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MOINEAUX SANS NID N° 258

6 Mai 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

CHAPIRTRE-258--.jpegTrois bons quarts d’heure après avoir quitté la maison d’Anna Carrel, Pierrot rejoignait celle de madame Colette, où Mireille, ne parvenant pas à s’endormir, l’attendait impatiemment.

Il lui remit les petits fours qu’elle accueillit avec une exclamation joyeuse, lui demandant où il les avait achetés.

— tu peux en manger quelques-uns avant de t’endormir et demain je te raconterai des tas de choses. Il est trop tard à présent pour bavarder, ajouta le garçon avec autorité.

Ce ne fut, en effet, que le lendemain matin qu’il mit la fillette au courant de sa rencontre avec Anna Carrel et maria de Saint-Lazaire.

Tout d’abord, Mireille refusa énergiquement de se séparer de lui, mais Pierrot, après une longue discussion, réussit à la convaincre, en lui faisant remarquer que chez Anna, elle serait à l’abri des recherches de « l’Araigne » qui ne se hasardait jamais dans les quartiers bourgeois.

— Tu y seras tellement bien ! tu ne peux t’imaginer comme elle est bonne et gentille ! Insista Pierrot.

— C’est possible, mais tu ne seras pas avec moi ! Réfuta Mireille d’une voix tremblante.

Pierrot le gronda :

— Ne ais pas la sotte, tu sais bien que je viendrai te voir tous les jours.

La petite fille répondit en éclatant en sanglots.

— Si tu continues à pleurer comme ça, déclara sévèrement Pierrot, bien que lui aussi eut une grosse envie de verser des larmes à l’idée de se séparer de Mireille, je m’en vais tout de suite !

— Non ! Non ! Je t’en supplie ! S’écria Mireille. Je pars immédiatement avec toi chez Anna Carrel. Mais tu me jures que tu viendras me voir tous les jours ?

— Puisque je te l’ai promis !

Lorsque madame Colette apprit cette décision, elle ne put cacher sa contrariété.

— Ce n’est pas gentil de me quitter ainsi après toute bien que j’ai fait ! Grogna-t-elle.

Pierrot intervint.

— Là-bas, Mireille sera très bien et beaucoup plus en sûreté qu’ici.

— Elle est donc si mal que ça chez moi ? Répliqua madame Colette très froissée ...

— Oh ! Madame Colette ! Je n’ai jamais voulu dire une chose pareille ! Protesta vivement le garçon, mais chez vous elle risque à chaque instant, de tomber sur madame Picquet qui vient souvent dans ce quartier voir des amis.

— Décidément, cette femme vous fait peur ! Remarqua la brave femme. Si jamais elle me tombe entre les mains, je te jure que je lui ferai goûter à l’eau de la Seine !

Pierrot éclata de rire à cette réponse. Puis, reprenant son sérieux, il ajouta :

— Mireille sera très heureuse chez madame Anna Carrel qui est très riche et qui adore ma petite sœur.

— Un jour, elle te réclamera toi aussi ! Murmura tristement madame Colette.

— Elle a déjà essayé de me garder, précisa Pierrot, mais j’ai refusé et refuserai toujours.

— Tiens ! Pourquoi ?

— Parce que je suis un homme et n’ai besoin de personne pour me débrouiller dans la vie ! Affirma-t-il avec assurance.

Madame Colette le fixa tendrement, sourit et ajouta l’air satisfait :

— Très bien mon petit gars. Je constate que tu préfères rester ici.

— Oui, Madame, répondit aimablement le garçon.

— Ca me fait un grand plaisir mon enfant ! S’écria la sympathique blanchisseuse en lui appliquant un baiser retentissant sur la joue.

Au début de l’après-midi, la fillette alla dans la belle maison d’Anna Carrel.

— Ici jamais « l’Araigne » ne viendra te chercher, affirma Pierrot pour réconforter Mireille qui était très peinée à l’idée qu’il allait repartir seul.

— Si jamais « l’Araigne » arrive à te découvrir, expliqua à Mireille Anna Carrel, nous te cacherons à Bonnières, chez le cousin de Maria.

— Mais Pierrot ne pourra pas se déplacer facilement pour venir me voir si loin ! Protesta la fillette, effrayée par une telle perspective.

— Si ! Tu le verrais souvent, car nous viendrions tous les deux en voiture, affirma Anna, pour la rassurer.

— Mais je ne veux pas quitter paris ! Déclara vivement Mireille.

— J’espère que ça ne sera pas nécessaire, conclut Anna en lui souriant avec tendresse, ce ne sont que des suppositions, ma chérie.

— Alors, reprit Pierrot, satisfait de constater que sa petite camarade semblait un peu calmée, je vais partir, car il est l’heure d’aller vendre mes journaux.

— Tu reviendras sans faute demain, n’est-ce pas ? S’enquit-elle en attachant sur lui ses beaux yeux suppliants.

— Je serai ici à deux heures de l’après-midi, affirma le garçon.

Et après qu’il eut embrassé tendrement Mireille sur les deux joues et salué Anna et la veuve du comte de Saint-Lazaire, Pierrot se précipita aux bureaux de vente du grand quotidien du soir.

Le bulletin du front, hélas ! Donnait de sombres nouvelles, révélant les grosses attaques de l’armée allemande ; aussi Pierrot vendit en un clin d’œil son gros paquet de journaux.

Le soir, très tard, il prit le chemin de son logement et sentit d’impérieux tiraillements d’estomac lui rappeler qu’il n’avait mangé depuis le matin qu’un morceau de pain tartiné de beurre.

« Je me demande où entrer acheter un sandwich, tout est fermé par ici à une heure pareille, et je ne peux réveiller madame Colette ! » se dit-il, ennuyé à la perspective de se coucher le vendre vide.

Mais il se résigna à subir son sort et continua à marcher. Soudain, il poussa un cri de joie. Il venait d’apercevoir les fenêtres encore éclairées d’un petit restaurant où il était entré quelquefois. Il s’y dirigea sans hésiter.

— Pouvez-vous me servir quelque chose à manger ? Demanda-t-il au patron, après avoir poussé le battant vitré du très modeste établissement.

L’homme un véritable athlète, le dévisagea avec méfiance, puis reconnaissant le petit vendeur de journaux qu’il avait vu à plusieurs reprise, il lui sourit et répondit :

— Il ne me reste qu’un bout de morue à la tomate, mais si ça peut te convenir !...

— Très bien, j’adore la morue, s’exclama Pierrot en s’installant vivement à une table.

Quelques minutes après, il attaquait avec appétit le plat largement servi.

Il venait à peine d’avaler trois ou quatre bouchées que la porte s’ouvrit et que trois hommes pénétrèrent dans le restaurant.

« Tiens des Gitans ! » Observa Pierrot, connaissant bien leurs visages particuliers, leurs cheveux noirs et luisants et leurs accoutrements bizarres.

Soudain, il sursauta sur son siège et faillit s’étrangler, car il venait de reconnaître José, le mari de Trinidad, qui l’avait si cruellement maltraité dans le bois situé aux environs d’Evreux.

L’enfant pâlit et se hâta de changer de chaise, de façon à lui tourner le dos.

— Patron, servez-nous une bouteille de vin ! Cria José.

L’homme s’empressa de poser au milieu de la table la bouteille demandée ainsi que des verres, puis s’éloigna vers son comptoir.

Les gitans bavardaient tout en buvant leurs voix s’élevant au fur et à mesure que le vin les échauffait.

— Je te dis, Pedro, déclara José, à l’un des hommes que Macras est un traître !

— Ne l’écoute pas, intervint un autre Gitan.

— Je te jure sur la tombe de mon père que je dis la vérité ! Affirma José, et qu’il me payera très cher le vilain tour dont j’ai été victime.

— Prends garde ! Macras est un garçon dangereux.

— Il ne me fait pas peur ! Je me suis mesuré à plus fort que lui !

— Je te répète qu’il vaut mieux l’éviter ! Insista l’autre.

— On voit bien que tu ne sais pas ce qu’il m’a fait ! Poursuivit José.

— Si ! On me l’a raconté.

— Je suis certain que tu ne connais pas l’exacte vérité ! Reprit avec entêtement José.

Il but une large rasade de vin et expliqua après s’est essuyé les lèvres du revers de sa manche :

— Ecoute-moi bien, Pedro, tu jugeras ensuite ; jeudi dernier, comme d’habitude, je me trouvais au marché, essayant de vendre des pommes du Canada que j’avais dérobées avec beaucoup de mal sur un camion. Je bavardais avec un ami, lorsqu’une femme s’approcha de moi et me demande le prix de mes fruits.

— Ah ! Dit Pedro, peu intéressé.

— Il s’agissait d’une personne paraissant assez aisée, continua José dont le visage s’assombrit brusquement, en songeant à ce qui lui était arrivé ce fameux jour ...

— Et alors, qu’as-tu fait ? Demanda Pedro.

— Je lui ai vanté ma marchandise en lui affirmant qu’elle n’en trouverait pas de pareille dans tout le marché.

— La femme me demanda ce que j’en voulais et comme je lui répondis que je lui faisais un prix pour elle, elle répliqua que mes sentiments l’indifféraient, que c’était ce qu’elle avait à payer qui l’intéressait.

— Vexé, je criai je ne sais quoi, et comme elle s’effrayé, je lui souris pour la rassurer, en lui affirmant que je lui faisait presque un cadeau en lui cédant mes pommes pour trois cent francs.

— Et alors ? Questionna Pedro, maintenant très amusé par ce récit.

— Alors ! S’exclama José, en plissant les yeux haineusement ... oui alors que ma cliente ouvrait son sac pour payer mes fruits, ce maudit Macras s’approcha d’elle en lui disant qu’il la livrerait à domicile le même cageot pour deux cent francs

— Diable !

— Naturellement, la femme lui remit immédiatement les deux cent francs, en ajoutant cinq francs pour le livreur.

— Je reconnais qu’il a très mal agi !

— Tu veux dire que c’est une trahison ! Une lâcheté ! Hurla José, blanc de rage.

Il vida son verre d’un trait, puis se tourna vers le restaurateur en lui demandant :

— Macras n’est pas venu, aujourd’hui ?

— Non ! Répondit l’autre évasivement.

— Pourtant il m’a fait dire qu’il m’attendrait chez toi pour régler avec moi cette affaire, car on lui a répété que je lui briserai les os !

— Vous auriez pu choisir un autre endroit pour vos explications ! Répliqua le patron du restaurant.

A cet instant, la porte s’ouvrit et une très belle bohémienne entra dans la salle ; c’était Trinidad, l’ancien modèle de Robert Montpellier.

— Ah ! Enfin ! Soupira José en l’apercevant. Veux-tu boire quelque chose ?

— Je veux bien un verre de vin, je meurs de soif fit aimablement la jeune femme.

— Tu es bien gracieuse ce soir ! Plaisanta son mari.

— Et toi, tu as l’air de fort méchante humeur ! Remarqua-t-elle ironiquement.

— N’y fais pas attention, grogna-t-il l’air sombre.

— Bon ! Parlons plutôt de choses sérieuses ; reprit Trinidad.

— De choses sérieuse ? Que veux-tu dire ? Questionna José, légèrement inquiet.

— Voici, expliqua avec calme la jolie Tziganene, ce matin une dame est passée me voir.

— Ah ?

— Elle s’appelle madame Picquet et m’a demandé comment il se faisait que l’on ne lui ait pas livré le cageot de pommes qu’elle avait acheté au marché.

— Tiens ! Tiens ! S’exclama José en éclatant de rire.

— qu’est-ce qui te prend tout à coup ? Dit la bohémienne vexée.

— Tu vois, Pedro, poursuivit José, mes malédictions atteignent inévitablement leur but, et Macras regretteras amèrement sa conduite à mon égard !

— Ne dis pas de sottises ! Répliqua l’autre.

— Des sottises ? Répéta José furieux.

Il se leva en haussant les épaules et se dirigea vers le comptoir pour régler les consommations. En revenant vers sa table, il aperçut Pierrot, qui essayait de se faire le plus petit possible, et le reconnut tout de suite.

— Mais ... mais ! S’exclama-t-il en fronçant les sourcils, je connais ce gamin !

Il bondit vers l’enfant qu’il saisit par le bras en l’arrachant brutalement de son siège.

— Maudit gosse ! Hurla-t-il c’est toi qui m’a éborgné autrefois !

Il leva la main pour frapper Pierrot, mais Trinidad s’interposa.

Ne touche pas à cet enfant ! S’écria-t-elle.

— Cet enfant ! Il est plus dangereux qu’un serpent ! Hurla le bohémien, hors de lui.

Comme Trinidad l’avait forcé à lâcher Pierrot, ce dernier n’attendit pas son reste, et bondit hors du restaurant, tel un éclair.

— Que le diable l’emporte ! S’écria José, tremblant littéralement de rage.

— Tais-toi idiot ! Et cesse de t’en prendre à un pauvre orphelin. Tu es réellement indigne d’être un Gitan ! Déclara durement la jeune femme.

— Toi, fiche-moi la paix ! Marmonna-t-il en regagnant la table d’où Pedro et ses compagnons avaient assisté à cette scène prodigieusement amusés.

José se laissa lourdement tomber sur une chaise, puis demanda à ses compagnons :

— Qu’est-ce que vous avez tous à me fixer comme un oiseau are ?

— Mais ... rien ... rien ... Répondit Pedro, tu es réellement impossible José, et ta femme à raison ; c’est indigne d’un homme de s’en prendre comme tu l’as fait, à un gamin !

— C’est un peu fort ! Hurla l’autre, car ce gamin comme vous dites m’a bel et bien éborgné !

— tu l’avais mérité ? Répliqua froidement Trinidad en s’installant à son tour auprès des Tziganes. Cet enfant avait cherché à me protéger ne pouvant supporter de me voir brutalisée par toi !

— Bon ... Bon ... n’en parlons plus ! Bougonna José mais si je te retrouve un jour ...alors tant pis pour toi ! (Puis il se tourna brusquement vers le comptoir et cria au patron) : Eh ! L’ami, porte-nous une autre bouteille, afin que l’on y noie nos soucis !

Quelques secondes après, les hommes recommençaient à boire, tandis que Trinidad semblait perdue dans ses pensées.

De son cô0té, notre jeune ami Pierrot courait à perdre haleine s’éloignait rapidement de ce maudit restaurant, il ne s’arrêta pour reprendre haline, que lorsqu’il s’estima hors d’atteinte et après s’est assuré que personne ne lui suivrant.

« Je l’ai échappé belle ! Se dit-il en poussant un immense soupir de soulagement Désormais, il me faudra redoubler d’attention ! Maintenant, allons dormir ! »

Quelques instant après, Pierrot entrait chez madame Collet.

 

( A SUIVRE LE 9 MAI )

 

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