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MOINEAUX SANS NID N° 65

4 Octobre 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

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65     A    LA   RUE. . .

 

Sous le porche d’une maison située de l’autre côté » de la rue, en face du sombre bâtiment, Robert Montpellier attendait que la porte de la prison s’ouvrit devant Valérie Labeille. Et, à l’angle de la même maison, un agent en civil attendait également. Il avait pour mission de suivre, sans ne jamais relâcher sa surveillance, la femme qui allait sortir ...

A peine Valérie fait-elle, hésitante, ses premiers pas dans la rue, que le peintre comprit combien la malheureuse jeune femme était accablée de chagrin. Cependant, il la laissa s’éloigner de quelques dizaines de mètres, avant de se mettre en route derrière elle. Il aurait tant voulu la rejoindre ! Mais le souvenir de la maudite lettre l’en empêchait.

Deux sentiments se partageaient son âme ; si le jeune peintre désirait ardemment offrir à Valérie son aide et le réconfort de sa présence, il souhaitait tout autant se convaincre de son innocence. Or, pour obtenir cette preuve, il fallait la laisser aller seule et la suivre discrètement.

« Ce que je fais en ce moment me répugne vivement ! se disait-il en lui-même. Si un jour, elle apprend cela, elle pensera que j’ai douté d’elle ... Et comment ai-je le front de douter ? En elle, tout est bonté, noblesse, grandeur d’âme ... »

« Oui, mais cette lettre ? C’était pourtant bien son écriture ... Il faut que je sache à quoi m’en tenir ! Je dois continuer à la suivre et je verrai bien où elle me mènera. »

Pendant ce temps, plongée dans ses tristes pensées, Valérie poursuivant son chemin, presque machinalement. Sans qu’elle le soupçonne, Robert Montpellier ne la perdait pas de vue.

Elle se rendait à la modeste pension de famille où elle logeait avant son arrestation. Après un moment d’hésitation, elle frappa à la porte du bureau. La patronne vint ouvrir. Mais, à peine eut-elle reconnu Valérie que son visage se durcit.

— Ah ! C’est vous ? S’exclama-t-elle d’un ton quelque peu acerbe.

— Comme vous le voyez ! répondit la malheureuse sans oser la regarder en face.

La femme haussa les épaules.

— Je suis désolée, mais j’ai loué votre chambre.

La fille de Michel Labeille ne peut s’empêcher de tressaillir. Elle dit alors dans un souffle :

— Je comprends ... Vous avez sans doute appris ...

— Que vous étiez en prison ? Oui.

Valérie essaya de réagir et de se justifier.

— C’était une erreur ! La preuve en est si bien faite que me voici en liberté !

Mais l’attitude de l’autre ne changea pas pour autant.

— J’en suis heureuse pour vous, Mademoiselle. Seulement comme je vous l’ai déjà dit, votre chambre a été louée.

La jeune femme leva vers elle un regard désespéré.

— Vous ne voulez plus de moi chez vous ? C’est bien cela, n’est-ce pas ?

— J’en suis désolée, Mademoiselle ... Entrez ! Je vais vous donner vos affaires.

Valérie Labeille ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel et de murmurer :

— Mon Dieu ! Fallait-il encore cela ?

La patronne de la pension la regarda alors avec curiosité et sentit monter en elle quelque compassion pour cette douce femme qui semblait si découragée.

— Il n’y a pas lieu de vous désespérer, Paris ne manque pas de chambre à louer !

Mais Valérie secoua la tête et balbutia :

— Pas pour moi ! Dès que j’aurai dit mon nom, les portes se fermeront.

— Cela peut s’arranger ; présentez-vous sous une autre identité.

— En somme, tout en étant honnête et innocente, il me faut agir comme une criminelle ? Non ! Je m’y refuse ! Je ne veux pas avoir recours à de tels procédés !

— Alors, permettez-moi de vous dire, Mademoiselle, que dans ces conditions, vous trouverez difficilement à vous loger ...

— Mais que vais-je devenir ? Ayez pitié de moi, Madame ! Ne me chassez pas ! Je vous jure que je suis honnête et que je n’ai rien à voir dans ce crime affreux ...

— Je n’ai jamais dit le contraire ... Pourtant, vous devez bien comprendre, que j’aime mieux, dans mon intérêt, que vous ne soyez pas chez moi. Cherchez une autre chambre et quand vous l’aurez trouvée, vous viendrez chercher vos affaires ...

Elle mit un terme à la conversation en concluant brusquement :

— Bonne chance ! Maintenant, il est temps que j’aille préparer le dîner !

Et elle referma la porte du bureau.

Valérie sentit les larmes lui monter aux yeux. Qu’allait-elle faire ? Trouverait-elle une maison où l’on voudrait bien la recevoir ? Tout à coup, une voix se fit entendre derrière elle.

— Que vous arrive-t-il, Mademoiselle ? Vous avez l’air bouleversée ?

Surprise, Valérie se retourna. Elle se trouva alors devant le médecin qu’elle avait eu l’occasion de connaître peu avant son arrestation et qui l’avait hypnotisé. A sa vue, elle éclata en sanglots.

— On ne veut plus de moi ici ...

Le praticien fut soulevé d’indignation.

— Comment ? Que dites-vous là ? Calmez-vous, nous allons arranger cela !

Il sonna impatiemment, la porte s’ouvrit de nouveau. Persuadée que c’était Valérie qui insistait, la patronne de la pension se montra, furieuse.

— Il me semble vous avoir déjà dit que je ne peux plus vous loger !

Quelle ne fut pas sa stupeur quand elle entendit :

— Madame, c’est moi qui aie sonné !

La femme s’excusa :

— Ah !... Entrez donc, Docteur… Quand à vous, Mademoiselle ...

— Mademoiselle va entrer en même temps que moi !

— C’est-à-dire ...

— Je ne veux rien savoir !

— Mais enfin, Docteur ...

— Je vous ai déjà dit que je ne voulais rien savoir. Vous me devez douze mille francs pour les visites que j’ai faites à votre fille ... Eh bien ! Cette somme servira de garantie pour Mademoiselle.

La patronne refusa d’un signe de tête énergique.

— C’est impossible !

— Dans ces conditions, réglez-moi immédiatement ! Ordonna le médecin.

La patronne de la pension réfléchit quelques instants, puis, se tournant vers Valérie, elle dit en grimaçant un sourire :

— Eh bien ! Entrez, Mademoiselle ... Mais, Docteur, vous me laisserez bien un peu de délai pour vous régler vos honoraires ?

Celui-ci eut un sourire ironique en consentant :

— Bien entendu ! Vous voyez comme il est facile de se mettre d’accord ... De plus, je tiens à vous dire que cette personne est innocente et que vous pouvez la loger chez vous sans aucune crainte ... Au contraire sa présence est même un honneur pour vous !

La femme haussa les épaules.

— Ne lui ai-je pas dit d’entrer ! Que faut-il de plus ?

Ce n’est pas sans répugnance que Valérie se décida à franchir le seuil, mais elle n’avait pas le choix.

Accompagnée du médecin, elle entra dans la chambre qui avait été la sienne et qui, apparemment, était libre ! La porte soigneusement refermée, le docteur se tourna vers la jeune femme.

— Asseyez-vous, dit-il. Il m’a suffit de vous regarder pour savoir que vous êtes innocente.

— Ah ! Enfin ! s’écria Valérie en regardant le médecin avec une immense gratitude.

— Mais il faut bien dire que les apparences sont contre vous ! Ajouta l’hypnotiseur. C’est pourquoi je vais vous demander si vous êtes prête à jurer sur la Sainte-Croix que vous ignoriez avoir les bijoux volés dans votre sac.

— Je le jure !

— Ce n’est pas suffisant. Pour que ceci ait une signification, il faut jurer solennellement. Vous allez dire : « Je jure devant Dieu et devant les hommes de dire la vérité, rien que la vérité, que je sois la proie des flammes de l’enfer si je mens ! »

Valérie répéta intégralement la formule indiquée par le médecin.

— Maintenant, pouvez-vous me répéter que vous ne saviez pas avoir les bijoux dans votre sac ?

— Oui, Docteur, je l’ignorais.

— Très bien ! Déclara le médecin, apparemment fort satisfait. Maintenant, je vais pouvoir agir. L’accusation qui pèse sur vos épaules est très grave. Cependant, à mon point de vue, cela passe après le déshonneur dont vous êtes victime.

— C’est vrai ...

— Je vous avais donné une marche à suivre. Avez-vous pu faire quelque chose dans ce sens ? Je suppose que vous n’en avez pas eu le temps ... ne m’interrompez pas, il faut que je vous parle encore ; je vais essayer de découvrir si cet individu à hypnotisé d’autres femmes. Si nous réussissons à le prouver, vous êtes sauvée ! Je me chargerai de votre défense.

Tout en parlant, l’hypnotiseur ne cessait d’arpenter la pièce, sans s’arrêter et sans laisser Valérie place le moindre mot.

Daniel Tiller s’arrêta, puis demanda :

— Connaissez-vous quelqu’un qui soit bien informé sur la vie privée de cette canaille ?

Valérie réfléchit pendant quelques instants et finit par répondre :

— Oui, Docteur. Je connais un de ses amis qui, je ne sais pourquoi, le défend toujours.

Le médecin sembla contrarié.

— Le fait qu’il le défende est bien ennuyeux !

— Malgré cela, je le tiens pour un honnête homme. Quand je fis quelques recherches sur la vie et la conduite de Jean Marigny, ce fut lui qui m’orienta et qui fit tomber le bandeau que j’avais devant les yeux ... Je ne pense pas qu’il l’estime beaucoup mais, entre eux deux, il doit y avoir quelque chose ... quelque chose qui les lie ...

— Il doit s’agir d’un pauvre hypnotisé ... Il faut interroger cet homme et tout de suite ! Il ne s’agit pas de perdre la moindre seconde.

— Vous avez raison, approuva Valérie.

— Habite-t-il loin ?

— Oui, Docteur, en banlieue.

— Eh bien ! Nous prendrons une voiture ... Ou, plus exactement, vous en prendrez une, car, dans une demi-heure, je dois aller rendre visite à un malade gravement atteint ... Je vais vous donner de l’argent ... Vous me le rendrez plus tard, ne vous inquiétez pas. Je me suis mis dans la tête de vous sauver et je n’aurai de repos que le jour où je vous verrai dans les bras de votre père.

Emue, Valérie le regarda, prête à pleurer.

— Merci, Docteur ! Murmura-t-elle. Vous êtes trop bon pour moi ...

— Pas spécialement pour vous, c’est ma nature d’être ainsi ! Prenez ces dix mille francs, je pense que vous aurez assez pour les premiers frais. Ne refusez pas, ce n’est pas un crime d’être pauvre ... Allez, maintenant ! Courez chez cet homme et tâchez de lui arracher la vérité. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, voici ma carte de visite. Ne la perdez pas, surtout !

DANIEL TILLER – DOCTEUR EN MEDECINE 4 rue Montgolfier

Lut Valérie. Mais elle refusa l’argent.

— Je vous remercie, mais je n’en ai pas besoin pour le moment, assura-t-elle.

— Comme vous voudrez ! Demain, je viendrai pour connaître le résultat de votre démarche.

Ils sortirent ensemble et, avant de se séparer, le docteur Tiller fit ses recommandations à Valérie : Fermeté et habilité.

Valérie se dirigea d’un bon pas vers la porte de Pantin suivi à bonne distance par Robert, resté en faction à proximité de la pension. Le cœur du jeune homme battait dans sa poitrine avec une violence inhabituelle. Qui pouvait être cet homme qui était sorti de la maison de Valérie ?

Arrivée à la porte de Pantin, Valérie se dirigea vers un arrêt d’autobus.

— Mon Dieu ! S’écria le peintre, stupéfait. Cet autobus dessert le petit pays dans lequel j’ai rencontré Jean Marigny !... Elle va le rejoindre ! Que maudit soit le jour où je l’ai connue ! Je ne peux plus douter maintenant ! C’est fini !

Il la regarda monter dans l’autobus.

— Ils mériteraient que je les dénonce tous les deux ! Et puis, non, ce serait encore m’occuper d’elle. Elle en m’intéresse plus !

Il s’éloigna de quelques pas puis s’arrêta, tout à coup.

— Et si ce n’était pas là qu’elle se rend ?

Sans plus réfléchir, le jeune homme bondit vers un taxi.

— Suivez cet autobus ! Si vous voyez une jeune femme vêtue de noir en descendre, avertissez-moi !

— Bien, Monsieur ! Je vois de qui vous parlez ! C’est la personne qui vient de monter dans l’autobus, n’est-ce pas ?...

 

                                                                                                                                     ( A SUIVRE LE 7 OCTOBRE )

 

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