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APACHE ROI N° 30

18 Août 2012, 11:00am

Publié par nosloisirs

 

APACHE ROI TITRE

 

Sans rien demander, d'un mouvement irrésistible, elle fut sur la nourrice, elle lui enleva l'enfant et le baissa à pleines lèvres, en soupirant des mots d'amour et de bénédiction.

Oh ! Mon petit... mon trésor... mon Jésus !...

la nourrice effarée regardait sœur Madeleine, et son regard demandait

Quoi ? Quoi ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

Elle ne savait rien des origines de son nourrisson ; elle en était encore à la fable que lui avait faite le bon Roulisse.

Un petit Parisien, orphelin de père et de mère, et dont je me suis chargé pour faire plaisir à ma femme qui avait une grande amitié pour la maman.

Sœur Madeleine la tira à part :

Vous avez bien reconnu Mme Dolabelle ? Oui, ma sœur.

Vous savez le malheur qui vient de la frapper...

Oui... oui...

Eh bien ! Je lui ai conseillé d'adopter cet orphelin pour remplacer le fils qu'elle a perdu, et vous voyez avec quel cœur elle a accepter.

La religieuse avait tout de suite et sans charger d'un mensonge sa conscience toute blanche, trouvé l'explication qui sauvait tout.

Une heure après, comme la nuit tombait, Mme Dolabelle et sœur Madeleine sortaient de la pauvre maison avec la nourrice et ses deux enfants et reprenait le chemin du château...

Derrière elles, dans l'ombre une pauvresse marchait, courbée en deux. Quand elles pénétrèrent dans la cour du château la pauvresse s'arrêta ;elle portait ses deux mains à ses lèvres, envoya un grand baiser et se remettant en marche, se perdit dans la nuit.

 

 

 

A Paris, le juge laissait dormir son instruction.

Il s'était rendu compte qu'il perdait son temps à vouloir obtenir de Pierre Dary d'autres aveux que ceux qu'il avait faits dès leur première rencontre.

Je vous ai tout dit. C'est moi, moi tout seul qui ai tout fait.

Il ne sortirais pas de là, et c'était folie de compter une défaillance chez un homme de cette trempe, un gaillard qui avait supporté en souriant l'extraction des balles de revolver qui lui avaient cassé le bras et charcuté la cuisse.

Le juge n'avait qu'a attendre qu'on lui amenait Jacqueline Myra et il s'y était résigné d'autant plus volontiers que l'humanité et la faculté lui commandaient de laisser son client se remettre de ses blessures.

Mais les jours passaient et Jacqueline Myra ne reparaissait pas ; toutes les recherches restaient vaines et cette conclusion semblait s'imposer de plus en plus, que celle qu'on tenait pour l'instigatrice du double assassinat de Saint-Mandé était sortie grièvement blessée de la culbute de son automobile dans un fossé et qu'elle était allée mourir dans quelque coin perdu où l'on ne songeait pas à la chercher.

Et comme il fallait en finir avec cette affaire qui passionnait Paris, où, du moins ne pas paraître la délaisser, le juge se décida à reprendre ses conversations avec Pierre Dary.

Les nouvelles qu'il avait de l'état de son client l'y autorisaient ; l'hercule tenait debout et marchait comme s'il n'eût jamais été blessé à la cuisse ; quand à la fracture de son bras, il se déclarait lui-même guéri et demandait qu'on le débarrassât de l'appareil dont les opérateurs l'avaient gratifié.

Le juge donna donc l'ordre de lui ramener son inculpé.

Mais voici qu'à son tour, l'inculpé se fit attendre.

Arrivé à neuf heures à son cabinet, le juge ne l'avait pas encore vu à onze.

Et tout à coup, comme il s'impatientait, on vin lui annoncer que ans le trajet de la prison au Palais de Justice, Pierre Dary avait trouvé le moyen d’échapper aux deux agents qui l'escortaient, et de prendre la fuite.

La nouvelle était vraie, à cette heure l'assassin d'Henry Dolabelle et de sa fiancée était déjà loin de Paris et du juge qui l'attendait en vain.

Au sortir de la prison on l'avait le traitant comme un blessé fait monter dans un fiacre entre deux agents.

Il était comme à son habitude, un peu sombre mais très calme, très résigné, et rien chez lui ne pouvait faine prévoir ce qui allait se passer.

A un moment , comme le fiacre se mettait en marche, il avait bien eu un mouvement un peu brusque vers la portière, mais il s'en été expliqué très franchement :

J'ai cru voir passer un camarade d'atelier du temps où j'étais un homme comme tout;le monde, et ça m'a fait quelque chose.

Et il avait repris son air résigné, regardant droit devant lui, et se laissant aller du ballottement du fiacre.

Soudain des cris...

Le fiacre avait accroché au passage la petite voiture d'un marchand des quatre saisons qui avait été, le pauvre homme, renversé les quatre fers en l'air.

Au fond ce n'était pas grave, le marchand s'était levé tout seul et sa voiture été indemne, mais des ouvriers passaient qui, prenant fait et cause pour lui, avaient arrêté le cheval et sauté sur le cocher.

Tumulte, bataille et d'instinct, les deux agents qui étaient dans le fiacre en étaient descendus pour courir au secours de leur cocher.

Ils étaient parvenus à faire lâcher prises à ses assaillants, mais retournant au fiacre, ils l'avaient trouvé vide.

Ils avaient oublié leur prisonnier qui avait profité pour filer à l'anglaise.

Ils s'étaient bien entendu, élancés à sa poursuite mais comme il avait disparu et que personne ne pouvait leur dire dans quelle direction, ils étaient rentrés bredouilles et n'avaient pu rapporter à leurs chefs que ce récit de leur mésaventure.

Récit incomplet auquel manquait un détail essentiel, mais ce détail leur avait échappé ; la chose s'était passée derrière eux, tandis qu'ils bataillaient pour le cocher, et ils n'en avaient rien vu.

 

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Ils ne s'étaient pas aperçus que dès leur descente du fiacre, un homme avait couru au prisonnier qui l'avait reconnu toute de suite ; c'était ce même passant dont la vue lui avait, au départ de la prison, fait faire ce mouvement brusque vers la portière.

Tout ce qui arrivait là ; l'accident du marchand des quatre saisons et la ruée des ouvriers sur le cocher, était un coup combiné et ce passant et le marchand renversé et les ouvriers eux-mêmes n'étaient autres que des associés de l'ancienne bande de Pierre, les Apaches de Jacqueline.

Comment avaient-ils songé à le délivrer ? Qui les avaient réunis de nouveau pour leur souffler le coup à faire ? Pierre allait l'apprendre tout à l'heure.

D'un tour de main son libérateur l'avait débarrassé du cabriolet qui lui enserrait les poignets, et ce faisant il lui avait indiqué l'endroit où se réfugier un endroit bizarrement choisi pour les Apaches une église, à quelques centaines de mètres de là.

Pierre y avait couru. Il s'y été engouffré et dès qu'il y avait paru, une voix qui partait d'un coin d'ombre, l'avait appelé.

Pierre.

Il avait marché sans hésiter vers cette voix, et une religieuse qui portait des lunettes et paraissait toute cassée et très vieille, s'était avancée au-devant de lui ; arrivée à la lumière, elle avait relevé une seconde ses lunettes, et Pierre avait failli crier en reconnaissant les yeux qui le regardaient.

C'étaient les yeux noirs de Jacqueline,,et c'était elle, l'idole, qu'il retrouvait là, c'était elle qui avait organisé sa délivrance.

Elle mit un doigt sur ses lèvres.

Chut !... Suis-moi !

Elle l'entraîna dans un coin d'ombre, lui montra le confessionnal :

Entre là, tu y trouveras le déguisement que je t'ai préparé?

Il disparut dans le confessionnal et, tombant à deux genoux, elle redevint la religieuse cassée et très vieille, dont nul n'eût osé soupçonner le pieux recueillement.

Cinq minutes après, elle sortait de l'église, accompagnée d'un prêtre qui marchand les yeux dans un bréviaire ouvert, achevant sa lecture de l'office du jour.

Les agents lancés à la poursuite du prisonnier, passèrent près d'eux et ne s'arrêtèrent pas.

La religieuse fit signe à un fiacre ; elle y monta avec son compagnon, et donna cet ordre :

A la gare du Nord.

Ce soir là à la nuit tombée, la pauvresse qui avait dédaigné la bourse de Mme Dolabelle, revint rôder devant la grille du château.

Elle n'était plus seule, elle avait un compagnon à qui elle montrait le château :

C'est là...

J'aurais trouvé tout seul, murmura l'homme. J'y suis déjà venu le mois dernier et je connais les lieux ; c'est moi qui essayai de faire sauter la chambre des maîtres.

Oui, oui, je me souviens ; mais j'avais besoin de venir encore ce soir... Je ne peux pas m'empêcher de venir...

Une fenêtre s'éclaira dans la nuit ; une femme y parut qui berçait un enfant en chantant un vieil air de nourrice.

C'était Mme Dolabelle qui endormait elle-même le petit Jean, avant de le coucher dans son berceau.

A cette vision, la pauvresse prit la fuite.

Allons-nous-en ! Allons-nous-en ! J'entrerais je courrais à cette chambre, et tout serai perdu !

Son compagnon l'a suivit.

Ils firent des kilomètres dans la nuit, en suivant la route ; puis ils prirent un chemin à travers champ et gagnèrent une maison solitaire, à moitié écroulée.

La pauvrette poussa une porte, alluma une lampe :

Là, tu es chez moi. Cette maison a brûlé il y a quelques mois, c'est à peine si ce qui en reste tient debout, et le propriétaire, un vieil avare qui ne veut pas faire reconstruire, m'a loué ça pour quelques pièces blanches... et je suis tranquille, personne ne songe à venir voir ce que je fais. Ici, d'ailleurs nous sommes en Belgique, et l'on s'occupe avant tout de ses affaires.

En parlant elle avait poussé la porte.

 

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Causons de nos affaires à nous. Tu dois savoir maintenant pourquoi je suis allé te chercher et ce que j'attends de toi, mon Pierre.

En entendant son nom, le compagnon de la pauvresse regarda vivement la porte.

Que cherche-tu ? Demanda-t-elle.

Rien... Je tremble toujours qu'il n'y ait quelqu'un aux écoutes... quelqu'un à qui mon nom pourrait donner l'éveil.

Mais non, mais non... rassure-toi.

Oh ! Je suis tout rassuré ce n'est pas pour moi que j'ai peur, et j'aurais toujours la ressource de me faire tuer pour vous ; mais je ne voudrais pas mourir avant d'avoir fait ce que vous attendez de moi.

Et, très bas, les yeux ardents !

Commandez, mademoiselle Jacqueline... Je suis prêt...

Jacqueline, Jacqueline et Pierre ! Le juge implacable des Dolabelle et exécuteur aveugle de ses arrêts.

Tu n'as donc pas deviné ! Répondit-elle en s'emparant de ses mains. Tu n'as donc pas vu cet enfant qu'une femme berçait à la fenêtre.

Si... Si... j'ai vu...

Et tu n'as pas compris ce que je voulais ! C'est bien, je vais te le dire.

Et d'une voix sourde et toute frémissante de haine, elle expliqua :

La nuit ou tu fus arrêté pour moi, je me dis que je n'avais plus qu'à mourir ; la mort seule pouvait me sauver. Mais avant de s'en aller pour toujours, je voulus revoir les auteurs de toutes mes souffrances, m'assurer que je m'étais bien venger en leur prenant leur fils, leur orgueil et leur unique affection.

Je vins ici. Comment j'y pus arriver sans être reconnue et arrêtée, n'ayant même pas songé encore à me cacher sous un déguisement, je ne saurais le dire. Il était écris que je devais réussir, je réussis. Une fois là, je me souvins qu'on m'y avait vu pendant de longs mois, et le besoin de satisfaire ma haine me rendit prudente. Je me déguisai en pauvresse, je me défigurai de mon mieux, et ainsi faite je pus assister à l'enterrement de celui que nous avons supprimé, et voir pleurer ses misérables parents. Ah ! Ces larmes de mes bourreaux ! Je les buvais, j'en grisais de haine. Mais voici qu'elles se sont séchées, les larmes ! Voici que mes bourreaux se sont repris à croire au bonheur. Pourquoi ? Qui a fait le miracle ? Qui ? L'enfant, celui que tu as vu à la fenêtre, un orphelin qu'on leur a fait adopter pour que leur foyer ne soit plus vide, un orphelin qui a pris la place du mort et le leur fait oublier. Un enfant en qui ils retrouvent leur fils, alors je ne retrouverai jamais, moi, celui qu'ils m'ont fait voler. Ah ! mais, comprends donc, mon Pierre, comprends que cet enfant...

Vous avez cru que c'était le vôtre, risqua Pierre.

Le miens !

Elle eut un rire déchirant.

Le miens, tu n'y penses pas !ils n'en auraient pas voulu du mien, de l'enfant de celle qu'ils accusent d'avoir fait tuer leur fils. Non, non, ce n'est pas le mien ; M. Roulisse qui devait connaître l'adopté, n'aurait pas pu me le cacher, et, à son défaut, mon cœur me l'eût crié! Non cet enfant ce m'est rien, et il est tout pour mes bourreaux, entends-tu ? Tout la consolation et l'espoir et le bonheur ! Et je ne veux pas qu'ils soient consolés, je ne veux pas qu'ils soient heureux, je veux qu'ils souffrent et pleurent à jamais comme moi ; je veux qu'ils traînent le deuil de leur fils jusqu'à leur dernier jour.

Et se dressant ses mains sur les épaules de Pierre, ses yeux dans les yeux de l'esclave prêt à tout pour elle, elle ordonna :

Nous avons supprimé l'autre et ils se consolent ; je veux que tu supprimes encore celui qui est venu remplacer le mort et sécher leurs larmes. Je le veux, Pierre ! Je veux que cet enfant disparaisse !

La malheureuse ! Elle eût donné sa vie pour retrouver son enfant et l'avoir dans ses bras, sous ses baisers, ne fut-ce qu'une minute et c'était son enfant qu'elle condamnait !

Et celui à qui elle dictait ce nouvel arrêté était incapable de ne pas lui obéir, dût-il y rester lui-même.

Pierre eut pourtant un recul.

Oh ! Murmura-t-il un enfant.... un innocent...

C'était cela qui l'épouvantait, l'enfant, le petit être sans défense qu'il pouvait supprimer d'une chiquenaude.

Commandez-moi plutôt d'aller refroidir les deux vieux. Ce sera la même chose pour vous.

Non ! Les morts ne souffrent plus et je veux qu'ils souffrent, rugit-elle, égarée.

Et comme Pierre semblait hésiter encore :

C'est donc que tu ne m'aime plus ? Fit-elle en s'écartant de lui ; c'est donc que tu ne veux plus de moi pour ta femme.

Ma femme !

Il se dressait d'un bond.

Oui, ta femme ; je t'ai promis de l'être, je t'ai choisi entre tous, et je suis de celles qui tiennent parole, Pierre ! Et voici l'heure ; la mort nous guette tous deux, et je ne veux pas mourir avant de t'avoir donné le baiser dont tu rêves depuis que tu me connais.

Le baiser... vous... vous... taisez... taisez-vous... Vous allez me rendre fou...

 

( A SUIVRE LE 21 AOUT )

 

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