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LA NOURRITURE

4 Août 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

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LA NOURRITURE SAINE A BON MARCHE

Le problème de l'alimentation n'est pas moins important que le problème de l'habitation, au contraire. Avant de chercher un logement, il faut manger. On tâche de faire aboutir aujourd'hui les plans d'habitation, à bon marché, propres, commodes, hygiéniques, attendues depuis si longtemps ; on doit s'occuper aussi de procurer aux classes laborieuses une alimentation rationnelle, saine, appropriée aux besoins réels de chacun. Il est surprenant que l'ingéniosité de l'homme s'applique à perfectionner tout ce qui lui procure des jouissances superflues, tout ce qui satisfait à ses besoins artificiels ou secondaires, tandis qu'il reste ignorant et dédaigneux des notions indispensables à sa conservation même.

Rien n'est plus nécessaire que de faire l'éducation du peuple, où plutôt l'éducation de toutes les classes en ce qui concerne l'alimentation. Les agriculteurs qui élèvent du bétail savent parfaitement ce qui convient à chaque espèce d'animaux, et ils se tiennent au courant des meilleures méthodes pour obtenir de beaux produits. Mais le père et la mère de famille ne savent presque rien de ce qu'ils devraient savoir pour se maintenir eux-mêmes en bon état, et pour élever de beaux enfants. Ils joignent péniblement les deux bouts de leur budget, sans se douter qu'ils pourraient vivre mieux en dépensant moins, par une organisation plus intelligente de leur régime.

Les objets nécessaires à la vie subissent un renchérissement énorme. En France, la plupart des denrées coutent 30, 40e 50 pour cent plus cher que dans les pays voisins. Suisse, Belgique, Angleterre. La vie luxueuse est plus coûteuse à Londres qu'à Paris ; mais la vie simple est plus coûteuse à Paris qu'à Londres ; et nous nous croyons tout de même en démocratie ! D'autre art, le renchérissement des subsistances provoque le développement des falsifications qui procurent de plus en plus de bénéfice aux fraudeurs. Plus les prix sont élevés, plus la fraude est rémunératrice, plus nous sommes exposés à l'empoisonnement. c'est pourquoi le consommateur et la bonne ménagère ont besoin d'avis éclairés.

Tout le monde a entendu parler des restaurants à bon marché fondés dans la ville de Lyon par le philanthrope Manzini. Actuellement plus de six mille personnes y prennent leur nourriture. Pour 50 ou 60 centimes le client consomme une tranche de viande, une portion de légumes, un morceau de fromage, un carafon de vin et du pain ; le tout d'excellente qualité non seulement ces restaurants ne reçoivent aucune subvention, mais ils donnent un dividende de 6 et même de 6 ½ % aux actionnaires. Donc le problème de l'alimentation saine à bon marché n'est pas insoluble. Il est résolu de la même manière à Paris, rue Damrémont et dans plusieurs établissements réservés aux femmes, rue Réaumur, rue Richelieu, rue des Grands Augustins, rue du Port royal. Il s'agit de le résoudre de la même manière sur les mêmes données, au foyer familial.

La ménagère des classes pauvres ne sait si bien acheter, ni bien préparer les aliments. Elle achète n'importe quoi, et le prépare n'importe comment. Nous avons souvent souhaité dans Nos Loisirs que la femme reçoit des notions de physiologie, d'hygiène, de cuisine, d'économie domestique indispensable au bien-être de la famille. On ne fera rien de solide, rien de sérieux pour l'amélioration de la vie ouvrière tant qu'au aura pas organisé cet enseignement plus précieux que toute prédication doctrinale.

L’œuvre de l'Union familiale, par exemple publie des menus pour la nourriture d'une famille 3, 4, 5, 6 personnes avec l'analyse de la valeur alimentaire, le prix de chaque denrée, les recettes d'assaisonnement et de cuisson, la durée de la préparation. En Belgique il circule d'excellents petits traités, appropriant le régime d'une famille à ses ressources et à ses nécessités. Mais ce sont là des tentatives isolées. Un tel enseignement doit être donné à tous par les écoles publiques, attendu que la connaissance des moyens de vivre l'emporte sur toutes les autres même sur la connaissance de l'histoire et de la géographie.

Une bonne ménagère doit s'occuper, non seulement d'esquiver les pièges des fraudeurs mais aussi de connaître les valeurs des aliments d'après leur origine ; il y a légumes et légumes, selon la nature du sol et les procédés de culture ; il y a volaille et volaille selon les procédés d'engraissage ; la chair d'un poulet nourrit de grains ne ressemble pas à la chair d'un poulet nourrit de tourteaux, de tes de sardines ou de larves de vers à soie.

La mère de famille doit être avertie qu'il faut adapter le régime à l'âge, au tempérament, à l'état de santé, aux conditions de travail et d'existence du sujet alimenté. Les saisons et les conditions climatiques ont aussi leurs répercussions sur la cuisine. Il ne s'agit pas d'ingurgiter la plus grande quantité possible d'aliments, mais de digérer en quantité suffisante les aliments convenables.

L'ignorance et les préjugés font lus de victimes encore que la misère. On attribue des vertus bienfaisantes à beaucoup d'aliments qui sont plutôt nuisibles. On se gorge de viande, de gibier, d'alcool pour acquérir « de la force », on recherche avec excès les légumes frais, qui coûtent cher et nourrissent peu ; on dédaigne les légumes secs, qui fournissent à bon marché la meilleure alimentation le sucre, les confitures, les biscuits, sont communément regardés comme des superfluités autant d'erreur qu'il faut dissiper. Point d'alcool, point de gibier, très eu de viande, des légumes secs, du riz, de l'avoine, du maïs, des pommes de terre, des œufs, des pâtes de toutes sortes et des pâtisseries, sont la vraie nourriture des gens bien portants. Bien entendu, les tuberculeux, les anémiques, les malades, ont besoin d'une alimentation différentes et souvent d’une suralimentation énergique. C'est un médecin de la prescrire. L'application même de ce régime spécial aux malades prouve qu'il est mauvais pour les autres.

Que les pères de famille et les bonnes ménagères méditent ces conseils, développent ces indications, ils s'apercevront que bien souvent, l'alimentation la plus saine, la plus approprié aux besoins de la famille est en même temps la moins chère.

 

REVUE NOS LOISIRS DU 5 JANVIER 1908

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