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APACHE ROI N° 22

24 Juillet 2012, 11:00am

Publié par nosloisirs

 

APACHE ROI TITRE

 

 

Seul, Porthos resta muet et sombre, ce qui satisfaisait les autres semblait même avoir contracté sa face.

Jusqu'à ce moment, il avait vécu sur cette réponse que Jacqueline lui avait faite l'autre soir en rentrant rue François 1er.

J'ai déjà choisi et tu seras content... Tu verras ! Tu verras...

Et il avait pu se dire, et il s'était dit :

Pour que je sois content, il faut qu'elle n'appartienne à aucun de ces hommes. Alors c'est donc moi qu'elle a choisi.

Maintenant c'était fini de se fourrer de cet espoir. Jacqueline lui avait menti, elle n'avait pas encore choisi et elle ne choisirait pas ; elle s'en rapportait au sort !

Et l'air sombre et la face contractée de Pierre ne reflétaient qu'à peine l'enfer qui s'agitait ans son cœur et les idées de révolte et de bataille qui bandaient ses nerfs.

Il avait juré comme les autres, mais il ne pourrait pas s'incliner, lui ! Tout à l'heure quand le sort aurait prononcé, il allait se passer là quelque chose de terrible.

Je les tuerai tous, plutôt ! Fous !

Jacqueline s'était rassise devant la table ; elle avait sorti de sa poche un carnet dont elle déchirait les feuilles.

Vos noms ! Commanda-t-elle.

L'un après l'autre, les hommes se nommèrent ; elle inscrivait les noms au fur et à mesure, consacrant à chacun un des feuillets déchirés.

Cette première opération terminée, elle plia en quatre tous les feuillets, les jeta dans le chapeau d'un des hommes et se levant de nouveau et agitant consciencieusement l'urne improvise.

Debout camarades pour saluer avec moi le nom du maître que le sort va me donner !

Et, allant au plus jeune de la bande :

A toi de sortir ce nom ! Je ne veux pas le sortir moi-même, je veux que tout me vienne du sort, du sort tout seul ! Et je m'adresse à toi, parce que ton âge te désigne !... Approuvez-vous, camarades !

Nous approuvons !

Sors le nom, toi !

La main du jeune apache disparut ans le chapeau et en retira un des billets pliés en quatre.

Déplie et lis toi-même ! Commanda encore Jacqueline.

L'apache obéit en frémissant.

Les autres s'étaient rapprochés et sous frémissaient comme lui ; seul. Porthos n'avait pas fait un pas mais il s'était replié sur lui-même, prêt à bondir.

Celui que le sort allait couronner n'aurait pas le temps de pousser son cri de triomphe, Porthos l'avait condamné à mort.

Le jeune apache lut le nom, d'abord pour lui-même et sa bouche se crispa.

Ce n'était pas son nom qui était inscrit sur le papier.

Lis ! Lis ! Hurlèrent les autres.

Il lut et le nom éclatant, un silence de stupeur l'accueillit, et tous les yeux allèrent à l'élu du sort qui, lui, s'effondrait, balbutiant, bégayant :

Moi... moi... c'est moi...

Il fallut que Jacqueline allât lui donner ses deux mains.

Est-ce que tu me ferais l'injure de refuser ?

Refuser !

L'élu s'était redressé ; il prenait Jacqueline dans ses bras et l'enlevant comme il eut fait d'un enfant et bondissant vers la porte.

Adieu, vous autres, et bonne chance ! Porthos est heureux !

Porthos ! C'était lui l'élu.

Un instant, mon brave Pierre, souffla Jacqueline à l'oreille de l'hercule. Tout n'est pas réglé ici... Laisse-moi achever.

Elle l'arrêtait dans son élan et se dégageait de ses bras, elle revenait au milieu des camarades.

Je ne veux pas partir sans vous avoir serrer la main.

Toutes les mains se tendirent vers les siennes et elle les serra toutes.

Et je veux aussi emporter vos noms.

Ces noms elle les prenait dans le chapeau que le jeune apache avait déposé sur la table et elle les cachait dans son corsage.

Je les mets sur mon cœur ! Je ne serais la femme que de l'un de vous, mais je resterai votre amie à tous.

A n'en pas douter, c'était bien pour avoir ces noms qu'elle était revenue sur ses pas.

D'où lui était donc venu ce besoin, au moins étranges, sinon invraisemblable chez elle ?

 

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Sa vengeance consommée, elle ne reverrait certainement plus jamais ces bandits, et son grand souci serait d'oublier qu'elle avait recours à eux ; alors pourquoi ce désir d'emporter leurs noms ?

Elle parla encore pour donner ces derniers ordres ou plutôt pour les rappeler.

Je m'en vais et vous savez ce qu'en quittant cette maison, vous aurez à faire des deux êtres qui sont là-haut, dans ma chambre.

Nous le savons et ce sera fait ! Répondirent les apaches, jusqu'au bout fidèles à un pacte qui n'avait pas d'intérêt pour eux, se montant encore ce qu'ils avaient toujours été devant Jacqueline et pour elle de vrais gentilshommes, chevaliers du crime qui, crachant sur tout, gardaient le respect de la parole donnée.

Elle s'en alla, tranquille, sûre que ses ordres seraient exécutés à la lettre et que le secret de son alliance avec la bande ne serait jamais trahi.

Devant la grille, le fiacre qui avait amené Henry attendait ; elle y monta et Pierre grimpa sur le siège, reprenant la place qu'il y avait occupé en venant ; c'était lui, le cocher qui affectait d'appeler Henry « mon prince ».

Le fiacre repartit ; il traversa le bois de Vincennes à fond de train et, s'engageant dans Paris, fila toit droit vers l'adresse que Jacqueline avait donnée, celle de M. Roulisse.

La prisonnière sur parole rentrait à sa prison.

Elle avait dit à Pierre.

Tu m'arrêteras à l'entrée de la rue.

Le fiacre ne dépassa pas la première maison et Pierre, sautant à bas de son siège, vint ouvrir la portière.

Vous êtes arrivée.

Jacqueline descendit.

Merci mon Pierre. Nous nous reverrons que dans quelques jours, quand je serais tout à fait hors d'affaire. Je te retrouverai sur François 1er où tu vas retourner m'attendre, bien sage. Si l'on t'y demande ce que je deviens, tu diras que je suis en excursion... A bientôt, mon Pierre.

Au moment de le quitter, elle regarda autour d'elle constata que la rue était déserte, et se rapprochant de pierre et lui tendant son visage.

Embrasse ta femme !

Lui se prit à trembler de tous ses membres.

Ma... ma femme...

Je n'ai qu'une parole, mon Pierre et le sort t'a désigné.

Et se hissant vers les lèvres de l'hercule.

Allons embrasse.

Il obéit mais son baiser effleura à peine la joue de Jacqueline et il bégaya encore.

Vous... ma... ma femme... Non, c'est impossible. Je sais que vous ne pouvez pas m'aimer et la loterie qui m'a désigné ne compte pas pour moi.

La loterie.

Jacqueline souriait doucement.

Tu as cru à cette loterie, toi mon Pierre ? Tu as pu penser que je consentirais à me donner à un de ces hommes.

Elle fouilla dans son corsage, en retira les noms qu'elle était revenue prendre.

Tiens ! Voici les billets de loterie. Emporte-les et brûle-les, mais lis d'abord... lis les noms...et à bientôt, mon brave Pierre ! A bientôt.

Elle partit et gagna sans se retourner la maison de M. Roulisse.

Pierre la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle eût disparu et remontant sur son siège, il se demanda :

Pourquoi veut-elle que je lise ces noms ? Je les connais... C'est moi qui les lui ai appris, à elle.

Il avait gardé les billets ans sa main, il les enfouit dans sa poche du long pardessus qui le faisait ressembler à un vrai cocher de fiacre et reprenant les rênes.

Hue, cocotte ! C'est le dernier voyage que nous faisons ensemble.

Une heure après, il rentrait à l'hôtel de la rue François 1er, gagnait sa chambre, mais passant devant celle du comte Ramy, son maître, il s'y arrêtait et, devant ce nid vide qu'emplissait les souvenirs de l'adorée, un sourire navrant relevait ses grosses lèvres.

Ma femme... Pourquoi vous moquée de moi ? Vous ne savez donc pas ce que je souffre ?

Même seul avec sa pensée, il disait « vous » à l'image qu'il avait dans son cœur.

Ramené à la loterie qui l'avait désigné, il plongea sa main dans la poche où il avait enfoui les billets.

Elle m'a dit de le lire... obéissons...

Il retira un billet, le déplia et sourit encore du même sourire amer.

Tiens ! Porthos... c'est mon nom que je sors le premier, moi aussi.

Mon nom... Comment est-il là ? Il me semble bien que le camarade a déchiré mon billet, après l'avait lu.

Il déplia un autre billet.

Celui-là portait encore le nom de Porthos.

Il en déplia un autre, puis un autre, alla jusqu'au dernier et à celui-ci, il s'écroula sur un siège.

Tous les billets portaient le même nom, le sien Porthos ! Jacqueline n'en avait pas inscrit d'autre.

Ce n'était pas le sort qui avait désigné Porthos c'était Jacqueline qui l'avait choisi et voilà pourquoi elle était revenue prendre ses billets que les apaches ne devaient pas voir.

 

● ● ● ● ●

 

Après le départ de Jacqueline et de Pierre, les apaches s'étaient regardés de l'air que pouvaient avoir ces hommes, tombés dans l'unique rêve qu'ils eussent peut-être jamais fait.

Mais aucune révolte de s'était produite ; il n'y avait eu ni récriminations ni discussions.

Jacqueline leur avait dit en s'en allant :

Vous savez ce qu'il vous reste à faire des deux êtres que j'ai laissée là-haut.

Ils avaient répondus :

Nous le savons.

Et ils le savaient en effet.

Ils avaient à faire disparaître les deux victimes, à les enfouir si profondément et si soigneusement que jamais personne ne pût songer à les chercher là.

Et ils avaient déjà fait le nécessaire pour cet enfouissement, choisi l'endroit et creusé la fosse profonde où les deux fiancés devaient dormir ensemble le dernier sommeil.

Et elle était prête la fosse ; elle attendait béante dans la cave de la villa et il n'y avait plus qu'à lui jeter les deux corps.

Ils s'acquittèrent de la lugubre besogne ; puis ceux qui avaient été les esclaves de Jacqueline quittèrent un à un la villa, par la porte de derrière celle qui donnait sur le bois et la villa redevint silencieuse.

Les gens du pays en passant au jour, devant sa grille fleurie, murmurèrent comme toujours :

Ah ! Le joli nid, et comme on doit bien dormir là-dedans !

Personne n'eût osé soupçonner l'épouvantable tragédie qui s'y était jouée, cette nuit ; personne ne pouvais se doute que ce joli nid était désormais un cimetière ou dormaient pour toujours deux êtres qui la veille, ne rêvaient que d'amour.

Ce matin, Pierre se réveilla plus tard que d'habitude.

Pour la première fois, depuis le jour où il avait vu Jacqueline entrer chez maman Dary, il avait bien dormi.

C'est elle qui m'a choisi ! Elle n'en a pas voulu d'autre que moi !

Oh !il ne s'était pas égaré jusqu'à se croire aimé à l'idée ne lui était pas venue d'exiger de Jacqueline qu'elle tint avec lui la parole donnée ; mais s'était déjà quelque chose qu'elle lui eût accordé cette grande preuve e confiance et quelque chose de si bon qu'il en avait été bouleversé jusqu'à défaillir et pleurer de bonheur.

Et puis, au fond de ce premier bonheur, un espoir s'était levé.

Non, elle ne m'aime pas , elle ne peut pas m'aimer comme je l'aime... mais qui sait ?... Qui sait ?... Un jour peut-être.

Ah ! L'espoir la petite flamme qui mène l'humanité comme cette étoile symbolique qui guidai les mages. Il est facile d'empêcher un homme de vivre que d'espérer.

Et c'est pourquoi Pierre avait bien dormi et se réveillé un peu tard.

En descendant de son lit, il s'aperçut qu'il ne s'était pas dévêtu pour dormir et il se souvint :

Jacqueline !... Je ne savais plus bien ce que je faisais.

En même temps il entendit du bruit à la porte de sa chambre, une voix qui l'appelait :

Eh bien ! Pierre je suis là, il faut se lever.

C'était Jacqueline qui était là, s’était elle qui l'avait réveillé.

D'un bond il fut à la porte et l'ouvrit :

Me voici... Je suis prêt...je...

Mais il retint le reste.

Jacqueline n'était pas seule ; un homme l'avait accompagnée qu'il ne connaissait pas. Elle fit aussitôt les présentations :

Mon ami Pierre... Mon meilleur ami... celui dont l'affection m'eût consolée, si j'avais pu l'être.

Elle dit cela avec un accent pénétré que fit monter du rouge aux joues de Pierre.

Puis très simplement à l'aise :

M. Roulisse.... mon ancien patron de la rue du Sentier... tu te souviens, mon brave Pierre ? Ne te trouble pas ; M. Roulisse est au courant de ma double existence, je lui ai fait connaître le comte Ramy comme je le devais, et c'est lui qui a voulu me conduire ici pour que, je puisse, malgré tout remplir mes devoirs de représentant et ne pas perdre mon emploi... Je dis malgré tout et tu n'es pas l'air de comprendre, mon ami Pierre. C'est que tu ne sais pas encore ; figure-toi que j'ai été arrêté hier... oui, hier matin, à Saint-Mandé, on est venu m'arrêter.

 

( A SUIVRE 27 JUILLET )

 

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