CONSEILS PRATIQUES DE MODE
td p { margin-bottom: 0cm; }p { margin-bottom: 0.21cm; }
CONSEILS PRATIQUES DE MODE
Décidément, mes chères lectrices nous avons enfin pris le parti le plus sage ; celui d'aller sans chapeau au théâtre. Les dernières récalcitrantes ont eu, ces temps derniers, de tel avatars avec leur immense coiffure qu'elles ont cédé. Il y a eu vraiment quelques « scènes dans la salle » que les auteurs n'avaient pas prévues. Récemment dans un théâtre très élégant, nous avons pu admirer le calme des acteurs, obligés de s'interrompre pour assister, impuissants à un charivari rien moins qu'agréable pour les deux dames qui le provoquèrent. Moi je pense et je ne me gêne pas pour le dire, que la liberté de chacun est limitée par la liberté des autres. A moins d'être des sauvages c'est un principe qu’il faut cultiver. Donc, j'ai le droit de mettre un grand chapeau, mais je ne dois pas empêcher mes voisins de voir la pièce. Le chapeau en somme est presque indispensable pour la rue ; mais, à l'abri dans un salon, dans une salle de spectacle, il est plutôt gênant. La simple logique exige par conséquent, que je laisse mon Gainsborough au vestiaire, et mon voisin voir la pièce.
Je sais pourtant les objections raisonnables que l'on peut faire à ce sujet. Oui, il est très ennuyeux de se décoiffer au théâtre. Et en matinée, quand vous y allez simplement mise, il est presque impossible de ne pas mettre de chapeau. Je vous conseille donc, chères lectrices, la petite toque plate en fourrure, uniquement garnie d'une plume très retombante. C'est très seyant et personne n'aura le droit de se plaindre. Pour le soir, les coiffures trop volumineuses sont également l'objet de protestations. Je vous engage à vous faire coiffer et à choisir une ornementation modeste. Les rubans, passés ans les cheveux, noués et arrangés selon la physionomie ; voilà le rêve. Et je dois dire que l'ingéniosité des femmes est telle, que ce petit bout de ruban de rien du tout prend, sur beaucoup d'entre nous, un charme imprévu avec rien, nous savons toujours faire de la beauté.
Je crois que malgré quelques prophéties, la robe à paniers n'est pas prête à refaire son entrée sur la scène de notre coquetterie. Du collant, et encore du collant. La double jupe est très à la mode exécutée dans des étoffes flou. Pour la robe de drap, c'est le fourreau que l'on choisit. Notre joli modèle, très récent vous le prouvera.
Il est en drap gris taupe. Le corsage posé à plat, est taillé en biais. Une couture sur le haut de l'épaule continue la manche également plate et taillée aussi en biais ; elle se rattache au corsage par des liens de liberty vert très passé. La pointe de dentelle teinte et une bordure de fourrure taupe se retrouvent au coude, ainsi qu'autour de l'empiècement qui, lui est en dentelle d'Alençon. Une large ceinture liberty drape la taille, se noue de côté pour retomber en deux grands pans formant écharpe et se terminant par un frange. La jupe fourreau, biaisée, s'alourdit dans le bas d'un large ourlet en taupe. Si la fourrure rend la robe trop coûteuse, il est facile de la remplacer par du velours dans le ton, aussi bien au corsage qu'à la jupe. Le chapeau qui accompagne cette simple et élégante robe, est en velours taupe. La passe est légèrement relevée de côté et le profil s'accentue en arrière. Une aigrette vert passé suit ce mouvement. Notre manteau est en satin liberty abricot, doublé de petit gris. Taillé devant en biais avec des coins arrondis, les côtés sont biaisés et le dos également. Une seule couture relie sur le haut de l'épaule, le long de la manche et sur le côté, le devant au dos. La manche se trouve faite dans l'ampleur même du manteau. Une ouverture ronde, bordée de fourrure, est ménagée pour passer le poignet. Col châle également en fourrure.
REVUE NOS LOISIRS DU 26 JANVIER 1908
