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APACHE ROI N° 33

27 Août 2012, 00:00am

Publié par nosloisirs

 

APACHE ROI TITRE

 

Roulisse laissa cela sans réponse ; ses yeux regardaient dans le vide, là-bas, l'image de Jacqueline recevant son petit Jean, cette image qui lui défendait de parler, de livrer la malheureuse.

Vous le devez ! Insista le grand-père, vous n'avez pas le droit de vous taire !

Des menaces s'éveillaient dans sa voix qui se faisait dure et cassante.

La grand-mère intervint :

Oh ! Mon ami, ne parle pas ainsi à ce pauvre blessé. C'est pour nous qu'il est dans l'état où tu le vois, c'est en accourant nous prévenir qu'il a été blessé.

Justement, s'obstina le grand-père, et puisqu'il venait nous rendre ce service, qu'il parle maintenant. Il est arrivé trop tard, qu'il répare cela en nous disant le reste. Qu'il soit avec nous contre les misérables.

Sa femme dut l'arrêter :

Tu ne vois donc pas, mon ami, que tu fais du mal à ce pauvre Roulisse.

Et de sa voix douce, mouillée de larmes :

 

Laisse-moi seule avec lui, veux-tu ? Tu ne dis pas ce qu'il faut, je le dirai, moi.

M. Dolabelle fronça le sourcils mais il s'inclina.

Et alors, son mari sorti, la grand-mère prit la main du blessé dans les siennes, et elle dis bien ce qu'il fallait dire, sa détresse maternelle, sa vieillesse en deuil ; elle pria, elle supplia, elle sanglota sa première invocation.

Au nom de vote mère, monsieur Roulisse.

Et les lèvres du blessé se rouvrirent, et un moment la grand-mère put croire qu'elle allait obtenir ce qu'elle implorait.

La main de Roulisse serrait les siennes ; il répondait :

Oui... Oui... Je vous plais de tout mon cœur... Je souffre avec vous... et ce serait atroce de vous laisser pleurer.

Mais il n'alla pas plus loin dans cette voie, au moment de livrer Jacqueline il la revit embrassant son enfant, et ce fut un refus définitif que ses lèvres exhalèrent :

Eh bien ! Non ! Non ! Je ne peux pas. C'est assez c'est trop pour de lui avoir lové son enfant une fois. Votre fils et sa fiancée en sont morts, j'en vais mourir … Je veux m'en aller sans renouveler cette faute, ce crime... Laissez-moi mourir en paix... Je ne parlerai pas, je ne vous dirai rien !

Il s'était à demi dressé pour signifier cet arrêt, il l'avait presque crié. En achevant, il retomba épuisé, une franche de pourpre aux lèvres.

La grand-mère voulut insister ; longtemps elle pria et supplia encore ; elle n'obtient plus de réponse et soudain, s'étant penché sur Roulisse, elle se releva en poussant un grand cri.

Elle venait de s'apercevoir qu'elle parlait à un mort.

Roulisse avait rendu l'âme sans trahir la vraie mère du petit Jean.

La vraie mère … la vision attendrissante qui avait fait Roulisse muet, n'avait-elle pas trompé le moribond !

Jacqueline avait-elle enfin revu son enfant ?

Pierre avait-il pu le déposer vivant dans les bras de cette mère qui pleurait depuis si longtemps ?

Miraculeusement échappé aux balles de ceux qui lui donnait la chasse et sans perdre une seconde à s'occuper de l'homme qui, recevant les balles à sa place venait de s'abattre à son côté sur la route. Pierre avait poursuivi sa course.

L'homme tombé, les chasseurs avaient cessé de tirer et leur cri de victoire : il y est ! Avait averti Pierre que cet homme avait payé pour lui et que pour un moment du moins, on ne songeait plus à le poursuivre.

Tout à l'heure sans doute, les chasseurs allaient reconnaître leur erreur et repartir en chasse ; mais c'était toujours une minute ou deux de gagnées, et pour un homme qui fuit dans la nuit, ce répit d'une minute, c'est le salut.

A moins de perdre la tête ou d'être trahi par ses forces, Pierre était sauvé et l'hercule était de ceux qui ignorent les défaillances physiques et, pour pauvre qu'elle fut, sa cervelle était solide, en ce moment surtout où l'unique pensée de Jacqueline et la soif qui baiser promis l'illuminaient.

Il fuyait, il fuyait, et ce n’était pas seulement la nuit qui protégeait sa fuite, le bruit de ses pas qui aurait dû donner l'éveil aux gens du château, se perdait dans celui de leurs clameurs.

 

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Et il dévorait l'espace qui le séparait de Jacqueline ; encore quelques bonds et ce serait elle qui l'entendrait arriver.

Il approchait, il n'était plus qu'à cent mètres de l'endroit où Jacqueline était tombée comme elle voulait courir à la fusillade qui crépitait dans la nuit.

Soudain quelque chose le fit hésiter dans sa course une apparition qui, en se précisant, l'arrêta net.

Débouchant d'un chemin de traverse, eux cavaliers s'engageaient sur la route, deux cavaliers qu'à leur silhouette, à leur coiffure, il reconnut tout de suite ses pires ennemis.

C'était deux gendarmes, en ronde de nuit.

Ils avaient dû entendre la fusillade, ils y couraient et ils ne pouvaient pas passer sans voir Pierre, et le voyant avec un enfant dans les bras, ils allaient sûrement avoir des soupçons et l'interroger, exiger des explications.

Je suis pris ! Gronda l'hercule.

A ce moment comme pour rendre le danger tout à fait inévitable, l'enfant, muet, depuis le commencement de la course de Pierre, l'enfant qui s'était rendormi au bercement de cette course se réveilla, le bercement ayant cessé, et poussa un cri.

Pierre frémit.

Cette fois, c'en était fini, les gendarmes allaient lui tomber dessus et inutile de songer à leur échapper ; ils avaient leurs chevaux qui couraient plus vite que lui.

Tais-toi ! Tais-toi ! Souffla-t-il, éperdu et suppliant.

Et a prière ne pouvant suffire, il eut l'inspiration de coller ses grosses lèvres aux lèvres du petit jean en même temps, il se glissait vers le fossé de la route ne songeant pas, le malheureux, que ce mouvement même allait le dénoncer au lieu de le sauver.

Il descendait dans le fossé, il s'y accroupissait et attendait, hagard.

Des secondes passèrent, les gendarmes ne venaient pas.

Il se redressa à demi, regarda sur la route ; les gendarmes avaient disparu, et se levant tout à fait, il les découvrit en cheminant dans un autre chemin de traverse.

Ils n'avaient pas entendu la fusillade, où l'ayant entendu, ne s'en étaient pas émus appelés ailleurs sans doute ayant une mission tracée à remplir ; ils avaient traversé la route et enfilé l'autre chemin sans hésiter.

Pierre respira.

Maintenant un peu pailler, murmura-t-il pour l'enfant.

Mais l'enfant ne cria pas, et Pierre eut une seconde de remords.

Tonnerre ! Est-ce que je l'aurai étouffé.

Il se pencha sur l'innocent , il écouta, il sourit soulagé.

Le petit jean respirait librement régulièrement ; il ne criait pas, parce qu'il s'était endormi sous le baiser un peu brutal pourtant de son ravisseur ; la nuit, quand il se réveillait et criait, sa nourrice s'y prenait ainsi pour lui fermer la bouche.

Pierre sortit du fossé et se remit en marche, mais tout à coup, il eut un sursaut ; le chemin qu'avaient pris les gendarmes était celui qui conduisait à la maison où Jacqueline avait trouvé un refuge.

On l'a dénoncée et ils vont l'arrêter !

Il s'élança il bondi au secours de l'adorée.

Qu'ils me prennent moi ! Qu'ils m'arrêtent et qu'on me tue, mais elle... Je ne veux pas ! Je ne veux pas !

Or, comme il courait affolé, une voix frappa son oreille, une voix qu'il reconnaissait :

Pierre ! Pierre ! Est-ce toi ?

Un dernier bond et il fut devant Jacqueline.

Tombée évanouie, elle était restée un grand moment étendue sur la route, sans mouvement, et cet évanouissement l'avait seul sauvée des gendarmes ; ils avaient traversé la chaussée sans voir la malheureuse immobile dans la nuit et comme écrasée sur le sol.

En revenant à elle, elle avait entendu cet homme qui accourait, elle s'était souvenue et, galvanisée, elle avait pu se relever et courir à son tour au devant de l'homme.

Pierre ! Est-ce toi ?

Oui, oui, c'est moi !

Elle se jeta sur lui :

L'enfant !

Le voici !

Il le lui tendait :

Prenez-le !

Ah ! Si elle le prenait et comme elle l'emportait serrai sur son cœur où elle eut voulu la faire entrer pour que l'on ne pût plus le lui reprendre !

Elle courait si vite que Pierre devait se contenter de la suivre, et il la suivait, la tête basse, l'air brisé.

Oh ! Ce quelle m'avait promis, et elle ne m'a même pas remercié, et elle ne s'occupe pas plus de moi que si je n'existai pas !

Il la suivait mais, brusquement de quelques enjambées furieuses, il la rattrapa, il essaya de l'arrêter.

N'allez pas là !

C'était à son refuge qu'elle courait et il se disait que les gendarmes devaient y être.

Elle ne l'écouta pas, elle poursuivit sa course :

Laisse-moi ! Laisse-moi !

Cela fit à Pierre l'effet d'un coup de massue sur le crâne.

Elle ne veut plus de moi. Elle ne me connaît plus.

Et chaviré, hébété, il la laissa aller mais en la suivant toujours.

Je ne veux pas qu'ils l'arrêtent, et il faut que j'yaille pour la sauver encore.

Arrivé au refuge, il n'entendit que la voix de Jacqueline. Il s'était trompé, les gendarmes avaient passé devant la maison abandonné sans s'arrêter ; le but de leur mission nocturne était ailleurs.

Et les mots qu'il entendait s'envoler de la bouche de Jacqueline le faisaient étrangement frissonner en lui révélant pourquoi elle avait refusé de l'écouter.

C'était à son enfant que Jacqueline parlait ; c'était à la lumière qu'elle courait tout à l'heure, elle avait hâte de revoir le visage de son petit Jean, ce cher visage que, dehors, la nuit lui cachait.

Mon Jean ! Mon petit Jean, c'est toi, n'est-ce pas ?

Son Jean ! Son enfant ! C'est son petit que je lui ai rapporté... murmura Pierre en battant des paupières.

Et il ne songea plus à se plaindre.

Lui, le petit Jean venait de se réveiller à la lumière qui frappait son visage.

Et ses yeux, ses doux yeux d'innocents, regardaient le visage penché sur lui et ce visage était si bon si tendre, qu'un sourire s'éveillait aussitôt sur ses petites lèvres et que le mot instinctif et divin, la suprême caresse pour les mères, s'en exhalait :

Maman !...

Ah ! Le cri de Jacqueline recevant cette caresse : « Maman ! Maman ! » tu reconnais ta mère ! Oh ! L'amour ! Oh ! Mon enfant ! Mon Jean !

Elle le mangeait de baisers et li chantait des cantiques de tendresses.

Un bruit traversa son ivresse en sanglotait derrière elle.

Elle se retourna c'était Pierre qui avait laissé ce sanglot lui échapper.

Oh ! Pierre ! On pauvre Pierre !

Elle allait à lui en l'appelant à elle :

Je ne t'oublie pas, mon Pierre. Viens, viens embrasse notre enfant... oui, notre enfant, je veux que tu sois son père, toi qui me l'as rendu !

Elle mettait le front de l'innocent sous les lèvres de Pierre, et après ce baiser, elle tendait son visage à elle, elle offrait ses propres lèvres.

Maintenant embrasse ta femme ! Embrasse ! embrase, toi le seul être qu'il m'ait aimée, le seul que je puisse aimer !...

Moi... moi... moi...

il était tombé à genoux le malheureux, et il tremblait comme à la visite d'un dieu et ce fut ainsi agenouillé et éperdu, qu'il reçut le baiser de Jacqueline.


( A SUIVRE LE 30 AOUT )

 

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