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ANTICHAMBRE MINISTÉRIELLES

26 Mai 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

ANTICHAMBRES MINISTÉRIELLES

 

L'antichambre des ministères ? Il faut distinguer. Elle est bruyante ou silencieuse, selon les heures et les jours, selon les gens. Parfois une troupe importante la remplie parlant fort au nez des huissiers respectueux comme les mousquetaires de A. Dumas à la porte de M. Tréville. Ne vous trompez point ; ce sont des députés. Ils arrivent chargés de toutes les ambitions de leur province. C'est l'orphéon, c'est la fanfare. Le ministre n'a qu'à bien se tenir.

D'autre fois, l’antichambre peuplée d'une foule diverse est compète comme l'autobus, silencieuse comme une église. Les vanités se recueillent, les solliciteurs repassent leur discours. Chacun à donner sa carte où tracé son nom sur un cahier de papier sous l’œil de l'huissier qui juge. Un nom qui n'est pas suivi de quatre lignes de titres et honneurs ne lui dit rien qui vaille. Vous l'interrogez du regard. Hum ! M. le ministre est bien occupé aujourd'hui. Et le quémandeur est aller s'asseoir sur la sellette. Il attend. Sera-t-il appelé ?

Un coup de timbre. Les oreilles s'ouvrent.

Celui-ci se lève, courbé devant l'huissier comme devant le ministre. Et la porte à tambour... qui devrait en faire... se referme sans bruit. Le silence retombe. Quelqu'un qui veut se moucher discrètement jette un appel de trompette. C'est un scandale. Le recueillement a repris. Soudain la pendule sonne ; mais elle ça lui est permis ; elle est de la maison.

Il y a là sur la banquette, une femme fort jolie, quelque comédienne de renom. Sa chevelure met un coup de soleil dans ce morne décor. Son parfum offense les vieilles personnes. Une intrigante sans doute. Ce sont toujours celles-là qui réussissent ! il y a aussi de petits gens en habit de misère qui espèrent du secours, un prêtre impénétrable un couple vieillit et provincial que dénoncent le parapluie et la forme des chapeaux. La bonne dame sommeille à demi, à moins quelle ne médite quelque ruse. Elle a dit un jour à son mari : « Athanase il faut que tu aies les palmes académiques. Je suis humiliée de voir tant de boutonnières en fleur, lorsque la tienne... ». et ils ont passé la nuit dans le train. Ils ont sommeil. Ils voudraient bien être dans leur qui la maison où ronronnent le chat et le feu. Lui, surtout, se dit cela, mais la petite vieille, on verra comment elle parle au ministre !

La pendule mène son bruit indifférent. Les mines sont longues comme des heures, la gêne est lourde comme le silence.

Seul devant le peuple morne des banquettes, installé ans le meilleur fauteuil de la maison, gras, gros, rosé, rebondi, souriant, un bel uniforme à chaîne et souliers à boucle, reluisant de santé et de joie solide et permanent parmi l'éternel écoulement des solliciteurs et des ministres, l'huissier, l'heureux huissier lit Nos Loisirs.

 

LES GRANDS HIVERS

 

A ce moment de l'année où dans les campagnes, la gelée durcit la terre et où par les rues les passants s'en vont les épaules remontées et le visage bleui par la bise d'hiver, il est curieux d'évoquer les époques de froid exceptionnel dont l'histoire a conservé le souvenir.

En l'an 1400 les mers du nord de l'Europe furent gelées. En 1410 qui resta sous le nom d'année des grands hiver, le froid fut si intense que la mortalité fut énorme ; les loups et les chiens sauvages venaient jusqu'aux portes de paris dévorer les cadavres abandonnés. La plupart des ponts furent emportés par les glaces ; l'encre gelait au bout des plumes ce qui empêcha un jour le greffier du Parlement d'enregistré les arrêtés.

En l'an 1558 on dut débiter le vin avec des haches l'année 1621resta longtemps présente à la mémoire des hommes tant l'hiver fut vigoureux et long. L'hiver à Paris atteignit 27 degrés en 1709 ; les récoltes furent perdues, les arbres fruitiers détruits et les cloches éclatèrent quand on voulut sonner le tocsin.

Il dut aussi faire un froid plutôt vif en cette année de 1795 où des escadrons de notre cavalerie purent cerner et prendre la flotte hollandaise.

Enfin dans la période plus récente on parle encore de l'hiver terrible de 1870 dont les rigueurs accrurent encore les souffrances de nos pauvres soldas et de l'hiver 1880 où l'on traversait pied la Seine et où le thermomètre descendit à 24° au-dessous de zéro.

Cette année souhaitons-le nous épargnera de telle rigueur et l'hiver 190ne figurera point dans la liste des hivers meurtriers.

 

 

CROISSEZ ET MULTIPLIEZ

 

 

Les graines d'orange furent d'importées au Paraguay par les Jésuites ; il y a plus de cent cinquante ans ; aujourd'hui le pays est rempli de forêts,immenses d'orangers et la préparation de l'essence de feuilles d'orange se fait en des milliers de petites usines. Ce produit est expédié en France et aux États-Unis comme parfum ; les indigènes l'utilisent comme onguent et tonique capillaire.

 

 

UNE AVENTURE DE BISMARCK

 

 

Bismarck de passage à paris dans les dernières années de l'Empire eut un jour dans un salon officiel, une petite mésaventure qui lui laisse, par la suite, un désagréable souvenir.

On venait de lui présenté solennellement un Anglais lord F...qui au milieu de ma stupeur générale, s'incline avec un grand salon et prononce :

Ah ! Monsieur de Bismarck vous êtes le lus grand polisson de l'Europe !

Tout s'expliqua bientôt heureusement. Quelques instant auparavant, l'enfant de la maison avait renversé un guéridon « Polisson ! » lui avait dit sa mère en le grondant. Surpris par le mot nouveau pour ses oreilles, lord F... en avait demandé le sens et la jeune femme embarrassée de s'être emportée en sa présence lui répondit en riant qu'un petit polisson était un enfant de beaucoup d'esprit de malice et d'intelligence. Lord F... avait profité comme on voit de l'explication.

REVUE NOS LOISIRS DU 8 DÉCEMBRE 1907

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