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TROIS PETITES HISTOIRES

2 Juillet 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

UNE CARRIÈRE DRAMATIQUE

 

Protestation platonique contre les idées avancées du conseil municipal de Gorge-la-Jolie, la dernière des Paloiseau avait coutume de célébrer solennellement chaque année la fête du 15 août.

Cette fois-là, obsédée par l'économie apparente des théâtres de Nature, la présidente d'honneur du « Groupe conservateur gorgolien » avait décidé de monter sur son perron La Mort du dernier Druide de M. Latourprengarde.

Poète à ses heures, l'arbitre des élégances gorgoliennes avait composé, pour cette circonstance, une sombre tragédie en 2435 alexandrins antiques où perçaient ça et là, quelques timides et aigrelettes allusions au régime actuel.

M. Picardon le rentier bien connu, ancien, très ancien préposé de fourrages aux années impériales avait choisi le rôle de l'ultime prêtre gaulois. Et comme il s'agissait somme toute d'une représentation mondaine et d'une manifestation politique, l'auteur lui-même n'avait pas craint d'exhiber sous la cotte du légionnaire romain la ténuité de deux mollets aristocratiques et poilus.

Les répétitions avaient été aussi laborieuses que mystérieusement conduites.

Par le trou de la serrure la gouvernante de M. Picardon avait vu son maître, le ventre comprimé dans un drap de lit, une couronne de papier peint ceignant sa tête chauve, grimper sur la table pour détacher de la suspension un gui imaginaire devant son armoire à glace en affectant vis-à-vis de l'inoffensif mouton de plâtre de la cheminée, le geste du sacrificateur antique.

Tous ces préparatifs secrets n'avaient fait qu'accroître les curiosités. Elles ne furent pas déçues.

Le grand jour se leva.

Les vierges gauloises choisies parmi les « grandes » de l'école des sœurs étaient venues en agitant avec des bruits de chasse-mouches d'étonnantes palmes en papier, célébrer les douceurs de la vie champêtre. L'assistance avait applaudi à tout rompre le proconsul romain Eupatorius — en l'espèce le vicomte de Latourprengarde — invitant le dernier des druides à se soumettre aux maîtres du monde. Les fières réponses du vénérable Cadorix, refusant , en la personne rougeaude de M. Picardon d'obéir à la République romaine, sa façon majestueuse de détacher du chêne-marronnier une énorme banche de gui avaient été soulignées également par les vivats unanimes des spectateurs.

Le moment pathétique était arrivé. Désespéré de voir la forêt des ancres souillée par a présence des soulards romain l'antique Cadorix, avant de se tuer, prie les dieux de lui désigner une dernière victime propitiatoire.

Pour le souci de la vérité, une génisse pacifique avait remplacé le mouton de plâtre des répétitions.

Soudain et avant même que le Jupin gaulois eût eu le temps matériel d'entendre la supplique de son pontife, un fougueux quadrupède se précipitait sur la scène. Oubliant son rôle de victime soumise, la génisse fonçait cornes baissées sur le magnifique manteau de pourpre d'Eupatorius, entraînant au bout de sa longe Valentine, la vachère du père Jacquillat, élevée à la dignité de druidesse. Le fier Cadorix laissait accroché à un clou de l'autel la majeure partie de son vêtement druidique pour détaler de l'orchestre de toute la vitesse de deux courtes jambes gainées de bas à varices, tandis que retenu à un décor par la pointe supérieure de son casque, le valeureux Eupatorius recevait, à l'endroit le plus charnu relativement de son individu, un magistral coup de corne de la génisse vengeresse.

Changée en farce, la tragédie de M. de Latourprengarde n'en eut pas moins un dénouement pathétique.

Car en empêchant avec le suicide du druide Cadorix un dénouement d'une sublime grandeur, l'inconscience génisse empoisonna pour toujours l'âme tragique de M. Picardon.

Sa carrière dramatique état mort-née.

 

 

REINE MINUSCULE

C'est la reine hindoue Djihah-Begm âgée d'une cinquantaine d'années. Elle est restée toute petite ; sa taille ne dépasse pas celle d'un enfant. Il faut cependant lui rendre cette justice que malgré sa taille exiguë, elle arrive fort bien à faire régner dans son État une parfaite tranquillité. Et notez que cet État est assez respectable, comptant plus d'un million d'habitants des deux sexes.

C'est égal, le spectacle de cette reine transmettant un ordre à un ministre de taille gigantesque ne doit pas manquer de pittoresque.

 

 

 

ÉCURIE CHINOISE

La Chine a dit quelqu'un est un pays à l'envers.

En tout vas, es chinois ont la coutume d'attacher leurs chevaux à l'écurie, la croupe au mur.

— Vos chevaux, disent-ils aux Européens ont les yeux dans l'obscurité, ils ne voient rien de ce qui se passe,i ls sont sans cesse en défiance de tout ce qu'il entendent, ils ne se familiarisent jamais avec vous ; ils sont idiots. Tournez les faces à la lumière ; ils vous connaîtront ils comprendront leurs gestes et vous aimeront.

Les Chinois ont peut-être raison.

 

REVUE NOS LOISIRS DU 22 DÉCEMBRE 1907

 

 

 


 

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