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MOINEAUX SANS NID N° 171

18 Août 2012, 09:05am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE 171Très ébranlée, madame Gérard se tut et réfléchit.

Lornier en profita pour se ressaisir et recouvra tout son sang-froid, si bien que, lorsque, relevant les yeux, la mère de la jeune fille croisa son regard, elle y lut une telle ironie qu’elle en fut outrée, mais n’osa élever la voix de nouveau.

— Vous comprenez, j’espère, Madame, que vous auriez mieux fait de ne pas perdre ainsi la tête, murmura Claude Lornier avec un toupet incroyable. Si vous m’aviez laissé parler, nous n’en serions pas arrivés à échapper de tels propos.

Un soupir amer échappa à la pauvre femme, mais elle reprit à son tour toute son assurance et déclara énergiquement :

— Peu m’importe la façon dont se sont déroulées les choses, Monsieur. Vous êtes le principal responsable, car vous êtes un homme mûr et vous n’azuriez jamais dû abuser d’une enfant éprise, naïve et mineure par-dessus le marché.

— Mais je n’ai absolument rien fait de mal ! Assura énergiquement le misérable.

— Je ne veux pas en entendre davantage, répliqua froidement la mère de Christine, et j’en sais suffisamment pour soupçonner le pire. Tant mieux pour vous si je me trompe. De toute manière vous avez assez compromis ma fille pour lui devoir réparation.

Elle s’interrompit puis, après quelques secondes de silence elle dévisagea sévèrement le jeune homme et reprit :

— Voulez-vous que nous nous entendions à l’amiable, ou préférez-vous que j’aie recours aux autorités, monsieur Lornier ?

Le secrétaire de prison sursauta, surpris par cet ultimatum, ne sachant que répondre.

— J’exige que vous épousiez ma fille, déclara impérieusement madame Gérard, bien que je ne vous considère pas comme un bon parti pour elle. Mais je ne vois pas d’autre solution.

— Assez ! Je ne vous permets de m’insulter davantage. Si votre fille est une sotte sans cervelle, incapable de freiner ses désirs, tant pis pour elle et pour vous ! Vous n’aviez qu’à mieux la surveiller !

— Quant à vos menaces, elles ne me touchent guère ! Si vous tenez à porter plainte, je ne puis vous en empêcher, mais je saurai me défendre, soyez-en bien persuadée. En attendant, cessez cette comédie. Il ne me sera pas difficile de dire que vous avez voulu me tendre un piège, en me prenant pour un pauvre imbécile !

Une violente rougeur empourpra le visage de madame Gérard.

— Comment osez-vous raconter une chose pareille ! S’écria-t-elle indignée.

Mais Christine, épouvantée par la tournure que prenait la discussion, intervenait enfin :

— Maman, calme-toi, je t’en conjure ! S’écria-t-elle. Je l’aime et je désire l’épouser, c’est vrai. Pourtant, s’il n’y tient pas, ça ne fait rien ... Je me résignerai et je saurai souffrir même si je devais en mourir !

Tout a fait hors d’elle, sa mère la souffleta :

— Tais-toi, imbécile ! Cria-t-elle. Tu es grandement fautive, toi aussi, dans cette lamentable histoire !

— Votre fille a raison de vous donner ce conseil, renchérit le misérable. La colère vous fait déraisonner. Je ne vous en veux pas, car je comprends votre agitation ... Calmez-vous donc ! Rentrez chez vous et demain matin, si vous y tenez, nous reprendrons cette discussion. Je n’ai pas l’intention de me soustraire à mes obligations, et si votre fille a réellement subi un dommage, je ...

— Un dommage ! Coupa la femme indignée. Vous avez commis une action ignoble et ... Mais inutile de continuer à en parler. C’est entendu ! Nous reprendrons cet entretien devant un juge.

Et sans écouter les protestations du jeune homme, elle poussa sa fille hors de la pièce et sortit en claquant la porte avec violence.

Claude Lornier demeura d’abord cloué sur place. Maintenant qu’il se trouvait seul, il avait l’impression d’être emporté dans un véritable ouragan. Il lui fallut quelques minutes pour réussir à se calmer et être capable de réfléchir.

Il se laissa tomber sur son lit et poussa un profond soupir ... Puis il finit même par sourire, se disant que les choses s’étaient déroulées moins mal qu’il ne l’aurait supposé, car madame Gérard s’était bornée à lui reprocher sa faute, exigeant seulement une réparation ... Elle avait crié, bien sûr, mais il était assez logique qu’elle manifestât ainsi son indignation et sa peine ...

— Elle peut courir ! Murmura soudain le vaurien, et elle se trompe en croyant me faire peur. Qu’elle aille donc me dénoncer et raconter à tout le monde que son idole de fille s’est jetée dans mes bras ; on rira d’elles et c’est tout ce qu’elles y gagneront !

« Encequimeconcerne,jesaiscommentmecomporter ;pourcommencer,jenieraiabsolumenttout ...Etsileschosessaggraventplusquejenelesuppose,jaffirmeraiquelapetitenenestpasàsapremièreexpérience.Nousverronsbien,ensuite,cequediralajustice ! »

Décidé à lutter jusqu’au bout pour garder son indépendance , nullement tourmenté par le remords d’avoir abusé aussi ignoblement de la malheureuse Christine, l’odieux personnage finit presque par oublier l’incident pour ne plus songer qu’à la belle et séduisante Alice d’Evreux.

Ah ! Celle-là était une femme vraiment digne d’intérêt. Il s’était mis en tête de la conquérir d’autant plus que non seulement elle était très jolie, mais immensément riche, et cela surtout importait.

Claude Lornier se croyait également un homme très attrayant et il pensait que, très vite, cette ravissante femme s’éprendrait de lui.

« Ilfautabsolumentquejyarrive !Sedisaitlodieuxpersonnage.Jenepensepasquenotreaventuredevienneuneliaisondéfinitive ...Peut-êtrepourelle,nesagit-ilqueduncaprice ?Maisjetâcheraidentirertoutleprofitmatérielpossible ! »

D’ailleurs ce qui venait de se passer avec l’infortunée Christine semblait à Claude une preuve évidente de son propre charme.

« Toutdépendradelafaçondontjemyprendraipourlaséduire,pensait-il.Avecelleilmefaudrauserdegrandesprécautionsetdebeaucoupdepatienceetdhabilité.Detoutemanière,jepossèdedesatoutssérieuxetvaiscommencerparessayerdobtenirsasympathie.Deplus,Aliceabesoindemoipoursesvisitesàcebarbouilleurbuté ...

Il interrompit un moment son monologue intérieur, puis reprit tout haut :

— Il faut que j’arrive à décider cet entêté de Montpellier à lui accorder un entretien ! Peu importe ce qu’il s se diront, d’autant plus que ce garçon la méprise et qu’il en aime une autre. Je n’ai rien à redouter de lui, au contraire, et Alice me sera reconnaissant de lui obtenir une entrevue ... Demain, j’irai parler à cet homme. Peut-être se montrera-t-il plus conciliant.

Et sur ce dernier espoir, notre trop entreprenant personnage ferma les yeux et s’endormit profondément.

— Mais, Madame ... Essaya encore de protester Lornier, épouvanté à l’idée de ce qui pourrait arriver.

— Je n’ai pas l’intention de vous écouter plus longtemps, coupa la femme en s’approchant de sa fille qu’elle prit tendrement par la taille ... Viens, ma chérie, sortons d’ici et ne pleure plus. Je te promets que je saurai bien le forcer à réparer ce qu’il a fait !

Elle entraîna Christine sans écouter davantage les protestations de Claude Lornier. Cependant, avant de franchir le seuil de la pièce, elle se tourna vers lui et jeta d’une vois sifflante :

— Vous avez compris, n’est-ce pas ? Vous aurez à expliquer votre ignoble conduite devant les juges.

— Ca suffit ! Hurla à son tour Lornier, au comble de la rage. Vous êtes aussi injuste que têtue ... Il est vrai que vous avez découvert ici votre petite sotte. Pourtant, je vous jure qu’elle y est entrée de son plein gré !

— Je vous interdis de calomnier ma fille, misérable ! Cria madame Gérard les yeux étincelants de colère. Je vous ai prévenu ; demain matin j’irai porter plainte à la police et nous verrons bien ce qui arrivera.

— Attendez, attendez, Madame ! Supplia le secrétaire de la prison, réalisant la gravité de la situation. Je vous prie de m’écouter, de me laisser vous expliquer ...

— Ce n’est pas la peine, coupa-t-elle glaciale. Demain, ma fille et moi nous quitterons cette maison pour ne pas y revenir avant longtemps, mais auparavant, je vous dénoncerai et vous aurez à répondre de votre conduite inqualifiable envers une mineure !

— Mais puisque je vous répète que c’est votre fille qui est montée chez moi et c’est jeté à mon cou ! Se défendit Lornier. Prenez garde à ce que vous allez faire, Madame ! Je me défendrai ! Je n’hésiterai pas à raconter comment les choses se sont réellement passées.

Ces paroles frappèrent la brave femme qui, perplexe, le dévisagea durant quelques secondes, puis fixa sa fille et lui demanda :

— Est-ce vrai, Christine ? C’est toi qui es venue ici de ton plein gré ?

La pauvrette éclata, de nouveau en sanglots.

— Oui, maman, affirma-t-elle, à la grande confusion de sa mère, c’est vrai. Je l’aime ... Je suis folle de lui et je veux l’épouser !

Très ébranlée, madame Gérard se tut et réfléchit.

Lornier en profita pour se ressaisir et recouvra tout son sang-froid, si bien que, lorsque, relevant les yeux, la mère de la jeune fille croisa son regard, elle y lut une telle ironie qu’elle en fut outrée, mais n’osa élever la voix de nouveau.

— Vous comprenez, j’espère, Madame, que vous auriez mieux fait de ne pas perdre ainsi la tête, murmura Claude Lornier avec un toupet incroyable. Si vous m’aviez laissé parler, nous n’en serions pas arrivés à échapper de tels propos.

Un soupir amer échappa à la pauvre femme, mais elle reprit à son tour toute son assurance et déclara énergiquement :

— Peu m’importe la façon dont se sont déroulées les choses, Monsieur. Vous êtes le principal responsable, car vous êtes un homme mûr et vous n’azuriez jamais dû abuser d’une enfant éprise, naïve et mineure par-dessus le marché.

— Mais je n’ai absolument rien fait de mal ! Assura énergiquement le misérable.

— Je ne veux pas en entendre davantage, répliqua froidement la mère de Christine, et j’en sais suffisamment pour soupçonner le pire. Tant mieux pour vous si je me trompe. De toute manière vous avez assez compromis ma fille pour lui devoir réparation.

Elle s’interrompit puis, après quelques secondes de silence elle dévisagea sévèrement le jeune homme et reprit :

— Voulez-vous que nous nous entendions à l’amiable, ou préférez-vous que j’aie recours aux autorités, monsieur Lornier ?

Le secrétaire de prison sursauta, surpris par cet ultimatum, ne sachant que répondre.

— J’exige que vous épousiez ma fille, déclara impérieusement madame Gérard, bien que je ne vous considère pas comme un bon parti pour elle. Mais je ne vois pas d’autre solution.

— Assez ! Je ne vous permets de m’insulter davantage. Si votre fille est une sotte sans cervelle, incapable de freiner ses désirs, tant pis pour elle et pour vous ! Vous n’aviez qu’à mieux la surveiller !

— Quant à vos menaces, elles ne me touchent guère ! Si vous tenez à porter plainte, je ne puis vous en empêcher, mais je saurai me défendre, soyez-en bien persuadée. En attendant, cessez cette comédie. Il ne me sera pas difficile de dire que vous avez voulu me tendre un piège, en me prenant pour un pauvre imbécile !

Une violente rougeur empourpra le visage de madame Gérard.

— Comment osez-vous raconter une chose pareille ! S’écria-t-elle indignée.

Mais Christine, épouvantée par la tournure que prenait la discussion, intervenait enfin :

— Maman, calme-toi, je t’en conjure ! S’écria-t-elle. Je l’aime et je désire l’épouser, c’est vrai. Pourtant, s’il n’y tient pas, ça ne fait rien ... Je me résignerai et je saurai souffrir même si je devais en mourir !

Tout a fait hors d’elle, sa mère la souffleta :

— Tais-toi, imbécile ! Cria-t-elle. Tu es grandement fautive, toi aussi, dans cette lamentable histoire !

— Votre fille a raison de vous donner ce conseil, renchérit le misérable. La colère vous fait déraisonner. Je ne vous en veux pas, car je comprends votre agitation ... Calmez-vous donc ! Rentrez chez vous et demain matin, si vous y tenez, nous reprendrons cette discussion. Je n’ai pas l’intention de me soustraire à mes obligations, et si votre fille a réellement subi un dommage, je ...

— Un dommage ! Coupa la femme indignée. Vous avez commis une action ignoble et ... Mais inutile de continuer à en parler. C’est entendu ! Nous reprendrons cet entretien devant un juge.

Et sans écouter les protestations du jeune homme, elle poussa sa fille hors de la pièce et sortit en claquant la porte avec violence.

Claude Lornier demeura d’abord cloué sur place. Maintenant qu’il se trouvait seul, il avait l’impression d’être emporté dans un véritable ouragan. Il lui fallut quelques minutes pour réussir à se calmer et être capable de réfléchir.

Il se laissa tomber sur son lit et poussa un profond soupir ... Puis il finit même par sourire, se disant que les choses s’étaient déroulées moins mal qu’il ne l’aurait supposé, car madame Gérard s’était bornée à lui reprocher sa faute, exigeant seulement une réparation ... Elle avait crié, bien sûr, mais il était assez logique qu’elle manifestât ainsi son indignation et sa peine ...

— Elle peut courir ! Murmura soudain le vaurien, et elle se trompe en croyant me faire peur. Qu’elle aille donc me dénoncer et raconter à tout le monde que son idole de fille s’est jetée dans mes bras ; on rira d’elles et c’est tout ce qu’elles y gagneront !

« Encequimeconcerne,jesaiscommentmecomporter ;pourcommencer,jenieraiabsolumenttout ...Etsileschosessaggraventplusquejenelesuppose,jaffirmeraiquelapetitenenestpasàsapremièreexpérience.Nousverronsbien,ensuite,cequediralajustice ! »

Décidé à lutter jusqu’au bout pour garder son indépendance , nullement tourmenté par le remords d’avoir abusé aussi ignoblement de la malheureuse Christine, l’odieux personnage finit presque par oublier l’incident pour ne plus songer qu’à la belle et séduisante Alice d’Evreux.

Ah ! Celle-là était une femme vraiment digne d’intérêt. Il s’était mis en tête de la conquérir d’autant plus que non seulement elle était très jolie, mais immensément riche, et cela surtout importait.

Claude Lornier se croyait également un homme très attrayant et il pensait que, très vite, cette ravissante femme s’éprendrait de lui.

« Ilfautabsolumentquejyarrive !Sedisaitlodieuxpersonnage.Jenepensepasquenotreaventuredevienneuneliaisondéfinitive ...Peut-êtrepourelle,nesagit-ilqueduncaprice ?Maisjetâcheraidentirertoutleprofitmatérielpossible ! »

D’ailleurs ce qui venait de se passer avec l’infortunée Christine semblait à Claude une preuve évidente de son propre charme.

« Toutdépendradelafaçondontjemyprendraipourlaséduire,pensait-il.Avecelleilmefaudrauserdegrandesprécautionsetdebeaucoupdepatienceetdhabilité.Detoutemanière,jepossèdedesatoutssérieuxetvaiscommencerparessayerdobtenirsasympathie.Deplus,Aliceabesoindemoipoursesvisitesàcebarbouilleurbuté ...

Il interrompit un moment son monologue intérieur, puis reprit tout haut :

— Il faut que j’arrive à décider cet entêté de Montpellier à lui accorder un entretien ! Peu importe ce qu’il s se diront, d’autant plus que ce garçon la méprise et qu’il en aime une autre. Je n’ai rien à redouter de lui, au contraire, et Alice me sera reconnaissant de lui obtenir une entrevue ... Demain, j’irai parler à cet homme. Peut-être se montrera-t-il plus conciliant.

Et sur ce dernier espoir, notre trop entreprenant personnage ferma les yeux et s’endormit profondément.

( A SUIVRE LE 21 AOUT )

 

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