Votre opinion et la notre 2/4
VOTRE OPINION ET LA NOTRE
A l'occasion d'un anniversaire quelconque le roi d'Angleterre a conféré la noblesse à plusieurs personnes parmi lesquelles un acteur. Les admirateurs de la Constitution anglais en prennent texte pour louer l'aristocratie britannique, toujours ouverte au mérite, par opposition à la noblesse française, hermétiquement fermée.
Or, il n'est pas vrai que la noblesse française soit hermétiquement fermée. Elle recrute chaque jour tant de membres , qu'elle est trois fois plus nombreuse aujourd'hui qu'avant la Révolution. Tout simplement parce qu'il est extrêmement facile de posséder des titres et des parchemins ; on en achète ; on en fabrique. Chacun de nous selon le besoin de ses affaires, selon ses combinaisons financières ou mondaines selon sa badauderie peut s'attribuer la particule et de belles armoiries.
L'avantage qu’on les nouveaux parchemins anglais, de porter un sceau royal authentique n'augmente pas beaucoup leur valeur. Croyez-vous que Pasteur aurait gagné l'intituler du jour au lendemain M. le comte d'Escarbagnas ? Ou que Sarah Bernhardt serait plus admirée si le gouvernement lui permettrai soudain de s'appeler Mme la baronne de Pourceaugnac.
Si la vie vous est à charge, n'allez pas vous tuer en Angleterre. Le suicide n'y est as admis. On ne peut rien faire aux suicides qui ont réussi leur coup ; on se rattrape sur ceux qui ont raté le suicide.
A Dublin un jeune amoureux qui avait essayé e s'empoisonner et qui n'y avait gagné que des coliques vient d'être condamné à mort. Pour le guérir de la folie du suicide, on le prendra haut et court. De sorte qu'il ne recommencera pas.
Même lorsqu'elle s'efforce d'être gave, même lorsqu'elle arrive à être sinistre, la justice des hommes a toujours un côté bouffon. Vaut-il mieux comme en Angleterre, occire un homme pour le châtier d'avoir voulu mourir ? Où comme en France, l'empêcher de mourir quand il ne peut plus supporter la vie ?
Autrefois, on avait le temps de disserter longuement sur ces problèmes. Aujourd'hui nous sommes trop pressés ; on condamne, en absout, on prend ou on fait grâce au petit bonheur, selon la mode et le temps qu'il fait.
REVUE NOS LOISIRS DU 8 DÉCEMBRE 1907