L'HOMME QUI VOIT A TRAVERS LES CORPS
Tout le monde connaît la merveilleuse propriété que possèdent les ayons X de traverser les corps opaques. Or il existe un homme qui semble avoir la même faculté spontanément, de naissance, et ans autre secours que celui de ses yeux. C'est un garçon de café de Palencia, petite ville espagnole située au nord de Valladolid. Il fait l'étonnement de tous les habitués du café où il sert.
Sa rétine est un véritable appareil de rayon X.
Si l'on cache un homme ou une femme quelconque derrière un paravent, il aperçoit sans difficultés à travers le paravent les vêtements, la peau et le squelette de cette personne.
Chose étrange, il semble que le paravent au lieu de gêner sa vision, la rende plus puissante et plus aiguë. C'est ainsi qu'il aperçoit les plus minuscules cicatrices qu'on distinguerait à peine à l’œil nu.
Ce mystérieux garçon de café qui se nomme Enrico Ferrera, à ainsi considérablement augmenté les affaires de son patron. Les gens viennent par curiosité, des villes espagnoles les plus lointaines, se faire servir des consommations dans le petit café où il sert et qui est situé — avis aux voyageurs — via del Cuba.
Ajoutons que les médecins les plus célèbres de l'Espagne ont examiné ce cas singulier avec le plus grand intérêt et qu'aucun d'eux n'a pu encore se prononcer.
On a cru d'abord à une supercherie mais les expériences les plus minutieuses et les plus concluantes ont démontré que Ferrera était absolument de bonne foi.
Fils de très humbles paysans, il se prêta d'abord aucune attention à l'étonnante faculté qu’il possédait et autour de lui personne ne s'en aperçut d'abord. Mais un jour, il fallut bien se rendre à l'évidence. Ferrera était alors âgé de treize ans. Un tâcheron que ses parents employaient au moment de la récolte, était soupçonné de leur avoir volé trois écus. Il se défendait cependant avec la dernière énergie et protestait de son innocence avec indignation. Mais le petit Enrico, qui avait assisté à la scène, s'écria soudain :
— Je les vois les écus, ils sont dans la poche de sa veste.
— Comment peux-tu les voir, petit imbécile, lui dit son père.
— Je t'assure que je les vois, insista l'enfant.
On finit par fouiller le tâcheron et on trouva effectivement les écus dans la poche que l'enfant avait désigné.
Les gens du pays crurent à de la sorcellerie et ses parents durent placer Enrico à la ville.
La mystérieuse faculté dont il est doué lui valut récemment une proposition d'un grand cafetier de Madrid, qui voulait organiser dans son établissement des séances où Enrico Ferrera se serait montré en public.
Mais celui-ci a refusé, il n'aime pas la réclame et il désire vivre tranquillement dans sa petite ville.
Il es d'ailleurs navré de la singularité qui le distingue des autres hommes. D'autant plus qu'elle fut pour lui la cause d'un véritable malheur. Fiancé à une jeune domestique de la ville, Enrico Ferrera espérait se mettre bientôt en ménage. Mais la jeune file, qui ignorait au début la vision spéciale dont il est doué, a refusé finalement de se marier avec lui, alléguant qu'elle ne voulait pas épouser un homme anormal.
REVUE NOS LOISIRS DU 24 MAI 1908
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