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MOINEAUX SANS NID N° 32

27 Juin 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

32 ADJECTE TROMPERIE

 

Lorsque l’enfant avait quitté l’atelier du peintre, elle était rassurée sur le sort de sa protectrice, et toutes ses pensées allaient à son petit compagnon disparu.

« Si j’avais la chance de le rencontrer !... » se répétait-elle en se dirigeant vers le centre de Pantin.

Elle était si mignonne dans ses vêtements neufs que les passants se retournaient sur son passage et son retour parmi les petits vagabonds de la rue de Paris provoqua une véritable sensation.

— Quelle élégance ! fit l’un d’eux en riant.

— Tu as gagné à la loterie ?

— A peine reconnaissable !

— Tu n’es plus chez la mère Picquet ?

— Tu as retrouvé tes parents ?

Tous ses anciens compagnons la regardaient, ébahis, la harcelaient de questions, tâtaient l’étoffe de son manteau, en un mot n’y comprenaient rien ! Mais elle demanda tout de suite :

— Vous avez vu Pierrot ?

— Que t’importe Pierrot, maintenant que tu es si chic ?

— C’est ton fiancé ? demanda un autre en riant.

— Tais-toi ! répondit Mireille, le regardant sévèrement. Vous ne l’avez pas vu ?

— Non. On l’a même assez cherché !

Personne ne savait où était Pierrot, personne ne put lui donner le moindre indice. Cela faisait maintenant plusieurs jours qu’on ne l’avait pas vu, ni à Pantin, ni ailleurs. La petite réfléchit et prit une décision rapide :

— Alors, il faut que j’avertisse la police, murmura-t-elle.

— Ne dis pas de bêtises, Mireille ! Crois-tu qu’on va t’écouter ! fit observer l’un des garçons.

— Pierrot est parti, mais il reviendra, n’aie pas peur !

— Ce qui m’inquiète, c’est qu’on m’a dit qu’un Monsieur l’a fait ans son automobile.

— Il a plus de chance que nous, voilà tout !

Mais la fillette n’était pas convaincue. Elle s’éloigna et, avisant le premier agent venu, elle lui parla de sa voix douce :

— Ecoutez, Monsieur l’agent ; Pierrot a disparu.

— Pierrot ? demanda l’agent. Et qui est ce Pierrot ?

— Un petit garçon qui vend des journaux dans la rue.

— C’est ton frère ?

— Non, Monsieur l’agent, mais c’est tout comme !

— Mais s’il a disparu, c’est à ses parents de signaler la disparition au commissaire, fit l’agent, amusé et indulgent.

— C’est qu’il n’a pas de parents ! révéla Mireille.

— Comment sais-tu qu’il a disparu ?

— Parce que je ne le trouve nulle part, répondit la petite fille ingénument.

L’agent sourit.

— Alors, cherche mieux et tu verras qu’il réapparaîtra. Il lui caressa la joue et s’éloigna, songeur.

< S’il fallait s’occuper de tous ces gamins… ces moineaux sans nid ! pensait-il. Et puis, ce n’est guère facile de trouver un petit orphelin dans Paris ! >

Se rendant compte de l’inutilité de ses efforts, Mireille se mit à pleurer.

— Je vais raconter tout ça à mademoiselle Valérie, murmura-t-elle. Elle pourra peut-être faire quelque chose, elle…

A cet instant, Anselme qui lavait suivie, s’approcha.

— Pourquoi pleures-tu Mireille ? demanda-t-il gentiment.

La petite reconnut aussitôt le Monsieur qu’elle avait vu chez son grand ami Robert Montpellier.

— Parce que personne ne veut croire que Pierrot à disparu !

— Les méchants ! Ils ne veulent pas chercher Pierrot ! s’écria-t-il, jouant parfaitement la comédie.

— Un Monsieur en automobile l’a emmené, c’est tout ce que je sais !

— Tu l’as déjà dit dans l’atelier du peintre. Mais ne t’inquiète pas ; il ne lui arrivera rien de mal.

La fillette le regarda avec surprise.

— Je ne dis cela parce que je connais la personne qui l’a emmené ; c’est quelqu’un de très bon et de très charitable.

La petite le regarda, vivement intéressée.

— Mais pourquoi ce Monsieur l’a-t-il pris avec lui ?

— Pour le protéger, pour lui faire donner une bonne éducation et l’empêcher de vendre des journaux dans la rue.

— Et vous savez où il est ?

— Bien sûr. Il est dans un bon collège où on lui enseigne tout ce qu’il faut savoir. Tu veux le voir ?

Les yeux de la petite s’éclairèrent.

— Oh ! Oui ! cria-t-elle joyeusement. Dites-moi où je dois aller.

— Viens avec moi. Je vais te conduire.

Un doute traversa l’esprit de Mireille qui s’informa :

— Et on me laissera entrer, à ce collège ?

— Toute seule, non, mais avec moi, tu seras reçue sans difficulté.

— Alors, allons-y Monsieur ! Si vous saviez comme j’ai envie de le revoir !

Quelques minutes plus tard, la voiture s’arrêtait devant un édifice plutôt ancien, s’élevant au milieu d’un jardin dont les arbres ne montraient que des branches dépouillées en cette saison. La porte principale était fermée ; aussi, Anselme en ouvrit-il une autre beaucoup plus petite sur le côté.

L’entrée avait l’aspect de celle d’un couvent. Au fond, on voyait un escalier à la balustrade de pierre, avec une rampe de bois. En haut de cet escalier, se trouvait une porte peinte en vert, sur laquelle était accroché un tableau ancien, représentant le Christ en croix. Cette porte franchie, ils pénétrèrent dans une vaste galerie voûtée qui donnait sur le jardin. Celui-ci encore couvert de neige, paraissait triste comme un cimetière.

Le marquis fit entrer Mireille dans un luxueux salon dont l’aspect moderne faisait contraste avec l’extérieur de la maison.

— Attends moi ici ; et ne t’impatiente pas si je tarde un peu lui dit Anselme.

La petite resta, comme en extase, à contempler le joli mobilier de la pièce. En entière confiance avec cet homme qui était un ami de Robert Montpellier, elle attendait, impatience de retrouver son grand frère Pierrot. Que de choses elle allait avoir à lui raconter !

Après avoir traversé plusieurs salles richement décorées, Anselme entra dans une pièce coquette et gaie. Alice s’y trouvait, étendue sur un divan, un livre à la main. En voyant apparaître son frère, elle se releva vivement et, sans lui laisser le temps d’ouvrir la bouche, demanda :

— Tu l’as rattrapée ?

— Oui ! Elle est ici, répondit l’autre tranquillement.

Une stupeur incrédule apparut sur le visage de la jeune fille.

— Comment ? … Elle est ici ? s’exclama-t-elle.

— Mais oui, assura-t-il avec un sourire. Que voulais-tu que j’en fasse ? Tu comprendras facilement que je ne pouvais pas l’emmener retrouver l’autre, le gamin.

Alice haussa les épaules.

— Pourquoi pas ? répliqua-t-elle. Quel danger y aurait-il eu ?

— Qu’ils parlent ensemble, fit-il en fronçant les sourcils.

— Mais ils ne sont au courant de rien, ni l’un ni l’autre ! objecta la jeune fille.

— Peut-être… mais on ne sait jamais ! En outre, je ne suis pas encore fixé sur ce que je serai obligé de faire du garçon. Deux gosses ensemble, ça représente pas mal d’ennuis.

— Et que comptes-tu faire de la gamine ? Tu as une idée ? demanda Alice.

— Pour le moment, je vais te la confier pour qu’elle ne retourne pas traîner dans les rues.

Mais la jeune fille secoua la tête.

— Charmante responsabilité que tu me donnes là ! s’exclama-t-elle nerveusement. Je me refuse absolument à m’occuper d’elle.

— Allons, Alice, ne sois pas obstinée ! plaida Anselme avec calme. Il est nécessaire que tu le fasses. Cette gosse sait qu’un homme a emmené son petit ami un gamin, qui a assisté à la scène le lui à dit. Si ce petit me voit et me reconnaît, tout est perdu ! Tu te rends compte ? De plus, j’ai le pressentiment que Robert Montpellier nous suspecte… et c’est un ami de Mireille.

Une vive préoccupation se lisait sur le visage d’Alice.

— C’est vrai… c’est vrai ! répéta-t-elle, absorbée. Cette enfant représente un sérieux péril… Comment as-tu fait pour l’amener ici ?

Son frère lui expliqua de quelle façon il avait trompé la douce Mireille.

— Quel amour précoce ! ricana Alice. Les gosses qui poussent dans la rue sont des hommes et des femmes presque dès leur naissance. Confie-là moi donc ; nous nous entendrons très bien toutes les deux !

— Toutefois il faudrait trouver une explication plausible à sa présence ici… puisqu’elle n’y verra pas son Pierrot !

La jeune fille haussa les épaules.

— Ce n’est pas nécessaire ! assura-t-elle. Je te garantis qu’elle ne sortira pas de la maison. J’irai même jusqu’à l’enfermer s’il le faut !

D’un geste Anselme approuva.

— Je crains fort qu’il n’y ait pas d’autre moyen dit-il. C’est une gamine rusée et nous ne la tromperons pas longtemps !

Alice réfléchissait. L’affaire de l’héritage le tourmentait moins pour le moment, que la découverte des raisons qui avaient conduit Mireille chez l’homme qu’elle aimait, elle ! Elle pourrait peut-être apprendre par l’enfant qui était cette dame à qui le peintre avait envoyé de l’argent. Sans aucun doute c’était une rivale ! Et, elle n’était pas femme à laisser un homme à une autre, sans se défendre !

— Eh bien ! décida-t-elle en souriant, je me charge de cette petite.

Mireille commençait à perdre patience, lorsqu’elle vit apparaître Alice qui, souriante et affectueuse, s’approcha d’elle pour l’embrasser.

— Bonjour, ma chérie, lui dit-elle. Comme je suis heureuse de te voir ici !

— Et Pierrot ? demanda aussitôt la fillette, sans prêter grande attention à ces manifestations de sympathie.

— Mon enfant, Pierrot ne peut pas sortir du collège, avant dimanche, répondit Alice d’une voix tranquille et persuasive. Le directeur ne peut pas lui en donner la permission !

Une véritable stupeur se manifesta sur le visage de l’enfant qui secoua la tête et s’exclama avec une grimace de mépris :

— Il ne comprend donc rien, ce directeur ? Ne pas le laisser sortir même quelques instants ? Mais alors, ce n’est pas un collège, c’est une prison !

Alice caressa les cheveux dorés.

— C’est le règlement, tu comprends ?

— Non, Mademoiselle, parce que je ne sais pas ce que c’est que le règlement !

— Eh bien ! C’est une chose qu’on est obligé de respecter. Ecoute ; s’il laissait sortir un seul enfant, il faudrait qu’il en fasse autant pour tous les autres.

— Et quel mal y aurait-il à cela ? répliqua Mireille avec sa logique enfantine. Pourquoi doit-il les tenir enfermés ?

— Pour qu’ils ne fassent pas de bêtises, répliqua Alice. De plus ils étudient mieux et deviendront rapidement des petits hommes !

Mais la petite secoua de nouveau la tête.

— Je ne comprends pas, avoua-t-elle. Quel rapport y a-t-il entre ces deux choses ? Enfermés ou non, ils grandissent… Je vous en prie dites à ce Monsieur de laisser sortir Pierrot, ne serait-ce que pour cinq minutes ! Dites-lui que c’est sa petite sœur qui voudrait le voir.

— Je le lui ai déjà dit, mais il est très strict et il a décidé que ton ami ne sortirait pas avant dimanche. (Elle fit une nouvelle caresse à l’enfant et conclut) : Ne t’inquiète pas, ma chérie, tu pourras l’attendre ici, avec moi.

— Jusqu’à dimanche ? demanda Mireille en écarquillant les yeux.

— Oui. Tu verras, tu serras très bien chez moi et tu ne manqueras de rien.

Mais l’enfant haussa les épaules.

— Ce n’est pas possible, parce qu’il faut que je retourne chez mademoiselle Valérie, qui doit déjà m’attendre et qui va se faire du mauvais sang.

— Qui est cette mademoiselle Valérie ? questionna Alice en fermant à demi les yeux pour cacher leur éclat.

— Une demoiselle très bonne et très belle qui m’a recueillie et qui remplace ma mère, révélé ingénument la petite.

— Ah ! Je comprends ! s’exclama Alice. N’est-ce pas elle qui t’a envoyée demander de l’argent à monsieur Robert ?

— Oh ! Non, Mademoiselle, ce n’est pas elle ! riposta la fillette d’une voix presque indignée. Elle ne m’a pas demandé d’y aller, je l’ai fait moi-même sans qu’elle le sache !

Alice la regarda fixement :

— Et pourquoi as-tu fait cela ?

— Parce que je savais qu’on allait la renvoyer de chez elle, la pauvre !

— Et monsieur Robert lui a envoyé l’argent, n’est-ce pas ? insista Alice.

— Oui. Il est très bien, lui !

— Il faut qu’ils soient très amis pour qu’il ait fait cela, sans hésiter, hein !

Avec sa précoce intuition féminine, Mireille comprit que cette femme aimait Robert, comme elle avait deviné, auparavant la passion du peintre pour Valérie. Alors pour faire enrager Alice et sans soupçonner le moins du monde les catastrophes qu’elle pouvait déclencher, la gamine riposta :

— Oui ! Ils sont très amis, très amis, et je suppose même qu’ils ne tarderont pas à être fiancés.

— Pourquoi imagines-tu cela ? demanda encore la jeune femme en dissimulant son dépit.

— Bah !... Parce que je le suppose, tout simplement !

Et elle pensait : « Rage ! Rage : tu as une tête antipathique et tu dois être mauvaise, toi ! »

Il y eut un moment de silence. Alice semblait réfléchir, tandis que ses yeux brillaient de colère. Puis elle interrogea de nouveau :

— Tu as bien une raison pour parler ainsi ?

— Oui, Madame, répondit immédiatement la fillette ; monsieur Robert m’a dit qu’il était amoureux de mademoiselle Valérie.

— Amoureux ! Que dis-tu là, mon enfant ?

— C’est un pêché, peut-être ?

— Une petite fille ne doit pas parler de ces choses là ! c’est pis que pêcher !

— Alors, je connais une foule de gens qui iront en enfer ! riposta l’espiègle. Par exemple la mère Picquet.

— Qui est-ce ? demanda Alice.

— La vieille qui m’a élevée, expliqua Mireille (Puis elle ajouta) Eh bien ! Mademoiselle puisque je ne peux pas voir Pierrot, je m’en vais. A dimanche.

La sœur du marquis secoua la tête.

— Non, ne t’en va pas ! Je t’ai déjà dit que tu pouvais rester dans cette maison.

L’enfant la regarda avec surprise.

— Et pourquoi resterais-je ?

— Parce que ça me ferait plaisir et que je désire te protéger répondit Alice avec un sourire et d’un ton mielleux.

Mireille ne fut pas convaincue pour autant. Elle haussa les épaules et déclara :

— Merci beaucoup, mais j’ai mademoiselle Valérie !

— Tu seras mieux ici ! Cette demoiselle est pauvre ; tu seras une charge pour elle, elle ne doit pas avoir de quoi te nourrir…

— Oh ! Pour ça, je ne m’inquiète pas ! assura la gamine. Je gagnerai ma vie en vendant des billets de loterie.

— Avec moi, tu n’auras pas besoin de « travailler » ainsi ! Et chaque jeudi et chaque dimanche, Pierrot viendra te voir.

Même cet argument n’eut pas de prise sur l’enfant.

— Non, Madame, non ! répéta-t-elle d’un ton décidé. Je vous remercie beaucoup… Au revoir… A dimanche !

Alors, Alice changea d’attitude et s’écria :

— Tu ne t’en iras pas, parce que je ne le veux pas !

Le visage de Mireille exprima la plus intense surprise, elle demanda :

— Mais qu’est-ce que ça peut vous faire que je m’en aille ?

— Je veux te garder près de moi et faire de toi une demoiselle expliqua la jeune femme.

— Je ne veux pas ! Ca m’est bien égal d’être une demoiselle !

— Et si je te disais que je le fais à la demande de ta mère…

— De ma mère ? répéta l’enfant, stupéfaite. Vous la connaissez ? Vous savez où elle est ?

— Oui, mon petit.

— Oh ! Maman ! Ma petite mère chérie ! s’exclama Mireille. Je ne peux pas le croire ! Dites-moi comment elle est ? Belle et bonne n’est-ce pas ?

— Très belle ! assura Alice.

L’agitation de la fillette augmenta encore.

— Je la verrai bientôt ? demanda-t-elle avec anxiété. Elle va venir me chercher ?

— Elle est déjà en route, affirma la sœur d’Anselme, continuant à jouer sa triste comédie. Tu sais lire ?

La petite baissa la tête avec confusion.

— Non, Madame, répondit-elle dans un souffle.

— Alors, je ne peux pas te faire lire sa lettre.

— Ca n’a pas d’importance ! cria Mireille surexcitée. Vous allez me la lire, vous, n’est—ce pas ?

Alice eut un léger sourire.

— Eh bien ! Viens dans ma chambre.

La petite demanda après une courte hésitation :

— Vous habitez donc ici, Madame ?

— Oui ! cette maison m’appartient.

— Ce n’est pas un collège, alors ?

— Non, ma petite, le collège est ailleurs (Puis détournant la conversation elle dit) ; Je veux beaucoup de bien à ta mère et en conséquence à toi… Nous avons été très amies, ta mère et moi, comme des sœurs…

Le mince visage s’illumina.

— Alors, c’est comme Pierrot et moi !

Prenant l’enfant par la main, Alice incita :

— Viens avec moi, ma chérie.

Mireille n’opposa aucune résistance ; la nouvelle qu’elle venait de recevoir la remplissait d’un tel bonheur qu’elle avait l’impression de vivre un songe.

Dans sa chambre, la sœur du marquis tira une lettre quelconque du tiroir de son secrétaire.

— Tu vois c’est la lettre de ta mère.

L’enfant abandonnée prit le papier et le contempla avec des yeux démesurément ouverts ; que voulaient dire ces pattes de mouche, dans lesquelles sa mère avait enfermée sa pensée ? Elle embrassa la lettre, la mouilla de ses larmes, la pressa sur son cœur en murmurant :

— Petite mère !... Ma belle petite maman !

Alice l’observait sans la moindre émotion pendant froidement à imaginer un texte pour cette lettre. Et elle feignit de lire, tandis que l’enfant buvait religieusement ses paroles…

 

Quant à ma fille, je te demande de la garder avec toi jusqu’à ce que je revienne. J’ai su que la femme à qui je l’avais confiée pour qu’elle l’élève la traitait très mal ; c’est pourquoi je ne veux absolument pas que mon enfant retourne chez cette mégère ! Puisque mon malheur m’a contrainte à me séparer de ma fille bien-aimée, que j’aie, au moins, le réconfort de la savoir près de toi. Un jour prochain, j’irai à Paris, pour la voir. Imagine ma joie à l’idée de la couvrir de baisers ! A bientôt. Je t’embrasse. Ta sœur par le cœur…

Marie-Louise

 

Confiante, l’enfant fut complètement abusée par cette infâme imposture. Elle se sentit irrésistiblement attirée vers Alice. Son âme candide et innocente ne pouvait soupçonner la perfide dont était capable cette femme qui, pour atteindre son but et garder l’enfant auprès d’elle, n’hésiterait pas à lui jouer la plus ignoble des comédies !

Et comme Alice, pour mieux lire cette prétendue lettre, s’était assise, la petite lui sauta sur les genoux. Elle lui jeta les bras autour du cou, pleurant et riant à la fois et murmurant de tendres paroles.

La mauvaise créature pendant ce temps, se félicitait de la réussite de sa ruse. Elle ne pensait pas le moins du monde aux conséquences que la désillusion ne manquerait pas de provoquer dans l’âme sensible de la pauvre petite. Cette idée ne lui effleurait même pas l’esprit.

Elle laissait Mireille rire et pleurer de joie et l’embrasser avec gratitude. Et elle pensait que cette enfant resterait en son pouvoir aussi longtemps que cela serait nécessaire.

                                                                                                                                                                                                                                    (A SUIVRE LE 30 MAI)

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