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APACHE ROI N° 31

21 Août 2012, 11:00am

Publié par nosloisirs

APACHE ROI TITRE

 

Il bégayait, il balbutiait et cet émoi qui faisait trembler ainsi, comme un roseau massif d'hercule, avait quelque chose de si poignant qu'un attendrissement passa dans les yeux de Jacqueline éteignit la flamme de haine dont ils étincelaient.

— Mon Pierre ! Mon pauvre bon Pierre, murmura-t-elle avec un accent d'affectueuse pitié.

Et revenant à lui, elle se laissa aller sur a poitrine, elle lui tendit presque ses lèvres.

Mon Pierre, le seul être qui m'ait bien aimée. Oh ! Non ! Oh ! Non, je ne veux pas que tu meures sans avoir eu mon baiser.

Mais, sentant les lèvres de Pierre effleurer son front, elle s'arracha de lui :

Non ! Pas encore ! Ma vengeance d'abord ! Va me chercher l'enfant ! Rapporte-le mort ou vivant ou si tu ne peux mieux faire, laisse-le leur, mais mort, à jamais perdu pour eux, et je te jure qu'à ton retour, je serai ta femme et que nous ne nous quitterons plus jamais ! Je te le jure !

Et pour dernier coup de fouet, elle prit la tête de Pierre à deux mains et le baisa au front :

Va, mon Pierre !

Il s'élança dehors, comme un fou.

Il courut jusqu'à la route, et là, il ne cessa de courir que parce qu'il entendait venir quelqu'un qui eût pu trouver étrange cette course dans la nuit et suivre le coureur.

Il ralentit le pas, il s'arrêta même tout à fait et se jeta dans le fossé pour écharper au regard de l'être qui venait.

L'être passa sans le voir, c'était un homme. Il marchait vite, comme un voyageur pressé d'arriver.

L'homme passé, Pierre se releva et reprit sa course sans quitter le fossé où ils disparaissait en partie et il ne s'arrêta plus qu'aux abords du château.

Ici, tout était silencieux, tout le monde dormait ; une seule fenêtre était encore éclairée et la reconnut ; c'était celle où s'était montrée la femme qui berçait l'enfant et cette lumière semblait là pour le guider, elle lui faisait signe :

C'est ici, tu n'as qu'à monter.

Et elle lui indiquait comment arriver jusqu'à elle :

Regarde ! Ce n'est pas difficile. Je suis juste au-dessus de la véranda qui couvre l'entrée et le perron. Tu n'as qu'à grimper, sur la véranda et pour un homme de ta taille et de ta force, ce doit n'être qu'un jeu.

Pierre entendait cela résonner au fond de sa cervelle.

Il se décida !

D'abord entrons !

Il s'assura que personne ne venait sur la route et il escalada la grille :

J'y suis.

Il marcha au perron, le gravit en étouffant ses pas, resta une minute l'oreille tendue.

Rien, pas le moindre bruit à l'intérieur du château et dehors, sur la route, le grand silence de la nuit.

Grimpons !

Il grimpa.

Une minute d'effort, il se dressa sur la véranda sa tête à la hauteur de la fenêtre éclairée.

Il regarda dans la chambre.

C'était bien celle de l'enfant ; un grand lit où dormait une femme, et tout à côté, un berceau très riche dont les rideaux entrouverts laissaient voir une tête d'ange sur un oreiller blanc.

Une lampe veilleuse jetait sur ce tableau une lumière très douce.

Pierre s'élevait déjà à la force des poignets ; il allait d'un coup de tête, enfoncer la fenêtre; et sauter dans la chambre.

Quelque chose le paralysa :

l'enfant s'était réveillé et regardait la fenêtre et il semblait à Pierre que ce regard était pour lui et lui disait :

Que vous ai-je donc fait, à toi et à celle qui t'envoie ?

En même temps un bruit s'éleva du côté de la route, celui que fait dans la nuit le roulement d'une voiture.

Pierre s'était juché sur la fenêtre, il se laissa glissé sur la véranda, il s'y coucha à plat ventre attendant que la voiture fût passée.

Elle ne passa pas ; elle s'arrêta devant le portail de la grille.

Le cocher descendit, sonna ; c'était quelqu'un du château qui rentrait de voyage, quelqu'un qu'on attendait pas à cette heure.

Mais au bruit de la cloche que le cocher avait mise en branle, tout le château se réveillait ; des domestiques se précipitaient vers le portail, l'ouvraient à deux battants, la voiture entrait, venait se ranger au pied du perron, et repartait après y avoir déposé son voyageur.

Et Pierre entendait monter des voix :

Monsieur a fait bon voyage ?

Très bien... merci

On n'attendait pas monsieur ce soir.

Je le sais, mais il est arrivé quelque chose qui m'a obligé de rentrer.

Et le voyageur le maître du château, M. Dolabelle posait ces questions d'un seul jet :

Rien de nouveau ici ? Il ne sait rien passé d'anormal ? Vous n'avez reçu aucune visite suspecte ?

Là-haut Pierre frémit.

Il avait compris ; ce qui était arrivé à Paris ce qui avait obligé le voyageur à rentrer, s'était son évasion, à lui ; en l'apprenant, le voyageur avait tremblé pour les siens et il accourait pour les protéger.

Et, tout à l'heure, il allait commander une ronde, fouiller tout le château et le découvrir, lui, l'évadé et le faire tuer comme un chien enragé.

Et c'en était fait de lui, il ne reverrait plus Jacqueline, il ne connaîtrait pas l'ivresse du baiser si longtemps attendu ; et elle serait prise à son tour et traînée en justice et condamnée au bagne.

D'un coup de reins, il se retrouva debout.

Ils ne m'auront pas et j'aurai Jacqueline.

Et, de nouveau, il se jucha sur la fenêtre et fonça la tête la première.

 

Son esclave parti pour exécuter son dernier arrêt, Jacqueline s'était abattue sur un siège.

Brusquement sa rage de vengeance tombait ; elle réfléchissait à l'acte ordonné, elle revoyait l'hésitation de Pierre, elle entendait sa première réponse : Un enfant... un innocent... et elle comprenait que Pierre eut hésité, et une horreur d'elle-même l'envahissait.

Oh ! C'est lui qui avait raison... Cet innocent ce pauvre petit. Et c'est moi une mère qui ai commandé ça !... Ah ! mais c'est donc vrai que je suis un monstre.

Et elle était tenté de s'élancer derrière Pierre et lui crier dans la nuit :

Prends garde ! Prends garde ! Ne lui fait pas de mal !

Tout à coup elle tressaillit.

Des pas résonnait sur le chemin qui conduisait à la maison brûlée.

Elle respira soulagée.

 

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C'est bien qui revient... il n'a pas osé exécuter l'ordre.

Elle ouvrit la porte, prête à crier:

Rentre ! Rentre ! Je ne veux plus...

Elle ne dit rien.

Ce n'était pas Pierre qui lui revenait, c'était l'homme que l'hercule avait évité en se jetant dans le fossé, et cet homme la saluait par son nom :

Bonsoir, mademoiselle Jacqueline.

Et sans distinguer les traits de cet homme, elle le reconnaissait à sa seule voix, et elle répondait malgré elle.

Bonsoir, monsieur Roulisse.

Et le faisant entrer , elle s'abattait dans ses bras.

Mon Dieu, c'est vous... que venez-vous faire … On m'a donc reconnue !

Un moment le bon Roulisse resta sans parole cherchant ce qu'il avait à dire.

Ne vous troublez pas, mademoiselle... c'est moi qui vous ai reconnue, moi tout seul, et aujourd'hui seulement ce soir. Je vous ai vue passer vêtue en médiante. J'ai interrogé, personne ne savait rien de vous, sinon que le propriétaire de cette maison en ruines vous y avait donné l'hospitalité. Je suis allé trouvé le propriétaire ; il ne savait rien non plus. Alors je me suis décidé à venir, et j'ai attendu la pleine nuit pour que personne ne me vit. Je m'en voudrais de vous trahir, croyez-le, je ne me le pardonnerai jamais. A Paris on vous croit coupable, on ait convaincu que c'est vous qui avait tout commandé et votre fuite semble bien donner raison à ceux qui vous accusent ; mais moi je ne sais rien, je ne veux rien savoir. Ce n'est pas pour votre conscience que je viens, mais pour la mienne.

Et très ému, un tremblement dans la voix le frère de sœur Madeleine poursuivit :

Vous souvenez-vous de ce billet que les ravisseurs de votre enfant laissèrent dans le berceau. Ce billet qui vous disait d'espérer et vous promettait que l'heure de la justice viendrait pour vous.

Elle inclina la tête et balbutia, aussi ému que lui.

Oui... oui... je me souviens... et je me souviens aussi que vous m'avez toujours prêché l'espoir comme ce billet.

Il fit un effort et son aveu jaillit :

C'est moi qui lavais dicté ce billet.

Et les mains jointes, presque à genoux.

Pardonnez-moi ! Pardon. Je savais tout mais je ne pouvais pas parler, je ne pouvais que vous dire d'espérer. J'espérais moi-même, je vous le jure ; je comptais que l'heure de la justice viendrait et qu'il me serait permis, sinon de vous rendre votre enfant, au moins de vous le faire revoir et revoir heureux, comme le pauvre innocent méritait de l'être.

Elle se jeta sur lui :

Et alors ? Où est-il ? Qu'est-il devenu ? Est-il heureux ? Parlez ! Parlez ! Puisque vous êtes là et que vous avouez tout, c'est que l'heure de la justice est venue.

Il ferma ses bons yeux où montaient des larmes et soupira :

Hélas ! Elle ne peut plus venir, l'heure de la justice. J'ai beau vouloir croire encore à votre innocence, tout vous accuse, tout vous accable, tout me dt que c'est fini pour vous de pouvoir vivre au soleil et connaître le bonheur.

Et, se redressant la vois raffermie et résolue :

Mais c'est justement parce que je vous vois perdue que je suis venu ce soir ; je me suis dis que je ne pouvais pas vous laisser sombre à jamais sans vous avoir tenu parole en réalisant l'espoir que je vous ai toujours prêché, et me voici et je vais vous dire ce qu'est devenu votre enfant et où il vous faut aller vous poster pour le voir passer. Oh ! Cela seulement, vous allez d'abord me jurer que vous vous contenterez de le voir.

Elle n'hésita pas :

Je vous le jure !

Et, pressante, suppliante :

Où est-il ?

Et elle frémit et poussa un cri terrible en entendant la réponse :

Il est auprès de ses grands-parents qui viennent de l'adopter.

Auprès de ses grands-parents ! C'était son enfant son petit Jean que, ce soir, elle avait vu bercer à la fenêtre, c'était lui qu'elle avait condamner à disparaître, c'était lui qu'en ce moment Pierre tuait peut-être.

Elle avait caché dans ses mains son visage convulsé et elle refoulait ce qui lui venait aux lèvres pour ne pas trahir l'arrêt sauvage et exécuté sans doute à cette heure.

M. Roulisse crut qu'elle pleurait de bonheur et il murmura :

Je vous répète que vous pourrez le voir dès demain, mais n'oubliez pas ce que vous m'avez jurez.

Puis regardant vers la porte :

C'est tout, mademoiselle Jacqueline. Je me suis tenu parole j'ai satisfait ma conscience. Puisse l'innocence de votre enfant vous sauver du sort qui vous menace... Adieu mademoiselle... Adieu...

Elle l'avait laissé parler sans l'interrompre sans essayer de glisser un mot, tout entière à l'épouvante de ce qui se passait chez les grands-parents.

Mais comme il allait sortir, elle se jeta d'un bond sur lui :

Attendez ?... Il faut que je vous dise...

Et l'épouvante qu'elle étouffait sortir par sanglots.

Mon fils ! C'est mon fils...et moi sa mère j'ai envoyé Pierre... Ah ! C'est atroce !... Je ne savais pas ! Je ne savais pas !... Mon fils ! Mon enfant.. qui va mourir peut-être et c'est moi... qui l'aurait tué ! Moi !...

Roulisse avait frémi.

Que dites-vous ? Vous avez tué...

Oui, j'ai envoyé Pierre chez les grands-parents. Pierre mon esclave, l'homme qui fait tout ce que je veux, et je lui ai commander d'enlever cet enfant, vivant ou mort... et comme on aura voulu s'y opposer, il l'aura tué. Je sens, je vous dis que j'ai condamné à mort mon pauvre petit... et c'est le châtiment ! Quand on entre dans le crime, on n'en sort plus, on va jusqu'au bout, jusqu'à l'effroyable, jusqu'à faire égorger son propre enfant... Jusqu'à...

Roulisse l'arrêta, il avait compris dès les premiers mots, et il interrogeait, haletant :

Cet homme... quand l'avez-vous envoyé ?

Ce soir... il venait de partir quand vous êtes arrivé... vous avez dû le rencontrer... le voir passer.

Non, je ne l'ai pas vu... mais j'ai entendu quelqu'un qui semblait courir.

C'était lui.

Lui, et il courait et, à cette heure, il est là-bas et exécuté votre ordre... mais non ! Il n'aura pas pu pénétrez si facilement dans le château, il lui aura fallu chercher le moyen d'arriver à l'enfant et attendre le moment favorable... et peut-être est-il encore temps ! J'y vais ! C'est moi le coupable, je suis venu trop tard ; c'est à moi d'empêcher... J'y vais ! J'y vais !

Il s'élançait.

Jacqueline bondit sur ses pas.

Je vais avec vous ! Je vous suis...

Il la repoussa.

Je vous le défends ! Je ne veux pas qu'on vous arrête !... Restez ! Je suffirai...

Et il prit la fuite.

Il l'avait repoussée si nerveusement qu'elle chancela et tomba.

Elle ne se plaignit pas et ne se releva qu'à demi pour rester à deux genoux, les mains jointes et implorant celui qui emportait son suprême espoir.

Sauvez-le ! Sauvez mon enfant, et je vous jure que je ne vous demanderai plus rien... et que je disparaîtrai... et que je donnerai ma vie pour qu'il vive et qu'il soit heureux, lui ! Sauvez-le ! Sauvez-le !

Roulisse était déjà loin qu'elle pleurait encore sa prière.

Quand elle s'interrompit de gémir pour tendre l'oreille, le bruit des pas du sauveur s'éteint éteint, rien ne troublait le grand silence e la nuit.

Il ne s'est encore rien passé là-bas... J'entendrais quelque chose. On donnerait la chasse à Pierre, et cela fait du bruit dans la nuit, une chasse à l'homme. Non, Pierre aura dû attendre que tout le château soit endormi. Il attend encore et le sauveur va arriver... il arrive... et mon Jean est sauvé ! Merci ! Merci !...

Elle s'était relevée, elle marchait vers la roue au-devant de Pierre qui allait revenir.

Il aurait les bras vides, il ne rapporterai pas l'enfant mais elle le bénirait tout de même.

Oui, oui, M. Roulisse t'est tombé dessus et il t'a empêché de m'obéir... Il a bien fait et toi aussi, tu as bien fait de te laisser renvoyer et je te remercie mon Pierre ! Ah ! Tu ne comprends pas ? Écoute tu va comprendre ; cet enfant que tu allais voler et que tu aurais tué pour ne pas le rendre vivant aux Dolabelle, c'est le mien, c'est mon fils, mon petit Jean !

Et elle souriait presque à l'effarement de ce pauvre Pierre.

Soudain comme elle arrivait à la route elle tituba et porta ses deux mains à sa poitrine.

Une défaillance ?

Ses nerfs bandés qui fléchissaient.

Son cœur qui l'abandonnait ?

Non. Il y a dans la maternité une source inépuisable d'énergie ; des mères d'apparence frêle et débile, qui semblait devoir s'évanouir au premier heurt de la souffrance restent debout pendant des nuits et des nuits au chevet de l'enfant malade.

Non, Jacqueline ne défaillait pas, mais elle avait senti comme une lame de couteau s'enfoncer dans son cœur.

Là-bas du côté du château une rumeur s'éveillait, grandissait et Jacqueline avait reconnu ce bruit que doit faire dans la nuit une chasse à l'homme !

C'était à Pierre qu'on donnait la chasse.

Et, tout à coup dans la rumeur grandissante des détonations éclatèrent.

Les chasseurs s'étaient armés de fusils et de revolvers et ils tiraient sur celui qui fuyait et allait sans doute leur échapper.

Et après ces détonations un cri... un cri terrible !

Le cri de l'homme blessé à mort, ce cri qui, dans la nuit, glace tous ceux qui l'entendent et fait frémir jusqu'aux bêtes.

Jacqueline essaya de s'élancer, de courir.

C'est moi que tu appelles, mon Pierre ! Me voici.

Elle trébucha et s'abattit sur la route.

Elle avait bien entendu ; c'était bien la rumeur d'une chasse à l'homme qu'elle avait perçue et c'est l'homme qui fuyait , c'était bien Pierre.

Et, en fuyant, Pierre emportait dans ses bras le petit Jean car il était parvenu à accomplir sa mission.

Juché sur la fenêtre de la chambre, il avait d'un coup de tête, enfoncé cette fenêtre, et sauté dans la pièce et marché droit au petit lit.

Tout à l'heure quand l'arrivé de M. Dolabelle qui rentrait de Paris avait interrompu l'exécution de son plan, il avait vu l'enfant réveillé qui le regardait et cela l'avait mis mal à l'aise.

Maintenant le petit Jean s'était endormi, mais un cri avait accueilli l'irruption du ravisseur.

L'enfant n'était pas seul dans cette chambre ; il y avait là quelqu'un, une femme qui dormait dans un autre lit et que le bruit de la fenêtre enfoncée avait réveillé et c'était cette femme qui avait crié.

Il fallait la faire taire, peut-être même était-il déjà trop tard. Pierre ne connaissait qu'un moyen de rendre les gens muets ; il courut à la femme, leva son poing, le laissa retomber, et la femme ne renouvela pas son cri.

Le ravisseur put revenir à l'enfant, l'enlever de son petit lit et s'en aller en l'emportant ; mais, comme il enjambait la fenêtre, ce fut l'enfant qui cria, et pour le faire taire, celui-là, Pierre n'osait pas employer le moyen qui lui avait réussi avec la femme.

Oh ! Un enfant... un innocent...

La protestation qui n'avait pas pu retenir en écoutant l'ordre de Jacqueline, lui revenait aux lèvres et il se contentez de souffler, sa bouche sur celle du petit Jean.

Tais-toi ! Je t'en prie, tais-toi !

La fenêtre escaladée, il se retrouva debout sur la véranda ; il n'avait plus qu'à descendre en se laissant glisser le long d'une des colonnes qui soutenaient cette plate forme.

Se laisser glisser c'était facile ; mais il fallait d'abord atteindre la colonne et l'embrasser des deux jambes en se cramponnant des mains de l'arête de la véranda et tout cela n'eût été qu'un jeu pour Pierre libre de ses mouvements.

Mais il avait un enfant dans ses bras et cet enfant criait toujours, et des bruits s'éveillaient dans le château, on venait, on accourait...

Pierre vit tout perdu, et il revit aussi Jacqueline qui l'attendait et sans hésiter il sauta dans le vide.

En arrivant au sol, il sembla s'y écraser, mais pour rebondir aussitôt. Il n'avait aucun mal, il était debout, il s'élançait vers la grille restée ouverte derrière M. Dolabelle qui venait de rentrer.

Il atteignit cette grille, il la franchissait, il bondissait sur la route en mugissant pour celle qui l'attendait et aussi pour lui-même :

J'arrive ! J'arrive !... J'aurai ton baiser !

A ce moment les bruits confus du château devinrent des rumeurs violentes traversés de cris furieux.

Au voleurs ! Au voleurs ! Rattrapez-le ! Tuez-le !


( A SUIVRE LE 24 AOUT )

 

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