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UN RÉGIMENT DE JEUNES FILLES

27 Mai 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

UN REGIMENT DE JEUNES FILLES

REGIMENT 01

Il y a déjà beau temps que que nous bataillons scolaires sont passés au rang de souvenir. Mais rien ne dit que leur arrêt de mort soit définitif. Voyez le cas du diabolo !

Nos arrière-grands-pères le crurent condamné sans rémission. Quand il fit son apparition aux Tuileries et dans le jardin du Palais Royal, vers la fin du Premier Empire, personne ne le prit au sérieux.

Nouveau Lazare, il ressuscitait un siècle plus tard pour devenir le formidable rival du tennis et des autres jeux de balle.

En attendant que nos petits bataillons reviennent heurter de leur pas cadencé les pavés de nos villes françaises, l'Angleterre estimant de l'institution avait du bon lui donne une existence nouvelle en lui ouvrant les portes de ces écoles.

Elle fait plus : elle crée des bataillons scolaires... pour demoiselles.

Il se peut que vous n'avez pas encore entendu parler du Girls' Cavalyr Corps. (Le Pas de Calais si étroit cependant est assez large pour intercepter au passage tant de nouvelles d'un intérêt capital !) Il se peut, dis-je, que vous ignoriez l'existence du coquet et gracieux escadron d'amazones qui a fait la joie Londoniens depuis deux ou trois semaines.

Raison de plus pour que Nos Loisirs lui laisse galamment l'honneur de ses colonnes.

Les origines de cette curieuse institution ? Constatons avant tout que le gouvernement anglais ne fut pour rien dans sa création. En voilà déjà un détail de nature à nous surprendre, nous autres. Français qui attendons tout, même l’impossible de l'intervention de Sa Majesté l'État.

En guise de préambule, il me faut compter avant tout depuis la guerre de l'Afrique du Sud où une poignée de paysans boers brava pendant deux ans, les force de l'Empire britannique, les Anglais se sont rendus compte de la nécessité impérieuse d'exercer leurs jeunes générations au maniement des armes.

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Sous l'impulsion de lord Roberts les grands collèges du royaume firent une large place à l'instruction militaire dans leurs programmes d'enseignement.

L'exemple fut bientôt suivi par les écoles primaires. Et l'on peut dire qu'il en est peu désormais parmi elles qui ne possèdent pas dans leurs cours ou dans leurs préaux, des stands ou les enfants s'exercent à tirer à la carabine, sous la direction d'officiers retraités qui prêtent gracieusement leur concours.

Les petits télégraphistes s'exercent eux aussi, à tirer dans le mille entre la délivrance de dépêches. Et voici qui donnera une idée de l'engouement que nos voisins professent l'égard des choses de la guerre. Pendant la première semaine de novembre, le propre frère du roi Édouard, le duc de Connaught, inaugura de concert avec le lord-mayor, un stand installé sur les toits de l'Hôtel des postes pour les facteurs et autres employés.

A noter une fois encore que ce champ de tr aérien fut construit avec les produits d'une souscription publique sans que l'État eût à dénouer les cordons de sa bourse.

Précisément c'est le cas du Girls' Squadron ; son existence il ne la doit qu'à l'initiative privée. Et il faut préciser nous ajouterons que les jeunes cavalières et leurs familles ont pris à leur charge tous les frais et dépenses entraînés par la réalisation de leur projet.

Ce fut au cours de l'été dernier que les élèves de High School (école supérieure de jeunes filles) d'Islington, un des quartiers de la banlieue londonienne conçurent le projet de former entre elles une sorte de club ou d'association militaire.

 

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La jalousie (soyons galant et ne parlons que d'émulation) n'était pas étrangère à leur résolution. C'est que le bataillon scolaire formé par une école de garçons voisins de la leur, et où elles comptaient presque toutes des frères ou des cousins, s'était couvert de gloire au champ de manoeuvres d'Aldershot.

Quelques semaines plus tard les jeunes guerriers d'Islington avaient brillamment participé aux matches de tire inter-scolaires de Bisley. Et le maréchal lord Roberts les avait distingués parmi les milliers de futurs héros présents à la fameuse épreuve.

Les compliments flatteurs qu'ils avaient reçus du vieux maréchal eurent un résultat que personne n'aurait pu prévoir; gonflés d'orgueil les porteurs de lauriers ne négligeaient plus une occasion de faire sentir à leurs sœurs et à leurs cousins la haute supériorité de leur propre sexe... en matière militaire !

C'en était trop ! Sœurs et cousins prirent la résolution de prouver aux jeunes fanfarons que leur sexe n'était pas un obstacle à leur belliqueux idéal. Et les vacances furent mises à profit pour faire entrer leur projet dans le domaine des faits.

Ne souriez pas ! Gardez-vous de croire à un enfantillage, à une fantaisie de fillette ! Vous allez voir que le Squadron de Liverpool-Road, nom de la rue où est situé l'école, est une institution fort sérieuse et qui promet d'être durable.

Les jeunes filles dont les âges varient entre quatorze et dix huit ans consacrent deux heures par jour aux exercices militaires, sous la direction d'un officier retraité, le lieutenant Baker, qu'assistent deux anciens adjudants de cavalerie dont les filles font partie de l'escadron.

En outre un profession d'équitation prêté par un manège londonien leur consacre plusieurs heures par semaine et les initie aux principe de « l'école du parfait cavalier » en se servant de chevaux mis à la disposition de M. Baker par d'anciens camarades du régiment.

 

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Les exercices proprement dits ont lieu dans la cour de l'école. Mais l'instruction des jeunes amazones a fait de si rapides progrès que le lieutenant Baker n'a pas craint samedi dernier, d'affronter le régiment populaire et de passer son escadron en revue sur une place publique d'Islington !

Son audace eut sa récompense. Manœuvrant au commandement comme de vieux troupiers ses gentilles élèves firent évoluer leurs montures avec une maëstria qui émerveilla la foule. Pensez si les boys du quartier en ouvraient des yeux. Plus moyen de blagues sœurs et cousines sur leur inaptitude militaire ! Enfoncée la théorie de l'infériorité du joli sexe.

L'enthousiasme fut tel qu'un richissime négociant de Londres, M. Gamage, demanda à M. Baker d'organiser à bref délai une nouvelle parade (revue aie en public) et qu'il lui fit remettre sur-le-champ des médailles d'or et d'argent pour qu'il les épinglât sur la poitrine des plus méritantes par les « braves »

Ce premier succès devait décider de l'avenir du Girls' Squadron ; dès le lendemain, une foule de gentilles recrues sollicitaient leur admission dans un corps aussi glorieux.

Et l'émulation faisait des siennes ; deux autres High Schools de la banlieue nord de Londres rendraient publique leur résolution de former à leur tour des escadrons scolaires de jeunes filles.

On sait que les différents quartiers de la capitale anglaise sont comme autant de villes jouissant de leur autonome municipale et fort jalouses de leurs privilèges respectifs, qu'elles s'envient mutuellement. Cette rivalité qui ne date pas d'hiver, nous induit à penser qu'avant peu de ces boroughs voudra posséder son corps d'amazones.

Convenez que Londres-la-Brumeuse gagnera en gaieté et en attrait quand ses rues seront animées par les évolutions de ces charmants escadrons.

Je m'en veux d'avoir commis une regrettable omission. Cette notice serait incomplète si je n'accordais pas une mention à l'Ambulance Corps, organisé par l'école d'Islington et qui serait pour l'escadron un précieux auxiliaire... s'il entrait jamais en campagne !

Tout le monde n'est pas né pour le métier des armes ! C'est de cette pensée que s’est inspiré le lieutenant Baker en s'adjoignant miss Townsend infirmière militaire diplômée.

Les jeunes élèves de l'école qui n'osent pas affronter les danger de l'équitation apprennent avec elle à soigner les blessés, à rouler convenablement la bande de coton stérilisé autour du membre meurtri.

On le voir, les ennemis de Old England n'ont qu'à se bien tenir.

Et le rêve teuton d'une invasion du sol anglais se perd désormais dans la nuit des utopies... avec tous ces Girls' Squadrons prêt à rejeter à la mer les envahisseurs !

REVUE NOS LOISIRS DU 8 DÉCEMBE 1907

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