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MOINEAUX SANS NID N° 92

24 Décembre 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

A CEUX QUI LISE MON BLOG JE LEUR SOUHAITE UN TRES

JOYEUX NOEL EN FAMILLE

 

PERE-NOEL-.jpeg

 

92 – DANS LE JARDIN

Anselme fut très frappé de savoir que son frère avait essayé d’aller au jardin.

« Il désirait sûrement s’emparer du testament, pensa-t-il pour tenter quelque chose contre moi. Il est même capable de le divulguer si je ne lui laisse pas Emilie ... Il n’a d’yeux que pour elle ! Heureusement que je l’ai appris à temps ! J’irai déterrer ce papier cette nuit, lorsque toute la maison sera endormie. Je sortirai donc ce soir et je ne rentrerai qu’un peu avant l’aube pour exécuter mon plan. »

Ceci décidé, il sonna le valet de chambre et lui ordonna de lui donner son pardessus.

— Je ne rentrerai pas dîner ce soir, et je ne pense pas non plus coucher à la maison ; donc que personne ne m’attende !

— Très bien, monsieur le marquis.

— Toutefois, donnez-moi la clé du garage, dit-il, faisant mine de se raviser, au cas ou je changerais d’idée.

— Mais je peux attendre monsieur le marquis, offrit le domestique.

— Non, merci beaucoup Grégoire, refusa anselme.

Le domestique n’insista pas, d’autant plus qu’il avait fait cette proposition sans grand enthousiasme.

Lorsque Anselme avant de sortir, se rendit dans la chambre de son frère pour prendre de ses nouvelles, Jacques dormait et Valérie sommeillait ... ou faisant semblant, car elle ouvrit les yeux en entendant le parquet craquer sous les pas du visiteur.

— Comment va-t-il ? S’enquit Anselme.

— Il vient de s’endormir, répondit la jeune femme.

— Vous devriez aller prendre quelques moments de repos, Emilie, conseilla doucement l’aîné des deux frères.

— Je ne puis le quitter, assura-t-elle. Il pourrait recommencer à s’agiter ou avoir besoin de quelque chose.

— Le valet de chambre pourra vous remplacer, proposa le marquis. Vous allez finir par tomber malade, vous aussi.

— Vous avez peut-être raison,reconnut-elle. Je vais aller m’étendre un instant sur le divan du petit salon voisin.

— Je ne sais comment vous remercier de votre dévouement envers mon frère, reprit Anselme avec élan.

— C’est tellement naturel ! Et puis, ceci fait partie de mes attributions chez vous.

— Ne dites pas de pareilles choses, pria Anselme. Je voudrais que cette maison vous appartienne entièrement et ...

— Ne parlez pas ainsi, je vous prie, interrompit-elle sévèrement.

— C’est entendu fait-il en baissant la tête confus. (Puis il ajouta) : Je suis forcé de sortir, Emilie. S’il arrivait quoi ce soit, faites-moi aussitôt prévenir à mon cercle.

— Vous pouvez compter sur moi, Monsieur le marquis.

— Ne m’appeler plus « Monsieur le marquis » je vous en supplie, Emilie !

— Comment vous nommer ? Ne suis-je pas à votre service ?

— Je ne vous considère pas du tout comme une subalterne, protesta-t-il énergiquement.

— Et pourtant ... Soupira-t-elle. Excusez-moi, Monsieur le marquis, mais il me faut à présent, préparer le médicament de votre frère. C’est l’heure.

Anselme quitta la chambre et Valérie demeura seule au chevet de Jacques qui continuait à reposer. Ne voulant pas le réveiller, elle décida de ne pas lui donner la potion et s’assit dans le fauteuil, tout prés de lui.

« Tout me parait être en bonne voie, se dit-elle ; ce bandit est sorti pour se distraire, malgré l’état de son frère. Tant mieux, ma foi, car ainsi, je ne serai pas dérangée dans mon entreprise de cette nuit. »

Lorsque le dernier domestique fut monté se coucher et que toute la vaste demeure fut plongée dans le plus grand silence, le cœur de la jeune femme se mit à battre à coups précipitée comme celui d’un voleur qui se prépare à commettre son larcin ! Elle réalisa brusquement qu’elle avait peur, car si elle était surprise, les graves soupçons qui pesaient sur elle dans la triste affaire des bijoux se confirmeraient.

Tant pis ! Elle devait à tout prix confondre ces misérables et les forcer à restituer le patrimoine de son cher petit Pierrot. Il lui fallait pour le moment, trouver un ustensile avec lequel elle pourrait creuser la tête.

Elle se rendit à pas de loups à la cuisine et s’empara d’une hachette à viande, ainsi que d’un grand couteau à découper au manche solide. Elle courut ensuite les cacher dans sa chambre et revint s’asseoir au chevet de Jacques, craignant qu’il ne fut encore trop. Précisément, il venait de se réveiller.

— Emilie !... Emilie !... Appela-t-il retrouvant un peu de lucidité.

— Comment vous sentez-vous ? Lui demanda-t-elle avec douceur en se penchant vers lui.

— Très mal !... Je souffre tellement !... Si vous saviez.

— Ne vous tourmentez pas ! C’est la fièvre.

— Peut-être,, mais c’est aussi ...

— Quoi donc ?

— Rien ... rien, murmura-t-il sourdement. (Il avait failli avouer , le remords ...) Je crois que je vais mourir, ajouta-t-il tout bas.

— Mais non, mais non, protesta Valérie, rassurante.

— Connaissez-vous un prêtre ? Reprit-il soudain.

— Vous désirez vous confesser ? S’informa-t-elle étonnée.

— Oui, j’ai grand peur de mourir et je désire avoir la conscience moins lourde, avoua faiblement le malade.

— C’est très bien, demain matin, j’irai chercher un prêtre.

— Non ! Ecrivez-lui plutôt ; ne me quittez pas ! supplia-t-il.

— D’accord. Je lui ferai porter un mot par quelqu’un de la maison.

— Vous voyez à quel point on peut changer lorsqu’on est près de mourir ! Murmura Jacques.

— Cessez de parler de choses aussi tristes, gronda doucement la jeune femme.

— Auriez-vous un peu de peine si je mourais ? Questionna-t-il d’une voix sourde.

— Certainement, affirma Valérie.

En ce moment, elle était torturée par sa conscience, car elle trompait un être qui, peut-être était sur le point de mourir et désirait se confesser pour alléger son âme. Elle faillit presque renoncer à aller au jardin jusqu’à ce qu’il fut hors de danger ou mort ... Pourtant il existait un grand péril ! Anselme lui aussi pouvait s’emparer du document comme le craignait tellement son frère !... Oui, il lui fallait agir rapidement. Plus vite elle ferait et mieux cela voudrait !

Elle administra au patient la potion calmante et il s’assoupit de nouveau sans toutefois casser de se plaindre. Elle eut alors peu de le laisser seul. Mais, en levant les yeux vers la pendule placée sur la cheminée, elle s’aperçut qu’elle marquait deux heures du matin.

« Déjà ! Pensa-t-elle. Impossible d’attendre davantage ! Anselme ne tardera pas à rentrer et il me faudra encore renvoyer à plus tard cette opération. » Pour le moment, Jacques semblait assez tranquille. Alors, elle se leva, alla dans sa chambre chercher la hachette et le couteau qu’elle dissimula dans un manteau posé sur ses épaules, puis, avançant sur la pointe des pieds, elle atteignit la galerie vitrée donnant sur le jardin.

Dehors les rayons de lune éclairaient les arbres complètement dépouillés de leur feuillage et qui paraissaient frissonner sous le bise glacée de cette nuit hivernale, faisait ça et là de grandes taches d’argent
dans les allées et sur la pelouse.

Le jet d’eau de la vasque ruisselait avec un bruit léger et continue, retombant en une courbe gracieuse qui brillait sous la lumière nocturne ...

Valérie descendit les quelques marches du perron, et le souffle froid du vent la saisit. Elle dut s’arrêter brusquement, tant l’émotion lui coupait les jambes, car elle voyait d’où elle était, le grand orne tout au bout du jardin, près du mur de clôture.

Elle s’y dirigea vivement, ayant soin de rester dans l’ombre, s’immobilisent à chaque pas pour prêter une oreille attentive au moindre bruit, répugnant au geste qu’elle allait accomplir.

Enfin, elle atteignit l’arbre et commença à chercher du regard un indice qui pourrait l’aider à déceler l’endroit exact où avait été enfoui le fameux testament. Son attention fut vite attirée par trois cailloux formant un petit triangle sur la terre.

« C’est certainement ici ! » Se dit-elle en frémissant. Et prenant le couteau elle l’enfouit jusqu’au manche dans le sol.

Il lui sembla que la pointe de la lame heurtait un corps solide. Elle se disposait à creuser, lorsqu’elle crut entendre un léger bruit provenant de la galerie. Elle leva les yeux et le clair de lune lui permit de distinguer une ombre qui se déplaçait derrière la verrière ...

Tout de suite, elle reconnut le marquis qui se dirigeait vers la porte donnant sur le jardin.

Valérie sursaute et son cœur battit à coups précipités.

« Je suis perdue ! pensa-t-elle, Anselme vient ici pour faire ce que je me disposais à faire moi même. Mon Dieu ! Tout aura donc été inutile ! Il va s’en emparer, le brûler ... ou le cacher ailleurs ! »

Déjà elle entendait ses pas crisser sur le gravier de l’allée ; et elle courut vivement se blottir derrière un buisson, se baissant pour ne pas être vue.

Au lieu de venir directement à l’arbre, Anselme se dirigea vers une petite resserre où l’on rangeait les ustensiles de jardinage. Il prit une pelle et gagna alors le pied de l’orne, s’arrêtant juste à l’endroit om se trouvait Valérie quelques secondes plus tôt.

Tout d’abord le marquis regarda autour de lui puis, certain de n’être vu de personne, il commença à creuser un trou dont il retira très vite une cassette en fer.

La jeune femme, toujours immobile, derrière son buisson retenait son souffle, de crainte d’être découverte.

< Que va-t-il faire à présent ? se demandait-elle avec angoisse. Va-t-il brûler ce document ? Dois-je sortir d’ici et tenter de le lui arracher ?...>

Mais Anselme n’ouvrit même pas la boite de métal. Il semblait chercher des yeux une autre cachette. Brusquement il se dirigea vers la coin ou se cachait la gouvernante ... Bouleversée, elle cherchait une phrase qui put expliquer sa présence en se lieu et à cette heure, lorsque soudain, il dut changer d’idée, et fit demi tour, tenant toujours la précieuse cassette dans les mains.

Valérie ne le perdait pas une seconde de vue ; elle le vit traversé le jardin, se dirigeant vers un groupe d’arbre situé du côté opposé à celui où elle se trouvait. Il s’arrêta près d’un banc de pierre et là, il creusa vivement un trou dans lequel il enterra de nouveau la boite.

« Dieu merci ! Pensa la jeune femme avec soulagement en le voyant le travail terminé, repartir vers la cabane y déposer la pelle puis disparaître enfin à l’intérieur de la maison. Maintenant, je n’ai plus une minute à perdre, car s’il s’aperçoit que je ne suis pas au chevet de son frère, il ne tardera pas à me chercher partout dans la maison ... »

Se servant du couteau et de la hachette, elle creusa sans peine la terre fraîchement remuée et s’empara de la cassette.

— Pierrot !... Mon Pierrot, murmura-t-elle, tremblante d’émotion, tu es riche désormais ! Ton avenir est assuré et il sera merveilleux !

Elle dissimula avec soin la boite sous son manteau, non sans avoir rebouché le trou, puis elle rentra vivement dans la maison. Montant avec précaution et sans être vue de personne, jusqu’à sa chambre, elle s’y enferma à double tour.

Se servant du couteau de cuisine qu’elle avait gardé Valérie fit sauter le couvercle de la cassette et ne puit retenir une exclamation de joie en le soulevant ; le testament de Julien Delorme, le père de Pierrot y reposait ! Elle en pris vivement connaissance, Delorme laissait toute sa fortune à l’enfant naturel qu’il avait eu avec Flora, sous réserve de quelques legs à ses neveux ainsi qu’a Robert Montpellier, son meilleur ami.

Le testament spécifiait également que si, après deux ans, à dater de la mort du testa taire, l’enfant n’avait pas été retrouvé, ses dispositions seraient annulées. Pourtant Delorme priait ses neveux de prendre soin de son fils et d’assurer son venir au cas où ils le découvriraient plus tard.

— Les bandits ! S’écria Valérie, ils sont encore plus odieux que cette canaille de Jean Marigny !... Mais l’heure du châtiment approche, et je vais quitter tout de suite cette maison !

Elle commença sur le champ à préparer sa valise, mais elle se hâta de la glisser sous son lit en entendant des pas précipités qui se rapprochaient de la porte.

— Mademoiselle venez vite ! Cria, du couloir le valet de chambre après avoir frappé à la porte, monsieur Jacques est très mal et ne cesse de vous réclamer.

Oubliant son mépris et sa rancune, Valérie ne pensa qu’a recourir le moribond.

( A SUIVRE LE 27 DECEMBRE )

 

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