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APACHE ROI N° 25

3 Août 2012, 11:00am

Publié par nosloisirs

 

APACHE ROI EN TETE

 

L'inspecteur de police emmena Jacqueline en voiture.

Lui, Roulisse, tomba dans des réflexions.

Je croyais bien, moi que c'était fini. Qu'est-ce qu'on lui veut encore ? Après tout, c'est peut-être pour lui apprendre qu'on la met hors de cause.

Il ne restera plus qu'à lui faire oublier toutes ces cruautés. Ah ! Si je pouvais lui rendre son enfant !... son enfant... J'ai failli me trahir ce matin. J'allais lui dire ce que je voyais venir. Henry marié quittant tout à fait ses parents et ne s'occupant plus d'eux, en bel égoïste qu'il est. Et les parents désolés, la mère surtout, cette pauvre Mme Dolabelle qui ne peut pas vivre sans son fils. C'est sur elle que je compte, c'est pour elle que je voyais venir, ce matin, ce que j'ai failli dire. J'allai la trouver je lui disais « Henry vous manque, vous le pleurez... voulez-vous que je vous donne le moyen de l'avoir encore et toujours près de vous ? » Et je lui parlais de l'enfant, le fils de son fils, de son Henry ; je l'intéresserais à ce pauvre innocent, et peu à peu, j'arrivai à lui faire désirer de le prendre chez elle pour remplacer le père et c'était elle qui me demandait de la lui donner. Et alors, je pourrais tout dire à celle qui me réclame son petit Jean ; je pourrais lui répondre : « Il vit, il ne manque de rien, il est élevé comme un petit prince ; il est là, chez sa grand-mère... » Et c'était déjà une consolation pour la petite maman et si elle demandait mieux, je pouvais encore m'arranger pour lui faire voir son enfant... un voyage à Tourcoing une rencontre comme par hasard... et pour la suite à la grâce de Dieu ! Ma conscience à moi ; était tranquille.

Comme il repassait ainsi ce qui lui était apparu ce matin, dans la traversée des Champs-Elysées, un employé lui apporta le journal qu'on criait dehors.

Voyez donc, monsieur Roulisse... M. Henry Dolabelle...

Il prit le journal courut à la nouvelle :

« Au moment de mettre sous presse, on nous annonce que M. Henry Dolabelle, le fiancé de la jeune fille disparue depuis avant hier et donc on n'a pu retrouver la trace, vient de disparaître à son tour.

« Hier soir il n'est pas rentré chez lui, on ne l'y a pas revu depuis vingt quatre heures et les parents de sa fiancée ne l'ont pas revu davantage.

« Pour lui ce n'est pas un rapt qu'on craint mais un suicide, et malheureusement pour le pauvre jeune homme et sa famille, cette crainte ne parait que trop fondée, étant donné l'état dans lequel l'avait mis l'insuccès des recherches faites pour retrouver sa fiancée »

Un suicide... Henry se donnant la mort... cela étonna un peu. Roulisse ; il ne connaissait d'Henry que l'égoïste, et il ne le voyait pas du tout renonçant à la vie parce que sa fiancée lui était enlevée.

Mais le fait de la disparition restait et le ramenait à ses réflexions.

Pauvre garçon ! Si coupable qu'il ait été envers Mlle Myra, si peu intéressant qu'il soit pour moi, je ne pourrais me dispenser de le plaindre, s'il lui était arrivé malheur ; mais comme la réalisation de mon rêve de ce matin en deviendrait facile ! Comme je serai s sûr de réussir avec cette pauvre Mme Dolabelle et même avec son mari. « Eh bien ! Oui votre Henry n'est plus, mais il n'est pas mort tout entier, il vous a laissé une image vivante... cet enfant que vous m'avez fait voler, son enfant à lui, son fils... »

Pendant plus d'une heure, il resta assis à son bureau, les yeux sur le journal déplié devant lui.

Ses commis qui entraient pour le consulter où lui demander des ordres, s'en retournaient en pensant :

Comme il est affecté !... Ça été un vrai coup pour lui, cette nouvelle de la disparition du prince. Si le suicide est confirmé, il en fera une maladie.

Affecté, il l'était, mais c'était à Jacqueline et à l'enfant qu'il songeai et aux parents du disparu et à son rêve de réparation.

Une visite le tira de sa songerie.

L'inspecteur de police, le même qui était venu chercher Jacqueline demandait à lui parler.

Il le fit sur-le-champ.

Qu'y a-t-il pour votre service ? On a besoin de moi là-bas ?

M. le juge d'instruction m'envoie vous demander un renseignement...

Demandez !

Il désire savoir où Mlle Myra a passé la nuit.

Il comprit ; le juge donnait raison aux craintes de Jacqueline, il soupçonnait encore la malheureuse d'avoir fait disparaître Henry et il n'hésita pas :

Elle l'a passée, chez moi.

Vous en êtes sûr ?

Absolument.

Vous pouvez garantir qu'elle n'est pas sortie ?

Je le garantis.

elle l'aurait pu sans que vous vous en aperceviez.

Non elle n'aurai pas pu.

Et jouant l'ignorant.

Ah ça ! Qu'est-ce qu'on va chercher encore contre cette pauvre fille.

L'inspecteur montra le journal déplié.

C'est ça... ce qui est imprimé là, en manchette.

Ah !... La disparition de M. Henry Dolabelle ?

Oui, monsieur.

Et l'on accuse... C'est fou... archifou !...

M. Roulisse haussait furieusement les épaules :

Dites de ma part à votre juge que c'est fou... je vous répète que Mlle Myra n'est pas sortie de chez moi cette nuit, qu'elle ne m'a pas quitté depuis l'instant où votre juge me la confiée... Voilà. Dites cela, dites-le bien, et s'il faut que j'aille le répéter, je suis prêt !

Bien monsieur... Je vous demande pardon de vous avoir dérangé.

Il n'y a pas de quoi ; seulement votre juge y met un acharnement … C'est fou, je vous dis, c'est fou !

L'inspecteur salua et s'en alla rapporter cette réponse au juge et M. Roulisse retourna à ses réflexions ; mais il n'avait plus le même calme.

Et tout à coup, il eut un haut-le-corps.

Il avait repoussé tout ce que Jacqueline lui avait dit au sujet de sa sortie nocturne et l'insistance qu'elle avait mise à lui faire jurer de se taire sur cette sortie et de ne répondre aux questions qui lui seraient posées que pour affirmer qu'elle n'avait pas quitté son toit ; et rapprochant tout cela de ce fait qu'elle avait deviné qu'un nouveau crime allait lui être reproché, il avait été envahi à son tour par le soupçon.

Et si c'était vrai, pourtant, quelle est la coupable. Qui me dit qu'elle a passé rue François 1er tout le temps qu'elle est restée distante ?

Fatalement ce soupçon devait venir à M. Roulisse... mais il s'en alla comme il était venu ; à cette heure, le brave homme s'était trop engagé en faveur de Jacqueline et, pour dire vrai, elle s'était trop emparée de lui, pour qu'il pût se résigner à la voir coupable.

Une minute il flotta une minute à peine au bout de laquelle il secoua, d'un mouvement d'épaules, le nuage noir qui s’épaississait autour de lui :

Allons donc ! Est-ce que je deviendrais fou, moi aussi comme ce juge ? Elle, coupable de ce nouveau crime !... Et d'abord quel crime ? Il n'y en a pas de crime ; c'est un suicide, les journaux l'affirment et le démontent... Ce juge est vraiment à enfermer !

Et il rit, du juge et de lui-même, oubliant volontairement que tout à l'heure, à la première lecture de la nouvelle, il n'avait pas voulu croire au suicide, et trouvant maintenant des raisons pour l'admettre et imposer cette explication de la disparition :

Au fond, une tête faible, ce pauvre petit prince et habitué à voir tous ses désirs, tous ces caprices immédiatement satisfaits ; à la première grande contrariété, sa cervelle d'oiseau aura déménagé.

A six heures, comme il allait quitter son bureau, il eut un cri de triomphe.

Ah ! Je le disais bien.

Jacqueline lui revenait, toute seule et souriante :

Cette fois, c'est fini, monsieur Roulisse, le juge m'a fait des excuses.

Enfin !... Racontez-moi ça.

Elle raconta.

C'était bien pour la disparition du fiancé que le juge l'avait mandée devant lui, et d'abord, il s'était montré singulièrement méfiant et sévère.

Il était revenu à la croire coupable et il le lui avait fait durement entendre, d'autant plus durement qu'il avait à prendre sa revanche de s'être laissé abuser.

Elle avait eu beau protester de son innocence et offrir d'en faire la preuve, il l'avait à peine écoutée et il allait l'inculper définitivement et la mettre au secret, quand on lui avait apporté une note dont il avait aussitôt pris connaissance.

Et après avoir lu cette note, il était resté pensif un grand moment. Mais il était sorti de là tout radouci, il était redevenu le juge bienveillant et bon qu'il était la veille, et c'était vrai qu'il avait fait des excuses à sa cliente :

Pour la seconde fois, mademoiselle, je me suis laissé égarer par les apparences ; on vient de me donner la preuve de votre innocence, cette preuve que vous m'offriez de faire.

Il montrait la note qu'il venait de recevoir.

Voici un rapport de police qui établit que depuis le moment où je vous ai mise en liberté sous la caution de M. Roulisse, vous n'avez quitté le toit de votre garant que pour vous rendre avec lui à ses bureaux de la rue du Sentier. Cela étant, il est de toute impossibilité que vous ayez joué un rôle dans la disparition de M. Dolabelle fils ; c'est à tort que je vous en ai soupçonnée, et je vous prie d'accepter mes regrets...

 

( A SUIVRE 6 AOUT )

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