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APACHE ROI N° 15

3 Juillet 2012, 11:00am

Publié par nosloisirs

APACHE ROI EN TETE

 

Depuis bientôt une semaine, Paris se remettait de sa frousse et commençait à respirer librement.

Le coup de la rue de la Paix semblait avoir clos l'épopée criminelle.

Il y avait eu encore des cambriolages et des batailles entre apaches et des passants assommés et dévalisés ; mais ce n'était là que des coups ordinaires, banalement exécutés, ou l'on ne sentait plus la manière audacieuse et, pour dire le mot, la maestria de la bande qui avait terrorisé Paris.

Celle-là avait disparu ou renoncé pour le moment à faire parler d'elle. Ce qu'elle était devenue, nul n'aurait su le dire, pas même les plus fins limiers de la police, car — et c'était bien là ce qui avait décuplé la frousse — la propre de la bande était de frapper partout, sur tous les ponts de Paris et de ne se montrer nulle part et de rien laisser derrière elle qui pût constituer une piste.

Sauf quelques pantes qu'elle avait dégringolés — et cela étaient morts — personne ne pouvait se vanter d'avoir vu le nez d'un de ses membres. Elle eut opéré du fond d'un souterrain, en appuyant sur un bouton électrique qu'elle ne fut pas restée plus mystérieuse.

Un moment pourtant, on avait cru la tenir.

Certain jour, presque au début de ses exploits, un indicateur avait prévenu la police que des hommes de mauvaise mine, sûrement des apaches qu'on avait vu entrer au « Paradis de Mahomet » le soir pendant le spectacle, n'avaient pas paru dans la salle — et de là, cette conclusion que lesdits apaches devaient avoir leur lieu de réunion au « Paradis » même dans une autre salle comme d'eux seuls, probablement au sous-sol, dans les caves.

L'indicateur avait flairé juste et, ce jour-là la bande avait failli être prise d'un seul coup de filet.

Le soir, à l'heure où le spectacle battait son plein, la police s'était introduit sans bruit, sans scandale dans le « Paradis » et elle était allé tout droit sans chercher, à l'escalier qui menait au sous-sol ; elle n'avait eu pour cela qu'à s'adresser au contrôle ; un employé s'en était détaché qui l'avait sans difficulté conduite à cet escalier, et même fait descendre à la salle souterraine où se réunissaient réellement les apaches.

Mais arrivé là, elle n'avait trouvé qu'une douzaine d'individus vêtus d'oripeaux bizarres avec au front des étoiles en papier doré qui l'avaient accueillie très convenablement et lui avaient fait les, honneurs du lieu et ceux d'une autre pièce voisine ou des femmes en costume de houris attendaient leur tour de monter en scène.

Elle avait devant elle les figurants et les figurantes du « Paradis de Mahomet » et elle s'en était retournée le nez long d'une aune — et après son départ, les bienheureux du « Paradis » les figurants au fond étoilé, avaient exécuté un cake-walk échevelé.

C'était un des leurs qui avait joué le rôle d'indicateur ; la bande était allée au-devant des recherches et provoquant une descente dont les résultats la mettraient pour toujours à l'abri des soupçons. Et elle était d'autant plus sûre de rouler la police que la scène des figurants et des figurantes n'était pas imaginée pour les besoins de la cause ; c'étaient vraiment les artistes du théâtre que la police avait vus là, le « Paradis de Mahomet » était bel et bien une création de la bande à Porthos, une enseigne à masquer ses occupations ordinaires.

Et c'est ainsi que le sous-sol du « Paradis » était devenu une tranquille retraite de la bande pouvait en toute sûreté recevoir son chef de jadis, aujourd'hui découronné, et son nouveau maître, l'Apache-Roi.

Mais enfin, la bande avait mis un temps d'arrêt dans ses coups d'audace et Paris respirait.

Tout à coup, ce fut au tour de la province de s'émouvoir ; déjà, le Nord s'ouvrait à cette terreur qui avait secoué Paris pendant des mois ; la bande invisible y avait transporté le champ de ses opérations et ses procédés à la fois violents et mystérieux.

Coup sur coup à un jour d'intervalle on apprit le cambriolage d'une banque à Amiens, celui d'une étude de notaire à Arras, l'enlèvement entre Lille et Roubaix, d'un garçon de caisse qui était allé prendre chez un banquier de Lille pour les rapporter à sa maison, une des plus grosse de Tourcoing, les fonds de l'échéance du lendemain.

Et avant que l'émoi soulevé par ses nouvelles fut calmé, d'autres éclatèrent franchement terrifiantes qui arrivaient de la même région ; une nuit, le grand Peignage de Tourcoing était dévoré par un incendie et, à l'heure où se déclarait ce sinistre, une bombe explosait au château de M. Dolabelle, sous l'appartement des châtelains qui se réveillèrent parmi les ruines et grièvement blessés, M. Dolabelle à la tête et sa femme à la poitrine.

Mais, les coups de la bande s'arrêtèrent là, elle ne donna plus signe de vie ― et l'on s'aperçut alors en étudiant le bilan de ses méfaits que tous visaient et atteignait les Dolabelle ; la banque d'Amiens était une création du directeur du grand Peignage, le notaire d'Arras était son notaire, le garçon de caisse n'était autre que le père Lejoyeux, son vieux postier.

Partie de paris avec Tourcoing pour but principal de son expédition, la bande avait marché par étapes, marquant chacune d'elles par un coup qui avait réussi.

Et tous ces coups décelaient la présence à la tête de la bande, de quelqu'un qui avait fait partie de la maison Dolabelle et qui connaissait à fond les affaires du directeur, ses intérêts dans la banque d'Amiens et jusqu'à l'habitude qui l'avait envoyer le père Lejoyeux chercher à Lille, la veille des échéances, les fonds ou le complément de ces échéances.

Il y avait là une piste à suivre.

Piste dangereuse pour ceux qu'elle visait et surtout pour la tête qui les menait ; la bande était celle du « Paradis de Mahomet » c'était le plan de bataille de son idole qu'elle venait d'exécuter là, et l'enquête du Parquet devait fatalement aboutir à Jacqueline Myra ; il était impossible que, pressé de donner des indications à la police, de nommer le ou les employés renvoyés qu'il pouvait soupçonner de lui vouloir du mal. m. Dolabelle songeât pas à cette victime de son fils, qui était aussi et d'abord la sienne.

Or, en même temps que dans le Nord , le parquet adoptait cette piste, la police de Paris relevait cette particularité que, depuis huit jours que la terrible bande opérait en province, le « Paradis de Mahomet » où l'on avait fait jadis une descente infructueuse, avait suspendu ses représentations « pour cause de relâche »

Et, voici que la bande venant de frapper dans le Nord, le « Paradis » rouvrait ses portes.

( A SUIVRE 6 JUILLET )

 

 

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