VOTRE OPINION ET LA NOTRE 2/2
VOTRE OPINION ET LA NOTRE 2/2
Il n'y avait pas assez de théâtres dans la capitale ; une société de forme avec de grosses souscriptions pour en ouvrit un nouveau qui sera consacré à la littérature et à la musique étrangère.
Les fondateurs affirment que la littérature et la musique étrangère n'ont pas chez nous une place suffisante. Pourtant, l'Opéra national donne surtout asile aux produits exotiques, et les théâtres « à côté » nous ont inondé d’œuvres slaves, scandinaves, germaniques, américaines et moldo-valaques. Au point qu'on se demandait ce que les étranges venaient faire en si grand nombre à paris, puisqu'ils n'y trouvaient plus rien de parisien, mais qu'ils y retrouvaient tout de leurs patries respectives.
Évidemment, nous ne pouvons pas plus nous isoler dans le domaine artistique que sur le terrain économique ou scientifique. Mais il ne faut pas non plus tomber dans l'excès contraire. On commence à parler, et même à écrire, ne langue qui n'est plus la nôtre, tant elle hospitalise de locutions, de tournures et de mots étrangers. La même confusion se produit dans les idées, dans les mœurs ; et nous perdons une originalité qui avait bien sa valeur, puisqu'elle était enviée du monde entier.
Une belle amitié s'était nouée entre M. Octave Mirbeau et M. Jules Claretie, quand la Comédie Française avait joué avec succès Les Affaires sont les Affaires. Mais une vive inimitié sépare aujourd'hui ces deux hommes de lettres, parce que la Comédie Française ne joue pas Le Foyer.
Là-dessus on cite d'autres histoires du même genre. Il n'y a pas plus mémorable cas de rupture que celui de Sainte-Beuve et de Victor Hugo.
Pour commencer, Victor Hugo pleurait les plus brèves absences de son cher Sainte-Beuve.
Vous me manquez toujours, et mon âme inquiète
Vous redemande ici !
Pour finir Victor Hugo donnait à Sainte-Beuve cet aimable congé :
Ta fange est faite d'amertume.
Rien de toi ne m'étonne, ô fourbe tortueux !
Je n'ai point oublier ton regard monstrueux
Le jour où je te mis hors de chez moi, vil drôle !
Les gens de lettres et les poètes qui sont les plus raffinés gens de lettres, ressemblent beaucoup aux femmes ; ils manquent un peu de mesure dans leurs sentiments, et plus encore dans l'expression de leurs sentiments successifs.
Les contribuables appartement à l'espèce canine vont être moins munis d'une plaque apparente, attestant qu'ils sont en règle avec les fisc. La plaque sera de forme carrée pour les chiens utiles, et de forme ronde pour les chiens inutiles. Cette classification donnera sans doute lieu à des procès qui feront aller le commerce du papier timbré.
A peine comme l'innovation fiscale qui concerne les chiens, de zélés citoyens proposent de l'étendre aux contribuables bipèdes. Pourquoi ne pas oser d'une plaque le bon Français qui a payé ses impôts. A défaut d'autre décoration, cet insigne serait honorable.
La plaque serait carrée pour les travailleurs, ronde pour les rentiers, ovale ou triangulaire pour demi castors . On entend même des gens sérieux qui suggèrent la création d'un livre individuel, analogue à l'ancien livre des ouvriers, mais bien plus détaillé ; il indiquerait avec le signalement, l'état de casier judiciaire, la situation de famille et de fortune, les moyens d'existence actuelle. La besogne e la police en serait singulièrement facilité.
L'idée fera son chemin. Le mouvement des mœurs n'est pas ans le sens de la liberté. Nous arriverons l'immatriculation de chaque être vivant, sur des registres de sûreté générale. Ensuite, on éprouvera le besoin de s'affranchir. Et ainsi de suite.
REVUE NOS LOISIRS DU 26 AVRIL 1908
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