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APACHE ROI N° 26

6 Août 2012, 11:00am

Publié par nosloisirs

 

APACHE ROI TITRE

 

Et le juge terminait.

Ce sera votre dernière épreuve, mademoiselle. Vous pouvez vous retirer. Vous êtes livres et hors de cause.

Et terminant à son tour le récit de sa dernier comparution devant le juge, Jacqueline tendait ses deux mains à Roulisse :

Il ne me reste qu'à vous bénir ; c'est à vous que je dois ce dénouement c'est vous, je l'ai deviné tout de suite qui avez dicté le rapport de justice en témoignant que je n'avais pas quitté votre toit ; c'est votre généreux mensonge qui m'a sauvée.

Le brave homme sentit bien qu'elle avait deviné juste ; il avait encore dans l'oreille les questions de l'inspecteur de police qui lui avait envoyé le juge et c'est bien son mensonge qui avait dû décider le magistrat.

Mais il était si convaincu de l'innocence de Jacqueline et si heureux de voir cette innocence proclamée que, loin de sourciller un rappel de son mensonge il s'applaudit naïvement d'avoir menti :

Ah ! Que je suis donc content de vous avoir tenu parole ! Oh ! Je n'ai pas hésité une seconde avec le policier qui est venu me questionner e je m'explique très bien que le juge ait été sur-le-champ retourné.

Et concluant :

Maintenant tout est dit... Vous voilà tirée de tout ça... On va se remettre au travail n'est-ce pas ? Vous allez rentrer chez vous, mais je compte que vous serez là demain, pour reprendre vos fonctions, comme c'est convenu depuis ce main...

Jacqueline hésita...

Oh ! Est-ce que vous ne voudriez plus, maintenant ?

Je veux tout ce que vous voudrez, répondit-elle et je vous remercie du fond du cœur de vouloir cela ; mais, comme je vous dois toute la vérité, je vous confesse que je me sens très lasse, que j'éprouve un immense besoin de retraite.

Ah ! J'aime mieux ça. Je me figurai que vous préfériez reprendre votre vie de fils de famille...

Elle secoua la tête.

Le comte Ramy est mort ; son rôle est fini, je ne pourrais plus le jouer. Je vous dis que j'ai besoin de solitude et de repos.

Et plus bas, très bas, comme penchée sur son cœur :

Je voudrais ne plus vivre que pour mon enfant... rester seule avec la pensée du pauvre orphelin... et tant pleurer qu'il me serait peut-être rendu.

Roulisse ouvrit la bouche pour parler encore d'espoir et, très mu qu'il était, laisser probablement jaillir quelque chose de son rêve de réparation.

Elle ne lui en donna pas le temps ; elle relevait la tête et demandait :

Accordez-moi un congé... deux ou trois semaines... après lesquelles je vous reviendrai... plus forte et plus courageuse.

Il consentit aussitôt :

Prenez le temps qui vous sera nécessaire ; quand vous reviendrez, vous retrouverez votre emploi... et un patron qui sera toujours pour vous un ami.

Comme il achevait, l'inspecteur de la Sûreté se présenta de nouveau.

Il venait confirmer ce qu'avait annoncé Jacqueline.

M. le juge m'envoie vous prévenir qu'il vous délie de votre engagement : Mlle Myra est libre et vous pouvez la laisser où bon lui semblera.

Merci, répondit Roulisse, mais Mlle Myra m'avez déjà dit cela et vous n'aviez pas besoin de vous déranger.

Pardon... la régularité exigeait que la décision du juge, vous fut officiellement notifiée ; c'est cette notification que je vous apporte, et vous allez s'il vous plaît, m'en donner un reçu.

Ce disant, l'inspecteur avait un clignement d’œil bizarre.

Quoi donc ? Pensa Roulisse ; est-ce qu'il y aurait encore quelque chose qu'il ne voudrait pas dire devant Mlle Jacqueline ?

Et, comme Jacqueline manifestait quelque impatience de s'en aller il l'invita lui-même à se retirer.

Je ne veux pas vous retenir plus longtemps, mademoiselle ; vous devez avoir hâte de vous retrouver chez vous. Au revoir et donnez-moi de vos nouvelles le plus tôt possible, n'est-ce pas ?

Vous en aurez je vous le promets. Au revoir monsieur Roulisse.

Une poignée de main au brave homme, un léger salut pour l’inspecteur qui s'inclinant gravement et elle disparut.

Roulisse ferma soigneusement la porte qu'elle avait laissée ouverte et, seul avec l'homme de la police, il demanda aussitôt :

Pourquoi avez-vous cligné de l’œil tout à l'heure ?

Pour vous faire entendre que je venais pas seulement pour la notification en question, répondit l'inspecteur et vous l'avez compris, je crois.

En effet, c'est même pour cela que j'ai congédié un peu brusquement Mlle Myra... qui état de trop, n'est-ce pas ?

Oui, je n'aurais pas pu parler devant elle.

Ce que vous avez encore à me dire la vise donc ?

C'est si elle seule qu'il s'agit.

 

APACHE ROI 29 MARS 1908 01

 

Ah !... Parlez. Je vous écoute... Mais d'abord un mot... pour me rassurer, car vos airs mystérieux me donnent à penser. Je me demande si votre juge n'aurait pas une fois encore, changé d’avis.

L'inspecteur garda le silence.

Vous ne répondez pas !...

Je ne peux pas vous répondre, j'ignore ce que pense le juge. Ce que je sais c'est qu'il m'a chargé de vous inviter à ne plus vous occuper de Mlle Myra et cela dans votre intérêt...

Dans... mon... intérêt ?...

Oui. Il parait que vous avez failli vous compromettre gravement.

Me compromettre... Comment cela ?

En aidant Mlle Lyra à rouler le juge.

Roulez... moi !

Vous, vous-même, monsieur Roulisse ; vous qui, pour aider vote protégée à se tirer de là, n'avez pas hésité à faire un faux témoignage.

Et comme Roulisse béait, tout pâle et près de s’effondrer, l'inspecteur s'expliqua :

Vous m'avez déclaré que Mlle Myra n’avait quitté votre toit que pour venir ici, avec vous ; nous avons eu par ailleurs la certitude que Mlle Myra a passé, hors de chez vous, une grande partie de la nuit dernière... pour que vous n'en puissiez douter car vous êtes de bonne foi monsieur Roulisse, le juge est convaincu, et c'est ce qui vous sauve je vous dirai que le renseignement nous a été fourni par un témoin qui a vu Mlle Myra sortir de chez vous et y rentrer de longues heures après ; et ce témoin vous le connaissez et vous savez qu'il vous estime trop et qu'il vous est trop dévoué pour vouloir vous nuire, à vous où à vos amis ; c'est la personne qui, de nuit et de jour veille à la porte de l'immeuble que vous habitez, c'est votre propre concierge. D'ailleurs voici le rapport de police qui atteste le fait de la façon la plus formelle.

Roulisse soulagé ouvrait la bouche pour répondre. Ce n'est que ça ? Eh bien! Ce n'était pas la peine de me donner cette souleur ; je le ais bien où elle est allée et qu'elle n'y a fait aucun mal.

Au moment de dire cela, il songea que c'était avouer qu'il avait menti et, baissant la tête, il se laissa tomber dans son fauteuil.

Mais ne vous troublez pas ainsi ! Protesta l’inspecteur. Je vous répète que le juge ne doute pas de votre bonne foi ; il sait votre honnêteté, votre loyauté. C'est vous qui avez été le premier roulé et la demoiselle est décidément une maîtresse comédienne.

Cette façon de traiter Jacqueline galvanisa l'effondré ; la vérité lui apparut brusquement.

Le juge était bien revenu à croire que la culpabilité de la malheureuse, et la décision qu'il avait prise n’était qu'une feinte ; il ne l'avais mise hors de cause que pour la faire surveiller étroitement et la reprendre au moment où, se trahissant elle-même, elle livrerait le secret de la disparition du fils Dolabelle.

Alors ! Alors !... fit-il en se dressant, c'est donc vrai que je ne trompais pas ; votre juge a changé d'avis ; de nouveau, il l'a crois coupable, n'est-ce pas ?

Cette fois l'inspecteur ne garda pas le silence.

Monsieur Roulisse, répondit-il gravement, vous êtes un homme d'honneur ; jurez-moi de garder pour vous ce que je vais vous dire...

Roulisse étendit la main :

Je le jure.

C'est bien, je parle. Voici la vérité.

Et l'homme de la police parla.

J'ignore comme je vous l'ai déclaré tout d'abord, si le juge croit à la culpabilité de Mlle Myra ; il ne m'as as fait de confidence ; mais dont ce dont je suis sûr, c'est qu'il doute de son innocence ; c'est qu'il se dt quelle n'aurait pas caché sa sortie de la nuit dernière ; si elle n'avait rien fait de répréhensible, c'est enfin qu'il veut savoir ce qu'elle a fait... et je n'ai plus besoin de vous dire pourquoi, feignant de la croire innocence, il lui a déclaré qu'elle était hors de cause.

Ce fut Roulisse qui compléta en répétant ce qu'il s'était dit à lui-même.

Oui, j'ai compris, je vois ; c'est par elle-même qui compte apprendre ce qu'elle fait ; il espère qu'elle se trahira.

L'inspecteur inclina la tête.

C'est bien cela, à mon avis du moins car je répète le juge ne m'a pas ait de confidence.

Maintenant, vous en savez autant que moi et vous pouvez conclure ; non seulement votre protégée n'est pas tirée d'affaire, mais si elle est coupable elle est perdue. Il est impossible qu'elle ne se trahisse pas... vous entendez, monsieur Roulisse, c'est impossible. Avant quarante huit heures, le juge saura tout ce qu'il veut avoir. Là-dessus il rappela :

Vous m'avez juré de vous raire et vous vous tairez, je n'en doute pas. A défaut de votre conscience, votre intérêt me répondrait de votre silence. Si Mlle Myra était avertie de ce qui la menace, nous ne pourrions en accuser que vous et pour le coup c'en serait fait de vote bonne foi, et le juge serait forcé de vous impliquer dans l'affaire. Je suis sûr que vous n'y tenez pas.

Roulisse secoua vivement la tête.

Oh ! Non !... Oh ! Non !...

Le policier l'avait complètement retourné ; comme le juge, il se reprenait à douter de l'innocence de Jacqueline, et, quelques entrailles de père qu'il se sentit pour la victime du fils Dolabelle, il ne voulait pas se perdre en essayant d'ailleurs en vain de la sauver.

L'inspecteur était arrivé à ses fins ; Jacqueline était et resterait livré à elle-même ; personne ne troublerait sa quiétude enfin retrouvée, ni ne gênait la liberté de ses mouvements, personne ne l'empêcherait de faire le geste où l'attendait le juge, ce geste instinctif et machinal par lequel tous les coupables se trahissent.

 

( A SUIVRE LE 9 AOUT )

 

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