MOINEAUX SANS NID N° 68
p { margin-bottom: 0.21cm; }
68 – C A P T I F
Pendant que ce déroulaient ces faits, le pauvre Pierrot, enfermé » dans un cabinet de débarras de l’ancienne maison de Valérie se croyait arrivé à la fin de sa vie.
Pendant longtemps, le courageux gamin avait lutté désespérément pour ouvrir cette porte qui pouvait devenir celle de sa tombe, il lui envoyait de grands coups de pied, criait, tentait d’arracher la serrure avec ses mains et s’y cassait les ongles ... Tout était inutile ! La porte n’était pas si robuste, mais pour les forces d’un gamin de son âge, elle paraissait de fer. Après des efforts aussi inutiles que répétées, le malheureux se laissa tomber sur le sol, essoufflé et épuisé.
Il resta longtemps ainsi immobile, dans le noir, essayant de capter tous les bruits et espérant que son geôlier, pris de remords de l’avoir ainsi enfermé, viendrait le libérer. Mais ce sentiment devait être inconnu de son tortionnaire, car, soudain, Pierrot l’entendit sortir de la maison et s’éloigner.
— Oh ! s’écria l’enfant avec angoisse, il ne reviendra plus ! Et cette canaille est capable de ne dire à personne qu’il m’a enfermé dans ce trou ! Je commence à croire que je ne retournerai pas vendre mes journaux ... Je vais mourir de soif et de faim et, avec l’appétit que j’ai, ce ne sera pas long !
Ce qui l’ennuyait le plus c’était d’être dans une complète obscurité, brusquement il se releva et se déplaçant à tâtons, il entreprit de visiter à fond sa prison.
— Si je trouvais un morceau de ferraille ou quelque chose de dur, j’arriverai bien à ouvrir cette porte !
Mais ses recherches furent vaines. Il se laissa tomber sur le sol, versant les larmes de désespoir.
— Oh ! se gourmanda-t-il, un homme ne pleure pas ! Il faut que je sorte d’ici d’une façon ou d’une autre ! Il faut que je m’échappe !
Mais il avait beau se torturer l’esprit, il ne voyait pas par quel moyen.
Quand le jour se leva, ses yeux habitués à l’obscurité commencèrent à distinguer quelques détails grâce à la maigre clarté qui passait sous la porte et par les fissures des murs, la première chose qu’il aperçut fut une ampoule électrique pendant au plafond.
— Sapristi ! S’ils n’ont pas coupé le courant, je vais enfin y voir clair !
Il bondit sur l’interrupteur, le manoeuvra et la pièce se révéla à ses yeux, sous la pauvre lumière de la petite ampoule. Si faible que fut cet éclairage, il égala pour l’enfant, l’éclat du grand soleil ! Et Pierrot se rendit compte exactement de l’endroit où il était enfermé, aux murs, il y avait des étagères que l’on trouve dans tous les cabinets de débarras, mais elles étaient trop hautes pour qu’il pût les atteindre. On y voyait un panier, une boite de raisins secs, un bidon de pétrole, quelques paquets de bougies et trois bouteilles d’eau minérale, c’était tout. Il n’y avait aucun outil, hélas ! Cependant, un gros clou s’apercevait fixé au mur, presque sous le plafond.
Mais pour le moment Pierrot n’avait d’yeux que pour la boite aux raisins.
— Si je pouvais l’attraper ! Murmura-t-il. Oh ! Pourquoi ont-ils accroché ces étagères si haut !
Il essaya de les atteindre, en sautant, mais il ne réussit qu’à les frôler du bout des doigts.
— Il va donc falloir que je meure de faim ? Encore une fois, il réunit toutes ces forces pour sauter et parvint à agripper le bord de la planche où se trouvaient les raisins et l’eau minérale.
De l’autre main, il jeta sur le sol la boite de raisin, se laissa retomber et, en hâte, l’ouvrit. Elle contenait encore une certaine quantité de raisins dont il mangea une partie. Puis, grimpant sur la boite, il atteignit les bouteilles d’eau.
— Bon ! Je ne mourrai ni de faim ni de soif, pendant deux ou trois jours, peut-être même cinq ou six si je me rationne.
Après s’être restauré, il examina comment il pourrait attraper le clou qu’il avait repéré. A l’aide de cet outil primitif peut-être arriverait-il à faire un trou dans la porte pour y passer le bras et s’emparer de la clé resté dans la serrure à l’intérieur.
Mais comment atteindre ce clou ? Et, s’il y parvenait comment l’arracher du mur ?
Pendant qu’il réfléchissait à ce problème, il finit par s’endormir. En s’éveillant il avait une faim de loup. Il mangea de nouveau des raisins secs. Il avait bien décidé de se rationner, mais il ne parvenait pas à s’arrêter : « Celui-ci est le dernier ! » pensait-il et il en reprenait ... si bien qu’il s’aperçut soudain qu’il avait fait un grand trou dans sa réserve. Dans un sursaut de volonté, il ferma la boite.
Pierrot comme pour se donner courage, dit à haute voix :
— Je n’y toucherai plus jusqu’à demain ! Il faut que cela dure jusqu’à ce qu’il vienne quelqu’un !
Mais le temps passa et personne ne parut, la maison restait toujours aussi silencieuse ...
Un jour s’écoula, plus peut-être, car, l’électricité brûlant sans arrêt, Pierrot n’avait aucun moyen de mesurer le temps. Il n’y eut plus de raisins et il ne resta qu’une demi-bouteille d’eau ... Alors, l’enfant commença à perdre le calme et l’espérance qui l’avaient soutenu jusqu’à ce moment.
Maintenant, il comprenait que personne ne viendrait, que la maison était abandonnée et il allait mourir de faim et de soif, comme un oiseau qu’on oublie dans sa cage !
Il se mit alors à crier de toutes ces forces, tant et tant qu’il devient aphone ! Et le même silence de mort retomba sur lui ...
De temps en temps, il entendait bien le klaxon d’une voiture, mais elles devaient passer très loin ... Plus il eut faim ... la soif le torture, terrible, mille fois pire que la faim !
— Adieu Mireille ! Murmura-t-il. Je ne te reverrai plus. Où es-tu petite sœur ? Tu ne sauras peut-être jamais que je suis mort ici ? Nous nous retrouverons au ciel ; nous avons été si malheureux sur terre, sans l’avoir mérité, que nous irons sûrement au Paradis ?... Est-ce qu’on ne te fait pas souffrir plus que moi encore ? Mon Dieu, toi qui es si bon pour les pauvres, fais-moi sortir d’ici ! Réunis-nous encore une fois, afin que je puisse la défendre. Pense que mademoiselle Valérie est en prison et que Mireille est toute seule et si petite !
— Je ne sais pas prier, parce qu’on ne me l’a jamais appris, mais regarde ; je me mets à genoux et je joins les mains comme font les enfants qui ont une maman au moment d’aller se coucher ... J’ai vu ça sur un livre.
Il s’(était agenouillé en effet, les mains jointes ? Il regardait le plafond et semblait voir le ciel à travers. Mais en même temps, ses yeux s’étaient fixés de nouveau sur le gros clou planté dans le mur. Il décida une ultime tentative d’évasion ...
Montant sur la boite à raisins, il descendit le bidon de pétrole. Il le posa sur l’autre boite et réussi, grimpé sur le tout, à atteindre la première étagère. Debout sur celle-ci, il lui fut facile de grimper sur la seconde ... Mais hélas ! Le clou était encore hors de sa portée !
Alors il redescendit, saisit la boite à raisins et, après plusieurs essais infructueux, arriva à la lancer sur la deuxième planche. S’aidant du bidon de pétrole, il sauta et agrippa la première étagère sur laquelle réunissant toutes ses forces, il réussit à grimper. Puis, de nouveau sur la seconde et, s’aidant de la boite qu’il venait d’y envoyer, il peut enfin saisir le clou ! Il s’y cramponna des deux mains, tirant dessus aussi fort qu’il le pouvait. D’abord il ne réussit pas à l’ébranler mais sa volonté si tendue, qu’après une heure d’efforts exténuants, le clou remua et ce mince résultat lui fit pousser un cri de joie !
Cependant Pierrot était si épuisé qu’il décida de se reposer un peu. Il s’assit alors sur la planche, les jambes pendantes. La tête lui tournait, ses oreilles bourdonnaient et le sang battait violemment à ses tempes. Il respira lentement, régulièrement, emplissant ses poumons à fond, pour les vider ensuite jusqu’au dernier souffle.
Après quelques minutes de cet exercice, il sentait son sang circuler plus facilement, sentant que ses forces revenaient graduellement.
Cependant, il laissa encore passer un moment avant de reprendre sa « bataille » contre le clou. Puis il se remit au travail saisissant le morceau de fer de ses mains endolories et écorchées. Sans se laisser arrêter par la douleur, il fixant avec anxiété le clou et les plâtres qui, petit à petit, se détachaient au mur.
A chaque nouvel effort, le clou cédait un peu plus, pendant qu’une fine poussière blanche glissait le long du mur. Il remuait, ce clou, mais ne voulait rien savoir pour sortir de son trou !
Enfin, Pierrot tendit tous ses muscles et le fer s’arracha du mur ! Mais ce fut si soudain que l’enfant, sans point d’appui, perdit l’équilibre et tomba du haut de l’étagère sur le sol.
Le choc fut très rude et Pierrot se sentit glisser dans un abîme. Tout tournait autour de lui et une nausée lui soulevait l’estomac. Le gamin se rendait compte qu’il allait s’évanouir et il luttait avec désespoir contre la perdre de conscience, car il lui semblait que, s’il ne se laissait aller, il n’en remonterait pas mourrait.
Il tenta de se soulever, s’agita, mais sans résultat. Sa main continuait à étreindre le gros clou qui devait être son sauveur et qui allait peut-être causer sa perte !
Une douleur aiguë lui vrillait la hanche et sa jambe droite était pleine de « fournis » qui lui causaient une sensation très désagréable. Il essaya une fois encore, de se soulever, sans y parvenir.
Alors le désespoir l’envahit ... Il gémit doucement fit quelques mouvements désordonnés, puis resta immobile, étendu sur le sol ...
( A SUIVRE LE 16 OCTOBRE )