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MOINEAUX SANS NID N° 209

10 Décembre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE 209Notre pauvre et héroïque Pierrot avait été transporté en ambulance à l’hôpital où, tout de suite, on l’avait couché dans le lit portant le numéro dix, dans la salle Sainte Thérèse.

L’état de l’enfant était très grave, car ses mains et une grande partie de son corps avaient été brûlées. Sa poitrine surtout avait été atteinte, mais par une chance miraculeuse, son charmant visage avait été épargné.

Le pauvre petit brûlait de fièvre, il ne possédait plus la notion du temps et ne comprenait pas où il se trouvait.

— Le testament ! Disait-il sauvez le testament de mon père, sinon, il va être détruit par l’incendie !

— Calme-toi, mon enfant, lui dit doucement la religieuse dont l’immense coiffe immaculée auréolait joliment son doux et angélique visage.

— Me calmer ? Demanda Pierrot.

— Oui, mon petit, tu ne dois pas trop parler !

— Je ne comprends pas ! Murmura le jeune malade d’une voix lasse. Qui êtes-vous ?

— Sœur Anne, répondit la religieuse.

— Vous êtes Valérie ! Mademoiselle Valérie balbutia le jeune garçon. Elle seule m’aime comme une vraie maman. C’est elle qui a découvert le testament de mon père que j’ai caché sous les carreaux de mon logement pour que le marquis ne me le vole pas.

La sœur, penchée sur lui, murmura, apitoyée :

— Pauvre mignon, il délire ! Il ne sait pas ce qu’il dit :

— Ecoutez, mademoiselle Valérie, continua Pierrot à voix basse. Lorsque je suis entré dans la maison pendant l’incendie, j’aurais pu sauver la caissette dans laquelle j’ai enfermé le testament ... mais il y avait le petit enfant qui pleurait, mourant de peur sur le balcon ... et il devait passer avant tout, vous comprenez, n’est-ce pas ?

Sœur Anne prit un flacon posé sur la table près du lit du petit patient, en versa une cuillerée à soupe qu’elle lui fit avaler.

— Que c’est mauvais ! S’écria Pierrot en faisant la grimace.

— Mais non !... mais non ! Protesta gentiment la bonne religieuse.

— Au contraire, c’est très amer, insista Pierrot, et je crois même que c’est le poison que m’avait adressé le marquis.

— De quel marquis veux-tu parler ? S’écria la religieuse, stupéfaite.

— Vous savez bien, mademoiselle Valérie, qu’il s’agit du marquis d’Evreux ! Poursuivit Pierrot qui prenait toujours sœur Anne pour Valérie.

— Mon Dieu ! S’exclama la religieuse, très effrayée, que va donc inventer ce pauvre garçon !

— Oui ! Affirma Pierrot avec force, ce petit enfant sanglotait en réclamant sa maman, mais les flammes ne se souciaient guère de lui ! Mon Dieu ! Comme on est seul et misérable lorsqu’on n’a pas de maman ! Et moi, hélas ! Je n’ai plus la mienne ! Je ne me souviens même pas de son visage !

La sœur dominant l’émotion provoquée par ces tristes paroles essaya de nouveau de le calmer.

— Non ! Reprit l’enfant avec violence, je ne veux pas ! Vous êtes tous des lâches ! Il n’y aura donc personne pour secourir ce pauvre bébé qui va mourir dans l’incendie ?

— Allons ! Allons ! Mon petit, cesse de t’agiter ainsi ! Le pria sœur Anne.

— Qui a dit qu’il n’y avait personne pour sauver l’enfant ? S’écria de nouveau Pierrot. Si, il y aura toujours un petit garçon ! Parfaitement un petit garçon qui n’a peur de rien et que la mort n’effraie pas, parce qu’il n’a pas de maman pour le pleurer s’il lui arrivait malheur !

— Mon Dieu ! Le pauvre enfant ! Murmura la brave religieuse. — Regardez ! Regardez ! S’écria pierrot. Qu’est-ce qu’il y a là-haut ?

— Tiens mon petit, donne un baiser à ma Croix ! Murmura la religieuse, effrayée et bouleversée, en approchant son crucifix des lèvres de Pierrot.

Le garçon obéit machinalement, sans cesser de fixer avec insistance le plafond.

— Non, continua-t-il soudain plus calme, je ne suis pas seul ! Il y a Mireille ! Mireille avec son beau visage d’ange ! Mais elle ne peut pas venir me rejoindre car elle est prisonnière dans sa belle cage !

— Mireille ? Demanda avec douceur la religieuse. Qui est Mireille ?

— Vous ne le savez pas ? S’étonna le malade. Mireille est ma petite sœur. C’est une enfant des rues, comme moi. Elle aussi n’a pas de maman ! Nous sommes deux pauvres petits « Moineaux sans nid » tous les deux.

— Tais-toi ! Mon cher enfant.

— Vous permettrez à Mireille de venir ici, n’est-ce pas ? Questionna Pierrot avec inquiétude.

— Oui ! Oui ! Rassure-toi, affirma la religieuse, espérant arriver à le calmer.

— Ah ! Murmura-t-il une lueur d’espoir dans ses yeux brillant de fièvre. Quand ?

— Aujourd’hui !

Alors l’enfant sourit et se tut. Il ferma lentement les yeux et s’assoupit.

Il ne prononça pas d’autres paroles de la nuit, et lorsque le jour se leva, Pierrot dormait toujours, mais sa fièvre n’était pas tombée.

Quand le médecin de service fit sa première visite il s’arrêta longuement auprès du lit du pauvre enfant dont il jugeait le cas assez sérieux.

— Il a dû passé une bien mauvaise nuit, n’est-ce pas ? S’enquit-il auprès de sœur Anne.

— En effet, très mauvaise au début docteur, ensuite il s’est assoupi.

Sa fièvre se semble pas vouloir descendre, remarqua le médecin en prenant la feuille de température ... Diable ! Quarante et un ... C’est bien mauvais.

— Vous craignez que ?...

La voix de la gentille religieuse s’étrangla dans sa gorge, tant elle ressentait de peine pour l’enfant.

— Je ne peux me prononcer, reprit le praticien, en hochant gravement la tête. Son état est évidemment très sérieux et si la fièvre ne tombe pas, une méningite est à redouter.

— Mon Dieu ! S’écria sœur Anne en joignant les mains.

— Je souhaite très ardemment me tromper ! Soupira tristement le médecin.

— Un si bel enfant !

— Vous avez raison ma sœur et un vrai petit héros par-dessus le marché, ajouta le médecin.

— Je suis au courant, s’empressa de répliquer la religieuse. Il a sauvé des flammes un bébé de trois ans !

— C’est exact. Tous les journaux parlent de lui aujourd’hui, confirma-t-il.

— Je le sais, renchérit la sœur, et cet enfant mérite notre admiration et nos éloges.

— Il est orphelin, c’est un enfant abandonné ! Continua le médecin.

— Que Dieu l’assiste ! Conclut avec ferveur la sainte femme.

— Ainsi soit-il ! Murmura le médecin en s’éloignant du lit du petit garçon pour s’occuper d’un autre patient.

Sœur Anne, forcée de suivre le médecin dans sa visite des malades, fit signe à une autre religieuse, sœur Louise, et la pria de surveiller Pierrot pendant son absence, toujours assez longue.

Comme l’enfant dormait toujours, sœur Louise, qui avait une course urgente à faire hors de l’hôpital, s’adressa à l’un des infirmiers attaché à son service :

— Théodore, lui dit-elle à voix basse, prenez particulièrement soin du numéro dix. C’est un pauvre petit orphelin dont l’état est très grave. Je peux compter sur vous, n’est-ce pas ?

— Mais certainement, ma sœur, grogna l’homme.

— Pensez, si jeune, il n’a pas de mère ? Ajouta la religieuse.

— Peut-être a-t-il son père ? Dit l’homme apitoyé, car lui aussi avait perdu sa mère.

— Je crois qu’il est absolument seul au monde, répondit sœur Louise, qui ces paroles prononcées, sortit de la salle rapidement.

Théodore la regarda s’éloigner, se gratta la tête en soulevant son calot blanc, puis, apercevant un collègue qui traversait le couloir lui fit signe d’entrer.

Après avoir bavardé quelques minutes avec lui, il désigna le lit de Pierrot.

— sœur Louise vient de me demander, à l’instant, de prendre tout particulièrement soin de ce pauvre gosse, confia-t-il à son camarade.

— C’est ça ! Protesta l’autre, en jetant un regard indifférent au petit malade dont le visage était aussi blanc que son oreiller, en plus de notre service, voilà qu’il nous faut dorloter les gosses ! Tout ça pour un salaire de misère !

Tous deux s’éloignèrent en bavardant à voix basse vers l’extrémité de la salle.

Pierrot passa une très mauvaise journée.

Lorsque vers la moitié de l’après-midi, sœur Anne revint à son chevet, le petit garçon dormait, épuisé.

La religieuse prit sa température et put ainsi constater que la fièvre avait un peu baissé.

— Mon Dieu ! S’écria-t-elle, sauvez cet enfant ! Faites qu’il ne meure pas !

Et durant toute la nuit, elle ne quitta pas un instant le chevet de Pierrot qui avait recommencé à délirer, appelant sans cesse Mireille.

— Ne la battez pas comme ça, maudite mégère ! Hurlait-il en essayant de quitter son lit et en agitant ses points comme pour en frapper un ennemi invisible.
A l’aube, enfin il se calma.

Ce jour-là, un jeudi, les visites duraient plus longtemps, aussi une petite foule stationnait devant l’hôpital bien avant l’ouverture des portes.

Beaucoup de personnes portaient des paquets à leurs malades contenant des provisions, surtout des fruits et des bonbons.

Les portes s’ouvrirent finalement et les gens se précipitèrent pour retrouver leurs parents ou amis.

L’infirmier Théodore s’inquiétait auprès de quelques patients, leur demandant s’ils désiraient quelque chose ce qui lui procurait toujours un petit pourboire. Mais c’est à peine s’il daigna jeter un regard vers le lit de Pierrot, en passant devant lui.

A cet instant précis, une jeune et très élégante femme se présenta à la porte de la salle et apercevant l’infirmier, elle lui fit signe d’approcher.

Théodore obéit avec empressement, espérant obtenir un bon pourboire de cette personne si bien habillée.

— Pouvez-vous, s’il vous plait, me dire comment va le petit garçon qui a été si gravement brûlé dans l’incendie en cherchant à sauver un bébé ? S’enquit-elle.

— Comme ça ! Madame, répliqua-t-il en haussant les épaules avec indifférence.

— Il n’y a pas un petit mieux ?

— Non !

— Que disent les médecins ? Insista la belle et élégante Alice.

— Madame, ils ne nous parlent jamais beaucoup, ils préfèrent s’adresser aux bonnes sœurs, répondit Théodore.

La jeune femme le dévisagea attentivement, puis reprit hésitante :

— Je voudrais vous demander un petit service.

— Ce sera avec plaisir, s’empressa très aimablement de répondre le cupide personnage.

— Pourriez-vous vous trouver dans deux jours à la porte de l’hôpital pour me donner des nouvelles de cet enfant ? Demanda son interlocutrice. — Mais bien sûr, Madame, répliqua Théodore. Si vous pouvez être vers sept heures du soir, heure où je termine mon service cette semaine, je vous y attendrai.

— Voulez-vous après-demain alors ? Ajouta-t-elle.

— D’accord, Madame !

La jolie visiteuse glissa un bon pourboire dans la main de l’infirmier, lui fit un signe de tête, et s’éloigna rapidement.

Tandis qu’elle descendait l’escalier, un prêtre, au visage empreint d’une grande bonté, la croisa ; il pâlit brusquement en la reconnaissant.

— Doux Jésus ! Murmura-t-il. Elle est venue jusqu’ici !

Il se dirigea en toute hâte, vers le lit sur lequel reposait Pierrot toujours fortement abattu par une grosse fièvre.

— Pauvre cher petit ! Murmura le brave homme, en lui caressant légèrement son front moite de transpiration, c’est à cause de ton cœur généreux que tu es ici !

Sœur Anne, ayant aperçu l’abbé Louis, s’approcha vivement de lui :

— Bonjour, Monsieur l’abbé, vous vous intéressez à cet enfant ? Lui demanda-t-elle.

— Beaucoup, ma sœur, répondit aimablement le prêtre.

— Sans doute, le connaissez-vous ?

— Non seulement je le connais, mais je l’aime et l’estime infiniment.

— Pauvre enfant ! Reprit la religieuse, il parait qu’il n’a plus sa mère !

— En effet, il est orphelin et ne possède pas d’autres parents, la renseigné l’abbé.

— Je m’en suis bien doutée, car personne ne s’est inquiété de lui depuis son entrée à l’hôpital, c’est-à-dire depuis trois jours, remarqua sœur Anne.

— Vous dites que personne n’est venu le voir ? S’enquit l’abbé Luis, étonné.

— Personne, mon père !

— Pourtant, il y a un instant, j’ai croisé une jeune femme, ajouta le prêtre, perplexe.

— Personne ne l’a approché, mon père.

— N’avez-vous pas quitté son chevet, ma sœur ?

— Non, mon père, je ne m’en suis pas éloignée, et tout en m’occupant des autres malades, je n’ai pas cessé de le surveiller.

— Vous affirmez donc que personne ne l’a approché ?

— Je vous l’affirme, monsieur l’abbé.

— Vous en êtes absolument certaine ? Insista de nouveau le bon prêtre.

— Absolument ! Confirma la religieuse, étonnée.

— Dieu, veuille alors que je me sois trompé ! Murmura le brave homme en levant les yeux au ciel.

— Je ne comprends pas ce que vous voulez dire, mon père, murmura sœur Anne, déconcertée

— Ma sœur, reprit l’abbé Louis, après un léger silence, il y a un terrible secret dans la vie de ce pauvre petit.

— Mon Dieu ! S’exclama la sainte femme, en joignant les mains.

— Il s’agit d’une triste histoire d’intérêt, de trahison et de mort, ajouta l’abbé, à voix basse.

— Ciel ! Balbutia sœur Anne.

— Je viens à l’instant, ajouta le prêtre, de voir sortir de cette salle, une jeune femme dangereuse et perfide.

Sœur Anne secoua négativement la tête.

— Elle n’est pas venue auprès du lit de l’enfant, mon père, répondit-elle.

— si, j’insiste de la sorte, ma sœur, c’est qu’il faut éviter qu’elle ait un contact avec ce cher petit, car cette femme est un véritable démon.

La religieuse se signa.

— C’est pour cette raison que je vous supplie de veiller très attentivement sur lui, et surtout de ne permettre sous aucun prétexte, à cette perverse créature de s’approcher de lui, recommanda l’abbé Louis.

— Je vous le promets, mon père, affirma avec énergie la religieuse.

— Evitez aussi que cet enfant ne mange quelque chose qui lui soit adressé ou porté.

— Ne vous tourmentez pas à ce sujet, mon père, reprit sœur Anne, je vous garantis que cela ne se produira pas !

— Très bien ! Conclut l’abbé, en poussant un grand soupir de soulagement. Maintenant, dites-moi, comment va-t-il ?

— Pas bien du tout ! Murmura tristement sœur Anne, en hochant la tête.

— Que voulez-vous dire, ma sœur ? Le médecin ne laisse-t-il aucun espoir ? L’interrogea douloureusement le bon prêtre.

— La bonté de Dieu est infinie, mon père, murmura doucement la religieuse.

L’abbé Louis fixa longuement Pierrot, puis se pencha sur lui et baisa son front brûlant, avec autant d’amour que l’aurait fait une mère.

A ce léger contact, le garçon tressaillit.

— Mireille ! Balbutia-t-il d’une voix à peine perceptible.

— Il ne cesse de répéter ce prénom, mon père, s’écria sœur Anne. Il parle tout le temps de cette fillette dans son délire.

— Ca ne m’étonne guère, répondit le prêtre, car ces deux enfants ont grandi ensemble et s’aiment comme frère et sœur.

Le doux visage de la religieuse exprima alors la plus grande stupeur.

— Comment se fait-il que cette petite fille ne soit pas venue le voir ?

— Sans doute, n’est-elle pas au courant, expliqua l’abbé.

— Il serait charitable de la prévenir, ajouta sœur anne.

L’abbé ne répondit pas, car Pierrot venait d’ouvrir les yeux et le fixait.

— Pierrot ! L’appela doucement le prêtre.

L’enfant sourit.

— Me reconnais-tu, Pierrot ?

L’enfant répondit par un léger signe affirmatif de ses paupières, puis interrogea :

— Mireille ! Où est-elle ?

— Tu veux qu’elle vienne te voir ? Demanda l’abbé en se penchant sur lui.

— Elle n’est pas là ? Murmura l’enfant, déçu. Puis il referma les yeux.

— Jusqu’à présent, reprit à son tour sœur Anne, il n’a jamais parlé d’une manière aussi cohérente.

— Il réclame encore Mireille !

— Oui, et je suis sûre que s’il la voyait, il se sentirait mieux, affirma la religieuse.

— C’est fort possible ! Admit l’abbé songeur.

— Il faut faire venir cette enfant ! Insista sœur Anne.

— Je le sais, hélas ! Si la femme chez laquelle elle vit, le lui permettra, expliqua l’abbé, avec amertume.

— Allez-y tout de même, mon père, insista la sainte femme.

— C’est entendu, mais je ne crois pas pouvoir la convaincre !

Après ces derniers mots, l’abbé se pencha, effleura de ses lèvres les cheveux soyeux et bouclés de Pierrot, s’inclina devant sœur Anne et s’en alla.

Le lendemain après-midi, le bon abbé se dirigea vers la demeure de madame Picquet.

La vieille femme se trouvant encore chez elle, reçut le prêtre sans, toutefois, lui témoigner beaucoup d’empressement.

— Bonsoir, Madame, dit l’abbé Louis, je viens vous demander un service dont je vous garderai une reconnaissance éternelle.

L’Araigne lui lança un regard soupçonneux.

— Je vous écoute, Monsieur l’abbé, répondit-elle en lui désignant orgueilleusement un confortable fauteuil de cuir, sa toute dernière acquisition.

Le prêtre s’assit, toussa à deux ou trois reprises, se demandant comment il allait s’y prendre pour éviter le refus auquel, d’ailleurs, il s’attendait.

— Je viens ... bredouilla-t-il.

— Continuez, je vous prie, Monsieur l’abbé, le pressa la mère Picquet, voyant qu’il s’interrompait, en la fixant d’un air indécis.

— Voici, reprit l’abbé Louis. Il y a quelques jours, vous l’avez sans doute appris, il y a eu un très sérieux incendie, pas très loin de chez vous ...

— Les faits divers ne m’intéressent pas ! Interrompit sèchement l’Araigne.

— C’est que, justement, un enfant très courageux ... continua le prêtre, en la fixant attentivement.

— Je ne vois pas du tout où vous voulez en venir ! Monsieur l’abbé, déclara sèchement la vieille mégère.

— Laissez-moi achever, Madame. Donc, cet enfant, pour arracher un bébé de trois ans à la mort atroce qui le guettait, n’hésita pas à se précipiter dans les flammes. A cause de son acte généreux et héroïque, il se trouve à l’hôpital, acheva le prêtre.

— Ah ! Je ne comprends toujours rien, Monsieur l’abbé, dit-elle en haussant les épaules.

— Alors voici ; ce ... ce courageux enfant n’est autre que pierrot, le frère, pour ainsi dire, de la petite Mireille, expliqua le prêtre.

— Mireille n’a, Dieu merci, aucun lien de parenté avec ce petit vagabond ! S’exclama avec mépris la mère Picquet.

— Madame ! Protesta l’abbé Louis.

— Oui, je le répète, c’est un petit bon à rien, reprit avec méchanceté la vieille femme.

— Pauvre petit ! Il est à l’hôpital et bien mal en point ! Ajouta tristement l’abbé.

— J’en suis ravie ! Déclara haineusement l’Araigne.

— Oh ! Comment pouvez-vous parler ainsi ! S’écria le prêtre avec indignation.

— Je vous répète, une fois de plus que j’en suis très contente, reprit durement l’Araigne. Dieu punit toujours les méchants !

— Pierrot n’est pas méchant ! Protesta vivement l’abbé.

— Vous osez prendre la défense de ce petit chenapan ! Cria la vieille mégère.

— Ce n’est pas un chenapan ! Affirma énergiquement le bon prêtre. S’il était réellement méchant, il ne serait pas aujourd’hui à l’hôpital où ses jours sont en danger !

— Malgré toute la bonté et l’indulgence que vous lui témoignez, je prétends, moi, qu’il est une petite canaille !

— Oh ! S’indigna de nouveau le prêtre.

Un pénible silence suivit. Puis, la mégère reprit, en haussant les épaules :

— Monsieur l’abbé, vous ne m’avez pas encore dit ce que vous êtes venu me demander.

— C’est que ... hésita le brave homme.

— Je vous prie de vous expliquer rapidement, car je vais être forcée de sortir, déclara brusquement l’Araigne.

Le prêtre soupira, puis ajouta lentement :

— Je viens de vous confier que Pierrot est à l’hôpital. Dans son délire, il ne cesse de prononcer le même prénom.

— Ah ! Dit l’Araigne en plissant ses petits yeux au regard hypocrite et sournois.

— Je suppose qu’il n’est pas besoin que je spécifie que ce prénom est celui de Mireille, ajouta l’abbé, en la fixant avec attention.

— Je l’avais deviné, dit l’Araigne, avec un sourire ironique.

— Et comme le médecin trouve Pierrot en danger ...

— Et alors ? Interrompit la mégère avec hargne.

— Alors, je suis venu vous demander de bien vouloir me confier Mireille demain, pendant deux heures, conclut d’une seule traite le prêtre.

— Moi ! Vous confier la petite ! S’exclama-t-elle.

— Mais oui, Madame, pour qu’elle puisse embrasser une dernière fois Pierrot, dans le cas où le Bon Dieu le rappellerait à lui.

— Je regrette beaucoup, Monsieur l’abbé, refusa l’odieuse vieille.

— Comment, vous refusez ? S’indigna le prêtre, en la fixant avec ces yeux pleins de reproche.

— Certainement ! Bien que je sois sincèrement navrée de ne pouvoir vous rendre ce service, Monsieur l’abbé, répliqua la méchante femme en soupirant.

— Réfléchissez à ce que vous faites, Madame, insista l’abbé très attristé.

— Vous me demandez une chose absolument impossible ! Répondit l’Araigne, en hochant la tête.

— Vous oubliez que ces deux enfants s’aiment profondément, ajouta le prêtre.

— Je ne pense qu’à une chose ; c’est qu’on cherche de nouveau à me voler cette fillette, trancha durement madame Picquet.

— Vous me prenez donc pour un voleur ? Protesta l’abbé Louis indigné.

— Non ! Pas vous. Mais vous êtes poussé par une très dangereuse et habille aventurière, précisa l’Araigne.

— Vous voulez parler de mademoiselle Valérie Labeille ? Questionna l’abbé.

— En effet ! S’exclama la mère Picquet sans hésiter, c’est bien à la maîtresse d’un voleur et d’un bandit que je fais allusion, car je suis certaine que c’est elle qui vous envoie ici pour reprendre l’enfant.

— Je vous jure ... reprit l’abbé, avec force.

Mais la méchante femme l’interrompit :

— Je n’ai pas besoin de serment, Monsieur l’abbé, répliqua-t-elle je vous crois et suis sûre qu’elle se sert de vous comme d’un pantin.

— Je ne suis pas si naïf ! Madame, protesta l’abbé.

— Non ! Certes mais vous êtes trop confiant.

— Alors, Madame, quel est votre dernier mot ?

— C’est toujours non ! Et puis que Pierrot vive ou meure, ça ne m’intéresse nullement ! Déclara-t-elle brutalement.

Une véritable douleur apparut sur le bon visage de l’abbé Louis.

— Décidément, vous refusez ce que je vous demande, Madame, même si je le fais au nom de Dieu ? Insista-t-il avec chaleur.

— Même si vous vous mettiez à genoux devant moi ! Répondit-elle impitoyable.

— Je vois ! Soupira-t-il désolé — Puis, la dévisageant sévèrement il ajouta : — Vous avez le cœur aussi dur qu’un roc, Madame, et je vous plains !

— C’est possible ! Ricana-t-elle méchamment.

— Alors, adieu, Madame, et que Dieu vous pardonne ! Conclut-il en s’éloignant.

Un instant après, l’abbé quittait la maison qui avait autrefois appartenu à Valérie Labeille.

Dès qu’il fut parti, Mireille se précipita dans la pièce où se trouvait encore la mère Picquet.

— Madame ! La supplia-t-elle en pleurant, je vous supplie de me laisser aller voir Pierrot !

— Assez ! Cria l’Araigne furieuse.

— Mais Pierrot va peut-être mourir ! Sanglota Mireille. Permettez-moi d’aller l’embrasser une dernière fois !

— J’ai déjà dit non ! Répliqua l’Araigne durement.

La pauvrette n’osa pas insister. Elle se tut, mais une lueur brilla soudain dans ses yeux, et elle sortit de la pièce lentement, sans plus accorder un regard à la vieille femme qui la fixait en ricanant.

 

( A SUIVRE LE 13 DÉCEMBRE )

 

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