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MOINEAUX SANS NID N° 156

3 Juillet 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

CHAPITRE-156--.jpegPeu après quinze heures trente, cet après-midi, Claude Lornier assis à son bureau, consulte l’heure à sa montre de poignet puis il sourit.

— Assez travaillé aujourd’hui ! Dit-il tout haut en refermant le registre placé devant lui. Il va être quatre heures et je dois me presser si je veux arriver à temps pour connaître la jolie femme qui a demandé à parler à Robert Montpellier.

Il se leva, prit un parapheur et alla frapper à la porte de son directeur, porte qu’il ouvrit d’ailleurs sans attendre la réponse ; Comme toujours son supérieur travaillait, examinant les rapports disciplinaires que le gardien-chef venait de lui remettre.

— Ah ! C’est vous, Lornier, dit-il sans quitter des yeux ses papiers.

— Oui, monsieur le directeur, je vous apporte quelques papiers urgents à signer, répondit le secrétaire en s’approchant et posant le parapheur sur la table du directeur.

— Bien, laissez cela ici ; je signerai un peu plus tard, décréta l’autre. (Et il ajouta d’une voix irritée) : Lornier, il me semble que depuis quelques temps, la discipline laisse à désirer ici. Ces rapports se révèlent que mes gardiens ne sont pas aussi scrupuleux qu’ils le devraient et j’ai constaté personnellement qu’ils témoignaient trop d’indulgence aux détenus.

Il acheva de prononcer ces mots en levant les yeux sur son secrétaire, comme s’il en attendait une réponse, mais Lornier, impassible, gardait le silence.

— Cet état de choses doit cesser ! Reprit énergiquement le directeur. Je vais rédiger une note de service destinée à tous les surveillants, en rappelant le règlement à appliquer, sous peine de graves sanctions. Autrement, je me demande où nous irions !

Un imperceptible sourire flotta sur les lèvres du jeune homme.

— Vous avez raison, Monsieur, répondit-il. Si vous me le permettez je m’en occuperai demain matin, en reprenant mon travail. Ca sera d’ailleurs la première chose que je ferai !

— Mais, ne pouvez-vous le faire dès ce soir ? S’exclama le directeur en le regardant avec étonnement.

Lornier, légèrement embarrassé, expliqua :

— Veuillez m’excuser, Monsieur. Je ne me sens pas du tout à mon aise depuis le début de l’après-midi. Je voudrais vous demander la permission de quitter le bureau pour rentrer me repose un peu plus tôt que d’habitude.

— Dans de telles conditions, je ne puis insister, mon ami. Je connais votre zèle, et je sais que vous n’êtes pas avare de votre temps lorsqu’il y a un travail pressé à achever. Je suis fâché de vous savoir mal en point et j’espère de tout cœur que ce ne sera rien. Entendu, vous rédigerez demain cette note de service et, après nous être concertés, nous l’afficherons partout.

Merci beaucoup, Monsieur ! S’écria en soupirant de soulagement. Car, durant un instant, il avait craint d’être retenu.

— Allez, mon ami, conclut le directeur en lui faisant un signe amical de la main. Allez ... et à demain !

— A demain, Monsieur ! Merci encore.

Lornier s’empressa de le quitter et retourna dans son bureau où il enferma tous ses dossiers dans les tiroirs. Il glissa les clés dans sa poche, puis sortit, non sans avoir jeté un coup d’œil à la pendule accrochée au mur qui faisait face à soin siège, il était quatre heures moins cinq.

Il parcourut rapidement le long couloir qui conduisait au parloir de la prison, un léger sourire sur les lèvres.

< Elle doit sûrement être déjà là, se disait-il, et comme à cette heure, elle sera la seule visiteuse, je ne pourrai me tromper ! >

Un gardien faisait sa ronde aux alentours du parloir, et il salua avec empressement le secrétaire lorsqu’il l’aperçut.

Claude Lornier poussa la lourde porte et en franchit le seuil, fixant avec curiosité la très élégante silhouette féminine qui, immobile devant le grillage partageant en deux la grande pièce ne quittait pas des yeux la porte par où entrerait celui qu’elle venait voir.

Comme la jeune femme lui tournait le dos, le secrétaire ne put voir son visage ; toutefois, il réalisa qu’elle devait être fort séduisante et il sourit avec satisfaction, s’immobilisant à quelques pas derrière celle qui ne se doutait nullement de sa présence.

Lornier décida alors de l’attendre dans le couloir, comprenant combien il était indiscret, et il sortit à pas de loup ...

Il venait à peine se retirer que le lourd battant tournant sur ses gonds, mais au lieu de laisser le passage à Robert Montpellier accompagné d’un gardien comme l’exigeait le règlement, ce fut ce dernier seul qui se présenta et qui, s’approchant du grillage, déclara à la grande stupéfaction d’Alice.

— Je regrette, Madame, mais le détenu a refusé de quitter sa cellule.

— Qu’est-ce que vous dites ? Bredouilla la sœur du marquis d’Evreux, incrédule. Vous voulez dire qu’il ne veut pas me voir ?

— C’est cela même, Madame. Il m’a même spécifié qu’il désirait ne parler à personne.

— Mais vous deviez insister ! Protesta Alice, rouge de colère et d’humiliation. Vous lui avez bien dit que c’était mademoiselle Alice d’Evreux qui le demandait ?

— Certainement, Mademoiselle ! Affirma le gardien. Je lui ai même montré l’autorisation de visite portant votre nom.

Alice fronça les sourcils et se tut. Puis elle reprit, déconcertée :

— Et malgré cela, vous dites qu’il a refusé de venir ?

— Il m’a chargé de vous dire de ne plus vous déranger pour lui à l’avenir, l’informa l’homme.

— Me déranger ! Répéta-t-elle tout bas, stupéfaite, furieuse et horriblement vexée.

Voyant que la visiteuse ne se décidait pas à quitter le parloir, le gardien lui dit assez brusquement :

— Il faut vous en aller à présent, Madame. Puisque le détenu refuse l’entretien, vous ne pouvez continuer à rester ici !

— Un éclair de rage passa dans le regard d’Alice qui dévisagea le gardien avec colère, comme s’il était responsable de ce qui arrivait.

— C‘est impossible ! Protesta-t-elle d’une voix sourde. Il doit y avoir erreur ! Monsieur Montpellier a cru sans doute qu’il s’agissait de quelqu’un d’autre Je vous supplie d’aller le revoir.

— Je regrette beaucoup, Madame, interrompit l’homme énergiquement, mais il n’y a pas d’erreur possible. Le détenu connaît parfaitement votre nom ... Il l’a lu tout haut et à même eu un rire très bizarre en me répondant qu’il ne voulait voir personne !

Cette fois, en même temps que la colère, la couleur apparut sur le visage d’Alice. Elle hocha tristement sa jolie tête, bredouilla quelques paroles de remerciement et se dirigea vivement vers la sortie du parloir.

Elle en franchit le seuil sans remarquer Lornier qui ne la quittait pas des yeux. A pas lents, elle parcourut le long couloir tandis que le gardien la suivait à quelques pas.

< Tiens, tiens, se dit Claude Lornier en souriant curieusement. La chose est toute différente de ce que m’a raconté Grégoire ! Je ne me suis donc pas trompé, et je pense que cette histoire pourrait me rapporter pas mal d’argent ... sans compter que cette fille est d’une beauté sensationnelle. Ma foi, il me serait très agréable de ... >

Il pressa le pas et rejoignit Alice au moment où elle franchissait la grande porte cochère de la prison.

Lornier était un garçon toujours tiré à quatre épingles et il ne manquait pas d’une certaine distinction. Sans hésiter, il s’inclina devant la jeune femme et tandis qu’elle le dévisageait avec étonnement, il murmura :

— Excusez-moi, Mademoiselle ... Il y a quelques instants, j’ai pu constater votre embarras et ...

— Que voulez-vous dire, Monsieur ? Coupa-t-elle avec colère en dévisageant cet inconnu qui osait l’aborder dans la rue. Je vous prie de me laisser tranquille !

— Pas avant de vous dire que je pourrais sans doute vous être utile, Mademoiselle, insista le jeune homme.

Cette fois, elle ne sus dissimuler son étonnement.

— Je ne comprends pas ...

— Voici ! J’ai, très involontairement assisté à la scène qui vient de se dérouler dans le parloir de la prison, murmura-t-il en souriant.

— Vous ? S’écria Alice, incrédule.

— Laissez-moi achever, pria-t-il. Je vous ai déjà dit que c’était tout à fait par hasard. Je me trouvais dans le couloir et, en passant près de la porte restée entr’ouverte, j’ai entendu votre voix. A son accent de colère, j’ai compris que le détenu que vous veniez voir refusait l’entretien.

— Mais comment avez-vous pu avoir la possibilité de vous trouver là ? S’informa la jeune fille en le dévisageant avec curiosité. Et qui êtes-vous donc, Monsieur ?

— Je m’appelle Claude Lornier et me trouvais là pour des raisons de service, Mademoiselle. Je suis le secrétaire du directeur de la prison. Comprenez-vous à présent ?

Un soupir de soulagement échappa à la sœur du marquis, car elle avait supposé un instant avoir affaire à un ignoble individu qui essayait de profiter de la situation pour la faire chanter.

Tout était différent, heureusement.

— Alors, Mademoiselle, reprit Lornier très aimablement, comme je vous le disais il y a un instant, je suis prêt à vous aider si c’est possible ...

— Mais en quoi ? Demanda Alice qui ne comprenait guère où l’homme voulait en arriver.

— Etant le principal secrétaire de cette prison, Mademoiselle, j’ai l’avantage — si l’on peut dire — d’approcher les détenus, et je possède également la confiance et le respect de tous les gardiens.

— Si vous le désirez, je suis intervenir auprès de Monsieur Robert Montpellier, mais il faudra, auparavant que vous m’expliquiez la situation, pour essayer ensuite de le convaincre de l’absurdité de sa conduite envers vous.

— Un espoir soudain éclaira le visage d’Alice ; la proposition de Lornier paraissait logique et intelligente. Elle n’avait rien ç craindre. Elle pensa également que même si cet homme n’agissait pas ainsi uniquement par grandeur d’âme, il ne pourrait exiger des choses impossibles. Et comme il lui avait fait entendre qu’il désirait être récompensé, elle le ferait très largement ...

— Voudriez-vous vous expliquer plus clairement, Monsieur ? Reprit-elle après quelques secondes de réflexion. Dites-moi avec précision ce que vous attendez de moi.

— Avant tout, nous pourrions aller dans un petit bar tout proche d’ici pour y parler plus tranquillement, au lieu de rester dans la rue, proposa-t-il.

— D’accord, approuva Alice. Allons-y.

Il la conduisit vers une rue voisine et, après avoir parcouru une centaine de mètres, ils pénétrèrent dans un bar charmant et élégant, meublé avec un goût très sûr et très sobre.

Ils s’installèrent dans de confortables fauteuils. Puis, après avoir commandé leurs consommations, Claude Lornier commença :

— Comme je viens de vous le dire, Mademoiselle, et si vous acceptez de m’expliquer toute la situation, j’essayerai de faire comprendre à Monsieur Montpellier combien il se trompe à votre égard ...

— Oui, répondit Alice sans hésiter, je vais tout vous raconter …

 

( A SUIVRE LE 6 JUILLET )

 

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