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MOINEAUX SANS NID N° 45

5 Août 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

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45 – LA BARRIERE SE SOULEVE...

Robert Montpellier agité, nerveux, allait et venait dans on atelier. Quelle indignation était la sienne ! Les neveux de son défunt ami s’étaient montrés d’authentiques canailles. Il fallait bien qu’il reconnaisse leur force et qu’il s’avoue vaincu.

Si même il retrouvait le fils de Julien Delorme, il ne pourrait le faire entrer en possession de l’héritage. Et, de plus sa plainte avait été rendue publique ... Tout le monde croyait qu’il avait déposé cette plainte pour toucher le million légué par son ami !

« Non, ne serais-ce qu’à cause de cela, je ne peux abandonner la partie, se disait le jeune homme. Je ne peux laisser planer un doute sur mon honnêteté. Il faut que j’arrive à prouver ma bonne foi ! Mais comment cela me sera-t-il possible si ces canailles ont fait disparaître le testament ? Mon pauvre ami m’a mis dans une bien pénible situation ! Dieu me le pardonne mais je crois que j’ai mal agi !

« Avec cela, aucune nouvelle de Valérie ! Il serait sage de l’oublier mais je n’y arrive pas ! Au contraire, il me semble que chaque jour elle m’est plus chère ... Je dois me l’avouer ; je ne peux plus vivre sans elle ! Pourtant, l’homme qui l’a trompée, qui a dominé sa volonté ne disparaîtra jamais de ma mémoire ! Si j’épouse Valérie, ma vie sera un véritable martyre ! D’ailleurs, elle l’a fort bien compris, et c’est la raison pour laquelle elle refuse de devenir ma femme.

« Quelle meilleure preuve d’honnêteté pouvait-elle me donner ? Une autre aurait profité de l’occasion que je lui offrais ; elle, au contraire préfère refuser et continuer sa vie malheureuse ... »

Il était plongé dans ces tristes réflexions quand il entendit résonner la sonnette de la porte d’entrée. Il alla ouvrir, car son domestique n’était pas là. Et il poussa un cri de joie et de stupeur ; devant lui se trouvait la femme de sa vie. Valérie entra sans hésiter.

— Valérie mon amour ! s’écria Robert, ému jusqu’au plus profond de lui-même.

— Robert, je vous prie de considérer ma visite comme une démarche purement amicale ; je viens vous demander un service, lui dit-elle, tandis que son regard paraissait désespéré.

— Vous savez bien, Valérie qu’il m’est impossible de n’avoir pour vous que de l’amitié, puisque je vous aime de toute mon âme ! s’écria-t-il avec passion.

La jeune femme baissa la tête.

— Moi aussi, confessa-t-elle d’une voix tremblante. (Mais se reprenant aussitôt elle releva la tête et dit avec fermeté) : Il faut que nous oublions tous les deux cet amour impossible, Robert !

— Ceci est au-dessus de mes forces ! déclara l’artiste. Mon amour est trop fort, il est entré trop profondément en moi pour que je puisse renoncer, Valérie !

— Robert, si vous continuez à me parler ainsi, je vais être obligée de me retirer sans vous dire l’objet de ma visite, déclara Valérie d’une voix douloureuse.

— Parlez alors, et pardonnez-moi ! En quoi puis-je vous être utile ? Allons, parlez vite, Valérie !

La jeune femme resta quelques instants silencieuse semblant rassembler ses idées. Elle dit enfin :

— Je ne sais que faire ... Mon père est parti sans me dire adieu.

— Quelle folie ! s’écria Robert.

— Dieu lui pardonne ! Enchaîna Valérie. Il a peut-être raison de m’avoir reniée. Je ne mérite pas d’être la fille d’un homme aussi honnête que lui, comme je ne mérite pas d’être l’épouse d’un homme tel que vous !

— Ne dites pas cela, Valérie ! Protesta le jeune homme, profondément affligé. Je vous assure que je suis prêt à oublier à ...

— Non, non ! interrompit-elle. J’ai décidé de renoncer à mon bonheur ... Mais je suis terriblement inquiète ; la petite Mireille à laquelle je porte autant d’affection que si elle était ma fille a disparu.

Le peintre tressaillit.

— Depuis quand ? demanda-t-il vivement intéressé.

La jeune femme secoua la tête douloureusement.

— Je ne sais pas, dit-elle. Je ne l’ai pas revue depuis le jour où on est venu me chasser de ma maison !

— Mon Dieu ! s’écria le jeune homme. Qu’est-ce que cela veut dire ?

— Voulez-vous m’aider à la rechercher, Robert ? demanda Valérie avec anxiété.

— Bien sûr ! S’empressa de répondre le peintre. Vous pouvez compter sur moi. Cette petite me plait beaucoup ; elle est sympathique et affectueuse.

— C’est pourquoi je suis venue à vous. Il a fallu une chose aussi grave pour me faire revenir sur ma décision de ne plus vous revoir ...

Vous êtes cruelle, Valérie !

— Non, je suis raisonnable, sans plus ! C’est parce que je vous aime Robert que je ne veux pas que vous soyez malheureux ... Mais ne parlons plus de tout cela, je vous en supplie !

Pendant quelques instants, ils évitèrent de se regarder et garderont le silence. Puis, Robert déclara avec un faux enjouement :

— C’est la seconde fois que l’on me charge de rechercher un enfant en peu de jours. J’espère cette fois, avoir plus de chance !

— S’agirait-il du fils de monsieur Delorme qui vient de mourir et qui laisse une si grande fortune ? demanda Valérie avec curiosité.

Le peintre la regarda, étonné.

— Comment êtes-vous au courant ? lui demanda-t-il.

— Je l’ai entendu dire. On dit aussi que vous avez déposé une plainte contre les neveux du mort ...

Il fit de la tête, un signe d’assentiment.

— C’est exact.

— Alors, c’est vrai qu’ils ont fait disparaître le dernier testament ?

— Oui.

— Et que comptez-vous faire ?

— Continuez à les accuser ! répondit Robert en soupirant. Je ne peux me faire à l’idée que l’on me prenne pour un imposteur !

Valérie Labeille le regarda, anxieuse.

— Et si vous n’arrivez pas à le prouver ! Insista-t-elle.

L’artiste ne répondit pas à cette question. C’était trop grave pour lui ; peintre encore inconnu en France, il essayait de toutes ses forces de réussir dans son propre pays, comme il y était parvenu en Amérique du Nord. Le discrédit jeté sur sa vie personnelle allait-il nuire à son projet ?

Robert Montpellier se prit la tête entre ses mains, tandis que Valérie le regardait anxieuse.

— Je ne sais pas ! Je ne sais pas ! Murmura-t-il enfin. Il ne m’arrive que des ennuis depuis que je suis rentré en France ! Tout à l’air de se liguer contre moi !... J’aime pour la première fois et je dois renoncer à cet amour. Je veux accomplir les dernières volontés d’un ami, faire une bonne action et je perds ma réputation d’honnête homme !...

— Ne vous découragez pas, mon ami ! Conseilla Valérie d’une voix très douce. Continuez à vous battre jusqu’à ce que vous arriviez à prouver la culpabilité des neveux.

— C’est vrai ! C’est ce que je dois faire ; admit Robert Montpellier. Mais je dois surtout remplir ma mission, c’est-à-dire retrouver l’enfant.

— Et Mireille, rappela Valérie. Ne l’oubliez pas ! Cette petite fille est l’unique consolation de ma vie. Il lui est arrivé la même chose qu’à son ami Pierrot qui a disparu et dont on ne sait rien.

Robert resta un moment pensif et supposa :

— Peut-être se seront-ils rencontrés, et comme vous ne lui avez pas laissé l’adresse de votre nouveau domicile ...

— Peut-être est-ce cela ? Je ne peux arriver à croire que la petite m’ait oubliée ainsi, murmura Valérie tristement.

Emu, le peintre déclara :

— Je vous promets de remuer ciel et terre afin de la retrouver ! Et maintenant dites-moi franchement Valérie ; quelle est votre situation actuelle ?

La jeune fille rougit, évita le regard du jeune homme et répondit :

— Elle est désespérée, Robert, pourquoi vous le cacher ? Il me faut absolument trouver du travail ce qui est beaucoup plus difficile que vous ne pouvez vous l’imaginez.

— Je suis désolé de ne pouvoir vous aider. Je ne connais personne à Paris, fit le peintre après avoir réfléchi quelques instants. Mais en attendant, je vous supplie de me permettre de vous venir en aide.

Valérie eut un énergique geste de refus.

— Merci ! dit-elle sur un ton d’où n’était pas exclus une certaine pointe d’orgueil. Vous avez déjà beaucoup trop fait. Je ne puis accepter, Robert, mais je vous remercie du plus profond de mon âme.

Le visage de l’artiste se rembrunit.

— Qu’allez-vous faire alors ? demanda-t-il.

La jeune femme laissa échapper un long et douloureux soupir. Les yeux au ciel, elle murmura résignée :

— Je ne sais pas, Dieu décidera !

— Non, non, Valérie, protesta énergiquement Robert. Je ne peux pas vous savoir dans la misère ! Acceptez mon offre à titre de prêt, mon amie ! Un jour ou l’autre, vous hériterez de votre père et vous pourrez alors me rembourser.

Mais la visiteuse secoua la tête énergiquement en signe de refus.

— Non, Robert, dit-elle doucement. Vous devez comprendre que je ne puis rien accepter de vous. Ma réputation est faite ; on me prend pour une fille définitivement perdue ... Non, non, il m’est impossible d’accepter votre offre pourtant si généreuse.

Une profonde douleur se peignit sur le visage du peintre.

— Vous allez donc rester sans toit et sans pain pendant que j’aurai tout à profusion ?

— Dieu donne à chacun ce qu’il mérite ! Soupira la malheureuse.

— J’ai besoin que vous me répondiez franchement ; vous considérez-vous coupable ou non ?

Etrangement calme elle plongea ses yeux dans ceux du jeune homme et répondit :

— Non, Robert, vous pouvez me croire ; en toute conscience je ne me considère pas coupable. Mais jamais je ne pourrai convaincre les gens de mon innocence !

— Que vous importe l’opinion d’autrui puisque votre conscience est satisfaite ! Jeta Robert avec violence.

— Elle m’importe plus que vous croyez ! Dans ce bas monde, il est bien difficile de vivre en marge des conventions sociales établies. Sa propre conscience c’est très beau, mais il y a le jugement de la société.

— Vous dites cela pour me convaincre, répliqua Valérie en souriant tristement et je vous en remercie, mais vous vous occupez beaucoup de ce que penseront les gens au sujet de votre plainte ...

— C’est différent, protesta-t-il.

— Vous m’avez demande de vous parler franchement, n’est-ce pas ? Eh bien ! Dites-moi pourquoi vous faites si grand cas de l’opinion que les gens auront de vous !

Robert ne répondit pas.

— C’est même plus grave que cela, reprit Valérie ; vous avez peur qu’on vous soupçonne de mauvaise foi !

Il y eut quelques instants de silence au bout desquels le jeune homme soupira.

— C’est vrai ! Confessa-t-il enfin

— Vous devez donc comprendre ma conduite. Une fois j’ai manqué à mon devoir, mais ce n’est pas une raison pour recommencer et surtout pour laisser supposer que c’est une habitude chez moi.

Une grande douleur put se lire sur le visage de Robert

— Et c’est à cause de cela, Valérie, que vous refusez mon aide ? demanda-t-il encore.

— Je ne veux rien ... si ce n’est retrouver Mireille ! répondit-elle avec simplicité.

— Très bien, soupira-t-il. Où pourrais-je vous revoir ?

— Ici, répondit Valérie. Je passerai prendre des nouvelles.

— Ce qui veut dire que vous ne voulez pas me donner votre adresse ?

— Pourquoi vous la donnerais-je ? Moins nous nous verrons, mieux cela vaudra pour nous deux ! Assura la malheureuse.

— Je ne peux renoncer à vous Valérie ! C’est au-dessus de mes forces !

— Il le faut pourtant Robert. Croyez bien que, de mon côté je fais un effort surhumain pour refuser l’amour que vous m’offrez.

— Pourquoi Valérie ?

— Parce que comme je vous l’ai déjà dit j’ai été à un autre ... parce que votre vie serait auprès de moi un véritable martyre.

— Oublions le passé ! Proposa doucement le peintre.

Mais elle secoua la tête.

— Je ne pourrai jamais, dit-elle et vous non plus ! D’ailleurs ...

Elle s’interrompit car on venait de sonner.

— Qui peut-être l’importun qui vient nous déranger ? fit le peintre de mauvaise humeur.

— Allez ouvrir Robert. Il vaut mieux arrêter là cette pénible conversation, murmura la jeune femme.

Robert alla à la porte ; c’était le détective privé, Eugène Michonneau qui entra vivement.

— Que se passe-t-il ? Lui demanda Robert impatiemment. Du nouveau ?

— Tout va pour le mieux, monsieur Montpellier assura Michonneau d’air air satisfait.

— Vous êtes sur la piste de l’enfant ?

— Oui, j’ai appris qu’une femme appelée Anna est actrice de variétés.

Les yeux du peintre s’éclairèrent.

— Vous pensez que c’est celle que nous cherchons ?

— C’est probable, répondit le détective. Il y a au moins deux coïncidence :le nom et la profession.

— Vous ne l’avez pas encore vue ?

— Non. En ce moment elle est en Angleterre.

— Télégraphiez-lui ! Suggéra l’impulsif Robert.

— Ce serait là une belle imprudence ! Nous ne savons pas encore quelle attitude elle va adopter et nous risquerions de tout perdre ...

Le peintre approuva :

— C’est juste ! Alors que comptez-vous faire ?

— Le mieux, c’est d’attendre son retour. Ensuite, je me présenterai sous un prétexte quelconque et je l’interrogerai, répondit Eugène Michonneau. De plus, je sais qu’elle a un fils.

— Ah ! s’écria Robert, c’est là une nouvelle importante. Il pourrait s’agir du fils de mon ami ... Rien d’autre, monsieur Michonneau.

— Si. Vous vous rappelez sans doute la petite qui était ici l’autre jour ?

— Mireille ? demanda Robert.

— Oui, elle-même !

A cet instant, Valérie qui se tenait un peu à l’écart, s’approcha :

— Vous savez quelque chose ? demanda le peintre.

— Non, et c’est en cela justement que réside la bonne nouvelle, répondit le détective. Vous rappelez-vous que le marquis d’Evreux était là ce jour-là et qu’il est sorti après avoir entendu Mireille parler de son camarade disparu ...

— En effet ... Et vous-même, vous êtes parti derrière lui en courant, il me semble.

— Je voulais le rejoindre. Mais il avait trop d’avance sur moi et cela me fut impossible.

— Alors ? s’écria Robert, bouillant d’impatience.

— Le hasard veut que la petite ait disparu justement depuis ce jour ...

— Qu’en déduisez-vous ?

— Je crois que c’est le marquis qui a enlevé le fils de votre ami.

— Est-ce possible ?

— La femme à qui l’enfant avait été confié sait bien que le père s’appelle Julien Delorme, qu’il habitait Paris et qu’il était immensément riche.

— Comment aurait-elle su cela ?

— On parle beaucoup de cet homme célibataire qui laisse vingt milliards ... En outre, votre déposition a produit une vive impression dans Paris.

— C’est vrai ! La logique veut donc que, si cette femme a encore l’enfant, sachant que le père est Julien Delorme, elle se présente. D’autre part, l’homme qui est capable de voler un testament peut faire beaucoup d’autres mauvaises actions ...

— Pourtant, monsieur Montpellier, ce jour est un grand jour pour moi !

— Je ne dis pas le contraire mais, jusqu’à présent, il n’y a rien de positif.

— Pour votre affaire, non, mais moi, j’ai eu aujourd’hui une de mes plus belles satisfactions professionnelles.

— De quoi s’agit-il ? demanda le peintre, curieux.

— De l’affaire de la rue Lakanal ! Répondit Michonneau en baissant la voix, comme l’exige la révélation d’un grand secret. Je suis à même de prouver que l’auteur du crime n’est autre que Jean Marigny ...

 

(A SUIVRE LE 8 AOUT)

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