Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

MOINEAUX SANS NID N° 171

18 Août 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE 171Toi ? S’exclama-t-il, effrayé. Est-tu folle ? Si ta mère savait que tu es montée ici !...

Christine le poussa doucement, entra et referma avec précaution la porte derrière elle.

Il s’aperçut alors qu’elle avait le visage inondé de larmes et semblait bouleversée. Elle se jeta dans ces bras en sanglotant, tandis que, stupéfait et un peu effrayé, il ne savait que dire.

— C’est affreux ! S’exclama-t-elle, maman veut que nous partions toutes les deux chez ma tante, et jamais, jamais, je ne pourrai supporter d’être séparée de toi !

— Allons, allons, fit le jeune homme, essayant de la calmer, j’ai appris cette nouvelle tout à l’heure, et elle n’a rien de très dramatique ... Il n’est question, après tout, que de peu de jours et dès que ta tante ira mieux, vous ...

— Mais ça peut durer très longtemps ! Interrompit-elle en pleurant. Nous allons être séparés maintenant que nous nous aimons ... Alors que mon beau rêve commençait enfin à se réaliser !

— Peut-être cela vaut-il mieux ! Répliqua Lornier, pris d’une impulsion soudaine. Réfléchis donc un peu, Christine ; cette séparation sera une petite épreuve pour nous deux, et si, en nous retrouvant, le même élan nous précipite toujours dans les bras l’un de l’autre, cela signifiera que notre sentiment est sincère et profond.

Cette remarque stupéfia littéralement la pauvre enfant.

— Comment peux-tu dire de telles choses, Claude ? Protesta-t-elle indignée. Tu doutes encore de mon amour pour toi ?

— Parfois, on peut se tromper sur la réalité d’un sentiment, déclara le misérable avec calme. D’ailleurs, ce n’est pas le moment de discuter, Christine. Ta mère pourrait arriver et nous surprendre. Allons, va-t-en à présent, si nous tenons à éviter une véritable catastrophe.

— Mais il m’est impossible de te quitter comme ça ! Gémit la pauvrette en blottissant sa tête sur la poitrine du jeune homme.

Simulant une tendresse qu’il était fort loin de ressentir, Claude Lornier caressa doucement les beaux cheveux de Christine, en lui murmurant de tendres paroles, espérant arriver ainsi à la réconforter et la convaincre de redescendre vivement chez elle.

Il avait une peur bleue que madame Gérard ne surgit d’un instant à l’autre et de découvrir sa fille chez lui, car cette dernière, autrement avertie que Christine, ne se serait sûrement pas contentée de ses explications !... Peut-être même serait-elle capable de provoquer un scandale et de l’accuser d’avoir séduit la jeune fille.

Cette seule pensée lui donnait des sueurs froides !

Et comme au lieu de se calmer, la malheureuse se laissait aller à toute la violence d’un chagrin qui ne faisait que croître, il la repoussa agacé, en s’écriant d’une voix irritée, mais étouffée !

— Ca suffit, Christine ! Ne fait donc pas l’enfant ! Cette séparation ne sera pas éternelle ! Lorsque vous serez de retour ici, nous nous reverrons. Maintenant, tais-toi et file !

L’infortunée Christine le fixa avec effarement, écarquillant ses yeux brillants de larmes, puis elle gémit en se couvrant le visage de ses deux mains !

— Comme tu es dur avec moi ! Jamais je ne pourrai supporter cette séparation ! J’en mourrai !

— On ne meurt pas pour si peu ! S’exclama Lornier qui commençait à perdre patience. Cesse de pleurnicher à présent, voyons ! Ta mère pourrait t’entendre et monter ici ... Je finis même pas me demander si ce n’est pas ça que tu cherches !

La fixant avec colère, il la saisit aux épaules et la poussa brutalement vers la porte.

— Va-t-en ! Sors d’ici tout de suite ! Ordonna-t-il menaçant. N’essaye pas de me tendre un piège, je ne suis pas un imbécile ! Rentre chez toi avant que ta mère ne s’aperçoive de ton absence !

Bouleversée, la malheureuse le fixait, les yeux pleins d’une douloureuse stupeur.

— Oh ! Claude ! S’écria-t-elle d’une voix brisée. Que dis-tu ? De quel piège veux-tu parler ? Je t’aime, moi, et je ne peux plus vivre sans toi ! La pensée de te quitter, même pour quelques jours, m’épouvante et me bouleverse ... Et tu pourrais croire que je veux du mal ?

Il haussa les épaules, réalisant qu’il avait été un peu loin. Il sourit, saisit la tête de la jeune fille entre ses deux mains et posa un léger baiser sur le front de l’innocente enfant.

— A présent, sois raisonnable, ma chérie, murmura-t-il avec douceur. Je ne voulais pas te peiner, mais tu ne réalises réellement pas le danger qui nous menace tous les deux en ce moment ; songe à ce qui arriverait si ta mère te surprenait chez moi !

— Je n’ai pas peur de ma mère ! S’écria soudain Christine avec élan, et si elle entrait ici, je lui dirais l’entière vérité. Je lui expliquerait que nous nous aimons et désirons nous marier ... Je la connais ; elle serait vite très émue et nous donnerait tout de suite sa bénédiction !

Une immense stupeur se lut sur le visage du misérable. Il pâlit intensément et perdant cette fois complètement son sang-froid s’écria avec rage :

— Qu’est-ce que tu vas chercher à présent, petite sotte ? Mais je ne t’es jamais parlé mariage, moi ! Tu vois bien que je ne me trompais pas en disant que tu voulais me tendre un piège ! Je ne suis pas foi, et je n’ai pas du tout l’intention de me charger d’une femme et d’un foyer avec le salaire de misère que je touche !

Bouleversée, incrédule devant un tel cynisme, Christine le fixa, tout d’abord interdite, puis elle éclata de nouveau en violents sanglots malgré tous ses efforts pour les étouffer.

Cette fois, l’infâme séducteur fut pris d’une rage folle et il se peut cacher la méchanceté dont il était capable.

— Petite sotte ! S’écria-t-il. Cesse de pleurer, sinon je vis te gifler ! Sors immédiatement d’ici ou c’est qui appellerai ta mère pour lui dire que tu es une folle ! Que tu es entrée chez moi et que tu t’es jetée à mon cou ... Je ne suis pas encore ce que je dirai, mais je saurai bien arriver à la convaincre que tu es la seule coupable !

— Mon Dieu ! Mon Dieu ! Gémit la pauvrette, réalisant brusquement la sécheresse de cœur dont était capable l’homme qu’elle aimait si ardemment. Comment oses-tu me traiter ainsi ? Tu ne m’aimes donc pas ? Et moi qui t’ai cédé, persuadée de la sincérité de tes sentiments !...

Une terrible crise de désespoir interrompit ses plaintes, et le misérable s’inquiétait de plus en plus, s’attendant à chaque instant à voir arriver madame Gérard.

Un accès de rage soudaine l’envahit brusquement, et voyant que la malheureuse continuait à sangloter de plus belle, il lui allongea une gifle retentissante.

Tout d’abord, Christine resta interdite, puis elle céda à une violente crise de nerfs.

— Lâche ! Hurlait-elle, comment as-tu osé ? Non !... Non !... Pardon ! Je ne sais plus ce que je dis ! Je ne voulais pas ... Tu as raison ... Je m’en vais tout de suite !

Immobile en face d’elle, il la dévisageait en ricanant méchamment.

— Va-t-en ! Sors de chez moi ! S’écria-t-il tout à coup d’une voix dure et glaciale, nullement ému de cette immense détresse.

— Je crois, au contraire, qu’elle doit rester encore quelques instants ici ! Trancha une voix autoritaire et plus dure que celle du jeune homme.

Lornier sursauta et fit volte-face ... Le souffle lui manqua en apercevant dans l’encadrement de la porte ouverte sans aucun bruit, la silhouette imposante et massive de madame Gérard.

— Il n’eut pas le temps de prononcer un seul mot, car la mère de l’infortunée Christine, saisissant sa fille par le bras la poussa violemment contre le mur et, lui faisant un bouclier de son corps, fixa le misérable les yeux étincelants de colère et de mépris.

— Ainsi, vous en êtes arrivé là ! S’exclama-t-elle, vraiment hors d’elle. Vous êtes un voyou, une canaille ! Et moi qui vous prenais pour un garçon sérieux et honnête !

— Je vous en prie, Madame, essaya de protester Claude Lornier, blanc comme un linge. Je vais vous expliquer, je ...

— Taisez-vous ! J’en ai suffisamment entendu pour savoir à quoi m’en tenir ! Je vous préviens tout de suite que je ne me contenterai pas de ces reproches et que je saurai vous forcer à accomplir votre devoir envers ma fille !

— Mon devoir ? Répéta Lornier, stupéfait.

Puis, comprenant ce que sous-entendait la mère de Christine, il hurla à son tour, fou de rage :

— Ah ! Ca non ! Non ! Vous ... ne ...

— Non ? Interrompit-elle menaçante. Eh bien ! C’est ce que nous verrons. Vous avez abusé de ma pauvre enfant et vous croyez que ça va se passer comme ça !

— Tout d’abord, il faut aussi que vous m’écoutiez, Madame. Vous n’avez pas le droit de me traiter comme un vulgaire séducteur sans m’accorder la possibilité de me défendre, car si les apparences me condamnant la vérité est toute différente.

Se tournant vers la jeune fille qui pleurait silencieusement, le visage caché entre ses mains, il ajouta :

— Dis la vérité à ta mère. Explique-lui ce qui s’est passé entre nous et dans quelles conditions. Cesse donc de pleurer ainsi ! Tu as commis une faute et tu dois avoir le courage de le reconnaître ...

Furieuse, madame Gérard l’interrompit de nouveau :

— Comment pouvez-vous parler ainsi durement à cette enfant ? S’exclama-t-elle avec colère. Je vous l’interdit et vous traînerai en justice pour détournement de mineurs.

— Mais, Madame ... Essaya encore de protester Lornier, épouvanté à l’idée de ce qui pourrait arriver.

— Je n’ai pas l’intention de vous écouter plus longtemps, coupa la femme en s’approchant de sa fille qu’elle prit tendrement par la taille ... Viens, ma chérie, sortons d’ici et ne pleure plus. Je te promets que je saurai bien le forcer à réparer ce qu’il a fait !

Elle entraîna Christine sans écouter davantage les protestations de Claude Lornier. Cependant, avant de franchir le seuil de la pièce, elle se tourna vers lui et jeta d’une vois sifflante :

— Vous avez compris, n’est-ce pas ? Vous aurez à expliquer votre ignoble conduite devant les juges.

— Ca suffit ! Hurla à son tour Lornier, au comble de la rage. Vous êtes aussi injuste que têtue ... Il est vrai que vous avez découvert ici votre petite sotte. Pourtant, je vous jure qu’elle y est entrée de son plein gré !

— Je vous interdis de calomnier ma fille, misérable ! Cria madame Gérard les yeux étincelants de colère. Je vous ai prévenu ; demain matin j’irai porter plainte à la police et nous verrons bien ce qui arrivera.

— Attendez, attendez, Madame ! Supplia le secrétaire de la prison, réalisant la gravité de la situation. Je vous prie de m’écouter, de me laisser vous expliquer ...

— Ce n’est pas la peine, coupa-t-elle glaciale. Demain, ma fille et moi nous quitterons cette maison pour ne pas y revenir avant longtemps, mais auparavant, je vous dénoncerai et vous aurez à répondre de votre conduite inqualifiable envers une mineure !

— Mais puisque je vous répète que c’est votre fille qui est montée chez moi et c’est jeté à mon cou ! Se défendit Lornier. Prenez garde à ce que vous allez faire, Madame ! Je me défendrai ! Je n’hésiterai pas à raconter comment les choses se sont réellement passées.

Ces paroles frappèrent la brave femme qui, perplexe, le dévisagea durant quelques secondes, puis fixa sa fille et lui demanda :

— Est-ce vrai, Christine ? C’est toi qui es venue ici de ton plein gré ?

La pauvrette éclata, de nouveau en sanglots.

— Oui, maman, affirma-t-elle, à la grande confusion de sa mère, c’est vrai. Je l’aime ... Je suis folle de lui et je veux l’épouser !

 

SUITE A 9 H 05

 

 

041

 

 

Commenter cet article