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MOINEAUX SANS NID N° 313

18 Octobre 2013, 09:00am

Publié par roman

CHAPITRE 313

UN DEJEUNER DRAMATIQUE

A PARTIR DU 1er NOVEMBRE RENDEZ-VOUS SUR

histoiresautrefoisWordpress.com

Ces paroles prononcées par le docteur Mollet sur un ton amical et indulgent, mais dont l’ami d’Edwige saisit toute l’ironie cinglante empourprèrent son visage de colère.

Il fixa rageusement cet homme diabolique et domina avec effort une violente envie de lui sauter à la gorge. Il devinait confusément que cet homme aux yeux pénétrants et rusés était un ennemi dangereux qui cherchait à le leurrer.

— Toutefois la réalité l’empêchait d’agir. Il ne possédait aucune preuve lui permettant d’accuser le docteur Mollet et de lui administrer la correction qu’il méritait.

Il comprit qu’il était préférable de taire ses soupçons et de jouer au plus malin ! Il réussit alors, non seulement à se calmer, mais à sourire.

— Je reconnais m’être trompé, s’exclama Marius. Je vous demande pardon et j’espère que vous ne me garderez pas rancune de m’être introduit chez vous avec un tel sans-gêne.

— Je vous supplie de ne pas parler de ça ! Protesta vivement le médecin en lui prenant familièrement le bras tout en le poussant vers la maison. D’ailleurs, je vous comprends parfaitement mon ami ; vous aimez cette charmante femme et vous tenez à la retrouver puisqu’elle a disparu, comme vous venez de me le confier.

Le visage de Marius s’assombrit à ces paroles.

— C’est la vérité affirma-t-il énergiquement. Madame Ramier il y a quelques jours est sortie un matin de la pension de madame Bonnet et n’y est plus revenue. Inutile de vous dire, n’est-ce pas que nous l’avons cherchée partout, mais sans succès !

Toujours conduit par le docteur Mollet, il pénétra avec lui dans la salle à manger et les deux hommes s’installèrent autour de la table dressée certainement par « le Dragon ».

En s’asseyant Marius remarqua tout de suite qu’il y avait trois couverts, ce qui l’étonna beaucoup.

Il leva alors un regard interrogateur sur son hôte, qui devina ce qui se passait dans la tête de son invité, et lui expliqua en souriant :

— Ah ! Cher ami, j’ai oublié de vous dire que mon assistant partage toujours ma table. Vous allez donc faire sa connaissance. C’est un très sympathique garçon, vous verrez et je suis sûr qu’il vous plaira beaucoup !

Marius fronça les sourcils.

— Comment se fait-il que nous ne l’ayons pas rencontré en visitant de fond en comble votre maison ? Bougonna-t-il avec méfiance.

Mollet éclata de rire et répondit avec beaucoup d’aisance :

— C’est tout simple, mon cher. Ce matin, je l’ai envoyé à Melun faire quelques emplettes indispensables. Mais il ne tardera pas à revenir car il est l’exactitude même.

A cet instant précis, René Tonnerre entra dans la pièce.

Marius tressaillit en remarquant le regard fixe et halluciné du collaborateur du docteur Mollet.

René avança lentement, s’inclina légèrement, puis s’assit à une place, l’air absent et commença à manger sans grand enthousiasme.

En examinant attentivement les deux hommes, l’ami d’Edwige eut l’impression que l’attitude de son assistant déplaisait au médecin ; effectivement ce dernier lui lança des coups d’œil furieux. Il fut même sur le point de lui adresser un reproche, mais changea d’idée et reprit son entretien avec Marius.

— Cher ami, lui dit-il, permettez-moi de vous présenter mon précieux collaborateur, monsieur René Tonnerre !

Marius inclina aimablement la tête, mais l’autre continua à manger avec indifférence, après lui avoir jeté un regard presque méprisant.

Cette attitude aussi bizarre qu’inexplicable déconcerta complètement Marius, mais le docteur Mollet, éclatant d’un rire bruyant, ajouta vivement :

— Je vous prie de ne pas vous formaliser. Mon assistant donne toujours l’impression au premier abord, d’un ours mal léché, mais cette attitude est due à une timidité incorrigible, et vous le jugerez tout à fait différemment lorsqu’il sera un peu apprivoisé ... (Puis, se tournant vers René, il lui demanda durement) : N’est-ce pas, mon cher ami ?

Le malheureux tressaillit violemment, mais ne répondit pas.

Marius se remit à l’observer. Il le vit, finalement esquisser un sourire inquiet et humble, puis recommencer à manger, sans se soucier de ses compagnons de table.

Quelles pensées pouvaient bien s’agiter dans la tête de ce curieux garçon timide et indifférent ?

Marius ne pouvait ni s’imaginer, ni soupçonner que René Tonnerre se trouvait sous l’effet d’une drogue que le domestique du docteur Mollet lui avait versée dans une tasse de thé, bue peu avant de sortir de la cellule où il avait été enfermé après son évasion manquée avec la malheureuse Edwige.

Cette drogue agissant sur son système nerveux, lui retirait toute volonté, le soumettant entièrement à celle du docteur Mollet.

C’était la raison pour laquelle René était amorphe et silencieux ... mais Marius ne pouvait se douter de tout cela !

— Puisque vous êtes venu jusque chez moi, dit soudain le médecin, faites-moi le plaisir d’accepter mon hospitalité pendant quelques jours.

L’ami de madame Ramier sursauta à ces mots, non pas à cause de l’offre faite par le docteur Mollet qu’il pouvait refuser le plus aimablement possible, mais parce qu’il venait de se rappeler brusquement d’un fait important pouvant avoir des conséquences très graves. N’avait-il pas pris un accord avec Victor, le chauffeur qui l’attendait non loin de la grille avec sa voiture, et qui, s’il ne le voyait pas revenir à l’heure dite, devait aller prévenir les gendarmes de son absence prolongée et inquiétante.

Il devait absolument éviter une telle intrusion, non pas pour éviter de créer des ennuis au médecin, mais parce qu’il ne tenait pas — à moins d’un véritable danger — à entrer en contact avec la police !

Et tout à fait convaincu qu’Edwige ne se trouvait plus dans cette maison, il n’avait aucune raison de désirer l’intervention des gendarmes.

Il consulta, inquiet, l’heure à sa montre de poignet et répondit :

— Je regrette infiniment, cher docteur, mais il ne m’est pas possible d’accepter votre gentille invitation ; ce sera pour plus tard, si toutefois, vous êtes toujours disposé à la maintenir. Je vous préviendrai à l’avance et je serai ravi de venir passer quelques jours près de vous dans ce coin si calme et si reposant !

Une lueur mauvaise étincela dans les yeux de l’étrange médecin, qui reprit sèchement :

— Qu’est-ce qui vous force donc à rentrer si rapidement à Paris, mon cher ?

L’ami d’Edwige posa sa serviette sur la table, se leva lentement et expliqua en souriant :

— Des affaires personnelles très urgentes nécessitent ma présence. Et comme il commence à se faire tard, je m’excuse beaucoup, docteur, mais je suis forcé de vous quitter tout de suite !

— C’est vraiment bizarre que vous soyez si pressé justement le jour que vous avez consacré à la recherche de votre amie ! fit observer le docteur Mollet, d’une voix glaciale et ironique. (Brusquement aimable, il ajouta) : Non, mon ami ! ça ne prend pas ! Ne faites pas tant de manières avec moi et permettez-moi d’insister pour que vous restiez avec nous !

Le visage de son interlocuteur pâlit à cette réponse. Il ne s’attendait pas à un tel entêtement de la part de son, hôte. Il lui fallait, sans tarder, rejoindre Victor Regaud.

Il se décida à faire face.

— Je dois vous confesser, docteur, que c’est précisément à cause d’Edwige que je suis forcé de partir d’ici ... ayant ... oui, ayant convenu avec un camarade que, s’il ne me voyait pas revenir à l’heure convenue, il devait agir à son tour ...

— Que voulez-vous dire ? S’exclama avec rage le docteur Mollet.

Marius ne fut alors capable que de marmonner quelques paroles absolument incompréhensibles, car une panique soudaine l’envahissait et une voix intérieure le prévenait d’un terrible et imminent danger.

Le docteur Mollet se leva lentement, fixant d’un regard bizarre René Tonnerre qui avait cessez de manger et regardait, impassible, la scène qui se déroulait devant lui.

— Je vous demande encore une fois de rester chez moi, monsieur Marius, ajouta le diabolique médecin, d’une voix n’admettant aucune contradiction.

Marius comprit que le danger était sérieux. Il jeta un coup d’œil furtif dans la direction de la porte et remarqua que « le Dragon » était immobile sur le seuil, comme s’il attendait des ordres. En réalité, il avait été posté là pour l’empêcher, certainement de sortir de la pièce.

Très vite, l’ami d’Edwige calcula ses chances en essayant d’agir par surprise. Il se souvint avec réconfort, qu’il avait dans la poche droite de son veston, le revolver que personne n’avait songé à lui retirer.

Il fixa résolument le médecin et répliqua :

— Je vous remercie une fois de plus, cher docteur, de votre aimable accueil et de votre invitation que je suis contraint de refuser. Au revoir !

Très calmement, bien que tous ses nerfs fussent tendus à l’extrême, il fit quelques pas vers la porte, s’attendant à entendre la voix impérieuse du docteur Mollet lui crier de s’arrêter. Dans son dos, il imaginait le regard perçant du médecin, ne perçant pas de vue le domestique qui gardait toujours son immobilité de statue.

Cette désagréable impression ne l’empêcha pas de s’approcher du muet, décidé à user de violence s’il le fallait,n mais il n’eut pas besoin d’y recourir ; le gardien s’écarta, sans même le regarder.

Rassuré, Marius se retourna pour adresser un geste de salut au docteur Mollet ; il blêmit en apercevant l’arme que ce dernier pointait dans sa direction.

— Un pas de plus, cher ami, lui dit la voix implacable du médecin et je presse sur la détente !

L’ami d’Edwige comprit avec une grande amertume qu’il était complètement à la merci de son hôte, n’ayant plus la possibilité » de saisir son arme sans être vu.

Cependant, il déclara avec un grand calme :

— Je pense que vous plaisantez, docteur. Je vous ai déjà dit que ma présence à Paris était indispensable !

— Je suis certain que vous pourrez facilement retarder votre départ de quelques jours, répliqua l’autre, avec un accent lourd de menaces. Cessons cette comédie ! Tant pis pour vous, car vous avez pénétré chez moi pour mettre votre nez dans des affaires qui ne vous regardaient pas !

Marius cette fois, tressaillit.

— Que signifient ces menaces ? S’exclama-t-il. Vous plaisantez, je pense, docteur ?

— Pas le moins du monde et vous auriez déjà dû le comprendre ! Reprit sèchement le docteur Mollet. Je n’ai pas l’intention de vous laisser partir d’ici ... jusqu’à nouvel ordre ! Alors choisissez, Marius ! Acceptez mon hospitalité de bon gré, sinon vous m’obligerez à vous forcer à rester chez moi ... ce qui me déplait. Tâchez d’éviter ce désagrément pour vous et pour moi !

Marius lui jeta un coup d’œil haineux, réalisant trop tard qu’il s’était laissé berner par les propos mielleux du diabolique médecin. Il se trouvait pris au piège comme une pauvre souris, mais il feignit l’indifférence :

— Je suppose que vous continuez à plaisanter, docteur. Abaissez je vous prie, le canon de votre arme. Je ferai en sorte de m’efforcer d’oublier ce geste peu courtois de votre part.

Le docteur Mollet s’éloigna de la table et se rapprocha de l’ami d’Edwige.

— Ecoutez-moi, reprit le curieux médecin avec un accent beaucoup plus aimable, suivez mon conseil, cher ami, et restez chez moi. Vous y serez traité avec la plus grande sollicitude et vous éviterez de graves ennuis !

Marius, comprenant qu’il n’avait pas le choix, se décida à découvrir son jeu.

— Puisqu’il en est ainsi, docteur, je vais alors vous dévoiler la raison pour laquelle j’insiste pour sortir immédiatement de vote propriété, expliqua-t-il calmement, après une imperceptible hésitation ; si à treize heures très exactement, je ne rejoins pas mon ami, il ira prévenir la gendarmerie de Melun !

Un éclair de rage brilla dans les prunelles claires et métalliques du docteur Mollet, tandis qu’un horrible juron lui échappa.

— Canaille ! Hurla-t-il tu cherches à m’intimider, mais tu n’y réussiras pas ! Tu l’as bien cherché, imbécile, alors ... tant pis pour toi !

Une brève détonation retentit dans la pièce !

{ A SUIVRE LE 21 OCTOBRE }

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