VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/2
VOTRE OPINION ET LA NOTRE
Les nations civilisées ont renoncé depuis longtemps à se passer des anneaux dans les cartilages du nez et même —pour les hommes seulement —à s'en passer dans les oreilles. Mais elles n'arrivent pas à se débarrasser du chapeau « haut-de-forme » appelé aussi « tube » et « tuyau de poêle ».
Une tentative avait été faire cette année, en Angleterre où la mode de réglée par des exemples venus de haut. Quelques personnes hardies pour ne pas dire subversives et révolutionnaires avaient entrepris une campagne contre la coiffure le plus incommode, la plus ridicule, la plus extravagante qui ait jamais défiguré l’espèce humaine.
Immédiatement les masses conservatrices ont protesté ; les représentants les plus autorisés de la Société et de la chapellerie ont tenu des meetings pour décréter la pérennité du Haut-de-Forme ornement des gentleman, symbole d'une culture élevée. Ils ont prononcé ; ex cathedra, que le Haut-de-Forme rehaussant l'aspect et le prestige de chaque individu, contribué à la dignité de la nation dans son ensemble. Ils ont voté un ordre du jour « énergique ».
Et cette doctrine est si bien enracinée dans le monde que les tribus les plus sauvages considèrent le Haut-de-Forme comme l'enseigne de la civilisation. le dernier roitelet nègre est fier d'arborer un Haut-de-Forme longtemps avant de mettre un pantalon.
Vous connaissez le nom de Wells, le Jules Verne anglais, dont les romans fantastiques ont été publiés dans nos magazines ; vous avez entendu parler aussi de Bernard Slaw dont les œuvres dramatiques très paradoxales ont eu chez nos voisins un grand succès de curiosité.
Ces hommes de lettres dînaient cet été avec lord Cromer, M. Lyttelton, M. Fabian Ware c'est-à-dire avec les sommités de la diplomatie du gouvernement, du journalisme, et avec d'autres célébrités, scientifiques, artistiques , politique d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande. Le plus grave des journaux nous a raconté ces agapes en détail.
Vous supposez bien entendu, qu'on y tint des propos d'une grande élévation (si vous le préférez) d'une grande profondeur ; qu'on remania la carte du monde ; qu'on revira les premiers principe de la sociologie et de l'éthique.
Pas du tout. M. Wells très animé criait fréquemment : « Je vous dénonce Bernard Shaw qui est ignoblement sobre et qui ne veut pas être ivre autant que nous ! » La fête se termina par le jeu classique ds omelettes dans les chapeaux de soie. Et plusieurs convives furent rapportés chez eux par le dévouement des policeman. Grattez l'homme le plus cultivé ; la bête apparaît.
L'assistance des vieillards, infirmes et incurables, organisée par la loi de 1905 est assurément l'un des premiers devoir de la société. Il n'est pas nécessaire de prononcer de grands mots ni d'évoquer de hautes considérations politiques pour justifier une telle œuvre ; elle répond aux exigences de l'humanité ; elle devait donc inspirer le respect même aux êtres les moins raffinés.
Elle n'a pas trouvé grâce cependant, devant les politiciens de village. Une enquête ordonnée par le ministre de l'Intérieur, dans certaines régions et qui ont donné les mêmes résultats dans d'autres régions a révélé de scandaleux abus. On a trouvé que les fonds alloués par l'État et par le département pour assister les vieillards étaient distribués surtout en considération de services électoraux ; de telle sorte que les indigents n'obtenaient pas grand chose et que l'argent récompensait les individus très capable de se suffire.
Des propriétaires payant 60 et 80 francs de contribution , des commerçants patentés, des agriculteurs faisant de belles récoltes et des fonctionnaires touchant de bons appointements émargeaient au budget de la charité. Une circulaire ministérielle a animé la vigilance des préfets.
Pourquoi faut-il qu'elle ait été nécessaire ? Quels hommes peuvent être les administrateurs qui ne regardent pas comme sacré le patrimoine des pauvres ?
REVUE NOS LOISIRS DU 27 SEPTEMBRE 1908