VOTRE OPINION ET LA NOTRE 3/3
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VOTRE OPINION ET LA NOTRE 3/3
Donneriez-vous les étrennes que vous avez reçues pour celle que vous avez été obligés d'offrir ? Etes-vous d'avis d'abolir cette coutume qui ajoute quelques difficultés pécuniaires au désagrément de compter un hiver de plus ? Quand on songe à toutes les choses utiles qu'on aimerait à recevoir et à toutes les choses nécessaires dont on manque et qu'on ne peut se procurer par qu'il faut acheter les choses superflues on voudrait bien que la vie sociale fut réglée par des conventions nouvelles.
Mais il est difficile de réformer les vieux usages ! Plus ils sont gênants plus ils sont tenaces.
En traversant le continent africain, le lieutenant Cameron contempla ans un village voisin du lac Tanganika ce tour d'adresse des indigènes.
« Avec deux bâtons d'un pied de long réunis par une cordelette d'une certaine longueur, le nègre imprimait à un morceau de bois taillé en forme de sablier un mouvement de rotation rapide, le faisait courir en avant, en arrière, le lançait, plus haut qu'une balle de cricket, puis le recevait sur la corde et continuait à le faire rouler »
C'est le diabolo, ni plus ni moins. Les tribunaux ont à juger un certain nombre de procès de contrefaçon, parce que les industriels se disputent la priorité de l'invention. Et la priorité appartient aux nègres. A Paris même on a joué au diabolo avec fureur vers le temps de la bataille de Marengo. Au cœur de l'Afrique, les nègres jouent peut-être au diabolo depuis l'époque où Cham se sépara de ses frères.
Il n'y a rien de nouveau. Soyons toujours modestes. L'humanité ressemble au diabolo lui-même qui roule en avant, roule en arrière, et fait de temps en temps quelques bonds hardis... suivis d'une chute.
Dans son discours de réception à l'Académie française M. Maurice Donnay a ait un bel éloge de M. Albert Sorel, qui consacra sa vie à l'étude de notre histoire nationale. Il citait ce trait de mœurs contemporaines ; une Parisienne visite le parc de Saint-Cloud avec son mari ; elle découvre les ruines du palais brûlé par les prussiens pendant le siège de Paris. Elle demande : « Qu'est-ce que c'est que ça ? » Le mari répond : « L'ancien château détruit pendant la guerre » et la dame s'étonne : « La guerre ? Quelle guerre ? »
Il ne faut qu'avoir passé par la caserne pour savoir jusqu'où peut aller l'ignorance, non plus de jeunes dames, mais des soldats, au sujet de l'Année terrible.
Ces événements ne seront jamais oubliés de ceux qui les ont traversés ; mais ils n'existent pas pour ceux qui sont nés depuis. Entre une génération et la génération suivante, il y a un abîme. Nous avons peine à croire, et cependant il est certain, que pour un gamin de l'école primaire, les guerres du second Empire, les guerres du premier Empire et les guerres de Louis XIV ou de François 1er sont des faits d'un égal intérêt. L'immense majorité des hommes ne vit que ans le présent, et se soucie du passé aussi peu que de l'avenir.
REVUE NOS LOISIRS DU 19 JANVIER 1908