Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

APACHE ROI N° 10

18 Juin 2012, 11:00am

Publié par nosloisirs

APACHE ROI EN TETE

 

N° 10 APACHE ROI

Le magistrat s'inclina.

— Bien, mademoiselle. Passons à la seconde et c'est ici surtout que je fais appel à toute votre sincérité. Comment avez-vous supporté l'abandon du père. N'avez-vous pas eu de révolte, n'avez-vous pas menacé ?

Jacqueline se tourna vers maman Dary comme pour lui dire :

— Vous étiez là, maman. Répondez pour moi.

Maman Dary répondit :

— Des révoltes, des menaces ! Ah ! Non monsieur le commissaire. Pas un mot. J'assistais à la scène j'entendais tout ; le père de notre petit Jan était venu lui-même flanqué de son propre père à lui signifier à la pauvre martyre que tout était fini entre eux...et ces deux hommes étaient tellement des monstres que je me sentais des envies de les étrangler... Mais elle leur victime, acceptait tout sans rien dire, elle était comme paralysée, elle les laissa partir sans leur adresser le moindre reproche.

— Vraiment, dit le commissaire, s'adressant à Jacqueline ; c'est bien par le silence résigné que vous avez accueilli la signification de rupture.

— Oui, monsieur... comme vous le dit maman Dary j'étais comme paralysée.

— Ah !... et depuis ? Vous ne leur avez pas écrit ?

— Non, monsieur. Ils attendaient une lettre de moi... une lettre où je devais accepter ou repousser des offres qu'ils m'avaient faites.

— Des offres de dédommagement, n'est-ce pas ?

— Oui monsieur... de l'argent ; je n'ai pas écris cette lettre, ils l'attendent encore, ils l'attendront toujours. Je me doute bien qu'ils pas compris ce silence, eux, les hommes d'affaires.

— Et voilà bien le mal, mademoiselle !

— Le mal ?

— Et je ne peux plus me dispenser d'exiger que vous me fassiez connaître le nom du père de votre enfant.

— Vous ne pouvez plus.

— Non, mademoiselle et cela, pour cette raison capitale ; c’est une seconde hypothèse celle que je ne vous ai pas encore énoncée, qu'il nous va falloir vérifier, en cette hypothèse, la voici ; c'est le père de votre enfant qui a commandé l'enlèvement.

Jacqueline eut un haut-le-corps, et maman Dary étouffa un grondement.

Le commissaire poursuivit.

— Je vois qu'à votre tour, vous ne comprenez pas et c'est tout en faveur de votre honnêteté native qui ignore les combinaisons louches. Je vais vous faire comprendre.

Et le magistrat s'expliqua :

— Ces hommes d'affaires — comme vous les appelez et vous devez bien les connaître — n'ont pas admis que vous vous résigniez ainsi, quand vous aviez le droit de parler haut. Au lieu de les rassurer votre silence les a effrayés ; ils y ont découvert une arrière-pensée de revanche, un plan arrêté que vous vous réserviez d'exécuter plus tard et ce plan, me mettant dans leur peau, je le vois comme ils ont dû le voir ; ils se sont dit que vous ne vous incliniez aujourd'hui que pour vous adresser demain ou dans six mois ou dans un an, à l'heure que vous auriez choisie pour surgir brusquement dans leur tranquillité, et que, ce jour-là, vous surgiriez votre enfant dans vos bras, et que vous parleriez en son nom, si bien armée et si résolue, qu'ils n'auraient eux, pour éviter un scandale dont ils ne pourraient plus se relever, qu'à souscrire à toutes les exigences de la mère.

C'était bien en effet, ce que s’était dit M. Dolabelle en sortant, tout soucieux, de son entrevue avec Jacqueline.

— Et voilà pourquoi l'enfant a disparu, acheva le commissaire. Ce qu'on vous a enlevé c'est l'instrument des revendications futures — et vous aller me donner le nom et l'adresse du père, car c'est de ce côté que j'entends diriger immédiatement nos recherches. Je vous préviens d'ailleurs que si vous refusez, je saurais les retrouver sans vous.

— Pas la peine, les voici.

C'était maman Dary qui répondait et elle nommait les Dolabelle, elle disait leur situation à Tourcoing et elle terminait par le crachat qu'elle leur avait jeté de la fenêtre de la villa.

— Ah ! Les canailles !... Il ne leur manquait plus que ça, voler ce pauvre petit ange... Et pour le faire disparaître, n'est-ce pas ! Le tuer peut-être.

Un cri lui répondit, un cri terrible celui que Jacqueline avait eu déjà devant le berceau vide.

La mère avait bondit à cette vision de son enfant supprimé par le père et le grand-père, et c'était une autre femme qui se dressait devant le commissaire, une femme au visage convulsé, aux yeux flamboyants, celle-là même qui, quinze jours auparavant revenue de la syncope qui lui avait value la visite du père et du fils, criait, transfiguré, à maman Dary :

— Si vous ne savez pas ce que c'est que la vengeance, je vous le ferai voir, moi !

Le commissaire dut s'employer de toute son autorité à la calmer, aller jusqu'à la menace.

— Prenez garde, mademoiselle vous aller gâter votre cause et m'obliger à prendre d'abord des mesures contre vous, et vous ne reverrez plus le disparu.

Elle se ressaisit et ne parla plus que de son enfant :

— Mon Jean, mon petit Jean ! Faites le nécessaire, faites l'impossible pour me le rendre. Rendez-le moi et pour le reste, pour ceux qui me l'ont volé... je vous promets de vous écouter, de n'en rapporter à la justice.

Mais rentrée à la villa, déserte pour elle désormais et arrivée devant le berceau vide, elle eut une nouvelle crise de fureur qui la laissa brisée, effondrée dans un désespoir morne.

L'annonce d'une visite la remit debout.

La bonne li présentait une carte :

— Ce monsieur prie madame de le recevoir.

Elle prit la carte, lut le nom du visiteur, le cria :

— Monsieur Roulisse !

Roulisse, l'homme des Dolabelle, celui à qui ces jours derniers, M. Dolabelle père demandait imposait un acte qui si les déductions du commissaire étant fondées, devait aboutir à la disparition du petit Jean.

Que venait-il faire là, le jour même de l'enlèvement, quelques heures après le rapt perpétré ?

Jacqueline trouva la force de courir au devant du visiteur.

Elle s'était rendue à la logique du commissaire et tout lui confirmait maintenant que le magistrat avait vu juste, que c'étaient les Dolabelle qui lui avaient fait enlever son Jean ; mais elle avait connu Roulisse et sincèrement bon pour elle, et si droit, si loyal avec tout le monde, qu'elle ne pouvait pas le soupçonner d'avoir trempé dans la machination criminelle des autres.

C'était un ami quelle croyait recevoir, un ami qui avait peut-être appris quelque chose de cette machination et venait trop tard, hélas ! L'en avertir.

Elle lui tendit les deux mains, se jeta presque dans ses bras.

— Ah ! Monsieur Roulisse … que de chemin fait depuis le jour ou je vous quittai, et quel calvaire.

Il ne demanda pas d'explication il savait le roman de Tourcoing et ses suites et il lui dit tout de suite.

— Oui, mademoiselle, quel calvaire pour vous et quel remords pour moi qui vous laissai partir là-bas ; mais je croyais bien faire, je ne voyais que votre intérêt, je ne me doutais pas ce qui vous attendait, je vous le jure !

Il jurait et il semblait sincère ; une émotion réelle faisait trembler sa voix.

— Pardonnez-moi mademoiselle. C'est pour cela que je suis venu pour vous demander pardon de vous offrir mes services. Vous voilà seule... Je sais qu'on vous abandonnée. J'ai appris la rupture... J'ai tout appris.

— Tout ? Venez ! Venez !

Jacqueline le conduisait à la chambre où Jean avait son berceau.

— tout appris. Alors, vous allez tout me dire, n'est-ce pas ? M'appendre ce que je dois faire pour retrouver mon enfant, pour que j'obtienne qu'on me le rende.

— Votre enfant...

Roulisse s'étonnait :

— On vous a donc pris votre enfant ?

— Pris ? Volé ? On me l'a volé, on vient de me le voler !

— Oh !... c'est atroce.

Et cela encore sortait avec un tel accent de sincère compassion, que l'espoir de Jacqueline s'éteignit.

— Ah ! Ce n'est donc pas vrai que vous ayez tout appris. Vous ne saviez pas ce dernier coup, ce crime des misérables qui se disent vos amis !

Et elle raconta l'enlèvement de Jean, et elle accusa les Dolabelle et elle supplia :

— Écoutez, monsieur Roulisse écoutez ! C'est la mère qui vous parle, une pauvre mère qui n'avait plus au monde que son enfant, et qui eut tout supporté, tout pardonné, pourvu qu'on le lui laissât. C'est cela qu'il vous faut aller dire à ces deux hommes. Ils vous croiront, vous, et ils me rendront mon enfant, et je vous jure que vous ne les aurez pas trompés ; je pardonnerai, j'oublierai. Ils n'entendront plus jamais de moi ni de mon petit Jean. Vous allez le leur dire, n'est-ce pas ? Le leur télégraphier plutôt... Oh ! Vite ! Vite ! Je n'en puis plus d'angoisse... Je me sens devenir folle.

Une souffrance tira le visage de Roulisse, ses lèvres tremblèrent ; il allait dire quelque chose qui montait à son cœur.

Il ne le laissa pas sortir ; il se contenta de répondre en se levant :

— J'ignore si ces messieurs sont pour quelque chose dans l'enlèvement mais je vais faire ce que vous désirez... le faire tout de suite... j'y vais.

Il se dirigeait vers la porte, à pas pressés et sans regarder derrière lui comme s'il eut tremblé de rester plus longtemps.

Jacqueline ne remarqua cette hâte que pour l'en bénir, et elle ne chercha pas à le retenir une minute de plus ; elle avait obtenu de lui ce qu'elle voulait et l'ayant reconduit jusqu'à la grille, elle rentrait en courant pour se jeter au cou de maman Dary et lui annoncer :

— Il ma promis ! Il va me le faire rendre.

Dans la voiture qui le ramenait à Paris, Roulisse se donnait des coups de poing sur les genoux, grondait, soupirait :

— Pauvre fille ! Pauvre fille !

Cette entrevue l'avait bouleversé, il n'était pas encore remis de son trouble quand il arriva chez lui, rue du Sentier.

Il monta directement à son cabinet.

Un homme l'y attendait qui se leva le voyant entrer, alla fermé soigneusement la porte et demanda :

— Eh bien ? Vous l'avez vue ?

— Oui, je viens de la voir.

— Alors ?

— Alors... ce que vous m'avez fait faire était inutile, monsieur Dolabelle, vous n'avez rien à craindre de cette pauvre fille, et il faut lui rendre son enfant !

C'était bien lui, Roulisse qui, la main forcée par le père d'Henry avait fait enlever le petit Jean.

— Vous entendez ? Il faut le lui rendre.

— Vous dites ? Il faut ?

M. Dolabelle s'était rapproché de Roulisse et le regardait sous le nez.

— Je vois ce que c'est ; elle vous a embobiné, vous aussi. Prenez garde, mon cher Roulisse ! On en revient à l'âge d'Henry ; au vôtre , on n'en guérit plus.

Cela lâché en ricanant, il prit son air le plus sévère :

— Vous dites : il faut ! Moi je dis qu'il ne faut pas ! Ce n'est pas à la légère que j'ai commandé cet enlèvement, et ce qui est fait est fait. Cette fille ne retrouva jamais son enfant, nous n'avons plus à craindre le chantage déjà résolu ans son esprit, témoin le silence dédaigneux par lequel elle a répondu à nos offres généreuses. Ce silence a consommé la rupture et achevé de nous libérer. Entre nous et celle qui fut la maîtresse d'Henry il n'y a plus rien, rien !... Pardon si ! Il y a quelque chose ou plutôt quelqu'un, et ce quelqu'un c'est vous ; mais vous allez choisir... Je ne sortirai pas d'ici question soit tranchée. Etes-vous avec cette fille ou avec nous ? Il faut vous prononcer... Oui, à mon tour je dis : il faut ! Et vous savez ce que j'entends par là... et si vous ne le savez plus, je vous le rappelle... Je vous...

— Inutile ! Jeta Roulisse en se redressant dans son mouvement de révolte. Vous l'avez rappelé l'autre jour pour me décider exécuter votre arrêt, et c'était déjà trop ! Je vous avez déjà donné assez de preuves de dévouement, pour que vous n'eussiez pas à évoquer ma situation de débiteur. Aujourd'hui je vous vois venir ; vous allez faire pire, descende à la menace qui me trouverait désarmé, car je suis

 

26-JANVIER-1908--N--2--.jpeg

 

— je le confesse et vous le savez bien — incapable de me libérer avant plusieurs années.

— Alors ! Fit froidement M. Dolabelle acceptant sans discuter ce qui était reproché. Qu'allez-vous faire ?que désirez-vous ? Toute a question est là et le reste n'est que paroles inutiles. Oui ou non êtes-vous avec nous ?oui ou non puis-je compter que l'enfant reste perdu pour la mère.

Un silence un combat intérieur, au bout duquel Roulisse prononça avec n accent farouche.

— vous l'avez dit, monsieur Dolabelle ce qui est fait reste ait. Je suis avec vous, je ne rendrai pas l’enfant à a mère ; il sera comme il a été convenu déposé à l'Assistance publique.

— Sans nom ni marque !

— Sans nom ni marque perdu à jamais pour sa mère et même pour nous.

— Très bien.

— Oui, très bien ; mais souvenez-vous de ce que je vais vous dire, monsieur Dolabelle ! Vous regretterez.

— Des menaces.

— Non, je n'ai pas le droit de menacer, moi.

— En ce cas, c'est cette fille qui vous a chargé.

— Pas davantage. Elle s'est contentée de pleurer et de supplier et je la crois incapable de se livrer à un scandale qui, en salissant votre nom, déshonorerait celui de son père et sa mémoire.

— Alors ! Que voulez-vous que je craigne ?

— La justice, monsieur Dolabelle. Non pas celle des tribunaux, vous êtes à couvert, vous, et s'il surgissait un danger quelconque, vous sauriez étouffer l'affaire. Non pas celle-là, mais l'autre, celle qu'il n'est au pouvoir de personne d'arrêter dans sa marche et qui vient toujours à son heure.

M. Dolabelle haussa les épaules.

— Je crois vous avoir dit que vous étiez un sentimental, mon pauvre Roulisse. Méfiez-vous ça ne vaut rien pour les affaires.

— Je m'en suis déjà aperçu, répondit amèrement Roulisse, mais je reste ce que je suis. Et pour terminer, voici ce que je tiens encore à vous dire, monsieur Dolabelle. Écoutez bien... Ce sera le dernier mot de cette lamentable affaire.

— J'écoute... Je ne peux pas vous refusez ça.

— Voici, j'ai fais déposer là-bas, à la villa de Saint-Mandé une lettre pour la mère. Soyez tranquille ! Ce n'est pas une imprudence, la mère ni personne ne connait l'écriture que j'ai employée. Cette lettre, destinée dans ma pensée à atténuer le coup qui vient de lui être porté, promet à la malheureuse mère que sa résignation sera récompensée et que l'heure de la justice, de cette justice dont je vous parlais tout à l'heure, sonnera tôt ou tard pour elle. Eh bien ! Je suis convaincu à cette heure, je suis sûr d'avoir dit la vérité et je vous répète : souvenez-vous monsieur Dolabelle ! Un jour ou l'autre nous aurons à reparler de cette lettre.

De nouveau M. Dolabelle haussa les épaules.

— En attendant, la cause est entendue : l'enfant à l'hospice, et la mère... où elle voudra.

Et sur ce mot féroce, tout fut dit. M. Dolabelle repartit pour Tourcoing et, déchiré mais s'inclinant pour sauver sa propre situation, Roulisse écrivit à la martyre de Saint-Mandé ces quelques lignes qui l'avait l'achever.

« Vous vous êtes cruellement trompée ; ceux que vous accusez sont aussi innocents que moi-même du malheur qui vous frappe... »

 

(A SUIVRE LE 21 JUIN)

 

041

Commenter cet article