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SUGGESTION

7 Mai 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

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                                S U G G E S T I O N

Nouvelle dramatique par Jean REIBRACH

Docteur ! Pria la maîtresse de la maison, une expérience ! Endormez quelqu'un.

Une contrariété passa sur le visage de Desnoves.

Excusez-moi, madame, je ne fais plus de magnétisme.

Oh ! Pourquoi ?

D'autres femmes s'étaient jetées vers lui, les yeux luisants de curiosité ; et la prière qui avait entrouvert leurs lèvres rouges se refermaient en une moue de reproche. Rêveur, il répéta :

Pourquoi ?

Puis après une hésitation, il reprit :

Afin que vous me pardonniez mon refus, je vous dois une explication. Eh bien, soit !

C'est une histoire ? Demanda quelqu'un.

Une histoire vraie, appuya Desnoves.

Et quand on se fut assis :

Il y a dix huit mois commença-t-il, j'allais en province voir un de mes amis. Appelons, Paul, si vous voulez bien. Depuis longtemps les hasards de la vie nous avaient séparés, son mariage surtout, qui l'avait relégué dans une propriété, au fond de la campagne. Mais bien souvent une pensée s'était portée, non sans une secrète envie, du milieu de mes travaux, vers le coin de paix où il passait les heures, parmi la chasse, la pêche et l'équitation.

Dès mon arrivée je retrouvai ces impressions. Une sensation de repos, de sérénité d’apaisement, se dégageait de l'allée d'arbres à l'extrémité de laquelle le château Louis XIII s'adossait, noyé dune pénombre, au moutonnement ensoleillé des grands bois. Une idylle s'évoquait dans ce milieu, dans la douceur des allées ombreuses par les mousses des grands bois, loin des bruits, du souci des affaires.

Paul était venu m'attendre à la gare. Je ne vis sa femme qu'un peu plus tard, avant de dîner.

 

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Elle était très belle, des yeux noirs, un regard plein dont les clartés prenaient, quand s'abaissaient les cils, des acuités de flèches ; une taille superbe, une peau ambrée, à peine, d'une belle vie, où le sang courait. Je ne pouvais me défendre de l'admirer ; mais chose étrange, j'éprouvais une déception. Était-une imagination ? Était-ce une robustesse de sa beauté pareille à un été flambant sous la poussée des sèves ? Cette femme entrait difficilement dans mon idylle. Sa vie intense me semblait faire éclater ce cadre de paix et de sérénité. Surtout un autre convive arriva, un jeune homme, un voisin de campagne. Et lorsque je reportai mes regards sur Paul mon ami me parut subitement comme amoindri. La joie première de ; mon arrivée s'était calmée dans mes yeux, je le voyais à l'état habituel sans doute, un peu vieilli presque gêné, avec une vague nervosité sournoise de mari défiant qui redoute de trahir ses pensées.

Je n'eus pas le loisir de m'arrêter longtemps à ces réflexions. Les souvenirs qui nous remontaient dans le bien-être de cette salle à manger ouverte sur le parc à la douce mélancolie des soirs lentement abaissés m'emportèrent bien loin. Puis vers le milieu du dîner, la conversation, d'abord vague, s'orienta tout à coup partit à pleines voiles dans un sujet passionnant à cette époque, les phénomènes justement hypnotisme et de suggestion.

Mon ami, dès les premières découvertes, s'était vivement intéressé à ces études ; et c'était depuis des mois de fréquentes discussion avec sa femme.

Elle niait les phénomènes qui relevaient de cet ordre d'idées, s'obstinant n'y voir que du charlatanisme ; tandis que Paul, outre les lectures qu'il avait faites, pouvait affirmer des choses très curieuses, d'après sa propre expérience. Un jour à Paris, lui-même s'était offert comme sujet avec une belle incrédulité ; et ayant été endormi, puis réveillé il avait accompli, inconsciemment certains actes, à lui ordonnés pendant son sommeil.

— On s'est moqué de vous ! Dit sa femme.

Et se tournant vers moi:

— Voyons, docteur, aidez-moi à lui sortir ces bille versées de l'esprit. Je vous assure qu'il en devient fou !

Pris à partie, je fus obligé de la contredire, j’avouai que moi-même je m'intéressais vivement à ces questions et je citai des faits irrécusables dont j'avais été le témoin. Mais elle gardait son entêtement invincible et souriant de la jolie femme, déclarant qu'elle ne pourrais croire que si elle voyait et encore !

— C'est bien simple, reprit-elle. Puisque mon mari es un sujet, ayez l'obligeance d'essayer.

De lui-même, d'ailleurs, Paul s'offrait à l'expérience. Je le regardai, je sentis à son regard un peu oscillant qu'il tomberait tout de suite en mon pouvoir.

Nous passâmes au salon . Paul était en effet un sujet merveilleux. Dès les premières passes, il entra en sommeil hypnotisme.

Pelotonnée dans un fauteuil sa femme allongeait le cou, l’œil mi-clos.

— Il dort ! Annonçai-je.

Elle appela son mari, lui vint prendre la main puis laissa aller le bras qui retomba inerte.

— C'est vrai ! Fit-elle. Eh bien, maintenant suggérez-lui quelque chose !...

elle parut chercher :

— Voyons, il faudrait un acte inaccoutumé, bizarre, qu'il ne pût deviner, qui en rentrât pas dans les habitudes de sa vie.

Elle regarda autour de soi. Sur une table une revue d'hypnotisme était ouverte, un couteau de nacre posé dessus. Elle feuilleta rapidement.

— Tenez, dit-elle tout à coup en mettant le doigt sur un paragraphe, voici une expérience faite, dit-on avec succès à la Salpêtrière. Répétez-là et je serai convaincue.

L'expérience consistait à suggérer au patient à une heure fixe un acte déterminé ; et, là cet acte déterminé était le suicide, tenté avec un objet inoffensif que le sujet devait prendre pour un poignard.

— Volontiers, répondis-je.

Elle me tendit le couteau à papier.

— Il tient beaucoup à ce couteau, ajouta-telle et comme c'est un bijou très fragile si vraiment il le brise sur ses vêtements, il me sera impossible de douter de sa bonne foi.

— Soyez sûre, affirmai-je que le couteau sera brisé.

Je me tournai vers mon ami et plaçant devant ses yeux le bijou de nacre :

— Vous voyez ce poignard ? Dit-je lentement. Je le place ici sur cette table. Demain matin, quand la cloche appellera pour le déjeuner, vous prendrez le poignard et vous vous tuez.

Je l'éveillai. Il ne se souvenait de rien. Il avait seulement une inquiétude un peu comique. Intrigué de l'acte que je j'avais pu lui suggérer en s'attendant d'un moment à l'autre, à quelque envie irrésistible dont il guettait en lui lui l'éclosion.

La soirée s'acheva fort gaiement.

Le lendemain matin, nous nous promenions tous trois sur la terrasse quand tout à coup, la cloche du déjeuner sonna. Paul leva la tête ; puis brusquement d'une allure rapide, il nous quitta, entra dans le château. A femme était devenue très pâle.

— Venez vite, lui dis-je.

Mais elle resta immobile.

— a quoi bon ? Dit-elle. Je vois bien que la suggestion à raison. Le voilà parti. Il va devenir maintenant tout à fait fou !

Vivement je me dirigeai vers le salon pour retrouver mon ami. Mais à la porte, je poussai un grand cri. Paul était étendu à terre, mort, un poignard dans le cœur.

— Un vrai poignard ? Demanda quelqu'un.

— Oui, fit Desnoves, un vrai poignard.

Il ajouta :

— Je regardai sur la table ; le couteau de nacre avait disparu.

Puis, après un silence il laissa tomber :

— La femme de Paul, depuis s'est remariée. Elle a épousé leur voisin de campagne, le jeune qui la veille, dînait avec nous.


LA FEMME IDÉALE EST-ELLE CELLE QUI FAIT

LE MIEUX LA CUISINE ?

Un journal anglais proposait récemment à ses lecteurs un curieux référendum ainsi conçu :

« Quelle la qualité que vous appréciez le plus chez la femme »

Le journal en question à reçu 17 300 réponses diverses. Certains lecteurs appréciaient chez une femme la beauté ; d'autre la discrétion ; d'autre encore le silence. Mais il faut croire que là n'est pas encore l'idéal masculin puisque sur les 17 300 réponses, plus de seize s'accordaient à reconnaître que la plus intéressant qualité que puisse posséder une femme est la science de la cuisine. Décidément les maris anglais pourraient dire eux aussi :

Je vis de bonne soupe et non de bon langage

 

revue nos loisirs du 13 septembre 1908

 

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