VOTRE OPINION ET LA NOTRE 2/2
VOTRE OPINION ET LA NOTRE
Ce qui a d'abord causé le plus de surprise dans le service du Métropolitain, c'est la brièveté des stationnements. A peine le train est-il arrivé qu'il repart. Il faut que les voyageurs descendent et que leurs remplaçants montent en un clin d’œil. D'où la nécessité d'être toujours attentif, de préparer ses évolutions et de choisir sa place. Le wagon ou sur le quai. C'est-à-dire ; nécessite de réfléchir, de calculer, de ne faire que des mouvements raisonnés. Excellent exercice pour discipliner les foules, pour leur enseigner le sang-froid, pour les guérir de la panique et de la brutalité aveugle qui les ont toujours caractérisées.
En Angleterre où la substitution progressive de la traction électrique à l'autre permet des démarrages rapides, le même phénomène se produit sur tout le réseau ferré. Pour gagner du temps, on expédie les bagages par des voitures automobiles et les trains de voyageurs ne s'arrêtent que peu de secondes à chaque station.
Mais pour imposer au public une gymnastique accélérée, il faut la mettre à la portée de tout le monde. Dans notre Métro et sur les chemins de fer anglais, les trottoirs sont de plain-pied avec le wagon, il n'y a que la porte à franchir, sans escalader des marches incommodes. Quand on décidera-t-on à réaliser le même dispositif en France sur tous les quais ?
Savez-vous combien de voitures circulent actuellement dans les rues de Paris ? Plus de cent mille ! Exactement 101 750.
La mise en service de 2 250 fiacres automobiles n'a pas diminué le nombre des fiacres à chevaux en 1900, il y en avait 12 000 ; maintenant il y en a 16 000. en quinze ans, le nombre des omnibus et des tramways a doublé ; ce qui ne les empêche pas d'être toujours pleins, comme si le métro n'attirait pas sous terre une foule formidable.
Or, les maisons que bordent les rues ne reculent pas pour aie une plus large place à ce trafic. Le torrent des voitures et des autos, sur les artères principales, roule avec fracas, dans sa course à certains carrefours par le bâton blanc d'un agent puis se précipitant de nouveau. Les piétons qui veulent passer d'un trottoir à l'autre doivent choisir leur moment, avoir l’œil vigilant et le pied leste. Jamais les Parisiens n'ont si bien mérité l'épithète de « dégourdis » qu'on leur applique au régiment. Tous ceux qui ne sont pas dégourdis se font écraser ; c'est très simple.
Mais on se demande jusqu'à quel degré d'encombrement d'affolement, de bousculade, on pourra supporter l'existence, et quel remède on y trouvera finalement.
Puisqu'on peut se faire 30 000 francs de rente en élevant des lapins, pourquoi on se les ferait-on pas en élevant des poules ?
L'histoire des lapins est peut-être une légende ; l'histoire des poules est absolument vrai.
Une seule bourgade de Californie, Petaluma, possède un million de poules, et elle exporte 120 millions d’œufs. Les 30 000 francs classiques sont obtenus , année moyenne, par un éleveur dont l'établissement compte 7 000 pondeuses. On estime que chaque poule rapporte annuellement un dollar (5 F) Avec un capital de 6 000 francs on peut installer une ferme de quinze à dix huit cent poules, rapportant de huit à dix mille francs.
Naturellement il n'y a pas qu'à ramasser les œufs ; il faut connaître son métier, soigner les bêtes méthodiquement faire usage des appareils et des systèmes les plus perfectionnés. Le temps n'est plus où l'on pouvait gagner de l'argent à se tourner les pouces.
A quelque besogne qu'on se livre, il faut avoir l'esprit en éveil, faire des avances d'argent, s'instruire tous les jours, ne rien négliger. Sous ces conditions, l n'y a pas de raison pour qu'on n'entreprenne pas avec succès en France l'élevage qui réussit ailleurs.
REVUE NOS LOISIRS DU 5 JUILLET 1908