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NE BOUGEONS PLUS

25 Octobre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

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Il a fallu au photographe une inlassable patience pour grouper, pour immobiliser et pour enfin photographier ce groupe charmant de mésanges bleues, disposées comme des danseuses dans un ballet par groupes de deux ou trois.

C'est un art d'une extrême délicatesse et d'une très grande difficulté que de photographier les jeunes oiseaux. Il faut avant de tirer un seul cliché les apprivoiser, les accoutumer, sinon à l'immobilité absolue tout au moins à garder la place qui leur fut assignée. Mais au prix de ces efforts, à la suite d'un dressage véritable, un photographe habile peut fixer, en des images charmantes, ces petits animaux gracieux et craintifs.

 

Il n'est point, pour un photographe, de travail plus attachant, mais aussi plus minutieux et décevant que de fixer sur une plaque les attitudes gracieuses mais combien fugitives des oiseaux.

Outre les obstacles généraux, connus de tous ceux qui ont manié un objectif ; brouillard, vent, pluie, excès de soleil etc, il est des difficultés particulières à ce genre d'opérations, dont on ne soupçonne pas le nombre.

L'opérateur doit en effet compter sans cesse avec l'extrême mobilité des modèles, leur caractère craintif et l'impossibilité presque absolue dans laquelle il se trouve de les approcher sans les faire fuir aussitôt.

L'habilité professionnelle même la plus grande ne suffit donc pas il faut que la patience, la persévérance et la ruse s'y viennent encore ajouter.

 

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Il ne saurait être question, évidemment de photographier des oiseaux adultes. Aussi tout effort de l'opérateur doit-il se concentrer sur la recherche des nids. Lorsqu'il en a trouvé un où les œufs viennent d'éclore, il le surveille attentivement, suit les progrès de la couvée pour être près le jour où les oiselets prendront leur vol, à les photographier.

Car c'est le moment où ils sont les plus intéressants. Couverts de duvet léger, les ailes à demi développées, ils ont encore, malgré déjà un peu de force et de hardiesse une gaucherie tout à fait délicieuse.

Mais lorsque le nid est trouvé il faut le « préparer ». telle branche telle touffe de feuilles ou de fleurs devra être soigneusement émondée.

Encore ne faut-il point en cela agir à la légère ; découvrir ce nid que le vent pourrait jeter en bas et que la pluie gâterait si elle y tombait.

Chaque jour, le photographe vient prendre des nouvelles de ses petits patients. Il les compte, guette avec passion leur progrès ; puis, lorsque enfin il les juge digne de lui fournir un cliché intéressant, il arrive (avec quelle émotion) muni de son appareil.

Mais souvent on ne l'a pas attendu et le nid est vide ; comme le bourgeon auquel une nuit suffit pour devenir fleur, l'oiseau se développe avec une rapidité souvent déconcertante.

 

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Heureusement l'amateur de clichés est parfois favorisé et il trouve comme il l'avait espéré, les petits pépiant sur le bord du nid, prêts à prendre leur essor ; cependant que le père et la mère dans les branches voisines lancent leurs appels.

Alors commence pour lui la partie la plus délicate de la tâche qu'il s'est imposée. Avec d'infinie précautions, il lui faut disposer son appareil à proximité du nid et faire sa mise au point. Puis, il s'écarte et va se dissimuler derrière un buisson. Il tient en mains la poire qui est reliée à son objectif par un long caoutchouc.

Le cœur battant il épie (quelquefois pendant des heures !) le moment où il pourra opérer. Ce nuage qui intercepte les rayons du soleil aurait-il disparu à temps ? Le vent qui courbe cette branche tombera-t-il et ne compromettra-t-il pas le succès de l'entreprise ? Mille angoisses étreignent le cœur du photographe à l'affût qui devra déclarer trop heureux si sur vingt clichés, il en a pris un vraiment satisfaisant.

Il arrive parfois pour certaines espèces ; hirondelles, mésanges, chardonnerets qu'on veuille prendre des clichés plus amusants et plus compliqués, des clichés d'oiseaux extrêmement jeunes disposés harmonieusement « en brochettes » sur une branche ou en groupe sur plusieurs. Alors les difficultés sont plus grandes encore.

Certes la crainte de voir la couvée envolée n'existe point, mais les travaux préparatoires sont multiples et d'une grande délicatesse. Il faut aire subir tout une éducation aux jeunes oiseaux et souvent plusieurs jours d'efforts sont nécessaires.

On choisit le moment où les parents sont éloignés pour chercher la nourriture de leurs petits, puis on prend ceux-ci un à un et on les dispose suivant son goût.

Fort heureusement les oiseaux comme tous les animaux sont susceptibles d'éducation lorsqu'ils sont jeunes. Et lorsqu'ils ont compris qu'on ne leur veut faire aucun mal, lorsque après avoir tenté vingt fois de s'échapper ils ont été ramenés avec douceur mais insistance au point ou il sied qu'ils demeurent, lorsque surtout il ont vu un de leurs frères se prêter à ce qu'on exige de lui, ils se résignent et restent volontiers sages.

 

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Mais l'expérience a montré qu'il ne fallait pas se flatter de pouvoir faire jouer l'objectif immédiatement après avoir disposé de façon harmonieuse et voulue les petits modèles. Ceux-ci sont par nature, d'une extrême mobilité, et au cours de nombreux préparatifs ils s'agitent sans cesse.

Il importe donc de les rende immobiles. On y parvient généralement en recouvrant la tête de chaque oiseau à l'aide d'un petit capuchon qu'on retire au moment convenable.

Si chez certaines espèces il suffit de vaincre la timidité, il faut compter aussi sur les instincts combatifs d'autres familles. C'est ainsi que le rouge-gorge, par exemple, même lorsqu'il n'a encore qu'une plume nouvelle, se débat comme un beau diable si un intrus vient violer son logis. A coups redoublés il frappe furieusement du bec la main qui veut s'emparer de lui. Aussi l'opérateur doit-il s'armer de douceur et de diplomatie s'il veut arriver à ses fins.

Il sied enfin dans toutes les opérations de ce genre de se servir d'objectifs à déclenchements silencieux.

Nous n'avons pas la prétention d'avoir divulgué au cours de ces notes toutes les recettes, tous les trucs usités par les professionnels. Mais peut-être aurons-nous donné à quelques-uns de nos lecteurs le goût d'un des sports les plus attachants et les plus gracieux qui soient.

 

                              REVUE NOS LOISIRS DU 21 JUIN 1908

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