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APACHE-ROI N° 20

18 Juillet 2012, 11:00am

Publié par nosloisirs

 

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L'auto était repartie en l'emportant et personne e s'était trouvé là pour assister au départ ; les ravisseurs n'avaient rencontré quelqu'un que lancés à toute vitesse, perdus dans leur nuage de poussière ; ils avaient croisé l'auto du fiancé qui arrivait lui-même à toute allure, et le fiancé avait pas tourné la tête, rien ne lui avait dit qu'il passait à côté e sa fiancée, qu'elle était là, endormie au chloroforme sous les pieds des voyageurs de cette machine qui dévorait la route.

Maintenant à onze heures du soir, il rentrait chez lui, désespéré, pantelant, si lamentable qu'on se retournait au passage pour l'accompagner d'un regard de pitié.

Il se trouva même un passant qui ne se contenta pas de le suivre des yeux, qui lui emboîta le pas et arrivé à sa porte, lui adressa la parole :

Excusez-moi, monsieur, mais vous avez l'air si malheureux... si désespéré...

Un autre eût répondu.

Qu'est-ce que cela peut bien vous faire ?

Mais l'enfant gâté, le prince de Tourcoing trouvait tout naturel qu'on s'intéressât à son sort et, à cette heure, il se fit jeté dans les bras du premier venu.

C'est ce qu'il fit avec ce passant inconnu qui lui témoignait de l'intérêt.

Malheureux...désespéré... Oh ! Oui, monsieur... Si vous saviez !...

Et ingénument, il dit le malheur qui l'accablait ce malheur que tout Paris, toute la France devait pour lui, déplorer à cette heure.

Mais vous savez, monsieur, vous avez lu les journaux, je suis M. Henry Dolabelle, le fiancé de la jeune fille de Suresnes.

Ah ! Exclama le passant, vous êtes le fiancé... Je comprends. Mais la police n'est donc pas parvenue à éclaircir le mystère ?

La police n'a rien trouvé.

C'est qu'elle aura mal cherché, monsieur.

On me répond qu'elle a fait l'impossible.

Non... Elle cherche toujours mal, la police. On dirait vraiment qu'elle aime autant ne pas trouver. Ainsi pour le cas qui vous occupe.

Pour le cas... vous croyez ?

Oui, monsieur, je crois. Je crois que la police n'a pas fait ce qu'il fallait ; je crois , je suis convaincu qu'à l'heure actuelle et depuis longtemps elle devrait avoir trouvé... et pour cause...

Pour cause ?

J'ai trouvé, moi.

Monsieur !...

Henry allait sauter au cour du passant qui continuait :

Oui, monsieur ; moi qui ne suis qu'un policier amateur, j'ai trouvé ; je sais, je vois d'ici ce qu'on a fait de votre fiancée... et vous êtes si malheureux que je n'hésite pas à me mettre à votre disposition pour vous la faire rendre... Attendez !

Il écartait les bras d'Henry, prêta à l'étreindre et il tirait sa montre :

Onze heures et quart... Diable ! Diable !

Quoi donc, monsieur ? Est-ce que vous seriez attendu ailleurs ? Ah ! Je vous en prie, faites-moi le sacrifice...

 

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Ce n'est pas ça, je n'ai rien à sacrifier, personne m'attend, je suis mon seul maître. Ce qui me fait dire : « Diable ! » c'est que je crains d'arriver trop tard...

Trop tard !.. Oh ! Ne me dites pas ça.

Je dis toujours la vérité monsieur. Je m'expliquerai tout à l'heure. Commençons par ne pas perdre une minute de plus. Venez avec moi, sautons dans la première voiture... justement en voilà une.

Sur un signe de l'inconnu un fiacre qui passait, s'arrêta.

Une course, bourgeois ?

Oui, il faut aller vite.

Henry intervint.

Le prix que vous voudrez... Tenez ! Prenez d'abord ça.

Il avait fouillé dans sa poche et il allongeait un louis.

Le cocher en loucha :

On y va mon prince, on y court !

Henry sautait dans le fiacre.

Donnez l'adresse, cher monsieur. Donnez vite !

L'inconnu dit quelques mots au cocher et monta à son tour.

Le fiacre roula et si royalement qu'il eût payé. Henry put constater qu'on ne lui volait pas son argent, le cocher menait un train endiablé.

Ah ! Le brave homme ! Murmura-t-il, on dirait qu'il connaît mon angoisse.

L'inconnu sourit.

Il la connaît peut-être... Dans tous les cas et c'est l'essentiel nous allons vite.

Est-ce loin ?

Un peu

Ah !

Vous vous doutez bien que ces bandits n'ont pas caché votre fiancée sur le boulevard ; mais soyez tranquille, nous arriverons à temps.

A temps ? Que voulez-vous dire ? Est-ce qu'elle courrait un danger ?

Oh !

Je vous en prie, ne vous mettez pas la tête à l'envers. Je vous dis que nous arriverons à temps.

Encore qu'il ne fut guère en état de peser ce qu'il entendait. Henry fut frappé de l'assurance et de l'air renseigné de son homme.

Vous paraissez tout savoir... S'il en est ainsi dites-moi tout. Dites, je vous en supplie ! Ne craignez pas de me déchirer. On est plus fort quand on est fixé.

L'inconnu se fit tirer l'oreille :

Je sais tout... Je sais tout... C'est beaucoup dire... La vérité c'est que j'ai été mis sur la voie et que, connaissant les procédés des gens à qui nous avons affaire, je me doute de ce qu'ils ont fait et de ce qu'il vaut faire.

Eh bien dites-le moi! Encore une fois je vous supplie... et vous me le devez enfin ! Vous avez parlé d'un danger... un danger grave n'est-ce pas ? Des bandits pareils sont capables de tout... Dites ! Dites ! Ne me laissez pas dans cette angoisse. Qu'est-ce qu'ils ont fait, qu'est-ce qu'ils vont faire, ces bandits ? La tuer peut-être tuer ma fiancée.

Non, non...Rassurez-vous. Ces gens capables de tout ne sont pas des assassins.

Ah ! Je respire... Mais alors ? Quoi ? Quoi que veulent-ils ?

Vous ne vous en doutez pas ? Vous ne voyez pas pourquoi votre fiancée vous a été enlevée ?

Non... Je vous répondrai ce que je disais ce matin au juge d'instruction, j'ai la tête perdue. Je ne vois plus clair. On croit que c'est une ancienne maîtresse à moi qui aurait commandé l'enlèvement pour se venger ; on l'a même arrêtée. Mais moi, je ne suis rien, je ne peux rien dire là-dessus. C'est à vous de me fixer, puisque vous le pouvez. D'ailleurs, cette question-là est secondaire, il n'y en a qu'une qui compte pour moi : qu'est-ce devenue ma fiancée ?

Je vais vous le dire...

Ah ! Merci... Parlez ! Parlez !

Voici. J'ignore qui a commandé l'enlèvement mais je connais ceux qui l'on exécuté, eux et leurs procédés et le but qu'ils poursuivent. Ce but vous auriez dû le deviner tout de suite, monsieur Dolabelle. Vous êtes riche, très riche...

C'est de l'argent qu'ils veulent ?

Naturellement. Nous allons les voir ; attendez-vous à de grosses exigences.

J'en passerai par où ils voudront... L'argent ! L'argent ! Je ne peux plus compter , il s'agit e sauver ma fiancée. Vous avez di qu'ils ne la tueraient pas, mais le sort qu'ils lui réservent est peut-être pire que la mort.

C'est mon avis.

L'inconnu insistait et sa voix se faisait âpre et mordante, on eût dit qu'il éprouvait une volupté à torturer le fiancé...

Maintenant vous pouvez me demander : « Mais pourquoi ces bandits ne m'ont-ils pas fait savoir et qu'ils attendent de moi pour la rançon de leur prisonnière ? Comment veulent-ils que je le leur donne si je ne sais rien ? » A cela je vous réponds qu'ils ont dû vous faire tenir un mot...

Je n'ai rien reçu !

J'en suis sûr, puisque c'est moi qui vous apprend tout ; mais je suis sûr également qu'ils ont envoyé ce mot que vous n'avez pas reçu et qu'ils doivent être furieux de votre silence... Dépêchons ! Dépêchons !

L'inconnu mettait la tête à la portière et jetait au cocher l'ordre de presser :

— Plus vite ! Plus vite ! Si vous creviez votre cheval on vous le paierai !

En reprenant sa place, il regarda l'heure à sa montre

Minuit moins dix... C'est tout juste si nous arriverons.

Mais nous arriverons, n'est-ce pas ? Jeta le fiancé.

Oui... Je crois que nous arriverons à temps.

Quelle heure ont-ils donc fixée, ces misérables ?

Minuit, parbleu ! Minuit, l'heure toute ronde qui a toujours été ce qui reste l'heure du crime.

Du crime ! Du crime ! Ah ! Monsieur ne me torturez pas. Minuit, dites-vous et il ne reste plus que quelques minutes.

Elles nous suffisent pour arriver... Le bois a traverser et nous y sommes...

Le bois !

Henry regarda par la fenêtre et il reconnut ce bois qu'on traversait en ce moment.

Mais je suis venu déjà ici... Je connais... C'est le bois de Vincennes.

Comme vous dites, monsieur Dolabelle.

Et après le bois, c’est Saint-Mandé.

Oui, Saint-Mandé.

Saint-Mandé où... où...

La fin ne sortait pas, le nom de Jacqueline s'étranglait dans la gorge d'Henry.

Tout à coup à la lumière du passé, la vérité lui apparut.

Ce n'était pas par hasard qu'il avait rencontré cet inconnu à sa porte ; l'homme était là pour lui, pour le prendre et le conduire à la villa de Saint-Mandé où Jacqueline l'attendait, qui allait lui faire payer son abandon...

Cet homme est une créature de Jacqueline, un des bandits qui, hier soir, ont enlevé marie ma fiancée. Et voilà pourquoi il est si bien renseigné et je suis tombé dans un guet-apens et je suis perdu.

L'inconnu insistait.

Mais vous tremblez. Qu'avez-vous donc ?

Henry répondit par un cri étouffé :

Ah ! C'est là.

Le fiacre s'arrêtait à la grille d'une villa qu'il reconnaissait tout de suite pour y êtes souvent venu, la villa acheté par Jacqueline.

Mais oui, c'est là, nous y sommes fit l'inconnu... Veuillez descendre... Allons ! Descendez.

Je ne veux pas.

Voyons ! Voyons ! Pas d'enfantillage. Je n'aime pas perdre mon temps, moi ! Vous m'avez demandé de vous conduire à votre fiancée, je vous y conduis et au moment de la revoir, vous...

Henry se jeta en avant :

Elle est là !

Eh oui ! Elle est là chez Jacqueline Myra. C'est elle, l'ancienne qui vous l'a retrouvée et qui veut vous la rendre elle-même et ce sera sa seule vengeance et le dénouement de l'histoire. En voulez-vous oui ou non du dénouement ?

Comme l'inconnu disait cela, le cocher descendu de son siège, ouvrit la portière et demandait gouailleur et menaçant près à opérer :

Faut-il vous aider, mon prince ?

 

( A SUIVRE 21 JUILLET )

 

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