APACHE ROI N° 23
Pierre ne bronchait pas et ne soufflait mot, de peur de trahir ce que Jacqueline s'appliquait à sauver ; car il se rendait bien compte que Jacqueline ne lui faisait ce discours inutile que pour endormir M. Roulisse.
— On m'a conduite au Palais de justice devant un juge d'instruction comme une criminelle !... Je ne veux pas te dire tout ce dont on m'accusait, tu en serais trop malheureux. Je me suis sentie, moi, devenir folle ! Mais enfin M. Roulisse est venu, il a parlé au juge ; le juge a compris qu'il faisait fausse route et il m'a remise en liberté sous la caution de M. Roulisse qui est comme qui dirait mon gardien jusqu'à ce que je sois tout à fait hors d'affaire — Et ce ne sera pas long, tranquillisez-vous, monsieur Pierre ; et, en attendant vous n'avez pas à vous gêner avec moi, je suis moi aussi, un ami de Mlle Myra et je veux être le vôtre.
Roulisse tendait la main à l'hercule. Pierre la prit et la serra franchement.
— Merci, monsieur... merci.
Il était rassuré.
Jacqueline n'avait rien à craindre de ce gardien dont elle semblait faire, dont elle faisait réellement ce qu'elle voulait.
Cette nuit, en rentrant comme elle mettait la clé dans a serrure — car il lui avait fallu se procurer une clé de l'appartement et elle l'avait obtenue sur-le-champ de la confiance illimité de M. Roulisse — la porte s'était ouverte, sans qu'elle la poussât et M. Roulisse s'était dressé devant elle, un bougeoir à la main.
Elle n'avait d'ailleurs tremblé qu'une seconde.
M. Roulisse tout effaré, plus effaré qu'elle, et c'était par un soupir de soulagement et non par des reproches qu'il l'accueillait.
— Enfin !... Ah ! Mon Dieu, d'où venez-vous ? Pourquoi sortir sans me prévenir ? J'ai la tête à l'envers depuis le moment où je me suis aperçu de votre départ. Je vous ai entendue sortir... heureusement que j'ai été seul à vous entendre. Chut ! Pas de bruit... que personne ne sache ici... Venez dans mon cabinet m'expliquer cette fugue.
Et arrivé ans le cabinet :
— Vous n'êtes pas raisonnable. C’est fou ce que vous avez fait là. Vous auriez pu au moins me prévenir. Savez-vous que, si je ne vous connaissais pas comme je vous connais, je finirais par vous soupçonnez à mon tour...
Elle l'avais, laissé dire, en profitant pour préparer les explications qu'elle avait à fournir.
Et elle les avais fournies.
— Je suis désolée de vous avoir donné de l'inquiétude. Je vous en fais toutes mes excuses ; mais franchement, je ne pouvais pas vous prévenir, vous m'auriez pas compris. Maintenant que me voilà prise vous allez comprendre, car votre inquiétude même me fait un devoir de vous dire ce que je tenais à vous cacher. Voici pourquoi je suis sortie, voici où je suis allée et ce que j'ai fait.
Et sans cacher, sans hésitation pleine d'un sujet qu'elle avait déjà développé devant le juge d'instruction ; elle avait fait à M. Roulisse la confidence de sa double existence, elle lui avait confié le secret du comte Ramy.
— Et voilà. Je suis allé rue François 1er avertir mon aide-chauffeur, mon ami Pierre, de ce qui m'arrivait et lui donner mes instructions pour le cas où la maison que je représente ferait appel le comte Ramy où lui enverrait des ordres. Et vous me croyez, n'est-ce pas ? Monsieur Roulisse ; vous me croyez, si extraordinaire que tout cela puisse vous paraître. Mas comme je ne veux pas que vous gardiez des doutes, vous m'accompagnerez, ce matin à l'hôtel du comte Ramy, rue François 1er et vous pourrez vérifier si je ne vous ai pas dit l'absolue vérité.
Des doutes, M. Roulisse n'en avait pas, il était déjà convaincu et il n'avait répondu que pour admirer le courage et l'énergie qu'il avait fallu à Jacqueline pour jouer le rôle du comte Ramy.
Et c'était elle qui avait insisté pour la visite à l'hôtel du comte — elle avait besoin de voir Pierre.
— Il faut que vous y veniez, monsieur Roulisse ; j'ai fais une course inutile. Pierre n'était pas à l'hôtel ; inquiet de ma longue absence, il était parti à ma recherche et c'est pour l'avoir attendu que j'ai été si longue. Je vous en prie, conduisez-moi ce matin dès votre lever, rue François 1er ; il est de toute nécessité et vous le sentez bien, que je rassure ce brave Pierre et que je lui donne les instructions que j'allais lui apporter.
M. Roulisse avait finalement consenti à faire la visite et ce qu'il disait en ce moment à Pierre en lui tendant la main, dénotait bien qu'il avait recouvré toute sa quiétude d'âme.
— Et ce ne sera pas long de la mettre hors d'affaire, tranquillisez-vous monsieur Pierre.
Le terrain ainsi déblayé, Jacqueline aborda l'objet de sa propre visite.
— Voulez-vous me permettre, monsieur Roulisse de donner mes instructions à mon ami Pierre.
— Mais volontiers ! C'est pour cela que vous êtes venue. Et comme il s'agit d'affaires commerciales où je n'ai rien à voir, je me retire ; vous me retrouverez dans la rue.
Ce bon M. Roulisse s'en allait.
Jacqueline ne le retint pas ; il eût été on ne peut plus gênant.
Ce n'était pas en vue de la maison d'automobiles qu'elle apportait des instructions à Pierre.
— Tu vas te rendre sans retard à Saint-Mandé tu t'assureras là-bas que tout est en ordre, qu'il ne reste aucune trace du drame de cette nuit et tu viendras me faire ton rapport, rue du Sentier ; j'y passerais la journée d'aujourd'hui et les suivantes jusqu'à ce que tout sois fini et que je puisse vivre la vie qui m'attend désormais.
Puis, sa main sur celle de Pierre.
— Qu'as-tu fait des billets de la loterie? Je t'avais recommandé de les brûler.
Pierre tout secoué d'un grand frisson ; il attendait cette question et, maintenant qu'elle lui avait posée il avait peur.
— Je les ai brûlés, répondit-il d'une voix qui tremblait.
— Mais tu as lu les noms ?
— Oui... je les ai lus... j'ai vu... j'ai vu que c'était vous qui m'avais désigné.
— Alors, tu es content de moi, tu es bien sûr maintenant que je ne serai à aucun de ces hommes... et que je resterai avec toi, toujours... ta sœur, comme je l'ai promis devant ta mère morte... et peut-être mieux encore... acheva-t-elle très bas, regardant en elle.
— Mieux... mieux... bégaya Pierre... illuminé ébloui par l'espoir que Jacqueline à son tour lui promettait. Ah ! Ne me dites pas ça... je deviendrais fou... fou...
Les petites mains blanches serrèrent les grosses mains d'hercule.
— Faut pas, mon Pierre... faut pas... J'aurais encore besoin de toi... C'est fini avec tes hommes, mais je n'ai pas tout ce que je voulais... Attends ! Attends ! Je te dirai ce qui me manque et le jour où tu me le donneras, je te jure... entends-moi bien mon Pierre ! Je te jure que je t'aimerai mieux qu'un frère !
Et elle s'en alla bien vite.
— M. Roulisse m'attend... je compte sur toi aujourd'hui rue du Sentier.
Pierre ne la suivit pas ; il avait les jambes cassées, l'hercule tremblait faible comme un enfant...
— Mieux qu'un frère ! Mieux qu'un frère. C'est à toi Pierre, à toi Porthos le bandit, qu'elle a dit ça... C'est toi qui peut espérer.
Et ce ne fut qu'après avoir enregistré cette promesse et s'en être grisé, qu'il se demanda :
— Qu'est-ce qui lui manque encore ? Qu'est-ce qu'il faut que je lui donne ?
Il ne trouva pas, mais il se répondit tout de même :
— Je le lui donnerai !... Ah ! Si je le lui donnerai. Vite, vite, qu'elle parle, qu'elle me dise ce qui lui manque !
Jacqueline avait rejoint M. Roulisse.
Elle était venue dans sa toilette de petite employée et elle s'en retournait de même ; mais elle avait pris ses précautions pour que les concierges de l'hôtel ne reconnaissent pas au passage le visage du comte Ramy qu'ils voyaient tous les jours.
Elle portait une épaisse toilette à travers laquelle on ne distinguait que le noir de ses grands yeux.
Elle remonta en voiture avec son répondant.
— Voilà. Mes instructions sont données et vous ne pouvez plus douter de ma sincérité.
— Mais je n'ai pas douté !
— Merci. Vous êtes un bon cœur, vous !
Ils roulaient vers la rue du Sentier ; comme ils traversaient les Champs-Elysées, M. Roulisse sentit tout, à coup sa compagne frémir à son côté et se cramponner à son bras.
— Qu'avez-vous ? Demanda-t-il.
Jacqueline montra du doigt une nounou qui promenait son nourrisson dans la fraîcheur du matin.
— Mon calvaire, murmura-t-elle d'une voix brisée... L'enfant... Vous souvenez-vous de la visite que vous me fîtes le jour où le mien me fut volé ?
— Oui, je me souviens... Je n'oublierai jamais balbutia-t-il aussi ému qu'elle.
— Et de ma prière vous vous en souvenez aussi ? Je ne voulais que mon enfant, je vous suppliais de me le faire rendre...
(A SUIVRE)re la vie qui m'attend désormais.
Puis, sa main sur celle de Pierre.
— Qu'as-tu fait des billets de la loterie? Je t'avais recommandé de les brûler.
Pierre tout secoué d'un grand frisson ; il attendait cette question et, maintenant qu'elle lui avait posée il avait peur.
— Je les ai brûlés, répondit-il d'une voix qui tremblait.
— Mais tu as lu les noms ?
— Oui... je les ai lus... j'ai vu... j'ai vu que c'était vous qui m'avais désigné.
— Alors, tu es content de moi, tu es bien sûr maintenant que je ne serai à aucun de ces hommes... et que je resterai avec toi, toujours... ta sœur, comme je l'ai promis devant ta mère morte... et peut-être mieux encore... acheva-t-elle très bas, regardant en elle.
— Mieux... mieux... bégaya Pierre... illuminé ébloui par l'espoir que Jacqueline à son tour lui promettait. Ah ! Ne me dites pas ça... je deviendrais fou... fou...
Les petites mains blanches serrèrent les grosses mains d'hercule.
— Faut pas, mon Pierre... faut pas... J'aurais encore besoin de toi... C'est fini avec tes hommes, mais je n'ai pas tout ce que je voulais... Attends ! Attends ! Je te dirai ce qui me manque et le jour où tu me le donneras, je te jure... entends-moi bien mon Pierre ! Je te jure que je t'aimerai mieux qu'un frère !
Et elle s'en alla bien vite.
— M. Roulisse m'attend... je compte sur toi aujourd'hui rue du Sentier.
Pierre ne la suivit pas ; il avait les jambes cassées, l'hercule tremblait faible comme un enfant...
— Mieux qu'un frère ! Mieux qu'un frère. C'est à toi Pierre, à toi Porthos le bandit, qu'elle a dit ça... C'est toi qui peut espérer.
Et ce ne fut qu'après avoir enregistré cette promesse et s'en être grisé, qu'il se demanda :
— Qu'est-ce qui lui manque encore ? Qu'est-ce qu'il faut que je lui donne ?
Il ne trouva pas, mais il se répondit tout de même :
— Je le lui donnerai !... Ah ! Si je le lui donnerai. Vite, vite, qu'elle parle, qu'elle me dise ce qui lui manque !
Jacqueline avait rejoint M. Roulisse.
Elle était venue dans sa toilette de petite employée et elle s'en retournait de même ; mais elle avait pris ses précautions pour que les concierges de l'hôtel ne reconnaissent pas au passage le visage du comte Ramy qu'ils voyaient tous les jours.
Elle portait une épaisse toilette à travers laquelle on ne distinguait que le noir de ses grands yeux.
Elle remonta en voiture avec son répondant.
— Voilà. Mes instructions sont données et vous ne pouvez plus douter de ma sincérité.
— Mais je n'ai pas douté !
— Merci. Vous êtes un bon cœur, vous !
Ils roulaient vers la rue du Sentier ; comme ils traversaient les Champs-Elysées, M. Roulisse sentit tout, à coup sa compagne frémir à son côté et se cramponner à son bras.
— Qu'avez-vous ? Demanda-t-il.
Jacqueline montra du doigt une nounou qui promenait son nourrisson dans la fraîcheur du matin.
— Mon calvaire, murmura-t-elle d'une voix brisée... L'enfant... Vous souvenez-vous de la visite que vous me fîtes le jour où le mien me fut volé ?
— Oui, je me souviens... Je n'oublierai jamais balbutia-t-il aussi ému qu'elle.
— Et de ma prière vous vous en souvenez aussi ? Je ne voulais que mon enfant, je vous suppliais de me le faire rendre...
( A SUIVRE 31 JUILLET )
