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VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/2

13 Juin 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/2

 

M. Russel Sage, un des potentas de la fiance américaine, sept ou huit cents fois millionnaire, est mort tout de même.

Il n'a pas voulu que sa précieuse dépouille fut exposée aux mêmes désagréments que les restes d'un pauvre diable. On a donc déposé son corps dans un cercueil de cuivre, contenu dans un cercueil d'acier trempé ; le tout est enveloppé d'un coffre en terre réfractaire et relié par des sonneries électriques au poste des gardiens du cimetière.

Le feu milliardaire se croit ainsi protégé contre les risques d'incendie et contre les visites indiscrètes des gentleman qui cherchent l'or dans le râtelier des cadavres. Ah ! Qu'il est difficile de dormir en paix dans l'attente du jugement dernier.

Mais quand la trompette sonnera pour la grande revue de la vallée de Josaphat, comment feront les millionnaires trop bien enterrés. Ils ne pourront sortir de leur dernière demeure, ils seront jugés par contumace.

On savait déjà qu'il était plus difficile au riches d'entrer dans le Paradis qu'aux chameaux de passer ans le trou d'une aiguille ; ce sera bien pire avec le système américain.

 

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Les auteurs classiques, très négligés dans l'enseignement moderne, font encore les délices des voleurs ; persuadés que les vieilles ruses de guerre sont toujours les meilleurs, ces messieurs recherchent dans les bons auteurs les exemples à suivre.

L'exploit accompli par Gil Blas de Santilane, don Raphaël et le digne serviteur Ambroise de Lamela qui se déguisèrent en commissaire du Saint-Office, en alguazil et en greffier pour dévaliser le Juif Simon, à toujours inspiré les malfaiteurs qui ont des lettres. Et le tour est si bon qu'il a toujours réussi. C'est un double plaisir pour les coquins de faire une opération fructueuse, et de la faire sous l'habit de magistrats ou de policiers.

Il y a quelques années, sous prétexte de perquisitions, un faux commissaire de police et sa troupe déménagèrent le contenu d'un somptueux hôtel à Paris. La semaine dernière, un faux commissaire des jeux, assisté de six acolytes a ait une descente dans le domicile d'un riche particulier chez qui qui se donnaient de grosses parties, et il a saisi les espèces.

La facilité avec laquelle les honnêtes gens livrent leurs fortunes aux filous, qu'ils soient travestis en alguazils ou parés d'un titre de banquiers, n'a d'égale que l'obstination avec laquelle ces mêmes honnêtes gens refusent leurs capitaux à de belles entreprises, à de bonnes œuvres, à des hommes de talent. Ils n'en sont jamais assez punis.

 

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L'escroquerie « à l'émission » dont l'affaire Rochette est le dernier exemple n'a vraiment rien de nouveau. Il n'y a pas de raison pour faire au financier sous les verrous la réputation d'un génie.

Dès le commencement du XVIIIe siècle, le fameux système de Law qui bouleversa la société française, reposait sur l'émission continuelle de valeurs fictives. La conception n'est pas compliquée. On met en action une affaire chimérique ; lorsque vient l'échéance des premiers coupons, on met en action une seconde affaire également chimérique ; les capitaux recueillis pour la seconde affaire sont employés à distribuer de forts dividendes pour la première.

Alors, le cours des premières actions s'élève rapidement ; les actionnaires célèbrent l'habilité du grand financier ; sa renommée s'établit à la Bourse et dans le public. Il en profite pour lancer une troisième, une quatrième affaire, de plus en plus chimériques, dont les souscriptions enflent le dividende la première et de la seconde. Ainsi de suite.

Le banquier Rochette état arrivé à sa douzième ou quinzième création ; si la Justice n'était intervenue il aurait pu fonder cent cinquante sociétés, ramasser des centaines de millions... et faire finalement après un délai plus long, un krack gigantesque. Rien ne prouve encore qu'il n'y parviendra pas.

 

REVUE NOS LOISIRS DU 26 AVRIL 1908

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