VOTRE OPINION ET LA NOTRE
VOTRE OPINION ET LA NOTRE
De l'utilité des mauvais caractères
Peut-être n'aimez-vous pas la contradiction ? Comme vous avez tord ! Il y a rien de plus profitable.
Si Madame votre épouse — ou Monsieur votre mari — se trouve en fréquent désaccord avec vos jugements, avec vos désirs, offrez-vous la satisfaction de dire in petto : « Quel mauvais caractère ! » Mais voyez que ce mauvais caractère a de bons côtés. Si votre camarade ordinaire avait porté à la raillerie, à la critique, à la « rosserie » tenez-lui tête énergiquement ; mais félicitez-vous a y fond de n'être pas tombé sur un plat dangereux approbateur.
Sans contradiction la vie serai fastidieuse. Sans contradiction, nul progrès ne se réaliserait jamais. Sans contradiction il serait impossible de découvrir la vérité quand on patauge dans l'erreur, impossible de vérifier la vérité quand on y est déjà parvenu.
Chaque amélioration de la vie privée ou de la vie sociale a pour origine l'impatience d'un « mauvais caractère » ou d'une faction de « mauvais caractère », qu'on dit un jour : « En voilà assez ! Ça ne peut pas durer comme ça » Ils ont amené l'opinion contre une habitude, une institution, une loi dont tout le monde souffrait sans se plaindre ; et ils en ont obtenu la réforme.
Tout le monde se sent mieux. Et tout le monde dit des réformateurs « quels grincheux ! » alors qu'on devrait leur tresser des couronnes.
Dans l'intérieur de votre maison, au sein de votre famille, si chacun s'incline avec admiration devant votre avis, comment vous apercevez-vous de vos « gaffes » ? Il est indispensable qu'une contradiction vous oblige à discuter, à contrôler, à vous assurer que vous êtes dans le vrai.
Continuez d'avoir une préférence de cœur pour les parents, les amis, les camarades qui vous approuvent aveuglément ; cela est naturel, cela est humain ; mais ne vous séparez pas de ceux qui soutiennent toujours l'opinion contraire à la vôtre ; ils vous rendent — sans le savoir — de réels services.
Pour la beauté du village * Pour l'ornement du foyer
Quand on écrit ou qu'on prononce les mots « Un cercle, un club de femmes » on éveille dans l'esprit du public français l'idée d'une réunion des bas-bleus ou de tricoteuses, c'est-à-dire de femmes pédantes ou de mégères, de vieilles demoiselles réunies pour médire des hommes qui ne les ont point épousées ou de propagandistes révolutionnaires prêtes à pétroler la tour Eiffel.
Les femmes cependant, pourraient et devraient se concerter en commun pour des œuvres qui appartiennent proprement à leur sexe. Au village, on les entend assez bavarder autour du lavoir ; ce n'est pas autre chose qu'un club ! A la ville elles échangent assez de propos dans le square, pendant le concert militaire ou chez le pâtissier ; c'est encore une espèce de cercle ! il y manque seulement une organisation, une méthode, une direction.
Si vous demandez de quoi s'occupaient, sur quoi délibéreraient les femmes de la petite ville ou même du village, on vous répondra par exemple de quelques autres pays ; elles feraient d'excellente besogne, quand elles s'entendraient simplement sur les moyens de rendre l'aspect et le séjour de la localité plus agréables, tant aux étrangers de passage qu'aux indigènes.
Lors de la fête patronale on institue les concours les plus extravagants, quelquefois les plus sots, entre telles ou elles catégories de compétiteurs. Ne serait-il pas plus intelligent de mettre au concours, par exemple, la meilleure décoration d'une habitation rustique, la meilleure tenue d'un ménage, le plus joli jardin ? La commune offrirait des prix. L'arrondissement ou le département, à son tour établirait un concours entre les communes pour l'aspect le plus élégant, le plus pittoresque, le plus engageant des rues et des places, des maisons et des monuments. C'est aussi intéressant que les concours de bestiaux.
Certes, il faut encourager les agriculteurs à produire de belles betteraves et a nourrir les belles vaches ; mais il est aussi d'une grande importance sociale que l'existence des êtres humains devienne sans cesse plus confortable. Dans un temps où la terre n'est que trop délaissée où l'émigration vers les grandes villes industrielles, détruit l'équilibre économique, il faudrait attacher à leur foyer les hommes de la campagne et de la petite ville. En tout ça ce qui contribue au bien-être matériel des populations contribue nécessairement à leur progrès moral.
Qui serait plus capable d'étudier ces questions avec compétence et de les résoudre avec ingéniosité, que les femmes elles-mêmes ? Si elles redoutent les quolibets en donnant à leur réunion le nom de club, qu'elles en trouvent un autre, qu'elles n'en trouvent pas du tout, mais qu'elles s'entendent ente elles. Ne croyez-vous pas qu'une modeste suggestion comme celle-ci, recueillie et développée par quelques femmes d'initiative, pourrait avoir de grands effets sur la vie provinciale à la vie rurale dans toute la France ?
« Venez donc dîner sans cérémonie ! »
Un évêque américain, que son ministère obligeait à voyager constamment, sur un immense territoire et qui recevait partout l'hospitalité de ses fidèles, disait au retour : « J'ai l'estomac bien fatigué ; je ne sais comment ces bonnes gens peuvent résister à un pareil régime, à cette cuisine compliquée, à ces plats extraordinaires. Ah ! Quel bonheur de manger enfin une côtelette avec deux pommes de terre ! Quel régal ! »
C'est le langage des hommes politiques après une tournée dans leur domaine électoral.
C'est le langage de vos amis mêmes, quand vous les avez invités à dîner « sans cérémonie à la fortune du pot » et qu'ils ont trouvé votre maison sens dessus dessous, votre cuisinière affolée, votre femme nerveuse, votre table soudain couverte de mets recherchés.
Vos amis venaient vous voir ; et vous leur avez fait voir votre argenterie, votre vaisselle de réserve, votre linge brodé. Vos amis venaient causer avec vous à cœur ouvert, et vous les avez intimidés par le déploiement de votre luxe, de gênés par le regret de vos préparatifs.
Pourquoi ? N'êtes-vous pas simples et naturels dans l'hospitalité ? Soyez avec vos amis et que vous êtes avec vous-mêmes ; ils ne sauraient s'en plaindre ; et réellement « la cordialité sera plus franche » pendant le repas.
LES PENSÉES QUE JE PENSE
On parle beaucoup des criminels dans les journaux on y parle moins souvent des braves gens. C'est que l'énergie même bestiale, nous intéresse toujours. Et nous sommes encore comme les bons sauvages nos ancêtres ; nous ne savons apercevoir la volonté que dans les gestes extérieurs. Le criminel nous indigne ; mais il nous apparaît comme un héros du moins comme un être d'exception. Quand donc apprendrons-nous à connaître la beauté des vies simples et le mérite de nos propres efforts. Il y a là un apprentissage à faire. Mais alors, l'homme qui lutte sans tuer, pour lui et les siens, nous semblera tout aussi intéressant que l'Apache, vedette quotidienne de l'actualité.
On a remarqué que les employés des Postes étaient beaucoup plus aimables avec le public dans les nouveaux bureaux, où ils sont assis simplement derrière une banque au lieu d'être enfermés dans une cage grillagée. Cela s'explique ; en supprimant la cage on oblige deux hommes à entrer en contact et on supprime du même coup les relations de fauve à dompteur.
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A la manière dont fonctionne le téléphone à Paris et dans toute la France, on peut parler à coup sûr qu'il y a, embusqués à l'Administration centrale, quelques crétins de belle envergure. Il se pourrait bien qu'un de ces jours Nos Loisirsse mit en fête de faire connaître ces gros bonnets au public.
REVUE NOS LOISIRS DU 13 SEPTEMBRE 1908