auxquels il serra chaleureusement les mains.
— Bonjour, chers amis, leur dit-il en souriant aimablement.
— Bonjour, Mylord, répondit Robert en lui rendant son sourire.
Monsieur Michel Labeille, à son tour, lui adressa quelques mots, lui renouvelant sa joie de le revoir.
— J’ai été retenu loin d’ici plus longtemps que je ne le pensais, expliqua le maître de maison, c’est ce qui m’a privé de mes visites quotidiennes chers amis. J’espère que vous ne m’en voudrez pas trop !
— Vous en vouloir, Mylord ! Protesta vivement Robert, alors que nous ne savons comment vous manifester notre reconnaissance pour toutes les gentillesses dont vous nous avez comblés !
— Je vous en prie, Montpellier !
— Si ! Si ! Et mes paroles ne peuvent exprimer combien ...
— Je vous supplie de ne plus parler de reconnaissance ! Interrompit le jeune lord, et surtout cessez de me remercier, car vous me gênez incroyablement, mon cher !
Alors Robert changea de sujet de conversation et se mit à parler d’expositions de peinture. Lord Master, grand amateur de manifestations artistiques, apprécia grandement cette discussion avec un garçon aussi cultivé et aussi subtil que Robert Montpellier.
— Demain, annonça le jeune artiste, je terminerai les deniers détails du portrait de Madame votre mère.
— Mais ce n’est pas pressé, cher ami, protesta vivement l’Anglais. Vous avez été très malade et je ne veux pas que vous vous fatiguiez !
— Ca ne me fatiguera pas du tout ! S’écria Robert. Je vais infiniment mieux et je puis vous affirmer que, grâce à vos soins et à vos prévenances, je me sens parfaitement en forme.
— Cependant ...
— Je vous prie de ne pas vous tourmenter à mon sujet, Mylord, et, à moins que cela ne vous contrarie, je me remettrai au travail dès demain.
— Je préfère auparavant avoir l’avis de mon médecin, ajouta le maître de maison. Je me sentirai plus tranquille et je pourrai ainsi décliner toute responsabilité à votre sujet ! Acheva-t-il sur le ton de la plaisanterie.
Ils continuèrent à bavarder pendant une demi-heure, puis lord Master prit amicalement congé des deux hommes.
Robert Montpellier et monsieur Michel Labeille déjeunèrent ensemble.
Le médecin leur rendit visite vers trois heures de l’après-midi et trouva à tous les deux, une santé très satisfaisante. Lorsque Robert lui demanda s’il pouvait recommencer à peindre, il y consentit sans hésiter.
— Cependant, ajouta-t-il n’abusez surtout pas de vos forces, et ne vous fatiguez pas. Arrêtez-vous dès que vous aurez l’impression d’avoir quelque peu exagéré !
— Je vous promets de suivre scrupuleusement vos conseils, docteur, affirma Montpellier, ravi de cette autorisation.
Le lendemain matin le jeune artiste réclama le chevaler, les pinceaux, la toile et les tubes de couleurs. Il eut vite fait de s’organiser et tout de suite il se mit au travail.
Lorsque lord Jim Master pénétra dans la chambre pour lui faire sa visite quotidienne, il demeura longtemps près de Robert, observant avec intérêt sa manière de peindre. Monsieur Michel Labeille, qui les avait rejoints, fut enthousiasmé par l’immense talent de ce sympathique garçon qui aimait déjà comme un fils.
Le portrait de la mère de Jim Master, maintenant que le jeune artiste en achevait certains détails, se perfectionnait à vue d’œil.
— Merveilleux ! S’exclama lord Master, il est réellement merveilleux, cher Montpellier !
Les yeux clairs du jeune lord suivant attentivement le pinceau que l’artiste promenait avec précision et maîtrise sur la toile.
L’œuvre de Robert était effectivement admirable et Jim Master ne cessait de lui prodiguer son enthousiasme le plus sincère, tandis que de son côté, Michel Labeille souriait, oubliant momentanément son cruel tourment.
Trois jours après, Robert Montpellier donnait le dernier coup de pinceau au portrait et annonçait à l’anglais, avec satisfaction, qu’il avait acheva son travail.
— Splendide ! S’exclama lord Master.
Les larmes aux yeux, il ne trouvait plus autre chose à dire, tant ce portrait, grandeur nature de sa mère chérie, était vivant et sincère.
Il quitta la chambre de robert et revint cinq minutes après, un chèque à la main.
— Je vous apporte ce qui avait été convenu, dit-il à Montpellier en lui tendant le petit papier.
— Mylord ! Essaya de protester le jeune artiste.
— vous ne pouvez pas refuser, mon cher, et croyez-moi, c’est peu payer une telle œuvre, car je suis certain que, dans quelques années, ce portrait vaudra dix fois plus.
Robert rougit de plaisir, glissa le chèque dans sa poche, et remercia l’Anglais avec émotion.
— Demain, annonça lord Jim Master, je partirai pour Dublin avec ma femme pour y passer une semaine, mais j’espère vous retrouver à mon retour.
Robert jeta un coup d’œil à monsieur Labeille, puis répondit au jeune lord :
— Je suis navré, Mylord, mais nous pensons quitter l’Angleterre dans deux jours pour rentrer en France. Je vois que le moment est arrivé de nous dire adieu !
Cette réponse surpris un peu lord Master, mais il sourit et murmura :
— Je vous comprends, chers amis, et réalise parfaitement votre désir de rentrer chez vous. D’ailleurs, je pense me rendre bientôt à Paris. J’aurai ainsi la joie de vous y revoir.
— Cette joie sera, croyez-le, Mylord, amplement partagée par nous ! S’écria Robert.
— Alors, c’est entendu, conclut l’Anglais, nous nous retrouverons à paris et je vous souhaite bonne chance !
Robert faillit faire allusion à sa femme, mais comme lord Master n’en avait jamais parlé, il décida de se taire lui aussi.
Le jeune anglais leur serra chaleureusement les mains et quitta les deux Français.
Le même soir, John confia à Montpellier :
— Mylord partira demain matin pour l’Irlande avec Madame, et pendant son absence, c’est vous, Monsieur, que nous considérerons comme le maître de maison.
— Merci, mon ami ! Répondit robert en souriant, mais nous avons de notre côté, prévenu votre maître que nous comptions regagner la France après demain. Maintenant, mon brave John, allez vite vous reposer et dormi, car vous avez à récupérer de nombreuses nuits de veille passées à mon chevet.
— C’est à mon tour de vous remercier, Monsieur, ajouta le brave homme en s’inclinant. Je suis heureux de vous savoir complètement rétabli mais je suis désolé que vous nous quittiez si rapidement. Bonne nuit, Monsieur !
— Bonne nuit, John !
Le valet de chambre sortit de la pièce, laissant seul le jeune artiste.
{ A SUIVRE LE 247OCTOBRE }