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VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/2

29 Octobre 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

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VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/2

Le peuple des États-Unis n'aime que les superlatifs ; il lui faut toujours « ce qu'il y a de plus... dans le monde » Pour remplacer M. Roosevelt qui était l'homme le plus énergique du monde » les Américains avaient le choix entre le Président le plus loquace du monde et le Président le plus gras du monde. Il ont élu le second qui est plus représentatif.

M. Bryan candidat battu pour la quatrième fois prononce habituellement une quinzaine de discours, entre six heures du matin et minuit devant des auditoires de cinq à vingt mille personnes. M. Taft candidat élu, pèse un nombre de kilos invraisemblable. Mais quel que fut le choix de la grande République elle était sûre d'avoir le Président « le plus cher du monde » Non pas que le traitement présidentiel soit très élevé, c'est l'élection qui coûte gros. Les deux partis en présence répandent l'or à pleines mains, ce qui n'est pas très moral dans une démocratie. Le seul parti républicain a dépensé trente deux millions en 1896, cinquante millions en 1900, vingt sept millions en 1904 pour soutenir son homme. On met à contribution on taxe, on rançonne les gros capitalistes et les grandes compagnies.

Naturellement il ne s'agit pas d'une bataille d'idées. Le vainqueur amène au pouvoir du haut en bas de l'administration, ses amis, les amis de ses amis, leurs clients et leurs protégés. Les capitalistes et les compagnies qui ont fait les frais de la guerre rentrent dans leurs avances, au détriment du public. C'est une énorme curée.

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On admire avec une peu d'ironie, cette victime des chauffeurs de la Drôme qui se laissa larder de vingt cinq coup de couteau plutôt que d'indiquer la cachette où on lui aurait volé 300 francs. Il est héroïque de préférer vingt cinq coups de couteaux et le risque de la mort, à la perte de trente pistoles.

On observe que le vieillard si économe sortira son bas de laine pour la première souscription des Mines de cacao du Paraguay et qu'il versera ses trente pistoles avec enthousiasme dans les mains de n'importe quel escroc. Mais il n'y a pas contradiction entre les deux traits de caractère.

Le Français dépasse tous les autres hommes par sa faculté d'épargne. Il se prise de tout, même des satisfactions les plus légitimes, même du confortable quelquefois du nécessaire pour amasser des sous, il risque ensuite des économies dans des entreprises chimériques, parce qu'il a l'imagination trop vive. Il n'est pas avare bassement, il n'aime pas les écus pour eux-mêmes ; son magot est le pot-de-lait de Pierrette d'où sortent mille rêves magnifiques, et d'abord le rêve d'indépendance.

Un homme qui retranche tous les jours un morceau de son pain pour réaliser plus tard un idéal de joie ou d'ambition n'est pas un homme ridicule. Il peut se tromper ; il peut se laisser tromper ; en fait il est dupe trop souvent, parce qu'il est profondément honnête et ne soupçonne point la perversité des coquins. Mais la richesse inépuisable de la France réside dans ces forcenés de l'épargne, prêts à se faire couper en morceaux pour sauver leur tirelire.

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Mouley Hafid le nouveau sultan du Maroc, ne fait plus parler de lui. On le trouve aussi tranquille qu'il paraissait turbulent autrefois. Savez-vous pourquoi?Naguère il s'agissait parce qu'il souffrait d'une perpétuelle rage de dents. Il est tranquille parce qu'un dentiste l'a guéri.

Et ce dentiste est un ancien journaliste. Il a débuté dans l'art dentaire par un coup de maître ; ayant soigné la mâchoire souveraine, il soigne toutes les mâchoires du sérail, de la cour et de la ville. Son influence devient prédominante à Fez. La valeur de l'acte d'Algésiras dépendra de ses doctrines diplomatiques.

Ce n'est pas la première fois qu'un tel événement se produit. La médecine à toujours été le moyen de pénétration le plus utile des Européens, chez les demi-civilisés. Les fusils à tir rapide engendrent la crainte, mais une opération chirurgicale heureuse, une cure médicale triomphante, engendre la confiance. Nos seulement les demi-civilisés mais les sauvages, ont plus de vénération pour le guérisseur que pour le massacreur ; ils redoutent les obus à la mélinite et goûtent les remèdes efficaces. Beaucoup de civilisés complets en feraient autant. Vous-mêmes, peut-être ?

REVUE NOS LOISIRS DU 29 NOVEMBRE 1908

VOTRE OPINION ET LA NOTRE  1/2
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