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MOINEAUX SANS NID N° 172

21 Août 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

CHAPITRE-172--.jpegContrairement à toutes ses suppositions, le lendemain matin, Claude Lornier en quittant son logis remarqua que celui de madame Gérard était vide.

Les deux femmes étaient-elles déjà parties ? La mère de Christine avait donc renoncé à reprendre avec lui la pénible discussion de la veille ?

Tenant à s’en assurer, il frappa à sa porte, mais personne ne répondit ; aussi conclut-il que ses conjectures étaient justes, et un sourire de satisfaction éclaira son visage.

— Tant mieux ? S’écria-t-il en poussant un grand soupir de soulagement. La vieille a dû réfléchir et comprendre qu’en insistant elle se couvrait de ridicule ... Peut-être aussi Christine est-elle parvenue à l’en détourner ?... Je dois tout de même me méfier, car elle est capable de revenir à la rescousse !

Il quitta sa maison pour se diriger vers la prison et chemin faisant continuer à soliloquer.

« Oui,sûrementellereviendraàlacharge,maisjeneluipermettraitplusdemeparlersurcetonetdesinsultercommeellelafait ...Pourlemoment,jenaipasàmetourmenter.JenaiquàpenseràAlice.Celavautbienmieuxetentoutcas,cestcentfoisplusagréable ! »

Ainsi, lorsqu’il atteignit la prison il avait presque totalement oublié Christine et sa mère et, parfaitement à l’aise, il se mit au travail, rempli d’optimisme.

« Avantmidi,jepasseraivoirMontpellierdanssacellulecarjaibienenviedallerrendrevisiteàAlicedEvreuxcesoir,pourcelailmefautunprétexte ... »

Il fit donc comme il en avait décidé ; quelques instants avant midi, il se présentait à la cellule de Robert Montpellier qui le reçut froidement en lui disant à brûle-pourpoint d’une voix glaciale :

— Si vous revenez me voir dans le but de me persuader des sentiments affectueux de mademoiselle d’Evreux à mon égard, je vous préviens, Monsieur, que vous perdez votre temps. Je vous ai déjà dit que je ne veux pas la rencontrer. Epargnez-moi l’ennui de cette discussion je vous prie !

— Vous avez tort de vous entêter de la sorte, monsieur Montpellier, répliqua le secrétaire général de la prison en hochant la tête d’un air réprobateur, mais je ne veux pas insister davantage ... Si, par hasard, vous changiez d’avis vous pourrez toujours me faire savoir par un des gardiens que vous désirez me parler.

Ceci dit, il le salua froidement et le quitta sur-le-champ, comprenant qu’il était tout à fait inutile d’insister.

Un peu plus tard, Claude Lornier sortait de la prison pour se rendre au petit restaurant voisin ou il avait l’habitude de déjeuner.

Tout en, mangeant, il songeait à la belle Alice, se disant qu’il n’avait aucune nouvelle à lui transmettre ni de prétexte à invoquer pour obtenir d’elle une seconde entrevue. Mais comme il ne renonçait pas facilement à un projet qui lui plaisait, il pensa qu’il trouverait facilement l’excuse nécessaire à a visite.

Aussi avant de quitter le modeste établissement, il descendit à la petite cabine téléphonique du sous-sol ou il forma le numéro de la sœur du marquis d’Evreux.

Ce fut justement Alice elle-même qui répondit à son coup de fil. Il la salua avec empressement et l’avertit qu’il avait une communication très importante à lui transmettre.

« S’agirait-il de monsieur Montpellier ? » Lui demanda-t-elle avec anxiété.

« Justement ... C’est d’ailleurs pourquoi je voudrais vous voir le plus vite possible. Ce soir même, si vous le permettez ! »

« Très bien ! Répondit la voix joyeuse de la jeune femme. Je vous attendrai donc à la maison ! »

« J’y serai à neuf heures très précises, annonça-t-il. Au revoir, Mademoiselle ! »

Et il raccrocha le récepteur, ravi. Il sortit du restaurant et reprit avec entrain la direction de la prison.

« Jevaisluiraconter,réfléchit-il,queMontpelliersemblemoinsréfractaireàlaperspectivedunenouvellerencontreavecelle.Ensuite,jeluidemanderaidemefournirdenouveauxargumentsquipourraientacheverdelaconvaincre.Pourmoi,cequicomptesurtout,cestdavoirloccasiondelarevoir,deluiparler ...Etcestcequiauralieudansquelquesheures !

Il s’arrêta au bureau de tabac et s’offrit un magnifique havane donc, tout de suite, il tira avec délice, de longues bouffées odorantes.

Il se remit avec ardeur au travail, très sûr de lui, ne songeant plus une seule seconde à la pauvre Christine et à sa mère.

Quelques minutes avant quatre heures, il fut appelé par son directeur.

— Bonsoir, Monsieur le directeur, dit-il gaiement tout en refermant la porte derrière lui. Vous avez besoin de moi ?

Remarquant que son supérieur se taisait tout en le dévisageant avec insistance, il hasarda avec une légère inquiétude dans la voix :

— Je vous demande pardon, Monsieur, mais que se passe-t-il ? Il me semble que vous avez l’air contrarié.

— Contrarié ? Vous pouvez le dire ! S’exclama l’autre en hochant la tête. Je suis non seulement mais également stupéfait et indigné !

— Pourquoi, Monsieur ? Questionna Claude Lornier faussement étonné. Aurais-je commis une erreur grave ?

— Vous ne devinez pas de quoi je vue parler, Lornier ? Seriez-vous donc complètement inconscient ? S’écria le directeur. Il s’agit de madame Gérard et de sa fille !

— De madame Gérard ? Répéta Lornier, réellement effrayé cette fois. Vous la connaissez ?

— Elle vient de sortir d’ici il y a quelques instants, après m’avoir très longuement parlé. Ce qu’elle m’a confié m’a bouleversé et infiniment déçu en ce qui vous concerne, Lornier, je suis forcé de vous le dire.

— N’écoutez pas les ragots de cette folle, Monsieur le directeur ! S’écria Claude Lornier avec un peu trop de précipitations. Je devine ce qu’elle a pu vous raconter, mais ce ne sont que des mensonges et des calomnies. Figurez-vous, Monsieur, qu’elle c’est mis dans la tête de me faire épouser sa fille, et c’est une femme capable de tout pour arriver à ses fins !

Son supérieur le dévisagea très intrigué, puis s’informa :

— Vous Lornier, vous ne désirez pas épouser cette jeune fille ?

— Je ne suis pas fou ! Protesta vivement le secrétaire. Jamais encore je n’ai eu cette idée, monsieur le directeur ! Je n’ai aucune envie de me marier pour le moment. Je suis encore trop jeune !

— C’est assez juste, admit son supérieur. Vous êtes en effet très jeune, Lornier, et je vous ai, également, toujours considéré un employé modèle ... Pourtant, ce qui m’a été révélé me trouble infiniment. Est-il vrai ... hum ! Oui, vrai, que vous avez abusé de cette jeune fille, profitant de ce qu’elle était éprise de vous ?

— Je ne puis le nier, Monsieur, répondit Claude Lornier avec un cynisme incroyable. Seulement, nous sommes entre hommes et nous pouvons, par conséquent, mieux comprendre certaines choses, il faut que vous sachiez que madame Gérard a largement faussé la vérité.

— Je ne vous comprends pas, Lornier, répliqua sévèrement le directeur de la prison dont le visage s’assombrit. S’il est exact que cette jeune fille ...

— Il est juste qu’elle se fût entichée de moi, coupa le misérable avec fatuité, et qu’y puis-je ? Ce n’est pourtant pas de ma faute !

— Mais vous l’avez séduite, Fit observer sévèrement son supérieur. Ceci est indigne d’un honnête homme, ne l’oublions pas Lornier !

— Avant de m’adresser de tels reproches, Monsieur, veuillez me permettre de vous raconter très exactement comment les choses se sont passées. Madame Gérard vous a donné sûrement les explications qui lui convenaient le mieux, car, comme je vous l’ai déjà dit, elle tient absolument à me faire épouser sa fille. Mais la vérité est toute autre, et Christine Gérard, Monsieur le directeur, n’est pas ce qu’on appelle une petite oie blanche !

A cette déclaration tout a fait inattendue, l’autre sursauta et fixa son secrétaire avec ahurissement.

— Qu’est-ce que vous racontez, Lornier ? S’exclama-t-il. Aux dires de sa mère, cette enfant serait très vertueuse, et j’avoue qu’en la voyant, c’est aussi l’impression qu’elle m’a faite.

— Ainsi, elle est venue aussi ! S’écria Lornier, furieux. Elle a eu le toupet de venir ici vous jouer la comédie de la pauvre petite innocente abusée par un voyou ! Ah ! Je comprends à présent toute votre indignation envers moi, Monsieur le directeur !

La stupéfaction de son interlocuteur allait croissant.

— Vous voulez donc dire, Lornier, que cette jeune fille serait une ... une comédienne ? Questionna-t-il perplexe.

— Je vous demande de bien vouloir m’écouter quelques instants, Monsieur pria le misérable, et vous jugerez ensuite en toute connaissance de cause.

— Eh bien ! Je vous écoute, Lornier, soupira le directeur de plus en plus dérouter.

— Voici, s’empressa d’expliquer Claude Lornier sans l’ombre d’une hésitation ; l’autre nuit, alors que j’étais tranquillement couché en train de lire, on a frappé soudain à ma porte. J’ai été stupéfait d’une visite à cette heure insolite, mais je me suis levé pour ouvrir et je me suis trouvé face à face avec Christine. Elles vous ont dit sans doute, que nous habitons la même maison. Mais jamais avant ce fameux soir, je ne me suis permis la moindre indiscrétion, le moindre geste osé envers elle ... Ceci ne vous suffit-il pas, Monsieur, pour vous faire entrevoir la vérité !

Le directeur de la prison, extrêmement embarrassé, se lissa le menton d’un geste qui lui était familier.

— Evidemment, Lornier, murmura-t-il. Je commence à croire que vous avez raison, une jeune fille qui agit de la sorte ne peut être une ingénue, et je comprends maintenant vos réserves devant les exigences de la mère.

— Je vous remercie beaucoup, Monsieur, répondit Claude Lornier en simulant une vive émotion. J’étais certain que vous finiriez pas me comprendre et ne m’ôteriez pas votre estime et votre confiance. Je suis seulement navré que ces deux femmes aient ainsi osé vous ennuyer. Hélas ! Ce n’est pas tout à fait de ma faute !

— Mais je ne vous reproche rien, mon ami ! Déclara son supérieur en lui tendant la main. Je suis satisfait de vos explications, et si ces deux femmes reviennent me voir, je saurai comment les recevoir et leur répondre. Excusez-moi, mon cher Lornier, si je ne suis pâs obligé de me mêler de votre vie privée.

— Je le comprends, Monsieur le directeur, et ne le regrette pas du tout. Au contraire, j’en suis très heureux déclara le vaurien, jouant à la perfection son rôle de victime.

— Je dois vous prévenir, Lornier, que cette madame Gérard menace de porter plainte contre vous, poursuivit le directeur, après avoir légèrement hésité, et c’est surtout pour cette raison que je vous ai demandé des explications.

— Ah !

— Oui, elle portera plainte si vous ne consentez pas à réparer vos torts envers sa fille ... Mais elle a voulu me voir auparavant pour que j’essaye de vous forcer à faire votre devoir !

— Qu’elle agisse donc comme il lui plaira ! S’écria Claude Lornier d’un air de défi. Quant à moi, j’ai la conscience tranquille !

— Ne vous tourmentez pas ; si cette femme à l’imprudence d’agir comme elle en a l’intention, vous pouvez compter sur mon appui, conclut le directeur. Mais je pense que, lorsqu’elle saura que sa démarche auprès de moi a été négative, ce que ses menaces ne vous touchent pas, elle n’ira certainement pas jusqu’au bout !

— Je partage entièrement votre avis, Monsieur, affirma Claude Lornier, et me moque de tout ce qu’elle pourra faire !

— Très bien ! Trancha son supérieur en souriant. Maintenant allez travailler, mon ami, l’incident est clos.

Le jeune homme ouvrait la porte pour obéir, lorsque l’autre l’interpella.

— A propos, Lornier ; Grégoire vous a-t-il parlé ?

— Je compte passer le voir en quittant mon travail, Monsieur. Je crois qu’il est à présent tout à fait tiré d’affaire.

— Vous n’oublierez pas de lui dire bien des choses de ma part, n’est-ce pas ?

— Entendu, Monsieur, je n’y manquerai pas.

Lornier se dépêcha de regagner son bureau. Malgré l’assurance qu’il venait de témoigner devant son supérieur, il ne se sentait pas très tranquille.

Si madame Gérard avait osé s’adresser au directeur de la prison qui sait de quoi encore elle pouvait être capable ? Elle était très énergique et il lui fallait diablement se méfier de cette femme !

Lornier ressentait une vive irritation envers Christine, qu’il considérait comme la principale responsable ; si elle l’aimait, comme elle le prétendait, elle devait empêcher sa mère de le tourmenter de la sorte !

Il décida donc de parler à la pauvre enfant dès qu’il en trouverait la possibilité pour la prier – la forcer au besoin – d’intervenir auprès de sa mère.

« Jeluiferaipeurenluidisantque,sielleneréussitpasàlapersuader,jenelareverraiplusjamais ! »Sedit-il.

Il finit par se calmer, certain d’arriver à la solution désirée et d’éviter ainsi le danger qui le menaçait.

« Bah !Cessonsdoncdenoustracasserpoursipeu !Cesoir,jiraivoirAliceetilmefautavanttoutbienréfléchiràcequejedoisluidire. »

Le misérable oubliait avec une immense facilité ce qui l’inquiétait mais cette fois, il ne pouvait imaginer la désagréable surprise que lui réservait le destin ...

Ayant achevé son travail de la journée, Claude Lornier se prépara à quitter son bureau, avec l’intention de passer à l’hôpital pour faire une courte visite à Grégoire Morel.

« Ilfautquejemassuredesasincérité,sedisait-ilentraversantvivementlacourdelaprison.Jenecroispasquilmaitmenti ;ilnereprendrapassonattitudehostileenversmoilorsquilreviendraici ...Autrement,jesauraissévir !

Alors qu’il franchissait le seuil du sinistre édifice, il tressaillit et s’arrêta brusquement en apercevant madame Gérard à quelques pas de lui, sur le trottoir.

A son grand étonnement, elle l’aborda très aimablement le sourire aux lèvres.

— Je vous guettais, annonça-t-elle. Voudriez-vous m’accorder quelques minutes ? J’ai à vous parler.

Cette demande le surprit, mais il lui sembla impossible de s’y soustraire.

— D’accord, Madame, répondit-il. Cependant, je ne dispose que de très peu de temps ; je dois me rendre à l’hôpital et ne pas manquer l’heure de la visite. Comme c’est mon directeur qui m’y envoie, je ne puis différer cette mission.

— Je vous ai dit, monsieur Lornier, que je ne vous demande que quelques minutes, assura la mère de Christine, toujours très aimable.

— Dans ce cas, voudriez-vous m’accompagner dans un petit café à deux pas d’ici ? Nous y serons tranquille pour parler, proposa le jeune homme.

Il la conduisit dans l’établissement ou Alice avait, peu auparavant fait la connaissance de Grégoire. Ils s’installèrent à une table située tout au fond de la salle où commençaient à arriver les premiers clients.

— Permettez-moi de vous offrir quelque chose, dit madame Gérard.

— Jamais de la vie, Madame ! C’est à moi de le faire. Aimeriez-vous prendre un anis ?

Elle répondit par l’affirmative et, un instant après, la serveuse posait les deux consommations devant eux. Lorsqu’elle se fut éloignée, Lornier alluma une cigarette et, se penchant vers son interlocutrice, il demanda, légèrement inquiet :

— Qu’avez-vous donc à me dire, Madame ?

La mère de Christine ne répondit pas tout de suite, elle avala une petite gorgée d’apéritif, tourna son verre dans sa main en fixant le liquide opalin, puis commença :

— J’ai longuement réfléchi après, m’être concertée avec ma fille et j’ai conclu que vous n’êtes pas entièrement fautif dans cette histoire. Christine m’a affirmé que vous l’aimez et c’est surtout la raison pour laquelle je tiens à ne pas vous témoigner une trop grande sévérité. Dites-moi la vérité, monsieur Lornier ; cette enfant s’illusionne-t—elle ou l’aimez-vous réellement ?

Sans se douter du piège que la rusée mère lui tendait, il répondit en souriant :

— En effet, Madame, j’ai une très grande tendresse pour Christine.

— J’en suis très heureuse ! s’exclama madame Gérard, et voilà qui aplanira bien des choses, car je tiens à vous révéler que j’ai été voir votre directeur et j’ai ainsi appris que vous étiez un garçon sérieux et travailleur ... Ce que d’ailleurs, j’avais toujours pensé de vous.

Elle ne lui confia pas qu’elle s’était également renseignée sur son salaire et conclut :

— Comme ma sœur va beaucoup mieux, nous regagnerons la maison dans deux jours, j’espère que l’atmosphère y sera de nouveau aussi agréable que par le passé. Je vous prie de ne pas m’en vouloir, d’autant plus que je ne dresserai aucun obstacle entre vous et ma fille et que je vous permettrai de vous voir.

— Je vous remercie, Madame, de votre amabilité, murmura Lornier qui ne se doutait nullement de ce qui l’attendait.

— Non ! Non ! Protesta la femme. J’ai compris que j’avais un peu exagéré et je désire que vous oubliez mes propos ... Je sais aussi que, parfois, l’amour fait perdre la tête ... Et comme Christine m’a confié qu’il n’y avait en rien de grave entre vous deux ...

Claude Lornier sourit en son fort intérieur au souvenir de son agréable après-midi avec la jeune fille, et il ne lui en voulut plus. Au contraire, elle se révélait bien moins sotte qu’il ne l’avait supposé !

— Je suis très heureux que cette équivoque se soit dissipée, Madame, affirma-t-il, et c’est avec joie que je reprendrai mes bonnes relations avec vous !

Madame Gérard se leva.

— Je ne veux pas vous retenir plus longtemps monsieur, déclara-t-elle en lui tendant la main. Nous sommes bien d’accord, n’est-ce pas ? Je vous prie de me faire le plaisir de venir déjeuner chez nous dimanche prochain afin que nous fêtions notre réconciliation.

Claude Lornier n’eut pas même le temps de répondre ; elle se dirigeait vers la porte d’un pas rapide et décidé.

— Il haussa les épaules, régla les consommations et sortit à son tour pour aller prendre l’autobus à l’arrêt voisin.

Vingt minutes plus tard, il pénétrait dans la grande salle de l’hôpital où se trouvait Grégoire.

Il constata tout de suite une grande amélioration de l’état de santé du gardien, mais l’homme, encore trop faible, n’avait pas été autorisé à se lever.

— Je suis ravi de voir que vous vous rétablissez à vue d’œil, mon vieux, lui dit-il en lui serrant la main. Si vous avez besoin de la moindre des choses, n’hésitez pas à me le dire. Je suis à votre disposition.

— Je vous remercie infiniment, monsieur Lornier, mais je n’ai besoin de rien, répondit assez froidement Grégoire.

Ils s’entretinrent quelques instants encore, puis, après une seconde poignée de main, Claude Lornier le quitta. Il se serait vivement inquiété s’il avait pu remarquer le regard haineux et méprisant dont l’enveloppait le gardien de la prison.

En effet, durant ces longues et ennuyeuses heures de repos forcé, Grégoire avait sentit renaître en lui toute sa rancune envers le secrétaire. Il ne pouvait lui pardonner d’avoir gâché ce qui aurait pu être la merveilleuse aventure de sa vie !

Car, et contrairement à toute autre considération, le gardien rêvait toujours de la sœur du marquis d’Evreux ...

 

( A SUIVRE LE 24 AOUT )

 

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