VOULEZ-VOUS BIEN NE PLUS DORMIR !
Un vieillard de quatre vingt ans qui n'a vécu que trente ans
La vie de Friedrich Dorfstadt nous prouve que les expressions ; immobile de surprise, pétrifié d'épouvante ne sont pas toujours des métaphores.
Friedrich Dorfstadt est un paysan d'un petit village hongrois, situé à une centaine de kilomètres de Budapest. Il est âge aujourd'hui de 80 ans. Du moins il est venu au monde voici 80 ans. Mais on ne peut guère dire qu'il ait vécu 80 ans.
Car Friedrich Dorfstadt fut sujet toute sa vie à des crises bizarres de sommeil cataleptique, dont la dernière au grand étonnement des médecins et des savants, dure depuis sept ans.
Les crises le prennent sans cause apparente au milieu des occupations ordinaires de la vie. Brusquement il s'endort, n'entend ni ne voit plus rien de ce qui se passe autour de lui et garde l'attitude qu'il avait au moment où il s'endort. Si son bras était levé, il garde le bras levé ; si sa bouche était ouverte pour parler, il reste la bouche ouverte.
La première de ces crises fut provoquée par une terrible frayeur. Friedrich Dorfstadt n’était âgé de 21 ans et travaillait sur le bord d'une route à enlever les mauvaises herbes. Sa petite sœur, une fillette de 6 ans, l'avait accompagné. Tout à coup le jeune homme entendit de grands cris. L'enfant venait de rouler sous une voiture lancée au grand galop. Friedrich resta immobile, un bras appuyé sur sa bêche, l'autre levé en l'air.
On le transporta chez lui en même temps que l'enfant qui, par bonheur, avait eu plus peur que de mal. Friedrich dormit tout un jour puis un autre jour... et un autre jour encore. Comme il ne s'éveillait pas, on fit chercher un médecin qui ordonna de lui introduire des aliments liquides dans la bouche. Le jeune homme fut nourrit ainsi pendant deux mois au bout desquels il se réveilla, ne se souvenant de rien sinon de l'accident. On le rassura. Il reprit peu à peu ses occupations. Mais un an après il s'endormit à nouveau. Son second sommeil dura quatre mois.
Depuis il s'endormit à des intervalles réguliers et la durée de ces léthargies ne fut jamais inférieure à trois mois. En tenant de l'état d'hébétude et d'assoupissement qui précède et suit ses accès, on peut dire que Friedrich Dorfstadt a à peine vécu éveillé le tiers de sa vie.
On a tout tenté pour le faire réagir au cours de ces étranges sommeils. Les gens du pays ont tiré des coups de revolvers à ses côtés. Les médecins essayèrent les remèdes les plus compliqués et les plus violents, rien n'y fit.
Il y a sept ans, le vieillard s'endormit et ne s’est pas réveillé. On le nourri avec de l'eau et du lait qu'on introduit dans sa bouche au moyen d'un entonnoir.
Les étrangers qui viennent dans le pays ne manquent pas d'aller le voir et de vérifier ainsi ce curieux cas de léthargie.
IL S'EN FAUT D'UNE LETTRE
Un jour que Louis XVI se promenait en voiture, un gentilhomme faisant partie de son escorte trottait brillamment à la portière, ne s'apercevant pas que son cheval jetait de la boue sur la banquette du roi.
—Monsieur, lui dit Louis impatienté vous me crottez !
Le gentilhomme entendit « vous trottez » et croyant que le roi voulait le complimenter sur sa belle manière de monter à cheval.
—Oui, sire, lui répondit-il en s'inclinant je trotte à l'anglaise.
—En vérité s'écria le roi en fermant la portière, voilà une anglomanie un peu forte !
REVUE NOS LOISIRS DU 26 AVRIL 1908
TOUS LES LUNDIS A 14 HEURES SERIE DE
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