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APACHE ROI N° 8

12 Juin 2012, 11:00am

Publié par nosloisirs

 

APACHE ROI EN TETE

 

Comment comme ça ! Ah ! Oui... Vous êtes fatiguée m'a dit la bonne, et elle m'a parlé aussi de délivrance et je vois maintenant ce que c'est... Vous avez êtes maman, quoi !... Eh bien ! Mais c'est du bonheur ça, et je vous en fais tous mes compliments. Ah ! Par exemple, un petit reproche ; vous auriez bien dû me faire part de votre mariage.

— C'est vrai, murmura Jacqueline en baissant la tête ; je l'aurais dû... mais je n'ai pas pu.

Et retombant dans les bras de maman Dary.

— Je ne suis pas mariée, je ne m'appelle pas Mme Robert, j'ai pris ce nom pour me cacher.

Et elle raconta en pleurant tout le roman de sa chute et elle termina par ce sanglot :

— Pardon, maman ! Pardon. Il faut me pardonner ! Si j'ai été coupable, je suis bien punie !... Ah ! Maman Dary, que je suis malheureuse.

— Malheureuse ! Vous dites...

Maman Dary ne retenait que cela de la confession, elle conduisait Jacqueline à sa chaine longue, l'y faisait asseoir.

— Malheureuse vous... C'est impossible je ne veux pas, moi... Ah ! Pauvre ange du bon Dieu ! Où est-il lui, le père ?

Jacqueline eut un geste vague.

— Là-bas, à Tourcoing où à Paris. Je ne sais pas. Oh ! Je ne manque de rien... que de lui... D'abord il ne me quittait pas, c'était moi qui était obligée de li rappeler que son père et sa mère souffraient de ne pas le voir. Puis je n'eus plus besoin de le lui rappeler, et il espaça de plus en plus les visites qu'il me faisait. Ah ! Je me rends bien compte que ce n'est pas gai de vivre ici enfermée, de ne voir personne.

— Que vous, mademoiselle et vous êtes quelqu'un pour lui, vous ? Ah ! Les hommes les ingrats, les misérables ! Je vois, je vois vous n'avez pas besoin de m'en dire davantage ; il ne vient plus n'est-ce pas ? Il vous laisse et vous abandonne. Non ! Non ! Pas cela. J'ai tort. Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas de sa faute. Ce sont les parents, le père et la mère. Je les entends ici...et vous les entendez aussi, n'est-ce pas ?

— Oui... oui maman Dary, je les entends. Où plutôt je voudrais les entendre. Je voudrais être sûre que ce n'est pas de lui-même qu'il s'éloigne de moi. Hélas ! Je crains bien que vous ne vous trompiez. Voilà quatre jours que je lui ai écrit pour le supplier de venir me dire toute la vérité. Il n'est pas encore venu, et il ne m'a s pas répondu à ma lettre... et j'ai appris des choses... des choses que je n'ose pas dire dont j'ai failli devenir folle. Je vais vous les dire à vous, maman Dary.

Elle lui dit :

— Un jour, il y a deux mois, j'étais aller au devant de lui par le bois avec ma bonne. Je le vis passer sur la route en voiture. Il n'était pas seul, il avait une femme avec lui.

— Sa mère ?

— Non... une femme très belle qui riait aux éclats et qu'il embrassait à pleines lèvres comme il m'embrassait moi, autrefois.

— Oh ! Et vous voyez ça, vous !

Maman Dary avait porté à ses lèvres les mains de Jacqueline.

— Pauvre petite !... Pauvre amour !

— Je m'abattis dans l'herbe. Quand je revins à moi, j'étais dans ma chambre. Je le cherchais à mon chevet, je l'appelai, il était parti en disant qu'il allait à la recherche d'un médecin. C'était vrai le médecin vint, mais lui ne revint pas, il avait rejoins cette femme qui riait aux éclats plus belle que moi et gaie, elle ! Toute au plaisir. C'était le châtiment maman Dary, et il continue. L'autre est heureuse moi, je souffre... mon temps est fini, le sien à peine commencé.

Comme Jacqueline achevait, le bruit d'une voiture la fit tressaillir.

Elle se leva pour regarder par la fenêtre ; la voiture s'était arrêtée à la grille de la villa, deux hommes en descendaient.

D'abord elle ne vit que le premier et elle jeta un grand cri.

— Henry !... Lui ! Lui... le voici ! C'est lui qui vient. Ce n'est pas vrai qu'il m'a abandonnée.

Elle se retournait vers maman Dary en lui montrant une porte et l'y poussant.

— Sortez de là... Vous attendrez dans l'autre pièce. Il ne faut pas qu'il vous voie ; j'ai promis de ne recevoir personne.

Maman Dary se laissa faire, docilement.

Henry entra et, dès le seuil, les bras de Jacqueline lui firent un collier.

— Oh ! C'est bien d'être venu, mon Henry.

— Attention ! Fit-il d'un ton ennuyé, je ne suis pas seul.

En même temps une voix connue saluait Jacqueline.

— Bonjour madame. J'avais promis à Henry de venir vous voir ici, je suis venu.

C'était M. Dolabelle qui avait accompagné son fils.

Jacqueline remercia, offrit des sièges, les deux hommes acceptèrent, le père, sans façon, le fils avec toujours son air ennuyé et le premier reprit :

— Mon Dieu ! Oui je suis venu. Mais en toute sincérité, je dois refuser vos remerciements, c'est à Henry que vous devez ma visite. Il avait besoin de moi, parait-il. Vous lui avez écris une lettre qui m'a montrée... une lettre qui appelait une réponse nette et précise, et cette réponse il ne vous l'aurait jamais faite, si je ne m'en étais pas mêlé. Il vous aurait laissé le bec dans l'eau comme on dit... par faiblesse ou par paresse ; il est redevenue très paresseux depuis quelque temps. Mais si je suis là et vous aller l'avoir la réponse. J'aime les situations franches moi, et vous aussi certainement. Parle Henri nous t'écoutons.

M. Dolabelle s'était tourné vers son fils et le regardait d'une façon significative avec des yeux qui disaient :

— Ne crains rien, je suis là.

Henri parla lentement en cherchant ses mots et bafouillant, l'air de plus en plus ennuyé.

— Ma chère Jacqueline... mon père à raison... Les situations franches... la vérité toujours... Je suis très malheureux... désolé... mais il le faut...

Il n'aurait pas eu besoin d'aller plus loin. Jacqueline était fixée.

De lui-même ou catéchisé par ses parents, il venait rompre et craignant de faiblir au dernier moment, il s'était fait accompagner de son père.

Elle ne l'interrompit pas ; en ce moment elle n'en aurait pas eu la force ; elle sentait tout son être s'en aller avec sa dernière illusion ; elle était comme un malade entré en agonie, qui entend encore des voix autour de lui, mais ne peut plus leur répondre.

Henry continuait, toujours soutenu par le regard paternel.

Il continuait pour lâcher presque aussitôt le grand mot, et le lâcher brutalement, comme font les timides, démuselés par le besoin de s'évader de là.

— Nous nous sommes trompés. Nous n'étions pas fait pour passer notre vie ensemble. Il vaut mieux y renoncer. Moi je m'y suis résigné... et j'espère que vous vous résignerez aussi.

Il ne la tutoyait plus et ce n'était plus Henry, l'amoureux vibrant, au verbe chaud et caressant qui parlait ; c'était un étranger à la voix blanche et embarrassée, qui trouvait difficilement l'expression de sa pensée.

Il termina :

— Mon père va vous dire la suite. Nous ne voulons pas que vous puissiez nous reprocher de vous avoir laissée dans le besoin.

Le regard de Jacqueline alla au père ; elle n’avait pas eu ne plainte.

M. Dolabelle parla à son tour :

— Le reste, le voici. Comme vient de vous le dire Henry, nous avons à cœur de ne pas vous laisser exposée à la misère. Nous avons décidé de vous laisser en toute propriété, la maison où vous êtes, et de vous offrir, en plus, une somme d'argent suffisante pour vous permettre de vous faire une petite position... d'acheter par exemple, un petit fonds de commerce. Mais nous ne vous imposons rien, c'est un simple conseil que je vous donne. Vous réfléchirez à tout cela, vous m'enverrez par écris, le résultat de vos réflexions et si vous acceptez nos propositions comme je l'espère, je vous ferai parvenir par le retour du courrier, le titre de propriété de cette maison et la somme d'argent en question. Voilà... Sur ce nous allons nous retirer, mais en vous assurant que nous ne garderons rien pour vous nuire dans l'avenir au contraire.

Il s'était levé pour partir.

— Fais tes adieux, Henry. Tu as été très digne, sois-le jusqu'au bout.

Henry se leva à son tour et tendit la main à Jacqueline.

— Adieu, soyez heureuse.

Elle ne bougea pas et Henry suivit son père et sortit derrière lui, sans tourner la tête et le seuil franchi, ce fut d'un bond qu'il s'élança vers l'air extérieur et il ne respira à l'aise que remonté dans la voiture qui l'avait amené avec son père.

— Allons ! Ça y est, souffla-t-il et ça c'est bien passé.

— Trop bien répondit le père devenu soucieux lui. Cette résignation muette ne me dit rien de bon...

— Ah !... tu crois ?

— Oui... Elle doit avoir une idée. Nous la connaîtrons qu'après la naissance de l'enfant.

L'enfant il n'avait pas été question de lui dans l'entrevue avec la mère, le père et le fils s'étaient appliqués à écarter du débat cette quantité essentielle et Jacqueline, elle n'avait pas dit un mot.

— Tu te figures peut-être, glissa Henry qu'elle songe à se servir de l'enfant pour nous créer des ennuis.

— Ça me fait cet effet. Je ne vois pas d'autre explication à cette attitude. Elle n'a pas desserré les dents mais intérieurement elle devait nous répondre : « Causez toujours j'aurai mon tour quand l'enfant sera là... » Oui c'est là le danger. L'enfant ton fils, le scandale, le chantage... un chantage qui a pour complice toutes les mères tout se qui porte une jupe...

— Ah ! Mais... il vaudrait mieux arranger ça aussi papa... Me voilà tranquille, je ne veux pas de cette menace.

 

19 JANVIER 1908 02

 

L'enfant gâté, le prince, était arrivé au plein épanouissement de son inconscient égoïsme. Henry avait donné raison aux prévisions de son père.

Dès le second mois de l'installation de Jacqueline à Saint-Mandé il avait senti l'ennui le gagner dans cette retraite silencieuse et attristée par les malaises de Jacqueline cette retraite où il n'était plus le seul Dieu, où l'enfant qui devait naître prenait peu à peu toute la place. Il avait éprouva le besoin de changer d'air, et un soir, il s'était oublié à Paris, il était redevenu le poulain lâché dans l'herbe fraîche du grand pré et, quand il s'était décidé à faire une réapparition à Saint-Mandé, une femme l'avait reconduit jusqu'à l'entrée du nid abandonné, cette belle fille rieuse que Jacqueline avait vue passer.

Maintenant le poulain n'avait plus de souci, celui de sa tranquillité.

— Je ne veux plus de cette menace... Qu'est-ce qu'on pourrait bien faire ?

— Ne t'occupe pas de ça... Je trouverai...

Le père, l'homme d'affaires aux décisions rapides avait certainement trouvé déjà.

— Je me charge de régler la chose, et elle sera bien réglée.

— Bien, merci papa.

Le père et le fils se serraient la main contents l'un de l'autre.

Un cri les fit sursauter.

— Canailles.

A une fenêtre de la villa, une femme du peuple était debout qui les regardait s'enfuir en voiture et les marquait d'un geste qui voulait les souffleter.

Le cri était pour eux et c'était maman Dary qui leur crachait dessus.

Ah ! La pauvre maman Dary. Ce qu'elle avait souffert et grincé des dents, dans cette pièce où Jacqueline l'avait poussée ; ce qu'elle avait étouffé d'indignation et de révolte, en entendant le père et le fils débiter l'un après l'autre, l'arrêt qui condamnait leur malheureuse victime.

Dix fois elle s'était élancée pour faire irruption dans l'autre pièce et tomber sur les deux misérables et les prendre la gorge ; le silence de Jacqueline l'avait seul retenue.

Jacqueline n'avait rien dit ; les deux hommes étaient repartis ans qu'elle eut fait entendre une protestation.

Alors, maman Dary avait bondi pour de bon.

— Non ! Non ! Ce n'est pas possible que ce soit fini comme ça.

Elle avait ouvert violemment la porte qui la séparait de Jacqueline.

— Quoi ! Quoi ! Vous les laissez partir vous ne dites rien ! Vous acceptez que...

Sa voix s'était étranglée ; elle voyait maintenant pourquoi la victime n'avait rien dit au départ de ses bourreaux.

Jacqueline s'était renversée sur sa chaise longue et elle y restait étendue, évanouie ou morte.

En voyant cela et avant même de porter secours à la pauvre brisée, maman Dary avait couru à la fenêtre en brandissant ses poings, pour jeter aux deux lâches qui fuyaient, leur saleté criminelle accomplie, l'épithète vengeresse.

— Canailles.

Son cœur et sa conscience soulagée, elle revint toujours courant à la suppliciée.

Jacqueline s'était évanouie, elle rouvrit les yeux, reconnut maman Dary, se souvint et à son tour, elle se soulagea, d'abord d'un mot qui résumait l'épithète de maman Dary et d'autres encore.

— Infâme ! Infâme !

Puis la porte ouverte, tout jaillit et maman Dary eut encore l'explication du silence de sa perle devant les deux hommes.

— C'était tellement infâme, que j'en suis restée hébétée, incapable de protester. Le père, l'homme d'affaires passe encore ; je me doutais qu'un jour ou l'autre, il se retournerait contre moi, la fille sans dot ; mais lui Henry, le père de mon enfant... Ah ! le misérable lâche !

Et brusquement plantant ses yeux dans les yeux de maman Dary :

— Avez-vous jamais eu à vous venger? S'avez-vous ce que c'est la vengeance ? Si vous ne le savez pas, je vous l'apprendrai moi ! Car ils ne me connaissent pas, maman Dary, vous m'entendez ? Ils ne me connaissent pas. Henry ne sait pas ce qu'il a fait de moi, en me rejetant après m'avoir perdue ! Il le saura, maman Dary ! Il le saura !

Les yeux noirs flambaient, la voix mondait tout ce que Jacqueline avait étouffé depuis son départ de Tourcoing, éclatait maintenant dans ces yeux étincelants de haine et de besoin de vengeance, dans cette voix qui déchirait et broyait, jadis si douce et si tendre.

Ah ! M. Dola belle avait raison de craindre un retour de l'apparence résignée.

Mais soudain, toute cette colère tomba ; Jacqueline poussa un cri de douleur, en portant ses deux mains à ses flancs.

— Oh !... mon enfant, émit-elle, tordue par la souffrance, mon enfant qu'ils ont oublié, que j'allais oublié, moi aussi, et qui proteste à son tour et me rappelle que je lui appartiens, à lui d'abord... mon enfant ! Mon enfant !

Et envahie par l'épouvante du supplice qui s'annonçait :

— Maman ! Maman Dary ! Ne me quitte pas ! J'ai peur...j'ai peur...je ne veux pas mourir !

Maman Dary sonna la bonne.

— C'est l'heure... Courez chercher le médecin et la sage-femme.

 

 

(A SUIVRE LE 15 JUIN)

 

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