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MOINEAUX SANS NID N° 266

30 Mai 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

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Tandis que se déroulaient ces événements et que le brave Pierrot était gardé au poste de police, madame Colette l’aimable blanchisseuse chez laquelle il logerait ne put fermer l’œil de la nuit.

« Mon Dieu, se disait-elle, dévorée d’inquiétude, comment se fait-il que cet enfant ne soit pas rentré ? »

Elle alluma l’électricité et regarda l’heure.

— Deux heures du matin ! Jamais il n’a tant tardé ! Que penser ?... Et si ?... mais oui, il est peut-être allé chez la femme qui s’est déjà emparée de Mireille. Qui sait si elle n’aura pas réussi à l’amadouer ? Cette supposition la tranquillisa un peu. Mais le lendemain matin son angoisse reprit de plus belle et elle décida de partir à la recherche de Pierrot.

Elle alla frapper à la porte de sa voisine madame Thérèse et lui confia la clé de son logement, au cas où Pierrot reviendrait pendant son absence.

— Comment ? S’exclama la voisine, ce garçon n’est pas rentré cette nuit.

Pour toute réponse, la brave Colette éclata en sanglots.

— Allons, ne vous découragez pas ! Dit madame Thérèse, très inquiète elle aussi. Vous le trouverez ici en rentrant !

— Dieu vous entende ! Bredouilla la blanchisseuse.

Elle eut beau aller partout ou Pierrot avait l’habitude de se rendre, nul ne fut capable de lui fournir le moindre renseignement.

Vers trois heures de l’après-midi ayant poursuivi sans arrêt ses épuisantes recherches, madame Colette fut saisie d’un profond découragement.

Elle s’appuya contre un kiosque à journaux, regardant dans le vide, en proie aux plus sombres pensées, lorsque, subitement, une idée se présenta à son esprit.

« Faut-il que je sois bornée ! » se dit-elle et faisant signe à un taxi, elle bondit à l’intérieur et donna l’adresse d’Anna Carrel.

Un quart d’heure après, elle sonnait chez l’ancienne comédienne.

Ce fut Maria de Saint-Lazaire, la dame de compagnie d’Anna, qui lui ouvrit.

— Madame ! S’empressa de dire Colette, c’est bien ici qu’habite la personne qui a recueilli la jeune Mireille ?

Maria répondit aussitôt, attirée par le visage franc et sympathique de la visiteuse.

— En effet, Madame.

 

 

— Je m’excuse de vous déranger, je suis madame Colette !

— Ah ! S’exclama Maria. C’est chez vous, n’est-ce pas, qu’habite Pierrot.

— Oui, Madame !

— Entrez ! Entrez ! Je vous en prie.

Maria la conduisit dans le salon.

— Asseyez-vous ! Dit-elle aimablement en lui désignant une confortable bergère.

— Madame ! S’écria Colette, trop distraite pour remarquer le geste aimable de son interlocutrice, je suis ici parce que je suis follement inquiète au sujet de Pierrot ! Je ne sais rien de lui depuis hier après-midi !

— Que dites-vous ? S’exclama la veuve du comte de Saint-Lazaire, stupéfaite.

— Je viens précisément, vous demander s’il n’est pas ici ? Poursuivit Colette, en attachant de grands yeux anxieux sur Maria.

— Hélas ! Non, Madame, il y a trois jours que nous ne l’avons pas vu, répondit madame de Saint-Lazaire, très soucieuse à son tour.

La blanchisseuse fondit en larmes.

— Mon pauvre Pierrot ! On l’a sûrement assassiné !

— Mon Dieu ! Dit Maria bouleversée.

— Madame Anna Carrel n’est pas ici ? Demanda Colette, essayant de se dominer.

— Non, elle vient de sortir avec Mireille pour faire des courses ! Elles vont être bien malheureuses quand elles sauront que Pierrot a disparu !

— Jamais, elles ne souffriront autant que moi ; sanglota Colette.

— Je n’ose imaginer ce que dira la pauvre fillette, lorsqu’elle apprendra la disparition de Pierrot ! Reprit tristement Maria.

— Vous avez raison ! Approuva Colette.

— Voulez-vous attendre leur retour ? Proposa avec gentillesse madame de Saint-Lazaire.

— Je ne peux rester plus longtemps, ¨Pierrot pourrait rentrer à la maison pendant mon absence, expliqua la blanchisseuse.

— Je comprends !

— Vous préviendrez madame Carrel, mais surtout que la petite Mireille ne sache rien pour le moment, recommanda la brave femme.

— Soyez tranquille, fit l’amie d’Anna Carrel, en lui souriant avec sympathie.

— Si jamais vous avez de ses nouvelles, prévenez-moi, je vous en supplie, ajouta Colette en se dirigeant vers la sortie.

— Je vous le promets, affirma Maria.

Une heure plus tard, madame Colette était de retour chez elle.

Sa voisine qui guettait son arrivée se précipita à sa rencontre.

— Pierrot est rentré ? Questionna Colette, toute tremblante.

— Non ! Mais il a fait parvenir de ses nouvelles, annonça madame Thérèse.

— Parlez vite ! S’exclama la blanchisseuse en la fixant anxieusement.

— Il a envoyé son adresse et ...

— Son adresse ? Dit Colette ahurie, je vous en prie, expliquez-vous plus clairement ?

— C’est que ... il a été mis dans une maison de redressement pour enfants, expliqua la voisine avec embarras.

— Mon Pierrot ! Bredouilla la pauvre femme.

— Allons ! Ne pleurez pas comme ça, madame Colette, dit Thérèse cherchant la consoler.

— Que le monde est injuste et méchant ! S’écria la blanchisseuse en sanglotant. Enfermer un enfant qui est si bon et si généreux, c’est un comble !

— Qui sait ? Peut-être a-t-il été entraîné à commettre une sottise ! Remarqua sa voisine.

Colette l’enveloppa d’un regard furieux.

— Ne répétez jamais une chose pareille, répliqua-t-elle d’une voix sifflante de colère, si vous ne voulez pas vous brouiller pour toujours avec moi ! Mon Pierrot ne peut avoir commis une vilaine action. Je suis sûre que lui et Mireille, même affamée, s’ils trouvaient un portefeuille bourré de billets de banque, n’en extrairaient pas un seul et le porteraient sans hésiter au commissariat de police le plus proche !

— Oh ! Madame Colette, je n’ai pas voulu vous fâcher ! S’exclama Thérèse.

— Je ne me fâcher pas parce que c’est vous et que je vous aime bien, mais je ne sais pas comment j’aurais réagi avec une autre personne, répliqua sèchement la blanchisseuse en ouvrant sa porte serrant dans sa main le papier portant la précieuse et triste adresse de son protégé.

Chez elle, elle se laissa tomber sur une chaise à bout de forces.

« Demain matin, se dit-elle, après avoir réfléchi quelques instants, j’irai voir mon petit Pierrot ! »

Madame Colette demeura longtemps immobile le regard perdu, remuant dans sa tête les plus sombres pensées, inquiète pour son « son »

Pierrot.

Soudain, quelques coups légers furent frappés à sa porte.

— Madame Colette, lui dit le fils de la concierge à qui elle ouvrit, il y a une dame qui veut vous parler !

Il venait à peine de prononcer ces paroles, qu’une jeune femme très élégante, s’avança, demandant avec gentillesse :

— Madame Colette ?

— C’est moi, Madame, répondit la blanchisseuse en la fixant avec une très évidente admiration.

— Et moi, s’empressa de préciser la jolie visiteuse, je suis Anna Carrel, une grande amie de Pierrot !

En entendant prononcer le nom du garçon, la pauvre Colette éclata en sanglots.

— Entrez ! Madame, dit-elle à travers ses larmes.

Anna pénétra dans le modeste logis et s’assit sur la chaise que lui avançait l’aimable Colette.

— Alors, Pierrot n’est pas rentré ? Demanda Anna Carrel.

— Hélas ! Non, Madame, répondit douloureusement Colette. Je viens d’apprendre le mauvais tour dont il vient d’être victime !

— Que voulez-vous dire ? Questionna Anna dont le beau visage exprima soudain une vive inquiétude.

— Pierrot est dans une maison de redressement ! Annonça la jeune femme en éclatant de nouveau en sanglots.

— Est-ce possible ? S’exclama Anna, incrédule.

— Oui, murmura Colette, d’une voix brisée, il vient de me le faire savoir il y a à peine un quart d’heure.

— Savez-vous pour quelle raison ? S’enquit la visiteuse.

— Je n’en sais rien, mais ce ne peut être qu’une horrible injustice, affirma Colette.

— C’est évident, admit anna.

La jeune femme faillit ajouter quelques mots, mais Colette poursuivit :

— Figurez-vous que j’ai été sur le point de me brouiller avec ma voisine parce qu’elle doutait de Pierrot.

— Comme je vous comprends ! S’écria Anna. Mais je me demande ce qui a pu provoquer une pareille mesure !

Elle se leva brusquement, Colette remarqua,l’air désolé :

— Vous partez déjà, Madame ?

— Oui ! Je tiens à passer immédiatement à la maison de redressement pour connaître la raison de l’arrestation de cet enfant.

— Madame, demanda Colette d’une voix hésitante, je voudrais vous demander un immense service !

— Je vous en prie, dit aimablement l’ancienne comédienne.

— Permettez-moi de vous accompagner ! S’exclama la blanchisseuse. Je suis tellement impatiente de savoir ce qui est arrivé à ce petit que j’aime comme s’il était mon propre enfant.

— Mais certainement, répondit Anna en lui souriant gentiment, venez ! J’ai ma voiture et nous y serons dans peu de temps.

Les deux femmes s’empressèrent de rejoindre l’auto d’Anna et une demi-heure plus tard, elles demandaient à parler au directeur de l’établissement.

— Monsieur le directeur ne reçoit personne l’après-midi, répondit l’employé affecté aux renseignements. Revenez demain matin entre dix heure et midi.

— Merci, dit Anna, mais peut-être pourriez-vous nous répondre sans que nous soyons obligées de déranger le directeur ?

Et elle lui expliqua ce qu’elles désiraient savoir.

L’employé regarda les deux jeunes femmes et les pria d’attendre. Il disparut quelques instants et revint renseigner Anna.

— Ce garçon, Madame, a été arrêté pour avoir calomnié le marquis d’Evreux, sans apporter la preuve de ses dires. Traitez un homme honorable d’incendiaire, c’est très grave !

Les deux femmes à cette réponse, échangèrent un regard stupéfait.


( A SUIVRE LE 2 JUIN )

 

JEAN PAUL

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