MOINEAUX SANS NID N° 151
BiendespersonnagesdenotrehistoireruminaientcommeJeanMarigny,despenséesplusoumoinssombresetseposaientdesquestionsplusoumoinsangoissées.
Dans sa cellule, Robert Montpellier se demandait combien de temps il devrait rester enfermé entre ces quatre murs, et par quel moyen il arriverait à prouver son innocence, puisque la mère Picquet, la sinistre « Araigne » s’obstinait à le désigner comme étant son agresseur, son voleur, et l’auteur du rapt de la petite Mireille. Personne ne se souciait de lui, personne ne pouvait l’aider !
Le prisonnier ne venait presque à regretter sa violence lors de la récente visite d’Alice d’Evreux. N’aurait-il pas dû taire ses griefs et ses soupçons et permettre à la jeune femme de lui procurer un bon avocat, de faire reprendre l’enquête, de remuer ciel et terre, enfin pour le sortir de cette impasse !
Mais il se reprochait aussitôt cette pensée ; non, il n’avait pas eu tort ! Car dieu sait de quel prix Alice lui aurait fait payer ses démarches en sa faveur ! Elle mentait trop bien, elle louvoyait — et avec quel art consommé — dans des eaux troubles elle nouait et dénouait trop d’intrigues pour qu’on pût lui faire confiance.
Le peintre était inquiet aussi pour Mireille ; qu’était devenue la tendre et si malheureuse petite fille ? Qui l’avait ravie à la mère Picquet ? Et dans quel but ? Sûrement certaines gens étaient au courant des origines de cette enfant et voulaient sans nul doute monnayer leurs renseignements auprès de ses vrais parents fortunés probablement ; sinon, ils ne se seraient pas tellement acharnés sur cette petite innocente et sans défense ...
Robert se tourmentait beaucoup moins pour Pierrot, qu’il savait débrouillard autant qu’honnête et intelligent, mais il se demandait s’il était vraiment le fils de son vieil ami Julien Delorme. Pourtant, l’acharnement d’Anselme et Alice d’Evreux contre le jeune vendeur de journaux était bien troublent ...
Pierrot lui, malgré la belle assurance qu’il avait montrée à Mireille en parlant de vendre des fruits au marché de Pantin, Pierrot ne pouvait ignorer les difficultés qu’il allait rencontrer pour monter ce qu’il appelait pompeusement « son affaire ».
Sans ignorer, bien sûr, qu’il existait des marchands de quatre-saisons « à la sauvette ». Il en connaissait plusieurs d’ailleurs, le jeune garçon savait qu’il ne pourrait se comporter comme eux, car, un jour ou l’autre, il se ferait pincer par un agent et, cette fois, il ne couperait pas à l’orphelinat.
Non, cette solution était à écarter résolument ! S’il voulait réussir comme il en avait la ferme intention, il lui fallait travailler régulièrement avec l’autorisation préfectorale et la médaille que l’administration remettait aux marchands ambulants agréés.
Pourtant, la encore, une question se posait : lui donnerait-on cette autorisation, à son âge ? Et puis, il n’avait pas le moindre papier d’identité ! Mais l’optimisme naturel de Pierrot reprenait immédiatement le dessus, il pensa soudain qu’il irait trouver le bon juge qu’il considérait à juste titre d’ailleurs, comme son protecteur, et il était sûr que cet homme puissant et influant règlerait tout au mieux des intérêts du futur et si jeune commerçant ...
Valérie, elle aussi, se tourmentait fort pour ses petits protégés, surtout de Mireille. Tout comme Robert Montpellier, elle savait que Pierrot se tirerait au mieux des pires difficultés, mais la petite fille ? Cette innocente qui, ces temps derniers, avait pris dans son cœur la place de l’enfant que Valérie avait cru perdue à jamais ?
Pourtant, le cœur de la jeune femme était assez vaste pour chérir deux enfants à la fois, et la fille de Michel Labeille était trop bonne pour abandonner Mireille à son triste destin lorsqu’elle aurait retrouvé sa propre fille.
Dès que son père serait installé à Perpignan, se disait-elle, et dès qu’elle pourrait le quitter sans crainte, elle ferait un saut à Paris et verrait par quel moyen elle pourrait arracher définitivement ce bel ange aux vilaines pattes de « l’Araigne » ...
Quant à Alice, elle avait été vivement contrariée par la découverte de son frère concernant ses activités d’usurière ; après tout, elle avait bien le droit de défendre ses intérêts, et si elle avait choisi cette occupation cela ne regardait pas Anselme qui, sur le plan moral, n’était pas non plus un exemple à suivre !
Si elle s’était adonnée à ce genre de travail qui n’exigeait aucune aptitude spéciale, c’était pour ne courir aucun risque. De plus, les spéculations facilitées par Macaire lui permettaient d’augmenter considérablement le capital dont elle disposait actuellement.
Cependant elle vivait toujours dans la crainte qu’un jour où l’autre, le véritable héritier de l’oncle Julien ne vint leur réclamer l’héritage qu’ils n’allaient pas tarder à toucher en totalité.
Devant une telle éventualité, Alice préférait se mettre tout de suite à l’abri de besoin ; dans le cas où ils seraient forcée de restituer ce patrimoine, il lui resterait toujours une somme assez importante, produit de ses sordides entreprises aux dépens de pauvres gens acculés par la misère ...
Et si Anselme se permettait de venir me le reprocher, je saurais le museler ! Se disait la perfide Alice. Je n’ai pas à m’inquiéter de ses observations, car il ne m’a reproché mes intérêts excessifs que lorsqu’il a été forcé de recourir à moi pour tenir ses engagements. Mais il n’a pas réfléchi qu’en définitive, il n’a rien déboursé, puisque, en reprenant la reconnaissance de dettes qu’il av ait signée, c’est encore à moi qu’il s’est adressé. Maintenant, assez pensé à Anselme ! Je dois plutôt songer à obtenir un nouvel entretien avec Robert.
En effet, après sa dernière rencontre avec le jeune artiste dans le parloir de la prison, les jeunes gens ne s’étaient plus revus. Alice se rappelait, le cœur bouillant de rage, les dures paroles et les accusations formulées par Robert.
Si, au début elle av ait décidé de ne plus le rencontrer avant d’avoir eu la possibilité de lui démontrer combien il avait eu tort de la juger avec autant de sévérité, elle ressentait en ce moment, le désir violent de parler encore à l’homme qu’elle aimait avec une si violente passion.
Aussi, ce même jour, après avoir fini de déjeuner, elle prit sa voiture et se dirigea vers la prison.
Elle demanda à parler au directeur, et, malgré quelques difficultés, elle parvint finalement à obtenir audience. Un instant après, elle était introduite dans le sévère bureau de celui qui assumait la responsabilité de diriger le triste établissement.
C’était un homme de quarante-cinq ans environ, au visage fermé, au regard perçant et à l’attitude assez réticente.
Après lui avoir désigné un siége en face de lui, il lui demanda froidement :
— Que désirez-vous, Mademoiselle ?
— Je voudrais que vous m’autorisiez à avoir un nouvel entretien avec Robert Montpellier, expliqua-t-elle en accompagnant ses paroles de son plus séduisant sourire.
Cela ne semblant nullement émouvoir le rigide fonctionnaire ; il secoua négativement la tête en répondant :
— Je regrette, mais c’est impossible, Mademoiselle.
— Et pourquoi, je vous prie ? S’écria-t-elle très déçue.
— Cela ne dépend pas de moi, reprit-il, Monsieur Montpellier est un détenu en attente de jugement, et le règlement interdit qu’il reçoive des visites, si elles n’ont pas été préalablement autorisées par le juge d’instruction. C’est à lui qu’il faut vous adressez, Mademoiselle.
— Ainsi, je devrai aller voir ce magistrat pour l’obtenir ? Demanda Alice.
— En effet, Mademoiselle.
— Mais ... ne pourriez-vous pas faire une petite exception pour moi ? S’informa-t-elle.
— Non, Mademoiselle, répondit sévèrement le directeur. Etes-vous une parente du détenu ?
— Pas du tout, murmura Alice en rougissant. Je suis simplement une de ses amies d’enfance, et il me semble qu’en d’aussi tristes circonstances, le moins que je puisse faire pour lui, c’est de l’assurer de la fidélité de mon affection.
— Je comprends, mais c’est impossible, trancha le fonctionnaire. Vous pouvez toutefois lui écrire, mais je vous préviens que toutes les lettres des prisonniers sont ouvertes avant de leur parvenir !
— Dans ce cas, je préfère lui parler de vive voix ! Déclara Alice.
— Alors, Mademoiselle, adressez-vous au juge d’instruction, je vous le répète.
— Vous croyez qu’il m’accordera cette autorisation ?
— Certainement, s’il tient pour valables les raisons que vous lui soumettrez, dit très fermement le directeur, car, dans le cas particulier de ce détenu, un juge observe toujours le maximum de prudence.
— Merci beaucoup de ce renseignement, répondit Alice en se levant. Excusez-moi de vous avoir dérangé.
L’homme s’inclina et la reconduisit jusqu’à la porte.
Un gardien l’attendait dans le couloir et l’accompagna vers la sortie. Quelques secondes plus tard Alice remontait dans sa voiture ...
Arriverait-elle à persuader le juge ? Se demandait-elle. Quelle raison invoquerait-elle pour arriver à le convaincre ? Elle prit cependant la direction du Palais où elle arriva une demi-heure après.
Elle attendit plus d’une demi-heure encore, puit fut appelé dans le cabinet du magistrat qui l’écouta très attentivement et moins froidement que ne l’avait fait le directeur de la prison. Pourtant, il répondit négativement.
— Pourquoi ? Questionna Alice, déconcertée. Je vous ai expliqué que c’est pour le réconforter un peu que je tiens à voir ce pauvre garçon.
— Je vous comprends parfaitement, Mademoiselle assura le juge fort aimablement, mais je suis forcé de respecter le règlement. Nous ignorons beaucoup de choses encore sur cet homme et je suis très réservé en ce qui concerne l’accusation formulée contre lui. S’il y a des preuves troublantes contre lui, il en existe d’autres qui confirment ses déclarations. C’est une histoire assez embrouillée, donc délicate.
— Quel rapport pouvait avoir ma visite avec tout cela ?
— Je ne veux pas insinuer que vous auriez l’intention d’approcher Montpellier pour lui communiquer des renseignements utiles, mais le règlement interdit toute visite pour un détenu en attente de jugement à moins de très graves raisons que nous devons contrôler auparavant.
— Eh bien ! Insista Alice avec obstination, mes raisons sont suffisamment sérieuses ; je désire sauver l’âme de ce malheureux !
— Cela me parait un peu exagéré de votre part, Mademoiselle ! Murmura le juge en souriant ironiquement.
— Ce n’est pas exactement ce que je voulais dire, corrigea Alice, mais je suis sûre que ma visite et quelques bonnes paroles pourraient réconforter ce malheureux garçon ... Je ne sais qu’ajouter encore pour vous convaincre de me donner cette autorisation, Monsieur ...
Le magistrat se leva et, fixant sa belle visiteuse, il répondit très froidement :
— Rien d’autre, Mademoiselle ! Vous n’avez rien à ajouter et je vous saurais gré de ne pas insister !
Alice se leva elle aussi, livide, frémissante de rage impuissante. Elle fit remarquer furieuse :
— Pourtant, vous avez été moins sévère avec moi la première fois !
— Je suis au regret, Mademoiselle, d’avoir à vous rappeler que je sais ce que je fais et que nul n’a le droit de discuter mes décisions !
Humiliée et vaincue, Alice dut s’incliner. Elle murmura quelques vagues excuses et se dirigea vers la porte.
Elle remonta dans sa voiture, sans pouvoir se décider à s’éloigner du Palais.
< Quel crétin que ce juge ! Se disait-elle avec colère. Que croit-il donc ? Que je veux aider Robert à échapper à la justice ? Ah ! S’il connaissait la vérité ! >
Elle finit par mettre le contact et se dirigea rapidement vers sa maison, conduisant comme une folle !
En traversant le hall, elle croisa Anselme dont le visage s’assombrit immédiatement en la voyant.
— Qu’est-ce que tu as ? S’informa-t-elle, prête à reporter sur lui sa mauvaise humeur. Tu en fais une tête !
— Ne me parle pas sur ce ton ! Répliqua-t-il froidement ? Et ne crois pas me tenir ma toute belle !
La jeune fille haussa les épaules, puis pénétra dans la bibliothèque, invitant son frère à l’y suivre.
— Viens, Anselme, j’ai à te parler !
Le marquis hésita, puis obéit. Un instant après, ils étaient assis l’un en face de l’autre, dans de confortables fauteuils.
— Qu’as-tu donc à me dire ? Demanda-t-il avec ennui.
— Qu’il faut absolument continuer à nous entendre, répondit immédiatement l’intrigante. Ne comprends-tu pas que la plus petite indiscrétion suffirait à nous perdre tous les deux ?
— C’est juste, soupira Anselme. Mais comment veux-tu que j’aie encore confiance en toi après le tour que tu viens de me jouer ?
— Allons, ne dramatise pas tout le temps ! S’exclama Alice avec ennui. Il me semble que tu n’as rien perdu dans cette affaire.
— Tu trouves ? Ironisa anselme. Je suis tout simplement ton débiteur de cinq millions ... Ce n,’est pas une paille, tout de même !
— Tu devais exactement cette somme à celui que tu ne pensais pas être ta sœur ; et c’est cette découverte qui t’enrage car rien n’est changé. Mais si tu arrivais à faire ce que je t’ai demandé, je consentirais peut-être à ne jamais te réclamer cette somme. Voilà pourquoi j’ai tenu à te parler. Il ne doit plus exister un seul nuage entre nous deux. Nous devons nous soutenir mutuellement et rester unis. Qu’en penses-tu ?
Il réfléchit fermant à demi les yeux ; puis il sourit ; décidément sa sœur avait raison une fois de plus ; certes, ils ne gagneraient rien à être divisés. Par sa part, il pourrait recourir à elle en cas de besoin et elle, de son côté, avait besoin de son silence.
Il se leva, s’approcha d’elle et l’embrassa sur la jouant en riant.
— D’accord, soeurette ! Faisons la paix et qu’une bonne entente règne désormais entre nous !
— Parfois, S’exclama-t-elle. Tiens, sonne donc pur demander le thé !
Lorsque la femme de chambre apparut sur le seuil de la pièce, après avoir frappé avant d’ouvrir la porte, Alice lui ordonna de leur servir à goûter. Après son départ, Alice reprit l’entretient.
— Alors, Anselme, as-tu commencé tes investigations ? Lui demanda-t-elle en souriant. Sais-tu où se trouve Valérie ?
— Elle a mystérieusement disparu depuis quelques semaines répondit-il amèrement. J’ai eu beau fouiller tout Paris ; pas la moindre trace d’elle.
— Qu’est-ce que tu dis là ? S’écria Alice alarmée. Ce n’est pas possible !
Il leva les bras en un geste d’impuissance.
— C’est pourtant exact, affirma alors anselme. Cependant, j’ai chargé quelqu’un de très habile de la rechercher, et j’attends des nouvelles d’un moment à l’autre.
— Tu dois la retrouver à n’importe quel prix ! Reprit Alice.
— J’y parviendrai, ne te tourmente pas à ce sujet, assura-t-il, non seulement pour toi, mais parce que je tiens aussi à revoir cette femme.
Sa sœur le dévisagea en silence. Elle se disait bien que, si Anselme ne pouvait renoncer à sa passion pour Valérie, il irait certainement un jour à sa ruine. Mais elle songea aussi avec amertume à celui qu’elle aimait si éperdument ... Non, rien au monde ne pourrait l’empêcher de le reconquérir. L’identité de la passion qui les tourmentait, elle et Anselme, n’était pas sans l’émouvoir.
Maislemarquisl’arrachabrusquementàsestristesréflexions.
— As-tu encore autre chose à me dire, Alice ?
— Non, répondit-elle avec lassitude. Je désirais seulement améliorer mes rapports et de rappeler qu’il te fallait tenir ta promesse.
— Soins sans crainte à ce sujet, promit-il. Je te tiendrai au courant de mes succès éventuels. Maintenant, je suis forcé de te quitter, j’ai rendez-vous.
Il consulta son bracelet-montre et s’écria :
— Diable ! Il est cinq heures, et je dois me trouver au Crillon place de la Concorde à cinq heures et demie. Je file, au revoir, Alice ! A ce soir.
Elle répondit d’un signe de tête et d’un sourire et le suivit des yeux, tandis qu’il s’éloignait précipitamment.
Demeurée seule, Alice se replongea dans ces si absorbantes pensées.
Ses visites successives et infructueuses au directeur de la prison d’abord et au juge d’instruction ensuite, l’avaient fortement déprimée. Mais elle n’était pas femme à se laisser abattre par l’adversité, et elle était capable de soutenir n’importe quelle lutte avec acharnement.
La jeune fille alluma une cigarette et réfléchit à ce qu’elle pourrait faire pour revoir le prisonnier. Evidemment, ce ne serait guère facile.
A cet instant, la femme de chambre revint, poussant une petite table roulante avec le thé, le lait et quelques toasts appétissants ; puis elle se retira sans mot dire, bien qu’assez étonnée de ne plus voir le marquis.
Alice se versa une tasse de thé parfumé et brûlant qu’elle dégusta à petites gorgées songeant toujours à la façon d’agir ...
Brusquement une idée se présenta à son esprit. Elle sourit, réconfortée. Comme n’y avait-elle pas pensé plus tôt ? Elle quitta son fauteuil et s’approcha de la glace de la cheminée examinant très attentivement l’image que lui renvoyait le miroir ; elle était belle, très belle ! Nombreux étaient les hommes et les femmes qui dans la rue, se retournaient sur son passage ... Oui, sa beauté était une arme irrésistible qui l’aiderait à gagner encore de nombreuses batailles !
Elle gagna vivement sa chambre, refit un maquillage discret, très au point, et choisit avec beaucoup de soin la toilette qu’elle mettrait. Elle revêtit un ensemble de jersey caramel qui mettait en valeur son teint et son corps magnifique et si désirable.
Elle jeta ensuite un coup d’œil satisfait à sa grande psyché. Très sûr d’elle, elle vaporisa discrètement quelques gouttes du dernier parfum de Dior, prit un sac de crocodile noir et de longs gants de chamois de la même teinte, et se dirigea vers la porte ...
Dans le hall, elle croisa la femme de chambre.
— Si mon frère me demandait, lui dit-elle vous lui direz que je ne sais à quelle heure je serai de retour.
La ravissante et perfide fille quitta vivement la maison et se dirigea vers sa voiture qu’elle avait laissée non loin de l’entrée de sa demeure. Elle réfléchit encore un instant, puis mit le contact et repartit à toute allure en direction de la prison où le malheureux Robert Montpellier se désespérait.
Elle y arriva une bonne demi-heure plus tard, gara la voiture dans une rue transversale et pénétra dans un petit restaurant, situé juste en face du sinistre établissement où, devant le comptoir, de nombreuses personnes consommaient une boisson quelconque, des paquets à la main, attendant l’heure de la visite aux détenus.
Alice avait remarqué cet endroit tout à fait par hasard en venant voir Robert, et elle espérait tirer profit de son observation.
Elle avait bien l’intention d’envoyer un colis, elle aussi, au prisonnier, mais elle pensait également avoir l’occasion ici, de pouvoir approcher un des gardiens de la prison.
C’est pourquoi elle poussa avec décision le battant de la porte vitrée du restaurant et entra.
Son arrivée provoqua un léger remous d’étonnement et d’admiration parmi les clients. Mais comme il n’était pas tellement rare de voir une belle et élégante jeune femme fréquenter cette maison pour les raisons déjà exposées, chacun recommença à s’occuper de ses propres affaires, s’informant les uns les autres de ce qui se passait à l’intérieur de la prison.
Alice était allé& s’asseoir à une table située tout au fond de la salle. Une jeune serveuse s’empressa aussitôt.
— Que faut-il vous servir, Madame ? Lui demanda-t-elle en la contemplant de la tête aux pieds.
— Donnez-moi une orangeade pour le moment, répondit la nouvelle venue, j’attends quelqu’un.
La serveuse s’éloigna et mademoiselle d’Evreux examina avec la plus grande attention tous les hommes qui entaient dans le bistrot.
( A SUIVRE LE 21 JUIN )
