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APACHE ROI N° 24

31 Juillet 2012, 11:00am

Publié par nosloisirs

 

APACHE ROI TITRE

 

 

Vous me demandez l'impossible...

L'impossible... J'ai longtemps cru que vous auriez pu me le faire retrouver ; je vous ai accusé en mon cœur d'avoir été avec les Dolabelle que je tenais, que je tiens encore pour les auteurs de l'enlèvement.

M. Roulisse secoua la tête.

Je ne sais rien... Je n'ai jamais rien su.

Et vraiment suppliant :

Je ne vous accuse plus, répondit-elle. Après la preuve du dévouement que vous m'avez donner, je ne puis plus vous accuser ! L'homme qui ma défendue devant le juge d'instruction comme vous l'avez fait, ne serait pas resté sourd à la prière de la mère s'il avait pu l'exaucer... Non ! Je ne vous accuse plus et je me frappe la poitrine de vous avoir soupçonné ; mais aujourd'hui comme le jour où je fus mise en deuil de mon enfant, je vous renouvelle cette prière... Attendez ! Laissez-moi finir, vous dire ce que j'attends de vous ! je garde, je le répète ma conviction que ce sont les Dolabelle qui m'ont fait enlever mon petit Jean et vous êtes toujours bien avec les Dolabelle, vous pouvez les voir, leur parler librement. Eh bien, voyez les, parlez-leur de cet enfant, faites l'impossible pour leur arracher la confidence de l'enlèvement. Profitez de tout ce qui leur est arrivé de ces malheurs où ils ont voulu voir une vengeance de Jacqueline, quand leur conscience aurait dû s'y sentir que le châtiment d'en haut ; faites-leur sentir ce châtiment et dites-leur ce qu'il faut leur dire : « Effacez le mal que vous avez fait, apaisez votre justice d'en haut en le réparant autant que vous le pourrez, rendez au moins l'enfant à sa mère » Voilà la prière que je vous fait aujourd'hui, monsieur Roulisse, et je vois sur votre visage dont vos yeux qui se mouillent malgré vous que vous l'avez déjà exaucée.

M. Roulisse succombait en effet à cette prière qui réveillait en lui un remords cuisant ; il allait parler, soulager sa conscience, avouer sa complicité crier le mot qu'attendait la mère.

Eh bien ! Oui !... Oui !... Je sais ! Je sais ! Je peux vous répondre ! Je peux vous consoler. Je n'ai pas besoin des Dolabelle pour vous dire comment votre enfant vous fut enlevé et ce qu'on en a fait, et vous aviez raison de me soupçonner et de m'accuser ; j'étais avec les Dolabelle contre vous et c'est moi qui ai présidé à l'enlèvement qu'ils avaient décidé !

Mais il se souvint qu'il était encore dans la main de Dolabelle père, qu'il ne pouvait pas parler sans se voir exécuter par ce créancier devenu deux fois intraitable et ce fut, comme au jour de sa visite à Saint-Mandé, l'épouvante de la ruine et de la faillite qui l'emporta chez lui.

Il refoula son aveu prêt à jaillir, et se contenta de répondre :

Je ne peux pas refuser de faire ce que vous me demandez, mais je ne veux pas que vous vous leurriez ; même si les Dolabelle avaient sur la conscience l'enlèvement de votre enfant et ce n'est pas le cas je n'obtiendrais rien d'eux...

Et, pour en finir avec cette prière qui le déchirait il laissa tomber ce mensonge qui lui brûlait les lèvres :

Je vous parle là en connaissance de cause ; j'ai déjà cherché à arracher à M. Dolabelle père la vérité sur l'enlèvement ; je me suis heurté à une protestation indignée et défense m'a été faite de revenir jamais sur ce sujet... Croyez-moi il faut vous résigner encore. Il faut attendre l'heure de la justice qui viendra pour vous comme elle vient pour tous le monde.

Jacqueline tressaillit.

L'heure de la justice !... s'exclama-t-elle. Ce n'est pas la première fois qu'on me parle d'elle. Le ravisseur de mon enfant me laissa dans le berceau du pauvre innocent, une lettre où l'on me disait aussi d'attendre cette heure !

Ce fut au tour de Roulisse de tressaillir ; il avait malgré lui succombant au même besoin de consoler la mère en lui versant de l'espoir, répété presque exactement les termes de cette lettre qu'il connaissait bien pour en être l'auteur.

Fort heureusement pour lui, Jacqueline ne vit rien de son trouble ; elle acheva les yeux au ciel :

Elle n'est pas venue pour moi l'heure de la justice ; viendra-t-elle jamais ? Je n'ose plus espérer.

M. Roulisse se sentit sauvé ; il retrouva son besoin de consoler.

Il faut toujours espérer, murmura-t-il gravement. La justice ne meurt pas ; c'est souvent alors qu'on désespère qu'elle se manifeste enfin.

Et il ajouta, regardant devant lui et comme visité par une inspiration subite :

Qui sait ? Vous êtes peut-être à la veille de retrouver votre enfant... Quelque chose me le dit... je sens... je vois venir...

Mais s'interrompant brusquement car il allait trop en dire :

Non, j'ai tort de vous parler ainsi, comme si je pouvais être sûr de ce que je crois voir venir.

Et, serrant la main de la mère.

Laissons ce sujet, je vous en prie. Attendons... attendons et espérons ! Je vous jure que c'est là tout ce que je peux vous dire... Ah ! Mon Dieu! Vous sauriez la vérité depuis longtemps depuis le jour où vous me l'avez demandé pour la première fois s'il avait été en mon pouvoir de vous l'apprendre. Vous n'en doutez pas, dites ! Vous croyez en moi ?

Je vous ai déjà demandé pardon de vous avoir soupçonné, répondit Jacqueline... J'attendrai comme vous m'y invitez et j'espérai... si je peux...

Qu'avait voulu dire Roulisse ?

Qu'avait-il vu venir ?

Il profita de l'apparente résignation de Jacqueline pour parler immédiatement d'autre chose.

Il sauta sur le sujet le plus près de lui, la visite qu'il venait de faire à l'hôtel de la rue François 1er.

Savez-vous que le comte Ramy est joliment logé !

C'est de la réclame, je n'ai plus rien à vous apprendre là-dessus.

Mais vous ne m'en voulez pas d'y revenir ?

Du tout... Au contraire... Vous me donnez l'occasion de réparer un oubli qui pourrai me coûter très cher...

Réparez ! Réparez bien vite !

Je vous prie de ma garder le secret de la confidence que je vous ai faite.

Oh ! Vous pouvez être tranquille ; je suis trop commerçant pour ne pas sentir le prix de ce secret.

Et vous me promettez, n'est-ce pas ?

Vous avez ma parole, de négociant et d'honnête homme et d'ami !

Quoi qu'on vous demande de mes moyens d'existence et qui que ce soit qui vous interroge vous ne trahirez pas mon secret !

Je vous le jure.

Vous pouvez cependant être acculé à la nécessité de parler.

La nécessité !... Il n'y a pas de nécessité pour un homme d'honneur qui a juré.

Pardon ! Il peut s'en produire une.

Pourquoi Jacqueline insistait-elle ainsi ? Où voulait-elle en venir ? Quelle était cette nécessité qu'elle avait entrevue soudain ?

Elle le dit.

Supposez que vous ayez à rendre compte à mon juge de ma conduite chez vous, de l'emploi de mon temps... Cela peut arriver puisque vous êtes mon répondant.

En effet.

Alors vous serez amené à parler de ma fugue de cette nuit et c'est tout le secret du comte Ramy qui forcément votre échappera !

Pas du tout. Je pourrais parler de votre sortie nocturne sans dire un mot de la rue François 1er.

Oui, mais ce faisant, vous compromettriez gravement ma cause. Le juge, n'ayant pas la justification de ma sortie, se demandera, voudra savoir où je suis allée et ce que j'ai fait... et supposez encore qu'un autre crime ait été commis cette nuit dont l'auteur ou les auteurs seront restés inconnus.

C'était là qu'elle voulait en venir ; la disparition d'Henry Dolabelle allait être constatée dès ce matin et lui valoir une nouvelle accusation et il était impossible que le juge d'instruction ne se préoccupât pas de savoir ce qu'elle faisait à l'heure où cette disparition se produisait.

Supposez cela et demandez-vous ce qui se passera dans la tête de mon juge... La réponse est facile ; il sera aussitôt tenté de mettre ce nouveau crime à ma charge.

Oh ! Plus maintenant ! Protesta Roulisse qui ne sachant rien des événements de la nuit dernière n'avait pas les mêmes raisons que Jacqueline pour craindre ce réveil des soupçons du juge. Hier et avant ma visite, peut-être... Mais aujourd'hui , c'est fini de vous accuser.

C'est fini pour vous, monsieur Roulisse ; mais vous n'êtes pas le juge, vous... le juge qui m'aurait remise en liberté sans exiger votre caution, et en me faisant même des excuses, s'il n'avait gardé un vague soupçon.

Ah !... Vous croyez ? Eh bien ! Même dans ce cas... je ne vois pas ce que vous pourriez craindre.

Je le vois moi et je vous l'ai dit ; c’est par là que vous serez acculé à la nécessité de trahir mon secret ; vous ne pourriez pas vous empêcher de répondre au juge : « Votre soupçon ne tient pas ; c'est vrai que Mlle Myra est sortie de chez moi dans la nuit du crime, mais elle est allée, et voici pourquoi elle y est allée... » Et le secret du comte Ramy sortirait tout seul de vote bouche, et vous m'avez juré de le garder.

Elle savait à qui elle parlait ; Roulisse avait en effet, donné sa parole et juré solennellement de ne pas trahir la confidence reçue et l'idée d'être mis dans l'obligation de se parjurer devait troubler profondément sa conscience de sentimental.

Ah ! Mais... Ah ! Mais...fit-il... mal à l'aise, vous me mettez là dans un embarras...

— De moi cela n'a pas d'importance monsieur Roulisse ; mais le juge peut vous y mettre à son tour et vous serez évidemment à la tortue, vous, l'homme esclave de sa parole.

Alors... Alors...

Je ne vois qu'un moyen d'éviter tout cela...

Et c'est ?

Que vous taisiez ma sortie, tout simplement. Vous déclarerez que je n'ai pas quitté un instant l'abri que vous m'avez donné, et tout sera dit. Vous aurez fait, c'est vrai, un petit mensonge, mais un mensonge qui ne saurait affecter votre conscience ; vous êtes sûr, vous, que je suis allé rue François 1er et que je n'ai fait aucun mal ; et cet innocent mensonge nous sauveras tout les deux, vous, d'une parjure, moi, d'une nouvelle accusation.

En écoutant cela le bon commissionnaire avait un balancement de tête très significatif et son visage s'éclairait.

Il état pris ; à l'occasion il n'hésiterait pas à aire ce petit mensonge.

Très bien, votre moyen, très bien et comme vous dites, il n'en coûterait rien à ma conscience de l'employer si le cas se présentait.

Alors, c'est entendu ? Je pourrais si le cas se présente tabler là-dessus , répondre moi-même au juge que je ne suis pas sortie ?

Naturellement.

Vous confirmez ?

Des deux mains.

Vous le jurez ?... Oh ! Excusez-moi d'insister ainsi ; vous savez la situation cruelle que m'ont faite ces soupçons, vous sentez le besoin que je dois éprouver de sortir de là aussi blanche que j'y suis entrée et pour cela, je n'ai que votre appui, je ne peux compter que sur vous, et il est de toute nécessité que nous soyons bien d'accord.

Nous le sommes. Je vous ai juré de garder le secret du comte Ramy ; je vous jure de arder celui de votre sortie de la nuit dernière. Etes-vous contente de moi ?

Vous êtes un père pour moi, monsieur Roulisse, et plus qu'un père, un dieu.

Non ! Non ! Ne dites pas cela, protesta le brave homme, en qui criait toujours le besoin de réparer le mal fait à la mère de l'enfant volé ; je ne suis qu'un pauvre homme qui s'efforce de faire ce qu'il doit.

Et laissant malgré lui, sortir quelque chose de son remords.

 

APACHE-ROI--22-MARS--1908--.jpeg

 

C'est une dette que je vous dois... Sans moi vous ne seriez pas allée à Tourcoing, vous n'auriez pas connu le calvaire qui dure encore. Ah ! Oui, vous pouvez compter sur moi ; je vous tirerai de là, même s'il me fallait engager ma conscience !

Merci, monsieur Roulisse ! Merci du fond du cœur.

Jacqueline remerciait d'une voix ferme qui trahissait sa joie de la victoire remportée.

Elle était arrivée à ses fins ; maintenant le juge d'instruction pouvait l'interroger sur la disparition d'Henry Dolabelle et la remettre en cause, et fouiller l'emploi de son temps ; elle ne craignait plus rien.

Ah ! Nous voici chez nous...

La voiture quittant le boulevard enfilait la rue du Sentier.

Vous allez revoir votre ancien bureau, votre machine à écrire. Cela vous déplairait-il de reprendre votre emploi ?

Oh !... Je n'osais pas vous demander de me le rendre.

Vrai ?

Bien vrai. Retourner au temps heureux ou je n'avais qu'un souci ; gagner honorablement ma vie, redevenir l'employée estimée qui pouvait regarder droit devant elle... que voulez-vous que je désire de mieux ? Ah ! Recommencez ma vie, monsieur Roulisse et surtout en effacer ce qui m'a empoisonnée.

Je suis près à vous y aider, et vous le savez bien. Pourquoi n'osiez-vous pas me demander...?

Les Dolabelle...

Mon personnel ne regarde que moi ; les Dolabelle n'ont pas, d'ailleurs, à savoir que je vous ai reprise chez moi.

Merci... Mais il y a encore autre chose. Mon emploi est occupé.

Je vais congédier celle que vous a remplacée.

Quelque pauvre fille qui sera sur le pavé à cause de moi !

Non je la placerai ailleurs.

Vous me le promettez ?

Formellement et, en attenant que je l’aie placée, je la garderai et je continuerai à lui servir ses appointements. J'ai de quoi l'occuper... Ça va-t-il ?

Je vous répète que vous êtes un dieu pour moi.

Ils étaient arrivés à la maison de commission.

Un quart d'heure après, le patron, assis dans son fauteuil devant son bureau, procédait avec Jacqueline au dépouillement de son courrier.

La vie d'avant la chute recommençait pour la mère du petit Jean, et à ne voir que les apparences, le patron et son secrétaire dactylographe tout à leur travail, on eût dit vraiment qu'il n'y avait rien de changé.

Un peu avant midi, comme Jacqueline travaillait seule dans on propre bureau, occupée à transcrire les lettres que le patron lui avait dictée, Pierre arriva ; il venait aire son rapport.

Tout est bien là-bas... Mes hommes ont fait ce qu'ils avaient à faire et ils ont disparu.

Bien. Rien d'anormal autour de la villa ?

Rien. Personne.

Et ici, à Paris que dit-on ? Parle-t-on la nouvelle disparition ?

Je n'ai guère eu le temps de me renseigner. Cependant j'ai entendu parler du reste et l'on ne disait rien de la nouvelle affaire ; je pense qu'elle n'est pas encore connue.

Pierre disait vrai. La chose était encore ignorée du public ; elle ne lui fut révélée que par les journaux de l'après-midi.

En même temps que les crieurs de journaux commençaient à hurler la nouvelle sur les boulevards, un inspecteur de police se présentait chez M. Roulisse, rue du Sentier ; il venait inviter Jacqueline à se rendre au Palais de justice ; son juge d'instruction désirait la voir sans retard.

Elle prévint M. Roulisse :

Je vous le disais bien que tout n'était pas fini !

Et, revenant leur accord :

Je compte sur vous, monsieur Roulisse !

Comme sur vous-même, ma pauvre enfant ! Si je vous suis utile, n'hésitez pas à me faire appeler...

 

( A SUIVRE 3 AOUT )

 

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