VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/3
VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/3
C'étaient deux amants
Qui rêvaient d'amours lointains
C'étaient deux amants
Que reniaient leurs parents
Ils s'en sont allés dans une barque fragile...
La Berceuse bleue, le mariage en périssoire, quel bateau ! Eh bien, pas du tout. Les journaux de l'État de Virginie assurent que le fait vient de se produire sur une rivière du pays. Deux jeunes gens ont été mariés dans une barque, par le pasteur de la localité, pendant que les deux beaux pères et les deux belles-mères, opposants à la cérémonie, leur donnaient la chasse à force de rames dans d'autres embarcations. Les gondoles de Venise n'étaient pas plus romanesques.
Et l'on se plaint de la platitude moderne.
L'honorable apôtre sénatorial de la repopulation vient d'écrire au président du Conseil : « Je prends respectueusement la liberté de vous rappeler qu'à la date du 21 janvier 1902, votre éminent prédécesseur Waldeck Rousseau avait institué une commission extra parlementaire chargée d'étudier les causes de la dépopulation de la France et de rechercher les moyens d'y remédier »
Or la commission n'a pas été réunie depuis plusieurs années. De sortir que la dépopulation continue. Les délibérations de la commission l'auraient certainement arrêté !
Nous avons perdu les superstitions qui troublaient la cervelle de nos pères ; mais nous en avons contracté d'autres qui ne sont guère moins extravagantes. Nous attendons notamment de l'État des miracles. Le miracle de la multiplication des naissances par la vertu des palabres parlementaires serait aussi curieux que le miracle de la multiplication des pains.
Et ce rapprochement suggère la solution ; c'est en multipliant las pains — par la diminution des impôts et par l'accroissement des salaires — qu'on aurait quelque chance de multiplier les naissances.
Les médecins n'ont pas trouvé le moyen de faire pousser les cheveux sur les crânes chauves, mais ils ont trouvé le moyen dépiler les visages inopportunément barbus. C'est déjà quelque chose. Une exquise demoiselle du Téléphone, qui se trouvait ornée de trop de poils au menton et d'une luxuriante moustache en a été débarrassée par les rayons X. Elle a gagné à la place une maladie de l'épiderme qui a mis en fuite son fiancé, pourtant courageux. Alors elle demande 25 000 francs de dommages intérêts au médecin opérateur, pour le préjudice subi dans ses affections. Le tribunal de la Seine délibère sur cette cause qui eût étonné même le roi Salomon.
Morale : si vous avez de la barbe et que votre fiancé s'en accommode, méfiez-vous des rayons X. Le mieux est l'ennemi du bien. Seulement placez-vous plutôt chez Barnum que dans les Téléphones.
REVUE NOS LOISIRS DU 29 DÉCEMBRE
1907