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VOTRE OPINION ET LA NOTRE 2/2

11 Décembre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

N° 28

Votre opinion et la nôtre

Le canard de la rouennaise a fait parler de lui presque autant que les apaches, il a failli décimer à la suite d'un banquer, les convives de l'automobile-club qui écrasent journellement tant de canards le long des routes.

C'est un dangereux exemple que ce volatile donne aux autres animaux en exerçant des représailles posthumes comme le Roi de la Création. Si toutes les bêtes que nous supplicions que nous massacrons à qui nous prenons leur chair, leur peau, leur poil, leurs plumes, leur lai, leurs œufs et le reste levaient l'étendard de la révolte, qui deviendrait l'espèce humaine ?

On sait que le canard à la rouennaise doit être étranglé quelques minutes seulement avant la cuisson. Sa chair est servie saignante, on l'assaisonne avec des foies de canards tout à fait crus, hachés mêlés de sang. Une telle préparation destinée aux festins les plus civilisés, rappelle assez près la cuisine des cannibales. Elle a de petits inconvénients, parce que la cuisson insuffisante ne détruit pas les germes toxiques, et que ces germes toxiques ptomaïnes, leucomaïnes, abondent dans les organes d'un animal mort par asphyxie, ayant souffert et d'ailleurs nourri les pires saletés dans les eaux grasse sou sur le fumier.

 

O o O o O

 

La matière décidément n'a pas triomphé de l'esprit ; car il s'est tenu à Paris un Congrès spiritualiste aussi solennel que les plus célèbres conciles.

Un mage présidait, nommé Papus. L'occultisme et le spiritisme étaient représentés par leurs adeptes notoires, que de vives controverses ont mit aux prises. Les séances avaient lieu tantôt dans le Temple du Droit Humain, tantôt dans la loge du Sphinx, et l'on y vénérait la baguette de Mesmer, l'épée d'Eliphas, le biomètre de Lucas, l'Equerre, l'Étoile flamboyante, la Rose-Croix.

Le surnaturel et les mystères de l'Au-delà continuent d'exercer le même empire sur les imaginations. Une grande Église a inquiété l'État ; mais il existe des douzaines de petites Églises très vivantes et très militantes. Rien que dans la capitale, plusieurs milliers de sorciers, prophètes, devons, mages, diseurs de bonne aventure, prospèrent aux dépens de la foule crédule. Bien rares sont les hommes et encore plus rares les femmes, qui se dirigent à la lueur de leur seule raison, saine et bien équilibrée.

Ceux qui atteignent à cette supériorité regardent un peu les autres comme des fous ; les autres en revanche, les considèrent comme des ignorants. Ainsi la vanité de tous est satisfaite.

 

O o O o O

 

Où allons-nous ? Par Allah ! Voici la Perse elle-même qui se lance dans les agitations révolutionnaires, et le shah qui compte avait la volonté du peuple. Un ministre de Perse à paris, recevant les journalistes, leur montre qu'il étudie l'histoire de la Révolution française ; il retrouve dans la physionomie de nos grands tribuns, la physionomie de ses plus notoires compatriotes ; il établit entre les principaux incidents de nos troubles et de la vie politique en Perse.

Les jeunes Persans à qui Montesquieu prêta sa plume pour écrire les fameuses Lettres seraient bien étonnés, s'il s revenaient dans leur patrie.

La Perse possède son Parlement, ses journaux, la liberté de la tribune, la liberté de la presse, la liberté de conscience, un budget en déficit, des conseils municipaux, tout ce qui fait la félicité des peuples Occident. De même que le vêtement et la cuisine, la constitution politique des nations devient uniforme. A mesure que s'accroît la facilité des voyages, décrit l'envie de voyager ; parce qu'on doit trouver en tous lieux des choses exactement pareilles. Alors ce n'est plus la peine de se décourager.

Asseyez-vous à la terrasse d'un café, sur les boulevards de Paris, entre le milieu du printemps et le milieu de l'automne, vous y verrez tout ce que vous pouvez voir d'étrangers en faisant le tour du monde, et ils sont de plus en plus semblables entre eux semblables à nous.

 

REVUE NOS LOISIRS DU 12 JUILLET 1908

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