VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/3
VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/3
En même temps que les journaux nous renseignent sur la cherté croissante de toutes les denrées — nous ne sommes que trop fixés par notre propre expérience et par les notes de nos fournisseurs ! — les revues érudites s'amusent à rappeler de quelle abondance jouissait nos ancêtres.
Ce n'est pas pour nous consoler !
On nous apprend par exemple que dans une maison de fortune moyenne, chaque repas de six à huit couverts comportait plusieurs services, et chaque service une demi douzaine de plats. Si le nombre des convives était lus grand, le nombre des services augmentait aussi. Plus on est de fous plus on rit ; plus on était d'invités plus on mangeait.
On allait dans un repas jusqu'à quatre services de quarante plats : potages, hors-d’œuvre, entrées, gros rôtis, moyens rôtis, petits rôtis, jambons, pâtés, nouilles, oeufs, entremets froids, entremets chauds, ragoûts, fruits secs, fruits en compotes et des fruits crus en telle quantité que les plats ne passaient plus sous les portes. L'estomac humain ayant une capacité limité. Les convives avaient beau se gaver, il restait une énorme profusion de nourriture pour les serviteurs pour les voisins pour les pauvres.
Aujourd'hui nous mangeons moins, si nous avons raisons. Mais le prix des denrées est tel que nous ne faisons moins de provisions superflues. La table des riches ne nourrit plus les malheureux.
L'affaire des Poisons qu'un dramaturge expert vient de porter au théâtre, à passionné l'opinion dans la période brillante du règne de Louis XIV. Les plus hauts personnages du temps jusqu'à la favorite du roi, jusqu'à un maréchal de France, furent compromis dans les aventures de la Voisin et de la Brinvilliers, qui amènent l'arrestation de trois cent soixante dix spet prévenus. A sorcellerie et les messes noires, ajoutaient à la romanesque horreur de cette histoire.
Les historiens et les romanciers retracent ou qui exploitent le drame des poisons ne manquent pas de nous faire comprendre que la civilisation moderne est bien supérieure à celle du grand siècle. Nous sommes des gens raisonnables nous ! Des gens éclairés : les sorcières et le diable ne nous troublent pas.
Nous croyons seulement aux tireuses de cartes, au chiromanciennes, au marc de café, aux esprits frappeurs, à l'influence du nombre treize et du vendredi, aux prospectus des candidats qui nous promettent la lune, aux offres de tous les charlatans qui nous offrent une martingale infaillible, un « tuyau »increvable, une panacée de pilules.
Quand à la « poudre de succession » que vendait la Voisin, elle fut avantageusement remplacée par des produits plus efficaces. La chimie a fait de grand progrès. Les magistrats et les médecins en diraient long, s'ils s'étaient liés par le secret professionnel et blasés par l'accoutumance.
REVUE NOS LOISIRS DU 5 JANVIER 1908