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APACHE ROI N° 7

9 Juin 2012, 11:00am

Publié par nosloisirs

 

APACHE-ROI-EN-TETE-copie-1.jpeg

 

M. Dolabelle qui tisonnait toujours se tourna brusquement vers Henry.

— Qu'est-ce que tu dis ?... quelque chose... quoi ? Qu'est-ce qui lui arrive ?

— Ce qui devait fatalement arriver, répondit gravement le fils ; dans quelques mois tu seras grand-père.

— Grand-père... Je vais être... Tu es...

il bafouillait plus trouble que son fils qui lui répondait simplement sur le même ton grave dont il avait annoncé la nouvelle.

— Oui, je suis père et l'enfant viendra dans quelques jours.

M. Dolabelle fit quelques pas, il alla à la fenêtre, regarda dehors sans rien voir et revenant devant son fils.

— J'aime à croire que ce n'est pas uns histoire... un expédiant pour me forcer la main ?

— Jacqueline n'ose plus sortir, elle ne peut plus retourner au bureau sans que tout le monde s'aperçoive qu'elle est mère !

— Bien... Le moment est venue de nous expliquer franchement. Et d'abord je vais moi, t'apprendre la vérité que tu ne soupçonnes pas.

Et M. Dolabelle déclara froidement :

— Le jour où je fis venir ici Mlle Myra, je savais déjà ce que je t'ai dit tout à l'heure, que tu t'étais pris d'une telle passion pour elle. Je le savais et c'est pour cela que je l'engageai comme dactylographe ; je n'avais plus d'autre moyen de te ramener auprès de nous, et de t'y retenir. Je l'employai. Et en l'employant — laisse-moi parler — en l'employant ce moyen extrême qui eut fait reculer d'autres pères, je savais encore que Mlle Myra deviendrait ta maîtresse... que dis-je ? J'y ai aidé en vous ménageant chaque jour des tête-à-tête, en fermant les yeux sur tout ce que je voyais ! J'ai été ton complice et jusqu'à ce jour, je m'en suis applaudi. Ah ! Oui le moyen était bien et je reconnais que Mlle Myra a joué admirablement son rôle, mais aujourd'hui la comédie est finie.

— Il n'y a pas eu de comédie ! Jeta Henry.

— Laisse-moi parler, te dis-je. Il n'y a pas eu de comédie, soit ; mais nous voici au drame et je confesse qu'il me prend un peu au dépourvu ; tu as pu t'en apercevoir quand tu m'as annoncé l'accident. J'avais tout prévu, sauf cette maternité qui, demain sera un scandale.

— Non ! Tu te trompes, tu ne connais pas Mlle Myra ; il n'y aura pas plus de scandale qu'il n'y a eu de comédie. Celle que j'ai rendue mère disparaîtra demain, ce soir même.

Le père regarda son fils dans les yeux.

— Elle consent ?

— Je n'ai pas eu besoin de le lui demander ; elle l'a décidé d'elle-même et elle ira où je voudrai, pour ne reparaître que délivrée.

— Ah !.. Elle veut reparaître.

— Parce que je le veux d'abord moi ! Parce que je lui dois de racheter ma faute et de donner un père à l'enfant qui naîtra d'elle ! Et voilà pourquoi je suis venu ce matin, te rappeler ma démarche d'il y a cinq mois, et j'attends ton arrêt.

— Tu as sans doute envisagé le cas où je te refuserais mon consentement. Que ferais-tu ?

— Mon devoir ! J'épouserai malgré toi, la mère de mon enfant.

Un instant M. Dolabelle resta bouchée bée ; puis un sourire s'éveilla sur ses lèvres et tendant les les deux mains à son fils, il proclama :

— A la bonne heure ! Tu es un honnête homme et je n'ai pas besoin de t'en dire davantage.

— Tu approuves ! Tu consens !

Henry était déjà dans les bras de son père.

Le père en recevant l'étreinte de son fils, eut encore un sourire, mais ce fut ce sourire bizarre dont il avait salué Jacqueline et Henry où pour la première fois, il les avait laissé en tête à tête.

Et il reprit.

— Ce n'est pas bien d'avoir douté de son père mais je reconnais que ce que tu sais de mon caractère et de mes principes, pouvait t'y autoriser. N'en parlons plus. Je prends sur moi de tout apprendre à ta mère et de la préparer à l'acte qui s'impose en attenant qui nous soit permis de procéder à cet ace sans qu'il puisse être un scandale, j'entends e jour où la mère de ton enfant nous reviendra délivrée, tu vas la conduire toi-même en lieu sûr, dans quelque campagne où vous ne risqueriez, ni l'un ni l'autre d'être reconnus. Je connais dans les environs de paris, à Saint-Mandé, une belle propriété de Roulisse voulait me faire acheter le mois dernier, une occasion superbe. Je l'ai visité avec lui, j'ai même vu le vendeur et je n'ai qu'à lui télégraphier que j'achète. Tu pourras y installer Mlle Myra dans quarante huit heures. Ce soir en partant — car tu pars ce soir, c'est entendu — tu emporteras les fonds nécessaires. Es-tu content ?

— Plus que je ne aurais le dire !

— Là ! Tout est réglé, n'est-ce pas ? Il ne me reste qu'à te donner les fonds.

M. Dolabelle alla à son secrétaire et remplit un chèque.

— Les voici. Tu as là le prix de la propriété de Saint-Mandé plus une vingtaine de mille francs que tu offriras de ma part à Mlle Myra pour qu'elle ne manque de rien quand tu ne seras pas auprès d'elle car je compte bien que tu nous reviendras après l'avoir installée et que tu continueras à faire le bonheur de ta mère et e mien. Sois tranquille ! Tu pourras aller voir ta... femme — je peux, je dois dire ta femme désormais — Quand tu voudras, toutes les semaines deux fois par semaine, si tu veux.

— Ah ! Papa, que tu es bon ! Je ne peux pas assez le crier !

— Embrasse-moi !

Ils s'embrassèrent et Henry prit la fuite, comme un voleur qui fut sorti de dérober ce trésor inappréciable : le bonheur !

Un quart d'heure après, Henry était auprès de Jacqueline et lui jetait comme une brassée e fleurs le résultat de sa démarche :

— C'est fait, mon amour. Tu seras ma femme devant tous, comme tu l'es déjà dans mon cœur. Mon père est avec nous, et il a pris sur lui de nous conquérir ma mère, et il approuve tout ce que nous avons décidé ; ton départ immédiat, avec moi qui ne te quitte pas, et ton installation dans un nid où tu seras la plus gâtée des épouses chéries. C'est lui qui me l'a indiqué le nid, et qui le paie, et il viendra t'y voir.

Jacqueline s'abima dans les bras de l'aimé.

Elle avait douté, elle aussi, elle surtout.

Pendant des mois elle s'était grisée d'amour et endormie dans sa folie de bonheur, elle avait perdu la conscience de sa faute.

Le réveil était venu, elle s'était senti mère et brusquement, ç'avait été la fin de l'enchantement ; tout avait croulé autour d'elle, et la réalité menaçante et froide, s'était dressée.

Mais maintenant c'était fini de douter et de trembler ; l'annonce de sa maternité semblait avoir ajouté encore à l'amour d'Henry, le père de son enfant n'avait pas eu une seconde d'hésitation et voici que M. Dolabelle approuvait son fils, donnait son consentement, couvrait tout son autorité.

Elle ne parlait plus elle chantait c'était un antique d'ivresse qui s'envolait de ses lèvres, un cantique où revenait sans cesse — respiration naturelle de cette âme loyale — quelque bénédiction pour celui qui avait permis que tout cela fût.

Ce soir-là vers sept heures, M. Dolabelle reçut au château la visite du vieux postier.

Il l'attendait cette visite.

— Eh bien ! Lejoyeux ? Allons vite raconte.

— J'arrive à la are ; je les ai vus monter dans le train. Ça s'est d'ailleurs très bien passé comme vous le désiriez. M. Henry a tenu compte des recommandations que j'étais allé lui faire de votre part dans la journée ; Mlle Myra est arrivée la première, toute seule à la gare ; M. Henry n'a paru qu'à la dernière minute et il a affecté de monter dans le premier wagon venu et pas celui de sa camarade.

— Voilà qui est fait... Je peux respirer... Elle s'est laissé faire elle est partie... Bonsoir... Il ne me reste qu'à m'arranger pour qu'elle ne revienne plus et je m'arrangerai.

— Hum ! Ça ne sera peut-être pas si commode que ça, opina le vieux confident.

— Si, au fond, c'est une naïve ; la preuve.

— Oui, j'ai vu ça depuis longtemps ; mais j'ai vu aussi que notre prince est pincé fond et qu'il fait tout ce qu'elle veut.

— Pfutt ; il changera, le prince il en reviendra. Je m'en charge aussi... Tu ne le connais pas comme moi, notre Henry. Il en a aimé d'autres, avant celle-là.

— Oui, patron, oui ; mais avec les autres ce n'était pas tout à fait la même chose et d'abord il n'y avait pas... l'accident.

— L'accident ? C'est sur a que je compte pour le guérir. Une jolie fille c'est très bien ; mais quand la jolie fille se met à enlaidir à devenir lourde et maussade et à se plaindre et à gémir... Ce n'est pas pour rien que je lui ai indiqué cette retraite de Saint-Mandé, à deux pas de la capitale. Au début il ira tout droit au nid, en descendant du train de Lille ; mais je ne lui donner pas deux mois pour s'arrêter un soir, à Paris... Au besoin on y aidera.

Et M. Dolabelle le père que Jacqueline bénissait riait, cynique.

— Et tout sera dit, mon vieux Lejoyeux. Le prince guéri, nous le marierons à une princesse de notre monde, la bru qu'il nous faut... Nous savons où la prendre... Je m'en suis déjà occupé... et, quand je pense que si je n'avais pas été là pour mener tout ça, ce naïf serait allé jusqu'à épouser cette dactylographe, mon employée. Enfin voilà qui est réglé. Tu peux rentrer chez toi, Lejoyeux... et pas un mot hein ? A demain.

Là dessus le vieux postier congédié M. Dolabelle passa dans la salle manger où sa femme l'attendait pour se mettre à table.

— Qu'est-ce qu'il te voulait, le père Lejoyeux.

Elle ne savait rien de ce qui se passait.

— C'est Henry qui me l'a envoyé. Il ne dîne pas avec nous ce soir.

— Oh !... Il nous a déjà manqué à déjeuner ! Est-ce qu'il se dérangerait ?

— Non, non... Lui, se déranger ? Tu n'y penses pas. Non c'est une affaire qui le retient... une affaire très intéressante... au bout de laquelle je vois venir quelque chose qui e feras un plaisir énorme... un mariage pour tout dire...

— Un mariage... pour lui !

— Pas pour moi, assurément !

— Ne plaisante pas, mon ami !... Marier mon Henry, êtes grand-mère, tu sais que c'est mon rêve.

— Eh bien ! Il va se réaliser... dans quelques mois. Tu n'as qu'à laisser faire, sans te préoccuper des absences de ton prince, sans lui demander des explications. J'irai même plus loin ; s'il veut te parler de la chose, ferme-lui la bouche, dis-lui tout de suite que tu ne veux rien savoir, que tu t'en rapportera à ma décision.

— Mais...

— Je t'en prie ! Pas de mais. Tu as confiance en moi, n'est-ce pas ? Laisse-moi mener la chose j'ai eu assez de peine pour en arriver là.

A son tour, la mère se laisser faire qui ignorait tout du vrai roman de son enfant gâté, la mère faible, esclave du bonheur de cet enfant, incapable de voir autrement que lui et qui, même froissée dans ses principes et humiliée dans son orgueil de parvenue eut été pour Jacqueline parce que Jacqueline était l'élue d'Henry.

— Laisse-moi mener la chose, avait le père.

Et il la menait et il prenait ses mesures pour que rien ne vint contrarier la réussite de son plan froidement arrêté.

Et dans le train qui l'emportait avec Henry vers paris et Saint-Mandé, vers ce nid où elle n'aurait qu'à attendre, entourée d'amour, l'heure de la maternité, Jacqueline parlait encore du futur grand-père et ne se lassait pas de le bénir.

— C'est le rêve de bonheur qui continue, mon Henry.. et il ne s'achèvera jamais, n'est-ce pas ?

— Oui... oui... balbutia Henry qui s'endormait au bercement du train... Laisse-moi reposer... je suis très las, et tu parles... tu parles.

D'un geste, peut-être machinal mais cruel pour celle qui le subissait, il écartait Jacqueline.

Cette journée avait été écrasante pour l'enfant gâté, habitué au bonheur sans lutte, et déjà, perçait dans cette lassitude avouée et cet ensommeillement qui se plaignait d'être troublé, l'inconscient égoïsme sur lequel comptait M. Dolabelle pour dénouer le drame engagé.

Était-ce donc vrai qu'il connaissait son fils mieux que personne, ce père qui, ayant prononcé l'arrêt féroce, en attendait l'exécution de ce fils lui-même ?

Jacqueline s'était écartée et tue ; elle n'avait pas eu une plainte, elle regardait reposer celui à qui elle avait donné sa vie.

Et à se sentir seule, une vague angoisse du lendemain l'envahissait.

 

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Voilà un grand quart d'heure que maman Dary lisait et relisait cette lettre qu'elle venait de recevoir et elle n'arrivait pas à comprendre.

— Mme Robert... Qu'est-ce que c'est que cette Mme Robert qui me prie d'aller la voir ? A Saint-Mandé... Je n'y connais personne.

Elle n'y était pas du tout.

Cependant il lui semblait avoir déjà vu cette écriture.

La lettre était pressante, très pressante même.

— Ma foi, j'y vais. Je verrai bien quand j'y serai et si c'est une farce, j'en serai quitte pour une promenade au bois de Vincennes. Le temps est beau, voilà le printemps qui s'amène.

Mais d'abord elle descendit consulter sa concierge.

— Voyez donc un peu cette lettre, madame Phrasie. Qu'est-ce que vous en pensiez, vous ?

La concierge mit ses lunettes, lut lentement la lettre, réfléchit un moment et répondit enfin :

— Moi, j'opine qu'il doit y avoir quelque chose de votre fils là-dessous, votre grand que vous n'avez plus revu depuis son départ pour le Nord et qui ne vous a jamais donné de ses nouvelles que je sache.

Madame Dary se contenta de faire :

— Ah !

Son cœur s'était serré.

C'était vrai qu'elle n'avait pas revu son Pierre mais elle en avait eu des nouvelles, des nouvelles très tristes dont elle n'avait rien dit à personne.

Quelques jours après le départ de son grand, elle avait reçu une lettre de Mlle Jacqueline qui lui disait :

« Je ne comprends pas votre pierre, il m'a écris pour m'annoncer son arrivée, il est même venu parait-il me demander à mon bureau ; mais il est parti sans que je l'aie vu et il n'a plus reparu. J'en suis désolé ; j'avais obtenu qu'on l'embauche tout de suite... »

Cela avait mis maman Dary dans tous ses états.

Son Pierre n'était pas resté à Tourcoing et il n'était pas rentré à Paris et il n'écrivait pas ; qu'est-ce qui avait bien pu lui arriver ?

Elle avait attendu quelques jours encore et ne recevant toujours rien, elle était allée raconter ses inquiétudes à la police. Là on lui avait promis de faire le nécessaire pour retrouver le disparu, et on l'avait fait.

La semaine après, elle avait été convoquée chez le commissaire mais elle était sortie de là bouleversée.

Le commissaire lui avait dit :

— Nous avons retrouvé votre fils, il est à paris mais je vous engage à ne plus vous occuper de lui, il n'en vaut pas la peine, et vous n'en aurez que des ennuis ; il s'est acoquiné avec une fille... avec une de ces filles que vous savez... Croyez-moi ne vous mêlez pas de ça.

Ne pas s'en mêlez ! Le commissaire ne connaissait pas maman Dary. Le jour même elle était partie en chasse. Mais toutes ses recherches avaient été vaines.

Maman Dary s'était résignée ; elle n'avait lus que cela à faire ; mais une blessure lui était restée que le temps ne guérissait pas.

Et c'était cette blessure que la concierge venait de faire saigner.

Maman Dary remonta chez elle pour faire un bout de toilettes et elle parti pour saint-Mandé tête baissée.

Ah ! La promenade à travers le bois de Vincennes et le printemps qui s'amenait ne l'occupaient plus ; elle allait retrouver son Pierre chez cette Mme Robert, probablement la fille dont lui avait parler le commissaire, où une autre du même gabarit, et elle préparait son discours, ce qu'il lui fallait dire pour ramener son Pierre.

Arrivée à Saint-Mandé et à l’adresse que lui donnait la lettre, elle se frotta les yeux.

Elle s'attendait à trouver un hôtel borgne ou une maison meublée quelconque, et elle était à la grille d'une belle villa.

Elle reprit la lettre, vérifia l'adresse, c'était bien là, il n'y avait pas en douter.

Elle sonna : une bonne vint lui ouvrit.

— Mme Robert, s'il vous plait !

— C'est ici. Veuillez entrer.

— Je suis Mme Dary.

— Je sais, madame vous a vue arriver... Elle vous attend... Elle serait même venue au-devant de vous, mais elle se sent très fatiguée aujourd'hui... son jour approche.

— Son jour ?

— Oui... la délivrance. C'est pour ça qu'on vous a fait venir, vous êtes garde-malade, n'est-ce pas ?

Un peu ahurie, maman Dary ne répondit rien. Elle était d'ailleurs dans la maison ; la bonne l'introduisit dans un petit salon.

Elle fit quelque pas dans le salon, regarda une jeune femme qui a son arrivée c'était levée d'une chaise longue — et poussa un cri.

— Mademoiselle Jac...

Elle n'acheva pas ; la jeune femme d'un geste rapide lui avait fermé la bouche.

— Oui, maman Dary, c'est moi, c'est bien moi votre Jacqueline... mais silence ! Vous ne me connaissez pas, vous me voyez pour la première fois... je vous expliquerai... mais d'abord voulez-vous m'embrasser.

— Si je veux.

Maman Dary l'embrassait sur les deux joues.

— Ah ! Mademoiselle... que je suis contente de vous revoir !

— Bien vrai, maman Dary ? Ça ne vous fait pas de la peine de me revoir... comme ça ?

 

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(A SUIVRE LE 12 JUIN)

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